Et à la fin, ce sont les Warriors qui terminent au sommet de l’Ouest. Au terme d’une saison régulière agitée sur laquelle nous reviendrons et malgré une concurrence toujours plus rude, les hommes de Steve Kerr ont pris la tête de leur conférence. Conséquence, ce sont de surprenants Clippers qui tenteront de se dresser face à eux, après une lutte de tous les instants pour arracher la meilleure place dans la deuxième moitié du top 8. Une série 100% californienne donc, et l’affrontement de deux gros marchés pour débuter ces Playoffs 2019. Pendant que les Warriors composaient avec quelques conflits en interne mais s’est plutôt baladé à l’Ouest, la bande à Doc Rivers nous a offert une magnifique saison de combativité et de réussite collective.

Sur le papier, la confrontation semble déséquilibrée, comme souvent lors du 1er tour mettant en scène le leader de la conférence. D’autant plus lorsque celui-ci compte dans ses rangs une armada de titans. La perspective de se mesurer à Stephen Curry, Klay Thompson, Kevin Durant et DeMarcus Cousins dans une série de Playoffs n’a rien de réjouissant, mais le challenge est des plus motivants. D’ailleurs, les Clippers ont montré qu’ils avaient des armes à faire valoir. Il reste néanmoins difficile de ne pas orienter cette preview vers la question « Comment les Clippers peuvent résister aux Warriors ? ».

Bilan des saisons

Côté Warriors, la saison n’a pas toujours été de tout repos. Une fois encore, au sortir d’un nouveau titre, synonyme de back-to-back, les coéquipiers de Stephen Curry se sont retrouvés confrontés à l’adversité de la saison régulière, et surtout à leurs propres démons. Golden State ne s’en est finalement jamais caché, ce n’est qu’en Playoffs qu’il faudra les juger. La saison ne démarrait d’ailleurs pas sous les meilleurs auspices. Au cours du mois de novembre, c’est justement lors de la première rencontre de la saison face aux Clippers que les Warriors allaient nous offrir le premier drama. Alors que la fin du match est serrée, c’est Draymond Green qui choisit de remonter la balle et de prendre les choses en mains. Si Steph Curry est absent, KD lui est bien là, et regarde son coéquipier se vautrer avec colère. S’en suit une altercation devant les caméras, et les premières grosses rumeurs autour de la Free Agency de Durantula et des émotions qu’elle suscite dans le vestiaire.

La suite de la saison sera relativement calme pour Steve Kerr et ses hommes. Le coach devra composer avec les blessures d’un Draymond Green dont l’impact se fait moins sentir, comme si le poids des saisons commençait à peser plus lourd, mais surtout celles de Curry. L’absence du meneur a une nouvelle fois démontré, s’il en était encore besoin, toute son importance sur le parquet et dans le groupe. Curry a évolué à un niveau MVP cette saison, avec des prestations de haute volée et un impact monstre sur les performances de son équipe. Les Warriors ont également vécu l’intégration de DeMarcus Cousins, sans accroc cette fois. Le pivot, encore limité physiquement, s’est parfaitement fondu dans le collectif de Golden State, avec un temps de jeu en augmentation progressive et une attitude adaptée. Profitant de la bataille acharnée derrière eux et d’une division relativement faible pour eux, les Warriors ont terminé la saison plus que tranquillement, affichant « seulement » 57 victoires en tête de l’Ouest. C’est dire si la lutte fut intense derrière eux, alors que Denver a longtemps mené la danse.

