C’est une des affiches les plus attendues de la saison dont nous parlons ici. D’un côté, une équipe en route pour un threepeat et déterminée à marquer une nouvelle fois l’histoire : les Warriors. Chahutée pendant la saison, la troupe de Steve Kerr veut désormais en découdre avec l’équipe considérée par tous comme la plus susceptible de la renverser à l’Oues, les Rockets. Les hommes de Mike D’antoni n’ont pas connu une saison de tout repos, entre perte d’alchimie et blessures, ils ont du cravacher pour tenter de remonter dans la hiérarchie de la conférence.

En dépit de leurs efforts, ils échouent à la 4è place et se voient obliger de s’engager pour une revanche face aux titanesques champions en titre dès le second tour des Playoffs. Ce qui pourrait apparaître comme une mauvaise nouvelle est néanmoins à relativiser. Houston sait que pour atteindre son objectif, il faudra vaincre tôt ou tard la troupe de Golden State, et ils auront donc l’occasion d’en découdre, dans une série qui s’annonce par avance à couteau tirer.

Le bilan du 1er tour

Les Rockets sont les premiers qualifiés pour ce second tour. Après avoir réalisé une véritable démonstration face au Jazz pour inaugurer la série, remportant les deux premières rencontres durant des revers terribles infligés à leurs opposants. Si la série semblait partie pour s’arrêter brutalement, Utah réagissait enfin pour offrir des rencontres bien plus accrochées. Avec un plan défensif enfin ajuster pour tenter de limiter James Harden, la défense retrouvait enfin des couleurs pour challenger les texans.

Rapidement néanmoins, l’autre limite de cette équipe apparaissait comme trop lourde pour vraiment renverser la série. Bien que leur défense était de retour, les hommes de Quin Snyder manquaient d’options offensives de premier plan pour leur ouvrir des décalages. Trop dépendants des coups d’éclats de Donovan Mitchell, pas encore créateur d’élite en attaque, c’est la défense d’Houston qui offrait la différence, dans des rencontres serrées. Au final, la barrière était trop haute pour le Jazz, et si la bande à Gobert sauvait l’honneur en prenant une rencontre sur leur terrain, elle échouait pour la seconde année consécutive 1-4 face à James Harden et son équipe.

Très tôt dans la série les Warriors sont apparus trop forts pour les Clippers. Après une rencontre disputée dans le Game 1, l’équipe s’ajustait et semblait parfaitement son sujet. Si les troupes de Doc Rivers étaient volontaires et habitées de talents multiples, elles étaient parties pour une correction dès le 2è round. Mais ces Warriors ont des démons, et dans une rencontre qui semblait déjà acquise, ils s’écroulent sur le terrain, concédant un avantage de 31pts pour chuter.

Pour ne rien arranger, l’équipe de plus en plus dépendant de son 5 de départ perd DeMacus Cousins pour la durée totale des Playoffs, lui qui était venu sévèrement gonfler les options de son équipe. Cela n’arrête pas les champions en titre, qui font le métier au Staple Center pour dominer par deux fois les Clippers. Sauf qu’une fois encore, les Dubs pêchent par orgueil, et peu impliqués en défense, tombent à nouveau dans leur jardin. Si finalement les Warriors ont clôturé la série en l’emportant une 3è fois consécutive à Los Angeles, c’est une débauche d’énergie inutile dont tout le monde se serait bien passé à Golden State…

Les match-ups clés

La défense en switch

Les Warriors ont démocratisé la défense en switch grâce à notamment à leur « 5 de la mort » qui a décimé les meilleures formations NBA. Les Rockets, désireux de créer un basketball statistiquement optimisé ont hérité de ce modèle pour le pousser encore plus loin. Ainsi naissait l’an passé une rivalité d’un tout autre niveau, dans une série dantesque se terminant au meilleur des 7 matchs.

Ce modèle défensif que Houston a poussé, a systématisé, devrait être un arbitre crucial dans cette série, car de l’intensité et de l’efficacité des deux défenses pourrait dépendre cette demi-finale de conférence. En effet, l’arrivée de DeMarcus Cousins devait permettre aux Warriors de s’appuyer sur sa puissance physique au poste pour enfoncer Clint Capela, beaucoup plus léger que son opposant direct. Et en effet, user le pivot suisse est crucial dans la série, tant sa faculté à défendre sur des extérieurs en contenant leurs drives est un aspect majeur de la défense des Rockets.

Le souci, de part et d’autre, c’est que ces défenses, parmi les plus cinglantes de la Grande Ligue la saison précédente, ont singulièrement reculées cette année. La défense des Warriors a globalement faibli, et malgré des résurgences par période, semble effectivement moins forte que par le passé ; tandis que celle des Rockets n’a cessé de connaître des hauts et des bas tout au long de l’exercice, bien qu’elle paraisse plus solide en cette fin de saison.

Dès lors, l’efficacité de ce système défensif et les variations qui pourraient être orchestrées par les staffs de part et d’autres seront un arbitre majeur de cette série.

