Hier soir, les Milwaukee Bucks ont frappé un grand coup en prenant leur 2eme victoire face aux Toronto Raptors. Favoris dans cette série face aux canadiens, ce qui a surtout marqué dans cette 2eme manche, c’est la manière. Les daims ne sont pas contentés de l’emporter comme lors du match 1, ils ont cette fois cassé l’adversaire dès l’entame du match pour filer tranquillement vers le 2-0. Si cette victoire était somme toute attendue puisque réalisée à domicile, il va sans dire que cette équipe des Bucks détonne.

Parce que dans une NBA qui ce sera transformée en une véritable course à l’armement suite à la signature de Kevin Durant aux Warriors, les Bucks ont choisi une autre voie. Là où les équipes formaient des troupes d’élites puis cherchaient à les entourer d’un maximum de role players utiles, eux ont préféré tout construire autour de leur seul leader : Giannis Antetokoumpo. En ce faisant, ils ont monté un banc historiquement profond pour une équipe prétendante au titre.

Milwaukee a fait le choix de monter une véritable légion. Une pratique à contre-courant.

Un choix assumé

Cet été les Bucks avaient décidé de choisir un cap en ramenant un nouvel homme pour piloter son équipe. Mike Buldenhozer. L’homme qui s’était illustré pour avoir transformé une équipe des Hawks talentueuse mais sans leader évident en une machine rodée de la conférence Est, trouvait en la franchise du Wisconsin une arme de destruction massive autour de laquelle mener son plan de bataille.

Confiant quant à l’idée de monter tout un groupe autour d’un seul leader, encore fallait-il trouver les bons éléments pour exploiter les qualités du Grec.

Et c’est là que le front office aura fait un travail admirable tout au long de la saison pour se garnir d’une multitude d’options. L’objectif étant de monter une défense d’élite et des joueurs capables de profiter de la gravité qu’exerce Giannis sur l’adversaire, pour le punir en attaque. Deux volontés qui peuvent parfois être contradictoires et prouvent bien toute l’intelligence du recrutement pour bâtir ce groupe.

C’est ainsi qu’aux Eric Bledsoe, Khris Middleton, Malcolm Brogdon, Toney Snell ou Sterling Brown déjà présents, vinrent s’ajouter une liste interminable de vétérans NBA :

  • Pat Connaughton
  • Brook Lopez
  • Ersan Ilyasova
  • George Hill
  • Nikola Mirotic
  • Donte DiVicenzo (bon, et un rookie)

Pas de défenseur d’élite, mais tous ont été choisis pour d’autres raisons. Tout d’abord, une faculté à trouver leur place dans un collectif et accepter le rôle qui leur est donné. Disciple de Gregg Popovich, Mike Buldeholzer partage sa philosophie. Aussi, ne voyez pas un hasard dans le fait que tous les vétérans qui composent ce groupe ce soient illustrés par leur faculté à se fondre dans des collectifs. Qui illustre mieux cette faculté qu’Ersan Ilyasova, intérieur qui voyage de club en club pour apporter, très souvent avec succès, son jeu d’intérieur fuyant, mais aussi George Hill, ancien Spurs et qui s’est illustré avec diverses équipes depuis sa période texane ?

Un système offensif simple

Offensivement, Milwaukee a décidé de jouer simple. Avec Giannis en fer de lance, elle possède un joueur capable d’attaquer encore et encore la défense adverse. Avec ses qualités athlétiques uniques, sa taille immense et son envergure sans fin, affronter les Bucks signifie forcément avoir un plan pour défendre le Greek Freak. Un plan qui nécessite toujours de mobiliser plus qu’un joueur pour limiter la bête. Et qui ouvre donc des opportunités pour ses coéquipiers.

Dans une NBA moderne de plus en plus adepte du tir à 3 points, il ne faut pas s’étonner que l’ensemble des recrues vers lesquelles se sont tournés les Bucks soient capables de décocher à longue distance. Giannis obtient avec facilité les tirs les plus rentables de la NBA, le stopper signifie souvent créer des espaces propices à un shoot ou une passe pour perpétuer le décalage. Ainsi, si les Bucks adaptent leur rythme de jeu à la défense adverse, il ne faut pas s’étonner que leur système offensif soir très simple et se base sur des ajustements légers à chaque rencontre.

D’autant, qu’en dépit de vétérans intelligents, cette équipe des Milwaukee Bucks peut sûrement être conçue comme ayant « un plan de jeu unique ». Or les multiples variations qu’elle possède lui permet à ce stade de l’année, de continuer à développer son basket sans trembler. Mieux, ils ont su évoluer au cours de la saison pour devenir une équipe capable de gagner même lorsque son leader n’est pas au rendez-vous – comme Antetokoumpo le clamait lui-même à l’issue du Game 1.

Cette équipe est excellente et on peut très bien gagner même lorsque je réalise un mauvais match.

