Ils ont quitté la France et dévié leur parcours de la formation à la française pour se rapprocher de la NBA, réaliser leur rêve américain ou plus simplement pour vivre une expérience à l’étranger. Ils sont quelques uns chaque année à rejoindre les États Unis pour évoluer en NCAA en intégrant un programme universitaire.

Qui sont-ils, quels sont leurs objectifs et à quoi ressemble leur vie d’étudiant-athlète ?

Retrouvez ici, à l’occasion de chaque article de #Students, un portrait consacré à l’un de nos frenchies expatriés au pays de l’oncle Sam.

Dans ce deuxième numéro de Students, on part à la rencontre de Paul DJOKO. 20 ans, meneur de 1M93 pour 88Kg formé à Châlons-Reims et originaire de Strasbourg. Il porte actuellement les couleurs de l’université de Northern Kentucky à Highland Heights.

Bonjour Paul, comment est née l’idée d’entamer un cursus universitaire aux USA et par la même occasion d’y poursuivre ta carrière de basketteur ?

En fait ça c’est fait un peu par hasard. Après le lycée j’ai mis un peu mes études entre parenthèses car j’ai fait un an d’Espoirs à Reims où j’alternais les passages entre mon équipe et les Pros. Mais le fait de prendre une année sabbatique au niveau études m’a amené à réfléchir avec mes parents sur la suite parce le basket c’est bien mais si tu n’arrives pas au plus niveau il te faut impérativement quelque chose à côté. Au fil des discussions avec mes proches, petit à petit l’option NCAA est apparue et comme j’ai un mentor pour le basket, depuis que j’ai dix ans, qui pouvait s’occuper des démarches on a fait ce choix. Grâce à ses relations, on a réussi à prendre contact avec coach Brannen de NKU avec qui j’ai pu discuter. Je lui ai également envoyer des vidéos de mes matchs. Et sur ces bases, il a accepté de me recruter.

Je crois savoir que tu prépares un Master en Informatique. Quand on choisit de poursuivre ses études aux USA parallèlement au basket, comment fait-on pour s’y retrouver dans les nombreuses offres de cursus ?

Oui, il y a un panel assez énorme en orientation. J’étais, c’est vrai, un peu dans le flou. En fait je me suis simplement demandé ce que j’aimais faire. Comme j’aime le sport et l’informatique, au final j’ai choisi de faire mon major en Informatique et mon minor en sport business.

Comment s’est passée ton intégration dans le Kentucky et plus précisément sur le campus ?

Franchement au début j’étais un peu perdu parce que j’étais seul, j’avais un anglais « scolaire ». Et puis le coach et mes coéquipiers se sont vite rendus disponibles pour m’aider. Après on s’habitue vite. Les gens sont accueillants même si on passe la majeur partie du temps sur le campus. Le coach impose que le logement soit sur le campus durant les deux premières années. A partir de la rentrée je compte prendre un appartement assez proche avec un de mes coéquipiers pour gagner un peu de liberté.

Parlons basket désormais, tu as effectué une première année en tant que « red shirt » au sein de l’équipe et par définition tu n’as pas joué. Comment as-tu géré sportivement cette situation ?

C’est une décision que j’ai prise avec le coach et ma famille car je n’avais pas pu faire les work out de l’été à mon arrivée puisque je n’avais pas encore mon visa. Et puis il y avait déjà deux meneurs de jeu établis dans l’effectif donc j’allais avoir très peu de temps de jeu. Donc on s’est dit que c’était mieux de « red shirt » ma première année. En tant que compétiteur, tu te dis d’abord ça va être long mais en fait le rythme NCAA est tellement dense que tu ne vois pas la saison passée. Tu ne joues pas les matchs mais tu suis quand même l’équipe. Tu en profites aussi pour multiplier les work out personnalisés et faire de la musculation pour te préparer.

Quels sont les avantages et les inconvénients d’évoluer dans le système universitaire américain selon toi ?

L’avantage c’est clairement de te confronter aux meilleurs joueurs de ton âge et de le faire dans des infrastructures incomparables. Tu allies aussi école et basket ce qui n’est pas forcément possible en France. Sinon pas vraiment d’inconvénient si ce n’est l’éloignement familial.

Quels étaient, d’un point de vue collectif, les objectifs de début de saison fixés par John Brannen ? Vous attendiez vous à remporter l’Horizon League et à participer à la March Madness ?

Oui c’était clairement l’objectif. On voulait gagner la saison régulière, le tournoi de conférence et participer à la March Madness. On était aussi très attendu.