James Harden vs Kevin Durant – Le duel à distance

Les deux équipes savent à quel point cette match-up sera centrale dans la conquête du titre – ne nous mentons pas. Dans cet affrontement où les deux équipes se connaissent par coeur, la marge de manœuvre devrait être faible, les défenses étouffantes à chaque rencontre, et si quelques séquences pourraient voir une formation ou l’autre exploser, les espaces seront faibles.

On ne devrait pas voir Harden et Durant défendre l’un sur l’autre, hormis sur des séquences provoquées par les switchs vus précédemment. Le duel qui attendra les deux hommes se déroulera à distance, et offensivement, évidemment. D’un côté, Harden est un maestro du pick and roll et des isolations. Il a rendu fou, toute la saison, les défenses adverses avec son bagage technique et son step-back ravageur. De l’autre, Kevin Durant est Kevin Durant : un joueur de 2m06 avec un handle de meneur, un jeu au poste d’intérieur et un shoot de sniper. Deux des plus belles armes offensives dont ait accouché la Grande Ligue s’affronteront à distance lors de cette série, c’est aussi simple que ça. L’efficacité de KD dans ses isolations et la rentabilité d’Harden dans le volume seront des métronomes de cette série. Les deux hommes arrivent gonflés à bloc, et nul doute que le spectacle devrait être au rendez-vous.

L’état de forme

La blessure de Chris Paul dans le final du Game 5 la saison passée fut terrible un coup du sort pour les Texans, qui menaient 3-2 dans la série. On sait qu’après plusieurs années à tirer sur la corde en saison régulière, la fatigue des Rockets pourrait leur jouer des tours dans les rencontres couperets. Les matchs furent parfois difficiles à terminer la saison passée, notamment pour James Harden qui ne prend jamais de repos durant ses saisons.

En face, si le ménagement est désormais ancrée dans l’organisation, on parle néanmoins d’une équipe qui a vécu 4 finales en 4 ans, et vise un nouveau titre cette saison. L’usure mentale et physique s’est faite sentir durant une régulière costaude mais nullement étincelante. A cela, s’ajoute un premier tour qui a duré plus que de raison et n’était pas le bienvenu dans le plan des Warriors, privés par ailleurs de DeMarcus Cousins et Damion Jones dans la raquette. Si on rajoute à cela les alertes aux chevilles concernant Curry et Thompson, ça commence à faire beaucoup pour les Dubs… Mais sauf revirement de situation, les Splash Brothers devraient tenir leurs places dès le game 1.

Dans une série qui a le potentiel pour durer, l’état de forme du roster des deux franchises pourraient jouer un rôle déterminant, notamment chez les cadres dont les organismes seront mis à rude épreuve.

A quoi s’attendre ?

Comme l’an passé, la motion offense des Warriors s’opposera à l’attaque d’isolation des Rockets. Les champions en titre tenteront d’emballer les rencontres, en faisant circuler la balle et en jouant les contre-attaques, où leur précision est chirurgicale, tandis que les Rockets chercheront à abaisser la PACE des matchs pour recentrer sur du jeu demi-terrain et favoriser les isolations de James Harden ou CP3. En effet, ce sera une équipe parmi les 10 plus rapides de la NBA, qui affrontera Houston, qui n’a que le 27eme PACE de la NBA.

Alors que les deux équipes ont un style très semblable en défense, elles sont radicalement opposées de l’autre côté du terrain, et imposer son empreinte sera crucial pour arracher des rencontres. Néanmoins, les deux formations sont moins régulières que l’an passé, il faut donc s’attendre à une série très indécise avec des rencontres aux profils très disparates d’un match à un autre.

Golden State est désormais une défense moyenne, malgré un potentiel élevé en la matière, et il est très difficile d’anticiper comment les rencontres pourraient tourner ; les scénarios les plus divers devraient se produire sur l’ensemble de la série. Toutefois, quelques réalités s’imposent.

Tout d’abord, les Rockets devraient à nouveau s’en remettre à leur dépendance envers les performances de Chris Paul pour terminer les rencontres. Le manque de lucidité du barbu étant parfois, dans les fins de rencontres, une problématique, le meneur aura sa plus grande partition à jouer pour donner une chance aux texans de passer l’adversaire. On n’a aucun doute sur le fait que Mike d’Antoni va tirer sur la corde concernant son duo de joueurs stars, et à juste titre.

La plus grosse problématique pour Houston est de déterminer comment leurs ailiers vont s’occuper de Kevin Durant. Le MVP 2014 sera un véritable problème, car des joueurs tels que Danuel House Jr ne représentent pas de véritables garanties, et si le duo Ariza-Tucker avait su le limiter l’an passé, toujours est-il que la perte du premier reste une véritable énigme et que Tucker semble désormais bien esseulé dans son rôle. Si l’ailier venait à dominer outrageusement la série, les Rockets cherchant à limiter le nombre de possession et pouvant parfois l’emporter malgré des pourcentages délicats de leur duo de star, auront toutes les peines à compenser des performances dantesques du Mr Propre de la Baie.