Du côté des Clippers, une phrase est revenue comme un slogan tout au long de cette saison : nous sommes la meilleure équipe de Los Angeles. Justifié en début de saison après le démarrage en fanfare des joueurs de Doc Rivers, ce refrain n’en est que plus vrai après 82 matchs de saison régulière, alors que les Lakers n’ont pas su arracher une place pour les Playoffs. Bien sûr, les Clippers ne siègent plus sur le podium de l’Ouest, mais ils ont mené leur saison de la plus belle des manières, et n’ont pas été inquiétés lors des dernières journées. La seule bataille qu’ils livraient encore concernait la place qu’ils auraient dans la deuxième moitié du top 8. Pourtant, il était difficile de prévoir une telle réussite pour les Angelenos. Malgré un effectif solide, nombreux pensaient que le manque de talent serait rédhibitoire pour ces Clippers alors emmenés par Tobias Harris. Qu’importe, Doc Rivers a su faire de cette équipe un groupe déterminé et solidaire, capable de l’emporter face à tous ses adversaires. Les Warriors en ont d’ailleurs fait les frais lors de leur première confrontation, après prolongations, même s’ils gagneront les 3 autres rencontres de la saison régulière.

L’objectif des Clippers en début de saison était simple : développer les jeunes, et donner envie aux futurs gros agents libres de les rejoindre l’été prochain. C’est chose faite, avec l’émergence de joueurs tels que Montrezl Harrell et Shai Gilgeous-Alexander aux côtés de l’éternel Lou Williams et d’un Danilo Gallinari souvent précieux malgré une persistante irrégularité. La force des Clippers fut clairement leur collectif et leur détermination de chaque instant, capable de remonter des déficits importants au tableau d’affichage ou de mettre de gros stops à leurs adversaires. Et lorsque Jerry West décida de se séparer de Tobias Harris à l’approche du All-Star Game, la surprise n’en fut que plus incroyable. L’opération semblait claire : lâcher cette saison, et libérer encore plus de cap pour cet été. Il n’en fut rien, car les Clippers continuaient de se battre inlassablement, et de se rapprocher des Playoffs, jusqu’à valider leur participation sans le moindre Franchise Player digne de ce nom. Une performance remarquable, dont le principal instigateur se nomme Doc Rivers.

 

Les match-ups clés

L’état d’esprit

Ces deux saisons diamétralement opposées posent la question de l’état d’esprit affiché par les deux franchises. D’un côté, nous avons une équipe de soldats dont la force principale réside dans le collectif et la combativité au service d’une attaque explosive et d’une défense hargneuse. De l’autre, un effectif habitué au confort d’une saison régulière tranquille sur le plan sportif et en proie à une certaine suffisance, notamment face à un adversaire qui lui est nettement inférieur, il faut bien l’avouer. Sur le papier, l’écart de talent semble insurmontable et déjà déterminant pour l’issue de la série. N’y voyez aucune volonté de réduire les qualités des Clippers à leur seul caractère, mais ce dernier sera leur meilleure arme pour espérer quoi que ce soit dans cette confrontation. Point positif, les hommes de Doc Rivers n’ont rien à perdre, en se présentant face aux favoris pour le titre, et leur armada exceptionnelle. Aucune pression donc, et la volonté farouche d’aller embêter l’ogre de Golden State.

Côté Warriors, c’est justement la promesse d’une combativité retrouvée qu’il faudra tenir à l’aube de la postseason. Les tenants du titre l’ont confirmé à demi-mots, ce ne sont plus les mêmes joueurs que l’on retrouvera pour la phase finale. Pourtant, après 82 matchs sur un rythme de croisière, il leur faudra (peut-être) un peu de temps pour mettre la machine à plein régime. D’autant que Stephen Curry devrait rater une ou deux rencontres, et que Kevin Durant a traîné quelques douleurs sur la fin de saison. Seulement, les Warriors ont l’objectif ultime en ligne de mire, à savoir un très attendu three-peat. Toute la ligue ou presque les voit réaliser cet exploit, et qu’importe leur effectif, le chemin pour y parvenir sera compliqué à emprunter. Le menu qui attend Golden State après les Clippers n’est pas des plus réjouissants, et les Warriors auraient donc le nez creux de vouloir balayer cette série rapidement.

