Ca y est, les fans de Cleveland sont fixés sur leur futur coach et, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils peuvent être ravis du choix surtout au regard de ce qui vient de passer par le banc ces dernières années. Evidemment, on ne peut pas se fier à un CV ou un nom pour savoir si ça va marcher, mais force est de constater que Koby Altman a été plus que cohérent par rapport à l’effectif à sa disposition. Il a donc pris soin de choisir l’élu, non pas en fonction d’un rang supposé, mais bien en tenant compte des forces présentes dans l’Ohio.

Après une multitude d’interviews aux quatres coins du pays, le choix s’est donc porté sur John Beilein. Très franchement, je pense que c’est le seul dont on avait pas cité le nom pour reprendre la tablette des Wine and Gold.

Dire que le nouveau head coach n’est pas inconnu est un doux euphémisme. Agé de 66 ans, celui-ci a presque tout connu dans les différents échelons des équipes de collèges ou universitaires. Depuis 2007, il est à la tête des Michigan Wolverines, parvenant à les amener 2 fois dans le Final Four en 2013 et 2018. Il a reçu plusieurs distinctions individuelles mais on est pas là pour passer du polish sur le bonhomme, mais plutôt voir pourquoi Cleveland l’a choisi et pourquoi Cleveland a probablement bien fait.

Style offensif

Motion, motion, motion. S’il y a bien un maître mot dans tous les plays offensifs de Beilein, c’est bien le mouvement. Il y aura bien entendu d’autres fondamentaux mais 90%, pour ne pas dire 100 % de la réussite de ses systèmes passent par là. Il n’y a rien de très complexe dans son approche du basket et la plupart des systèmes s’exécutent sous les 12/14 secondes grand max.

L’autre grande notion est le spacing (la volonté de maintenir de l’espace entre les joueurs et donc leurs défenseurs). Je sais que cela peut paraître bête tant ça tombe sous le sens, mais c’est la base du basket et, comme je vous l’ai dit, son approche est certes rudimentaire mais terriblement efficace lorsque l’équipe applique ses fondamentaux offensifs

Le passing sert de troisième pilier à son attaque, très peu d’iso mis à part sur le Cheek, qui est un système où l’on part d’une dispo classique avec balle à l’aile gauche. Celui-ci remonte vers le centre pendant que tout le monde, sauf le pivot, qui est à l’opposé au départ de l’action, part du côté d’où vient l’ailier. De ce fait vous créez une iso 1v1 ou 2v2 en une seconde plutôt que de montrer (souvent trop tôt) que vous allez jouer une iso. Un genre d’isolation surprise, si vous préférez.

Dernier point important : le shoot extérieur est nécessaire pour tirer le plein potentiel offensif de son équipe. Ceci dit, avoir un joueur qui a des bonnes capacités à aller vers l’anneau et à finir peut aussi constituer un plus. Non seulement pour ne pas rester bloquer dans une forme d’attaque, mais aussi pour profiter du travail accompli pour créer du spacing. Si on souhaite motiver ses joueurs à se mettre par terre, il ne faut pas oublier de fixer l’objectif de tout cela.

Pour décrire un peu plus précisément le style, on peut dire que, dans un monde parfait, la dispo de départ de l’attaque est 4 joueurs à l’extérieur et un pivot poste haut qui va être utilisé pour des écrans, un point d’accroche, un point de transition pour aller chercher une passe,… bref un homme à tout faire comme on dit communément. Les autres vont, en fonction du système, couper, passer, placer des écrans et utiliser assez régulièrement des dribble hand off (DHO) que l’on peut aussi appeler passe de main à main en mouvement et qui est très pratique puisque ça créé un écran naturel lorsque les deux joueurs se croisent. La plupart des plays s’axent également sur 3 joueurs : Le meneur, le poste 4 et le poste 5.

Je pense que vous commencez à me voir venir avec Cleveland. Bien sur les 2 autres ne sont pas en reste, avec pas mal de courses, de jeux sans ballons ou d’écrans sans ballons . Ils sont même parfois mis à contribution directement dans la finition, mais l’avantage de ceci est qu’on a pas d’office besoin d’avoir 5 joueurs avec un gros talent offensif pour survivre. Bon là vous me voyez complètement avec les Cavs.

Voilà qui devrait ravir les fans (et les joueurs) de savoir que John Beilein fait tourner des systèmes sur Sexton, Love et Thompson. Les 3 meilleurs éléments à ce jour. Sexton pour son shoot et sa qualité de drive, Love pour son shoot longue distance et Thompson qui sait poser des écrans et peut garder le ballon en main sans paniquer. Si on ajoute à cela Clarkson, qui a su passer un palier la saison passée et quelques Cheek bien sentis, on est déjà plus tranquille à l’idée d’aborder la saison. Bien sur ça ne suffira pas à drastiquement changer, mais ce sera déjà mieux.

Pourquoi ? Parce que Cleveland joue déjà dans cette configuration. Pourquoi ça n’a pas marché avant alors ? Parce que Cleveland a commencé à évoluer dans ce style de jeu à partir de la mi-saison, avec pas mal de changements dans l’effectif et sans avoir un grand maître en la matière. Là, les Cavs auront largement de quoi s’entraîner, avec peu de changements dans l’effectif et surtout avec un coach qui développe cette philosophie de jeu depuis des décennies.

