Toronto d’un côté, Orlando de l’autre. Le grand froid contre les plages floridiennes. Un aperçu de l’écart de niveau entre les deux équipes ? Peut-être bien. Les Raptors n’ont surpris personne, et n’ont déçu personne. On les attendait à ce niveau-là de saison régulière, et ils ont assuré, clairement. Pour Orlando, la surprise est bien plus grande. Non pas que les chances pour le Magic d’atteindre les playoffs étaient nulles, mais ces dernières saisons, Evan Fournier et les siens avaient la fâcheuse tendance de se mettre en eaux troubles, à deux doigts des playoffs, mais également à deux doigts de la loterie.

Toronto-Orlando, c’est le numéro 2 de l’Est contre le numéro 7, c’est le T-Rex contre Mickey, et on analyse tout ça dès maintenant !

Le bilan des saisons

Toronto était attendu, et a répondu présent : 58 victoires pour 24 défaites, 2è bilan de la ligue.

Les Raptors ont vu cet été une énorme page de l’histoire de la franchise se tourner avec le départ de DeMar DeRozan et les adieux de Dwane Casey. L’ultime déconvenue face aux Cavs de LeBron James aura été la goutte de trop pour Masaï Ujiri, qui nommait le coach rookie Nick Nurse aux commandes, tout en faisant venir le package Kawhi Leonard et Danny Green en provenance de San Antonio. Evidemment, un tel chambardement emportait son lot de questions. On attendait de voir comment Nick Nurse, le coach rookie, allait gérer ses troupes, comment Kyle Lowry allait gérer la séparation avec son pote DeRozan, comment Leonard allait gérer sa saison après une année quasi-blanche, etc, etc… Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’adaptation n’a pas demandé longtemps ! Le cas Kawhi était géré avec beaucoup d’attention par le staff des Raptors, si bien que l’ailier aura loupé une vingtaine de match dans l’année.

Et alors que tout allait bien côté Toronto, que le bilan était de 43-16 à l’approche du All Star Break, la trade deadline fit son apparition. Et Masaï Ujiri, une nouvelle fois, était trop tenté : Marc Gasol débarquait au Canada, en échange de Jonas Valanciunas, Delon Wright et CJ Miles. Plus de doutes permis : Toronto voulait son one shot, à tout prix. Nick Nurse allait pouvoir composer durant la seconde partie de la saison avec un cinq majeur ultra-talentueux, et ultra-expérimenté – on y reviendra. Gasol rentra dans le moule Raptors petit à petit, et se mit très vite au diapason des ambitions canadiennes.

Comment parler de la saison des Raptors sans parler de la fabuleuse saison de Pascal Siakam ? Le favori au titre de MIP de l’année a passé un cap, que dis-je, un gouffre, cette saison. Formidable d’énergie, de détermination et de polyvalence, Siakam a été la bonne surprise côté Toronto plus qu’aucun autre joueur. Solide, Toronto est la seule équipe avec Milwaukee à pouvoir se vanter d’être dans le top 5 en attaque et en défense parmi les 30 équipes NBA. De la solidité, du talent, de l’expérience : les Raptors sont en mission.

Côté Orlando, les fans ne s’arrêtent pas de sourire depuis plusieurs jours. Après une saison 2017-18 catastrophique, avec seulement 25 victoires, cette saison à 42-40 et cette 7è place qualificative ont des airs de saison réussie. Et comment dire le contraire ? Le 29 janvier 2019, Orlando venait de s’incliner contre le Thunder et pointait à 20 victoires pour 31 défaites. Allez savoir si la pause du All Star Break a fait prendre conscience aux joueurs de Steve Clifford qu’ils avaient un tant soit peu de talent dans les mains, mais à compter du 1er février et jusqu’à la fin de saison, Orlando remportera 21 victoires pour seulement 9 défaites. Pour parvenir à cet exploit, le Magic a pu compter sur un effectif solide, composé de jeunes joueurs de talent et dévoués.

Emmenée par ses leaders Fournier et Vucevic, ce dernier auteur d’une merveilleuse saison, la franchise a également pu se reposer sur l’expérience d’un D.J. Augustin surprenant. Avec ces briscards pour encadrer les éléments jeunes, Aaron Gordon n’a même pas eu à justifier son gros contrat offert l’été dernier. L’ailier a su jouer juste sans être exceptionnel, affichant d’ailleurs un niveau défensif intéressant. Capables de lâcher des matchs faciles comme d’aller remporter des victoires capitales face au Heat notamment, les floridiens ont dû batailler jusqu’au bout pour aller décrocher leur qualification en Playoffs.