Ce qui est sûr, c’est que les Clippers auront le couteau entre les dents dès la première minute du Game 1. Reste à observer la détermination de leurs adversaires, et son évolution tout au long de la série. Pour Los Angeles, il s’agira de montrer rapidement qu’aucun point ne sera fait cadeau, et que chaque match comptera dans la série. Et si les Warriors montent en puissance et placent des runs comme ils en ont le secret, il faudra aux Clippers trouver les ressources nécessaires pour résister et ne jamais laisser les Dubs s’échapper. Pas une mince affaire.

Les bancs

La véritable force des Clippers cette saison, et une arme toujours intéressante pour les Warriors, quoique moins impressionnante que par le passé. D’un côté, les Clippers disposent d’un scoreur de génie en la personne de Lou Williams, et d’une second unit solide avec la présence de Montrezl Harrell en energizer. De l’autre côté, les principaux acteurs se nomment encore et toujours Shaun Livingston et Andre Iguodala. Si les deux hommes ressentent visiblement le poids des blessures et des années, leur expérience à ce niveau de la compétition n’a pas de prix. Un facteur déterminant sera donc l’utilisation des bancs. Doc Rivers a d’ailleurs montré toute son ingéniosité pour mélanger titulaires et remplaçants cette saison, en fonction de l’adversité qui lui est proposée. Il en faudra pour contenir toutes les menaces, pendant que Steve Kerr disposera de multiples solutions pour poser un vrai casse-tête à son homologue.

Les bancs auront d’ailleurs une importance majeure chez les extérieurs, où les Clippers peuvent justement essayer de proposer la meilleure opposition. Leurs atouts au scoring se trouvent dans ce secteur avec Landry Shamet et Lou Williams, donc un titulaire et un remplaçant. Les deux joueurs auront fort à faire pour tenter de créer une différence pendant que Gallinari sera confronté à Durant. Et lorsque Curry reviendra dans la série, Patrick Beverley l’y accueillera les bras et les mains prêts à défendre.

DeMarcus Cousins contre…

Si l’on parlait de l’état d’esprit comme le facteur le plus intéressant à relever dans la série, un joueur des Warriors ne présente aucun doute quant à sa motivation. A 28 ans et actuellement dans sa 10ème saison en NBA, DeMarcus Cousins disputera son premier match de Playoffs ce soir. Incroyable lorsqu’on connait le talent du pivot et sa capacité à dominer sur le parquet. Dès lors, Cousins sera plus déterminé que jamais à rouler sur les Clippers pour aller chercher sa bague cette saison, lui qui sera agent libre cet été, et qui doit montrer à la NBA qu’il n’a rien perdu de son niveau depuis son retour de blessure.

En l’absence de Curry et à côté d’un Kevin Durant dont le frein à main sera peut-être encore serré, l’occasion est trop belle pour DeMarcus face à un secteur intérieur trop faible. Son adversaire dans le cinq majeur se nommera Ivica Zubac, qui découvre lui aussi les Playoffs, et ne sera jamais assez costaud pour contenir l’ogre DMC. Autant dire que le pivot a une belle chance de réaliser un carnage. Même Harrell malgré toute son énergie en sortie de banc ne devrait jamais faire le poids. Sur cette série, c’est peut-être le poste où l’écart de talent est le plus visible, si l’on prend en compte l’absence potentielle de Curry et le possible rythme allégé de Durant, qui sera confronté à Danilo Gallinari.

A quoi s’attendre ?

Evidemment, les espoirs sont plus que minces pour les Clippers, et nul ne les imagine sortir vainqueurs de cette série. Nombreux sont ceux qui les voient même balayés par les Warriors, et il est difficile de leur donner tort tant l’écart de talent semble insurmontable. Comme souvent cette saison, les Clippers vont devoir s’appuyer sur leurs ressources mentales et leur collectif exceptionnel pour espérer décrocher une victoire face à l’ogre de la Baie d’Oakland.

Profiter de l’absence de Stephen Curry, tenter d’empêcher une montée en puissance et surtout contenir DeMarcus Cousins, voilà les défis qui se présentent aux Clippers à l’aube de disputer les deux premières rencontres à l’Oracle Arena. D’ailleurs, il semble que tous les espoirs de ne pas voir cette série balayée résident dans ces deux premiers matchs. Car si les Clippers reviennent à Los Angeles menés 0-2… Golden State fera tout pour régler l’affaire le plus vite possible. Et même si la ferveur du Staples Center peut porter les joueurs de Doc Rivers, il sera alors difficile d’éviter le coup de balai.