Pour tenter de le museler, il est crucial que comme l’an passé, la défense des Rockets soit concentrée sur la tâche suivante : sortir les Dubs de leur motion offense, les forcer à rentrer dans le jeu d’isolation à outrance de KD, et réduire au maximum l’efficacité de ce dernier en la matière. Un véritable casse-tête à mettre en place, très énergivore, mais qui bien exécuté a fait trembler les Dubs version Kevin Durant comme jamais dans leur histoire.

Côté Warriors, il faut dormir dans une cave depuis 3 ans pour ne pas savoir quel est le plan de jeu. Les deux forces principales, Curry et KD, seront évidemment mobiliser. A voir comment le meneur récupère de son alerte à la cheville, mais nul doute que le meilleur shooteur de tous les temps – si, il faut commencer à vous faire une raison – aura à cœur de mettre à feu et à sang la défense des Rockets par son shoot, mais aussi par sa création. La force d’attraction de Curry dans le périmètre est telle qu’un seul de ses cut peut libérer un boulevard en attaque pour KD, Green et compagnie. Les Warriors devront user de leur fameuse motion offense, tout en trouvant le juste milieu quand viendra l’heure de calmer le jeu, avec les isolations de KD notamment.

Une autre donnée à étudier : les bancs. Aucun des deux bancs n’a de quoi pavoiser de ses performances cette saison, mais toute la question est de savoir si Iguodala, Livingston et consorts sauront apporter l’étincelle sur certaines rencontres. Houston possède avec Rivers, Gordon et Green notamment, des joueurs capables d’apporter du scoring et quelques coups d’éclats. Celui des Warriors a été globalement exsangue jusqu’ici, or on y revient toujours, mais la perte de DeMarcus Cousins est une problématique pour les atouts qu’il offrait dans ce match-up avec Houston, et quelques points pourraient être précieux si un des membres du trio offensif (voire plus !) venait à passer au travers. La bataille des remplaçants pourrait bien tourner en la faveur des Rockets, et si le gouffre n’est pas énorme, notamment en raison du talent d’Iguodala ou de l’apport défensif du banc de Golden State, toujours est-il que cet aspect sera un véritable facteur X de la série.

Calendrier

Game 1 : Houston Rockets @ Golden State Warriors – Le dimanche 28 avril

Game 2 : Houston Rockets @ Golden State Warriors – Le mercredi 1er mai

Game 3 : Golden State Warriors @ Houston Rockets – Le samedi 4 mai

Game 4 : Golden State Warriors @ Houston Rockets – Le lundi 6 mai

Game 5 : Houston Rockets @ Golden State Warriors – Le mercredi 8 mai (à déterminer)

Game 6 : Golden State Warriors @ Houston Rockets – Le vendredi 10 mai (à déterminer)

Game 7 : Houston Rockets @ Golden State Warriors – Le dimanche 12 mai (à déterminer)

Pronostic

Golden State Warriors 4-3 Houston Rockets

Beaucoup voient les Warriors perdus après ces 2 défaites face aux Clippers. Si cette version des Dubs est plus faible que celle des saisons précédentes, difficile de ne pas voir de la suffisance dans les deux revers qu’ils ont subi. Malgré une saison menée tranquillement, Golden State reste une des places fortes de la ligue de chaque côté du terrain sur la régulière, seul Milwaukee affichant un meilleur différentiel attaque-défense. Des points qu’il semble important de rappeler alors que l’actualité récente a fait place à une vague de doutes de la part des observateurs. Alors oui, ce n’est plus l’élite en défense et oui, cette tendance s’est confirmée face à Los Angeles, mais essayons d’éviter de trop noircir le tableau…

Du coup, qu’imaginer alors que l’adversité va monter de plusieurs crans avec le principal prétendant de la conférence ouest ? A peu près tout peut se produire, et le début de la série risque d’avoir un rôle crucial à jouer dans l’orientation de la série. Houston se prépare en Californie depuis la défaite des Warriors dans le Game 5, preuve de la pression que souhaitent mettre les Rockets à l’occasion des deux premiers matchs. Si Houston n’a pas été parfait au premier tour, voir Golden State trébucher a dû galvaniser les troupes dans l’optique d’affronter des Warriors sûrement bien plus concentrés à l’idée d’affronter les texans.

Alors quel verdict ?

Une nouvelle série d’anthologie entre deux franchises à la rivalité croissante. Néanmoins, j’opterai pour une nouvelle victoire de Golden State sur son prétendant. Malgré le talent évident des texans, Kevin Durant semble plus en jambe que jamais et on peut craindre que les Rockets ne trouvent pas de réponses au chantier qu’il produira. La santé de part et d’autre peut venir bouleverser la série, mais il est encore compliqué de savoir l’étendue des dégâts entre un James Harden à la main recouverte de glace et un Stephen Curry une nouvelle fois rattrapé par une alerte à la cheville.

Ce sont deux franchises capables de s’adapter tactiquement qui s’affronteront, certaines rencontres devraient offrir quelques bijoux tactiques, mais comme toujours ces dernières années, à la fin, on a de grandes chances de voir les Warriors gagner.