Les match-ups clés

Nikola Vucevic vs Marc Gasol

Et oui, les deux pivots titulaires devraient se livrer un beau duel. Le pivot floridien est dans la forme de sa vie, après une saison où il compile ses meilleures moyennes en carrière et durant laquelle il aura eu le privilège d’être convié au All Star Game. Vooch a noirci les feuilles de match soir après soir, et a été auteur de certaines prestations titanesques offensivement, dont un petit 30-19 sur les Raptors fin décembre. Il est le leader incontesté du Magic, mais aura fort à faire face au secteur intérieur canadien et notamment face à Marc Gasol. S’il n’est plus l’option numéro un offensivement à Toronto, Gasol reste l’un des pivots les plus chiants à jouer du circuit NBA, aussi bien en attaque qu’en défense.

Si Orlando veut exister dans la série, cela passe par un Vucevic puissance maximale. Si au contraire, Gasol arrive à neutraliser la principale menace floridienne, alors Toronto pourra dérouler en sifflant.

Les seconds couteaux

Alors évidemment, rien de péjoratif là-dedans. Par seconds couteaux, entendez plutôt « tous les joueurs qui n’ont pas l’étiquette de meilleur joueur de leur équipe ». Le rôle de ces joueurs sera primordial, évidemment pas dans la même optique selon qu’il s’agisse des Raptors ou du Magic.

On a commencé à l’aborder pour le cas de Marc Gasol à Toronto, mais il en est de même pour le reste du roster côté canadien. Les Pascal Siakam, Serge Ibaka, Danny Green devront être d’entrée au taquet avec une mission et un objectif simple : tuer les espoirs d’Orlando aussi vite que possible, et raccourcir la série. L’inconnue au-dessus de Kawhi est présente, et on ne sait toujours pas si la gestion de ce dernier cette saison a été voulue ou subie par le staff canadien. Si Kawhi est en pleine possession de ses moyens, il devrait planer sur la série, aucun joueur du Magic ne pouvant le contrer ou le contenir efficacement. Mais même dans l’hypothèse d’un Kawhi en forme, les Raptors feraient mieux de concentrer toutes leurs forces dans la bataille, pour permettre à ce dernier de gérer son effort et de ne pas user sa carcasse plus que raison. Si le reste du roster de Toronto se montre sous son meilleur jour, les Raptors peuvent s’éviter les frayeurs du passé au premier tour, et au regard de la demi-finale qui les attend, ça ne serait pas du luxe…

Côté Orlando, pour Evan Fournier, Aaron Gordon, DJ Augustin, Jonathan Isaac et compagnie, il faudra être d’autant plus prêts à partir à la guerre que sans ça, Orlando risque de repartir bredouille de sa virée en playoffs. Malgré le manque d’expérience du groupe, il va falloir jouer sans pression, avec le couteau entre les dents, notamment pour suppléer et aider le grand Vooch dans ses oeuvres. Si Vavane, Gordon ou Augustin plantent leurs tirs extérieurs, qu’ils n’ont pas la boule au ventre devant la défense de Toronto, Orlando peut espérer remporter un match ou deux devant son public.

Expérience vs insouciance

Le constat est simple. Prenez les titulaires d’Orlando et additionnez leurs matchs en playoffs, vous obtiendrez… 33 matchs, dont 28 pour le seul DJ Augustin. Prenez les titulaires de Toronto, et faites la même chose, vous obtiendrez 417. Oui, l’écart est énorme. A l’exception de Pascal Siakam, chaque titulaire du cinq majeur canadien a plus de matchs de playoffs à son actif que l’ensemble du cinq majeur d’Orlando – le plus petit total étant pour Gasol, avec 59 matchs de playoffs…

En playoffs, on a coutume de dire que l’expérience fait gagner des matchs, voire des séries entières. Alors certes, Orlando a l’histoire et la coutume contre lui, mais dispose d’une arme capable d’être tout aussi redoutable : l’insouciance. Le Magic a d’ores et déjà réussi sa saison avec cette seconde partie d’exercice et cette qualification en playoffs attendue depuis tant d’années. En playoffs, ils n’ont rien à perdre et tout à gagner. Et les amateurs de balle orange le savent, il n’y a rien de pire que de jouer une équipe qui n’a plus rien à perdre, car elle est prête à tout pour contrecarrer vos plans.

A Toronto de garder la tête froide, à Orlando de jouer sans retenue.

A quoi s’attendre ?

La maîtrise pour Toronto, la fougue pour Orlando. L’expérience du Canada face à la jeunesse de la Floride. Parfois moqués ces dernières années pour leur tendance à s’effondrer en Playoffs, les Raptors ont désormais toute l’expérience nécessaire pour dominer la série sans se faire peur. Tous leurs joueurs ou presque ont connu les joutes de postseason, tandis que le constat inverse peut être fait du côté d’Orlando.

Chez les Raptors, c’est une panoplie complète qui sera au rendez-vous. La franchise se place tout simplement 5ème à la fois en Offensive Rating (112.5) et en Defensive Rating (106.8). Une régularité remarquable tout au long de la saison leur a permis de vivre une saison sereine et dominatrice. En face, Orlando termine parmi les mauvais élèves sur le plan offensif (22ème, 108.1). La faute à une dépendance trop importante vis-à-vis d’Evan Fournier et Nikola Vucevic. D’où l’immense intérêt de la match-up des pivots face à un défenseur élite tel que Marc Gasol. De l’autre côté du terrain en revanche, le Magic s’est affirmé comme une des meilleures équipes (8ème, 107.5). Les joueurs, même les moins prédisposés, font les efforts ensemble et sont capables de stopper une hémorragie.