Que faudra-t-il ajouter à l’effectif pour que ça marche ? D’abord, en ce qui concerne la draft, je pense que les Cavaliers doivent se focaliser, s’ils le peuvent, sur Jarrett Culver, qui répond mieux à ce dont ils ont besoin. Il peut jouer 2, certains diront même 3 en fonction de qui est en face. Il pourrait changer par moment avec Cedi Osman, pour apporter un peu de variété. Il possède un shoot extérieur correct même si, à mon sens, c’est sur cet aspect qu’il peut s’améliorer le plus. Par contre, il ouvre très bien les défenses pour finir main gauche/main droite. Il est aussi bon défenseur, athlétique (pour un jeune qui arrive de NCAA à son poste) et se projette très bien vers l’avant en contre. Bref un profil bien all-around. J’aurais pu en dire presque autant sur DeAndre Hunter mais sa taille me bloque un peu pour qu’il soit utilisé au poste 2.

Pour ceux que ça intéresse, voici une liste des plays offensifs joués par Michigan ses dernières années. Je ne les ai pas développé dans l’article afin de le rendre accessible à tous et toutes, mais ceux qui veulent approfondir il suffit de taper le nom du play sur Youtube et ça devrait être bon : Motion, 25 down, Chin backdoor, Shuffle STS, 25 UCLA, Turn 41 pop, Lift, Early drag/Pitch,… Pour ceux qui ne sont pas familiers avec les noms, sachez que le chiffre représente les postes concernés par le play (Turn 41 pop correspond donc, en résumé, à un départ en drive du 1 qui passe après le turn au 4 qui a pop par exemple).

Style défensif

On ne sait pas encore quel assistant va avoir la lourde tâche de redonner une défense digne de ce nom aux Cavs, mais on peut déjà se pencher sur ce que John Beilein a mis en place à Michigan, en faisant des voisins de l’Ohio la 3ème meilleure défense.

On va donc balayer les différents aspects d’une organisation défensive globale.

D’une manière globale et encore une fois très logique, la règle du no middle fait partie de la grande force de sa défense. En gros personne ne doit passer par la raquette. OK mais on fait comment chef ? Plusieurs choses sont à respecter :

1) Avoir un meneur capable de tenir un 1v1,

2) Placer une zone 1-3-1 (choix de Beilein) j’y reviens,

3) Pas d’aide sauf en cas de nécessité absolue,

4) Step back and under pour la défense sur pick and roll (j’y reviens également),

5) ne pas craindre les missmatch (ça tombe sous le sens),

6) Prise à 2 voire 3 ultra rapide.

Bon dis comme ça, ça a l’air tendu. Mais en fait, ce n’est pas vraiment le cas. La zone 1-3-1 ressemble, vue du haut, à une croix dans la défense. Les 2 extérieurs pistonnent sur les côtés (dans le cas des Cavs, Osman et Culver, soyons fous) donc il faut une bonne condition physique et des bons appuis. Le poste 1 est face au poste 1 et va essayer de le forcer à le faire driver vers la baseline, le plus possible dans un coin. L’ailier qui est côté ballon en défense va remonter vers la tête pour couvrir un démarquage et un shoot à 3 points pendant que le meneur poursuit son 1v1, dès que celui-ci tourne le dos en protection de balle ou, pire, s’arrête, il est harcelé par l’ailier de tout à l’heure (l’ailier opposé vient alors entre les 2 ailes en couverture) mais aussi par le pivot qui est en bas (pour couper la ligne de passe baseline). Le but de cette défense est de forcer au maximum les turnovers.

Qui dit turnover, dit aussi contre attaque derrière et donc, à priori, des attaques sur des défenses pas en place et donc des paniers plus faciles en transition. Ce que Cleveland fait d’ailleurs plutôt bien avec Sexton, Osman, Love en catch and shoot, Thompson qui est assez rapide pour son gabarit et, bien entendu, Culver (je ne te lâcherais pas). L’équipe adverse ne pourra dès lors compter que sur un jeu de passes rôdé et une bonne réussite extérieure. Il faudra bien entendu alterner sur d’autres défenses en fonction de l’opposition, mais ça me semble être un bon début.

Les Cavs ont connu pas mal de difficultés à défendre sur pick and roll et le choix de faire du step back and under me semble être le plus adapté. Pour faire simple, le pivot en défense recule d’un pas vers son panier pour laisser passer celui qui a subi l’écran afin qu’il puisse suivre son attaquant. Derrière, le pivot reprend simplement son homme. Cela devrait simplifier la tâche à quelqu’un comme Kevin Love, qui était systématiquement visé par ce genre de mouvement adverse les saisons passées. Le fait d’agir comme épouvantail derrière est plus adapté pour lui.

Conclusion

« Mais attend, il va nous dire que les Cavs vont être champions là, non ? »

Non et tout ne marchera pas comme prévu, mais il est certain que le choix de Beilein a été fait pour les bonnes raisons, par un front office qui connait le bonhomme et qui ne cherche pas à changer la nature des qualités de ses joueurs. Il cherche, au contraire, à les exploiter à 200%, voire à les améliorer. Selon moi, c’est le meilleur choix que Cleveland pouvait faire. Au fil des heures, il semble que Beilein souhaite s’entourer d’assistants expérimentés en NBA ce qui se défend très bien vu qu’il ne vient pas de cette ligue. Il cherchera sûrement à prendre des gens qualifiés et reconnus pour faire passer son message.

La durée de contrat de 5 ans montre aussi la grande confiance en ce coach et, en lui donnant du temps pour développer une équipe solide à l’Est, cela montre aussi via ce que je viens de vous expliquer que même là, le front office a pensé à son équipe : Sexton, Love, Nance, poste 1-4-5, tous sont sous un contrat longue durée. De quoi s’assurer de la continuité sur le moyen terme, et dans la ligue où l’éphémère est roi, ceci est particulièrement précieux. Cleveland pose les bases d’un projet réfléchi et sain, là où le manque de cohérence gangrène certaines franchises.