article réalisé avant la rencontre face aux Cavaliers

Stan Van Gundy, Dwyane Casey, il va sans dire que le changement de coach n’avait rien changé des habitudes de Detroit en cette première partie d’exercice. Les Pistons commençaient ainsi la saison en trombe, avant de connaître passages à vide et périodes de turbulences.

Comme tous les ans, c’est à son irrégularité que l’on reconnaissait l’équipe. Peu importe que Blake Griffin réalise une saison magistrale, le manque de profondeur sur les lignes extérieures continuait de gréver les efforts des intérieurs.

Mais la saison a pris un autre tournant depuis le retour du All-Star Game. Depuis désormais 13 rencontres, les Pistons affichent 77% de victoires, remportant 10 d’entre-elles. En ce faisant, ils sont revenus dans la course aux Playoffs comme un favoris, s’emparant de la 6eme place à l’Est avec un bilan de 36-33. Si l’équilibre est encore fragile, cette équipe a su faire preuve d’une belle solidarité, exécutant un plan de jeu simple avec beaucoup plus de précision et de cohérence sur cette période.

Mais qu’est-ce qui a changé chez les Pistons ?

Un effectif remanié

Les ajustements réalisés à mi-saison peuvent avoir des effets très variables. C’est pourtant de changement dont semblaient avoir besoin les Pistons, ce que les dirigeants leur ont offert.

Pourtant, pour être honnête, difficile de ne pas être au mieux circonspect devant les choix de la franchise lors de la trade deadline. C’est d’abord un titulaire et l’un des rares shooteurs des Pistons qui faisait ses valises : Reggie Bullock. Pas forcément un bon défenseur, en dépit de sa réputation, Bullock rejoignait les Los Angeles Lakers en échange de Svi Mikhailiuk. Bien que lui même capable de dégainer derrière l’arc, le joueur ne semblait pas être perçu comme une véritable option en terme de temps de jeu.

C’est un autre extérieur qui faisait ensuite ses valises : Stanley Johnson. Inclus dans un échange en triangle, c’était à nouveau perplexes que nous voyions l’ailier partir en échange de Thon Maker en provenance de Milwaukee. Johnson n’a jamais été capable de développer son potentiel physique en celui d’un joueur très utile dans le collectif. Aussi, si son départ n’avait rien de catastrophique, il continuait de creuser la faiblesse de l’équipe.

Finalement, c’est une arrivée en provenance du marché des agents libres qui venait donner un peu de cohérence aux choix précédemment effectués. Libérés par le Heat, Wayne Ellington décidait de rejoindre les Pistons pour retrouver un rôle après une saison compliquée du côté de Miami. Restait désormais à observer les conséquences des mouvements effectués, dans une équipe sur le point de voir les playoffs leur échapper, une fois encore.

Pré-ASG Vs Post-ASG

Tout n’était pas à jeter dans saison des coéqupiers de Blake Griffin. L’équipe avait su s’imposer comme une défense tout à fait correcte avant la pause du ASG. 12eme défense, les Pistons savaient se battre pour limiter l’adversaire. Et pour cause, plusieurs lineups incluant Reggie Bullock et Stanley Johnson étaient capables de maintenir l’adversaire ous les 100pts pour 100 possessions. Un très beau standard dans une saison NBA où l’attaque fait feu de tout bois.

Néanmoins, si la défense était au rendez-vous, plusieurs joueurs associés à cette réussite défensive étaient aussi associés à cette faiblesse globale. Reggie Bullock, Stanley Johnson, Bruce Brown, Glen Robinson III, quatre joueurs constituant les lignes arrières et les ailes de l’équipe. Tous des symboles. Symboles d’une équipe terriblement inefficace offensivement. En manque de polyvalence, en manque de mouvement de ballon, en manque de shooteurs. Bref, une équipe en recherche de fondamentaux.

Le résultat ? Une attaque terriblement frustre et donc dans les bas fonds de la ligue (21eme offensive rating). Et ce malgré la domination au rebond, derrière André Drummond. La cause ? Une terrible dépendance à Blake Griffin, faisant la pluie et le beau temps d’un état du Michigan en quête de victoires. L’ailier fort était partout, mais ne suffisait à porter les espoirs d’une équipe qui semblait amorphe, incapable de s’articuler autour d’un Blake au four et au moulin. En fait, en manque de créateurs balle en main.

Jusqu’à cette pause.

Car depuis le retour du break, les Pistons enchaînent les victoires. Ils s’offrent entre autre le scalp du Heat, des Lakers, des Pacers, des Raptors (2 fois !) ou encore des Wolves. La raison fondamentale ? Une attaque qui explose soudainement !

Portés par un élan nouveau, Detroit est la 3eme attaque NBA depuis le retour du ASG. Le tout en stabilisant leur défense.

Mais quels éléments expliquent ces changements ?

Collectivement, l’équipe semble avoir des aspirations nouvelles. La volonté collective, est évidemment importante, avec des joueurs qui cherchent à faire circuler la balle, jouer avec intelligence. Si Reggie Jackson n’est toujours pas l’élément majeur dont l’équipe a besoin, il fait preuve de justesse dans de nombreuses rencontres. Mais ce regain offensif provient aussi et surtout de la responsabilisation de joueurs aux profils plus offensifs que les partants.