Finalement, ce n’est pas tellement une opposition de style que nous proposent les deux équipes. Surtout, Orlando a clairement élevé son niveau de jeu offensif lors du dernier mois de saison régulière, se hissant à la 7ème place à l’Offensive Rating sur cette période. Les floridiens ont appris au fil des mois, et pratiquent un jeu collectif basé sur le mouvement de balle. Orlando détient d’ailleurs le 5ème pourcentage de passes décisives de la ligue, quand les Raptors sont dans le ventre mou.

Il faudra d’ailleurs user de schémas travaillés pour venir perturber une défense appliquée, que ce soit sur les extérieurs ou dans la raquette. Orlando comptera bien sûr sur ses deux scoreurs mais c’est le collectif entier qui devra répondre présent. Les Raptors, certes toujours solides pendant la régulière, vont certainement hausser leur niveau défensif pendant les Playoffs. L’effectif compte deux anciens DPOY avec Kawhi Leonard et Marc Gasol, et des guerriers appliqués de ce côté du terrain.

Le problème pour Orlando, c’est que Toronto a de quoi faire en attaque. Parfois explosif, surtout lorsque le banc s’y met, les Raptors mettront toujours leurs points, ne serait-ce que par le talent de Lowry ou Leonard. Dès lors, que prioriser pour le Magic ? Une attaque de feu, au risque de laisser des points faciles sur des interceptions ou de prendre l’eau dès que les paniers ne rentrent plus ? L’essentiel pour Toronto sera donc de couper cette circulation de balle, et ils ont de quoi faire, avec des intercepteurs hors pair et des joueurs capables de partir en transition. A ce jeu, Leonard sera bel et bien la pièce déterminante.

Quoiqu’il en soit, le Magic n’a pas grand chose à perdre. L’apprentissage est toujours en cours pour les jeunes floridiens, et ils ont tout intérêt à mettre leur fougue dans la bataille. L’essentiel sera de ne pas trop se livrer pour ne pas prendre des gros trous d’air face à une équipe bien plus expérimentée et bien en place. On s’attend donc à une maîtrise globale des hommes de Nick Nurse face à des coups de folies du Magic pour aller arracher une ou qui sait, plusieurs victoires.

Calendrier

Game 1 : Toronto – Orlando, 13 avril à 23h00

Game 2 : Toronto – Orlando, 16 avril à 2h00

Game 3 : Orlando – Toronto, 19 avril à 1h00

Game 4 : Orlando – Toronto, 21 avril à 1h00

Game 5 : 23 avril, horaire non défini, à Toronto

Game 6 : 25 avril, horaire non défini, à Orlando

Game 7 : 27 avril, horaire non défini, à Toronto

Pronostic

Toronto Raptors 4 – 1 Orlando Magic

C’est un des favoris de la conférence Est qui va affronter une franchise inattendue dans ce duel. Difficile d’imaginer Orlando pousser très loin son adversaire dans la série. Néanmoins, il est aussi tout à fait envisageable de ne pas voir des rencontres à sens unique.

Si Toronto possède un effectif très dense, avec une star qui devrait arriver en grande forme en Playoffs, le Magic surfe sur une excellente dynamique. Ce n’est pas pour rien que l’équipe est arrivée jusqu’ici alors que tout portait à croire qu’un nouvel échec l’attendait : ils ont fini la saison en trombe.

Sur le dernier mois de compétition, le Magic est une des meilleures franchises de la ligue, profitant d’un jeu de passe léché pour compenser l’absence d’un meneur dominant. Dans le top 3 des équipes qui font le plus circuler la balle sur la période, ils ont suffisamment d’armes en attaque pour faire travailler leurs adversaires. En défense, ils sont également parmi l’élite de la ligue, grâce notamment à leurs nombreux athlètes. Egalement dominants au rebond, ils n’ont à priori pas de faiblesses majeures que pourrait exploiter Toronto.

Le message est clair, même si Orlando évolue déjà probablement au niveau qu’ils afficheront dans la série sur ce dernier mois de compétition, qu’ils n’ont de ce fait pas la marge de progression que possède une équipe qui attend cette période sereinement comme les Raptors, ils devraient proposer des matchs disputés dans l’essentiel des rencontres. De quoi créer la surprise ? Sûrement pas, mais en revanche, de quoi prendre une rencontre ou deux à une équipe de Toronto qui se relâcherait lors de quelques matchs, car à la fin, malgré toute leur bonne volonté, une réalité subsiste : l’effectif des Raptors est bien plus fort et abouti que celui des floridiens.