Une excellente nouvelle, car c’est un travers que l’on peut trouver aux équipes construites autour d’une seule figure : s’effondrer quand le leader est ciblé et freiné par la défense adverse. C’est probablement en cela que le banc est d’ailleurs différent de ce qui se fait le plus souvent en NBA. Car si durant une bonne partie de la saison, les Bucks étaient fébriles lorsque leur leader n’était pas en jeu, ils ont évolué pour proposer un jeu de plus en plus cohérent. Permettant notamment à d’autres individualités de briller.

Joueurs discrets, George Hill et Pat Connaughton prenaient les choses en main dans le Game 3 face aux Celtics. Ce qui ne créait pas forcément d’attentes pour la suite – la force des Bucks étant de savoir trouver le joueur qui à la main chaude lorsque cela se présente. Personne ne cherche à tirer la couverture vers soi, prouvant que toute la force de frappe de l’équipe est tournée vers l’objectif commun.

Lorsque vous n’avez qu’un joueur de calibre All-NBA Team, savoir trouver les bonnes personnes match après match est une réelle difficulté. Une difficulté que les dirigeants ont anticipé en donnant au coaching staff pléthore de joueurs vers qui se tourner.

Une défense acérée

Jason Kidd parti et ses successeurs ayant suivis, fini la défense anachronique. Là où les Bucks étaient poussés à éliminer un tir que la NBA actuelle tend à réduire par elle-même, tout s’apprêtait à changer. Fini la concentration sur le tir à mi-distance, le général Buldenhozer arrive avec de nouvelles idées.

La première : il faut à tout prix devenir une défense d’élite dans la protection du cercle. Avec les immenses bras de Giannis, le placement intelligent de Lopez et un roster bardé de joueurs grands et athlétiques, il va sans dire que rentrer dans la raquette n’est pas une mince affaire. D’autant que pour réussir dans cette tâche, Mike s’appuie sur une donnée statistique intéressante. En dépit d’un recours de plus en plus important au tir à 3 pts, les pourcentages dans l’exercice n’ont pas connu de nette augmentation. Aussi, les Bucks ne ciblent que les meilleurs tireurs adverses et préfèrent contenir les pénétrations. Résultat, ils tirent plus à mi-distance et à 3pts, mais moins près du cercle et à un taux très bas.

Sur ces Playoffs par exemple ? Les adverses des Bucks ne shootent qu’à 51,6% dans la raquette – et ce alors que Milwaukee est une des 4 équipes qui y autorisent le moins de tirs. Des pourcentages néanmoins supérieurs à ceux de saison régulière. Ce que l’on peut soit mettre sur le dos des oppositions, soit sur l’intensité supérieure déployée par l’équipe en post-saison. Néanmoins, difficile de ne pas considérer qu’un premier tour face aux Pistons, puis un second face à des Celtes frileux au moment d’attaquer la raquette ne puisse pas accroître leurs résultats.

Dans le même temps, ils sont dans la moyenne en terme de pourcentage autorisé en régulière (16eme), avec 35,1% au tir, loin des leaders que son Denver (32%) et Toronto (32,6%) – mais sont comme une conséquence l’équipe qui autorise le plus de tirs derrière l’arc (24,6). Premier devant … les Warriors (22). Drôle de coïncidence ? Probablement pas.

Bien qu’il y ait peur d’experts défensifs dans l’équipe, les Bucks peuvent se targuer d’appliquer le plan à la lettre. Que ce soit les titulaires comme les rotations, les progrès observés furent saisissants dès l’ouverture de la saison, et il ne faut donc pas s’étonner des gabegies offensives que peuvent connaître leurs opposants. L’utilisation du mot légion, n’avait rien d’un hasard. Car ce qui caractérise cette équipe, c’est bel et bien sa discipline. Les légions romaines devaient moins leur succès moins à leur habilité au combat qu’à leur faculté à bâtir des défenses. Et c’est un mur très efficace qu’a construit l’équipe du Wisconsin.

Pourtant, l’équipe n’est pas dans le moule de ce qui se fait en NBA en la matière :

  • Ne pratique pas la défense en switch qui fait la norme
  • Drop sur le Pick&Roll, ce qui n’est pas dans la norme
  • Délaisse la ligne à 3pts
  • Joue à fond le rebond défensif et offensif
  • S’appuie sur des intérieurs lents latéralement et sans une verticalité importante

La finale NBA annoncée, Bucks Vs Warriors, a tout finalement d’une finale improbable dans le jeu proposé. D’un côté, une équipe construite d’une certaine manière à contre-temps – de l’autre, une équipe ayant su prendre quand il le fallait le contre-pied de ce qu’elle avait elle-même tendu à démocratiser. Un général entouré de sa légion face à une troupe d’élite s’appuyant sur des role players sûrs de leurs places et de leurs limites. Un affrontement qui serait des plus intéressants et, comble du spectacle, inédit, après 4 ans de batailles entre les Dubs et les Cavaliers.