Ainsi, Luke Kennard longtemps critiqué, Langston Galloway, perçu comme un joueur difficile à utiliser sont incandescents sur la période. Efficaces au shoot (60,4 et 71,6 d’eFG%) et pas les derniers à lâcher la gonfle, ils affichent des net ratings à la hauteur de leur impact (+7,6, +11,1). Dans ce jeu offensif plus débridé, Ish Smith trouve évidemment son compte, à l’instar d’un Wayne Ellington, renfort plus que bienvenu. Tranchant en attaque, apportant un tir longue distance qui faisait défaut à ce groupe, il se montre aussi à son avantage par séquences défensives, comme avant hier soir, réalisant un excellent travail poste bas sur un Kawhi Leonard plus grand et plus puissant.

Mais si un homme catalyse à lui seul ce renouveau des Pistons, c’est André Drummond. A son avantage en début de saison, son empreinte sur les rencontres s’était rapidement liquéfiée. En cause, un manque de poids en défense, une tendance à peser trop tard dans les rencontres et un pourcentage aux lancers francs qui obligeait son coach à le sortir dans les fins de matchs. En effet, avec 42,6% en novembre, et un léger 56% en décembre, le pivot était une cible facile pour quelconque équipe souhaitant abuser de Pistons déjà à la peine offensivement. Surtout quand le second pivot se nomme Zaza pachulia, bien trop léger à l’heure actuelle pour un tel rôle. Néanmoins, sa montée en puissance (66,7% sur les 13 derniers matchs, 70,4% en mars) permet à Drummond d’être aligné à souhait.

Dès lors, c’est toute sa domination physique qui parle. Le joueur s’épanouit plus que jamais en attaque, continue de dominer la NBA au rebond et sa présence conjuguée à celle de Griffin rend la raquette de Detroit très compliquée à gérer pour les opposants. Ainsi, sur la période étudiée, il a le meilleur net rating de l’équipe chez les joueurs récurrents, avec +11,6. Décisif dans la dernière rencontre face aux Raptors, le pivot réalise des actions majeures de chaque côté du terrain, faisant immédiatement des siens une meilleure équipe.

Si le joueur est plus à l’aise, c’est aussi parce que l’équipe le lui permet. Le retour en forme d’Ish Smith, le fait que Luke Kennard et Langston Galloway soient plus utilisés, offre aux pivots plus de ball-handler pour l’aider. Ainsi, alors qu’en pré-ASG, l’équipe tournait moins bien et l’obligeait à jouer plus de 1 contre 1, il profite de beaucoup plus de Pick&Roll et de passes en mouvement. Dans ce style, André devient un pivot majeur de sa conférence et c’est l’ensemble des Pistons qui vont mieux.

En outre, la présence de Reggie Jackson qui semble enfin en pleine possession de ses moyens, donne un créateur supplémentaire aux Pistons. Lorsqu’il est en bonne santé et joue juste comme depuis une quinzaine de matchs, tout devient soudainement plus facile. Sa fiabilité sur la ligne des lancers, le fait qu’il soit un bon manieur de ballon, donne une nouvelle dimension à cette équipe lorsque les défenses se durcissent. Les retours combinés de Smith et Jackson ont permis aux Pistons de mener une attaque plus dynamique et percutante.

C’est à travers eux que la volonté de Casey s’exprime. C’est pourquoi Griffin n’est plus le centre de tout, c’est pour cela que l’attaque est plus dynamique, mieux partagée. C’est ainsi que les Pistons deviennent une véritable équipe de Playoffs.

Qu’attendre ensuite ?

Les Pistons doivent battre le fer tant qu’il est chaud. Dans une conférence Est hétérogène, ils doivent enchaîner encore quelques succès pour valider une place confortable vers les Playoffs. Il est crucial pour eux de profiter de cette série pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, car les Pistons ont une forme au shoot exceptionnelle. Et nous le savons, ce genre de séries s’arrêtent souvent brutalement. Langston Galloway (+56% à 3pts), Luke Kennard (+43,5%), Wayne Ellington (41,7%) et Reggie Jackson (40,5%) sont tous dans des formes qui concordent. Si l’ex-Heat est sur un rythme qu’il peut maintenir, les autres sont au-dessus de leurs standards et cela pourrait s’arrêter. Cela ne tuerait pas les Pistons, mais cela les rendrait nettement plus facile à défendre, ceux-ci évoluant à un niveau offensif qui est au-dessus de leur niveau réel.

L’objectif désormais ? Assurer leurs 2 prochains matchs (Cavaliers, puis Suns). Car la suite va se corser pour les Pistons (Trail Blazers, Warriors, Nuggets, Magic, Trail Blazers, Pacers x 2, Thunder). Cet enchaînement compliqué pourrait être un bon test, mais ne doit pas masquer la nécessité de reposer Griffin, si Detroit veut maximiser ses chances pour les Playoffs (ndlr : depuis la franchise a annoncé le reposer sur les back-to-back… et a perdu contre les Cavaliers). Lui qui a porté l’équipe doit pouvoir lever le pied, pour finir fort avec le dernier enchaînement (Hornets, Grizzlies, Knicks) et attaquer la post-saison bien en jambes.

Car si cette équipe est bien évidemment limitée, réaliser une belle performance au premier tour permettrait de remettre la franchise sur la carte NBA. Une publicité dont l’équipe a bien besoin pour trouver un nouvel élan et envoyer un message aux potentiels agents libres.