Pour cela, les Clippers vont compter sur leurs deux leaders que sont Lou Williams et Danilo Gallinari. Doc Rivers essaiera peut-être d’éviter au maximum la présence de Klay Thompson sur son arrière scoreur, afin de permettre à son banc de faire la différence. Seulement, la second unit des Warriors n’est pas la plus aisée à affronter, mais on connait la capacité de Lou Will à prendre feu quelle que soit l’adversité qui lui est proposée. Gallo aura lui aussi fort à faire dans son duel avec Kevin Durant, que ce soit pour le contenir ou peser en attaque. L’ailier a l’avantage de figurer parmi les plus grands à son poste, une donnée non négligeable lorsqu’on se retrouve face à un spécimen comme KD.

Pourtant, les problématiques risquent d’être trop nombreuses à gérer pour les Clippers, comme toujours pour les adversaires des Warriors. Car même si Thompson était bien contenu dans son jeu sans ballon et que Gallinari tenait tête à KD sur l’aile, il restera toujours l’arme DeMarcus Cousins. On connait le caractère du pivot et à l’occasion de ses premiers Playoffs, une des clés pourrait être de le faire sortir de son match en provoquant de la frustration ou de l’énervement. Il sera difficile de l’arrêter, mais il serait intéressant de faire quelques fautes ou provoquer un passage en force pour déclencher sa colère. Les Clippers peuvent compter sur Pat Beverley pour cela, qui ne se privera pas pour titiller le pivot.

Calendrier

Game 1 : Golden State – Los Angeles : samedi 13 avril

Game 2 : Golden State – Los Angeles : lundi 15 avril

Game 3 : Los Angeles – Golden State : jeudi 18 avril

Game 4 : Los Angeles – Golden State : dimanche 21 avril

Game 5 (si nécessaire) : Golden State – Los Angeles : mercredi 24 avril

Game 6 (si nécessaire) : Los Angeles – Golden State : vendredi 26 avril

Game 7 (si nécessaire) : Golden State – Los Angeles : dimanche 28 avril

Pronostic

Golden State Warriors 4 – 0 Los Angeles Clippers

Malheureusement, malgré tous les motifs d’espoir que l’on peut trouver aux Clippers, l’absence de Curry en tête, il semble impossible de les voir résister bien longtemps face aux Warriors pendant cette série. Et lorsque Golden State sera au complet, cela relèvera même du miracle. On aimerait bien voir ces Clippers arracher un match à l’Oracle Arena dans un match complètement dingue avec un Lou Williams à 45 points et une défense qui sort les barbelés. Ou une superbe performance collective dans un match 4 au Staples Center, dos au mur face à une potentielle élimination, et malgré le retour en forme de Curry et un effectif des Warriors au complet.

Mais la réalité du terrain risque bien d’être différente, et le gap de talent insurmontable. Difficile de ne pas imaginer le monstre à cinq têtes d’Oakland ne pas croquer tout cru les Clippers, qui tenteront inlassablement de les trancher les unes après les autres. Si Golden State remporte les deux premières rencontres à la maison sans Curry, le retour du Chief ne fera que faciliter leur chemin vers le sweep. Les Warriors sont en mission vers le three-peat et ont déjà les Rockets (ou le Jazz) en ligne de mire. Aux Clippers de leur montrer qu’ils feraient erreur de voir déjà trop loin, mais la partie risque d’être de courte durée. Quoiqu’il arrive, les hommes de Doc Rivers n’auront rien à perdre sur cette série, et nous auront fait cadeau d’une superbe saison. Cette série est d’ailleurs l’occasion pour les jeunes joueurs de découvrir ce niveau de compétition et de poursuivre leur développement avant un été palpitant du côté de Los Angeles.