Tu viens donc d’achever ton année freshman, quel bilan fais-tu de ta saison d’un point de vue individuel ?

Clairement satisfait tant individuellement que collectivement. On a des meneurs avec des qualités offensives dans l’équipe donc moi je me suis inscrit plutôt en « role player » vraiment au service de l’équipe. Donner un maximum d’énergie défensive, servir au mieux les gros scorers de l’équipe en lançant les systèmes et en effectuant les pick’n roll.

A la fin de la saison, John Brannen a quitté NKU pour rejoindre Cincinnati. Il a été remplacé depuis par Darrin Horn qui arrive de Texas où il était l’assistant de Shaka Smart après avoir notamment dirigé Western Kentucky et South Carolina.
Comment as-tu réagis à ces changements ? As-tu fait la connaissance de ton nouveau coach ?

Forcément déçu de voir partir le coach qui m’a recruté. D’autant qu’il est parti avec tout son staff donc c’est aussi deux ans de relation qui s’en va. Ensuite pendant une dizaine de jours on est resté sans coach donc c’était un peu bizarre mais je suis resté confiant aux vues de la saison qu’on vient de faire. On savait que la fac allait trouver un bon remplaçant et que beaucoup de coachs seraient intéressés. A partir du moment où le nouveau coach a été signé, on a tout de suite été reboostés et on a fait connaissance au travers de deux, trois entretiens. On a pas encore fait d’entraînement ensemble car il est arrivé pendant les examens et les règles NCAA sont strictes là dessus.

En dehors du basket, comment occupes-tu ton temps libre ?

En saison, on a très peu de temps libre entre les entraînements, les déplacements, les matchs et les cours. En fin de saison, on profite tranquillement de la vie sur place.

Justement l’Horizon League est une conférence géographiquement étendue, comment s’organise votre logistique lors des déplacements ?

Dans la conférence, il y a deux équipes qui se situent au delà de quatre heures de route. On part en général la veille des matchs après l’entraînement. En revanche, pour aller à Milwaukee et Green Bay dans le Wisconsin là on prend l’avion.

Quel est le coéquipier qui t‘impressionne ou qui t’a le plus marqué ?

Sans hésitation, Drew McDonald qui est notre meilleur joueur et aussi le visage de l’université. Il est senior, originaire de la région et c’est surtout un joueur de basket incroyable. C’est le plus gros talent offensif avec qui j’ai eu l’occasion de jouer. C’est un intérieur qui sait tout faire, il est intelligent et il peut tirer à trois points.

De l’autre côté du terrain, quel adversaire t’a le plus marqué depuis que tu es en NCAA ?

J’ai été particulièrement impressionné par Antoine Davis, freshman à Detroit, qui a battu le record du nombre de trois points sur une saison pour un freshman. J’ai eu pas mal l’occasion de défendre sur lui et il a énormément de move et il peut vraiment shooter de n’importe où.

Quelle est la salle la plus impressionnante dans laquelle tu as joué ?

Quand on a joué à Cincinnati, l’ambiance était incroyable. La salle était neuve, pleine à craquer, le public réagissait sur chaque action c’était dingue.

Je sais que tu es également un joueur de 3X3 et que tu évolues en équipe de France, as-tu eu l’occasion de pratiquer cette discipline aux USA ?

Non, aux USA ce n’est pas vraiment développé mais maintenant que la discipline est olympique qui sait.

Objectif J.O ?

2020 ça sera court mais oui qui ne rêverait pas de participer aux Jeux Olympiques.

Depuis que tu as quitté la France, y a t-il des choses qui te manque particulièrement ?

Surtout la nourriture, les « trucs » bien français. Les pâtisseries, le pain, le beurre… Heureusement, l’université met pas mal de moyens pour l’équipe de basket donc on mange très bien.

Souhaites-tu partager une anecdote, un moment, une rencontre qui illustre ton expérience aux États Unis ?

Mon premier match dans une salle NBA à Memphis. Tu suis la NBA depuis petit et tu te retrouves à jouer sur un des parquets. C’est dingue. Depuis, j’ai aussi eu la chance de jouer dans la salle des Pistons et des Pacers aussi.

Enfin pour terminer, tu viens tout juste de rentrer en France, quand retournes-tu à Highland Heights et quels sont tes projets d’ici là ?

Je suis à Strasbourg pendant cinq semaines. Ensuite, on entamera les work out de l’été. En août comme la majorité des programmes qui font des séjours à l’extérieur, on part aux Îles Vierges pour rencontrer des équipes locales. Et puis retour sur le campus pour entamer l’année.