L’heure d’en découdre à sonner ! Nous connaissons les représentants de chaque conférence, et ce sera une confrontation historique car inédite. D’un côté, des Golden State Warriors présents pour une 5è finale consécutive, une première dans la NBA moderne. De l’autre, les Toronto Raptors qui font leur première apparition à ce stade de la compétition, 24 ans après leur création. Un choc entre deux des publics les plus survoltés de la grande ligue et qui scellera les retrouvailles entre Kawhi Leonard et les champions de la baie.

Le bilan des finales de conférences

Golden State est arrivé en incontestable favoris face à Portland et ce malgré une pluie de blessure sur le 5 de départ. Sans surprise, ils ont tenu leur statut et ce malgré 3 rencontres sur 4 qui furent disputées. Opposés à des Blazers déterminés, c’est pourtant la classe du trio Curry-Thompson-Green qui s’est rappelé à la NBA, mais aussi, la vigueur avec laquelle Andre Iguodala s’évertue à défier les années.

Au final, même si Portland possédait un backcourt susceptible de batailler avec celui de la Baie, deux éléments ont faire la différence. Tout d’abord, la supériorité du duo des Warriors, tout simplement plus forts et créatifs qu’un duo Lillard-McCollum en deçà de leurs premiers et seconds tours. Le meneur qui avait déjà baissé sévèrement de régime face aux Nuggets n’a pas pu élever son niveau de jeu face aux Warriors, assistant impuissant aux tours de forces répétés de Golden State. Le second point fut la présence dans l’effectif d’un talent défensif générationnel à même de faire la différence, d’autant que délesté de plusieurs kilos, monsieur Draymond Green. Plus en rythme, plus affûté, Draymond a les crocs qui rayent le parquet depuis le début de la post-saison, et ce dernier pèse beaucoup plus offensivement que lors des deux campagnes précédentes.

Résultat, si lors des Games 2, 3 et 4, Portland a compté des avances conséquentes, c’est la facilité des Warriors à retourner des avances et gérer les moneytime qui a fait la différence. Si cette finale de conférence ne fut pas la domination sans partage que le sweep sous-entend, il fut en revanche l’étalage de la sérénité grandissante de cette dynastie de Golden State.

Dans l’autre série, la bataille fut beaucoup plus âpre. Face à des Bucks favoris et vainqueurs par deux fois à domicile, l’étau semblait se resserrer autour de la troupe de Kawhi Leonard. Si les Canadiens avaient semblé rater le coche lors du Game 1, la victoire tonitruante des hommes de Mike Buldenhozer dans le match 2 avait de quoi doucher les espoirs des Raptors. On disait alors le banc canadien essouflé, et Kawhi isolé…

Pourtant, il n’en fut rien et Toronto remportait finalement la série 4-2, enchaînant 4 victoires sans coup férir. Passant par plusieurs joueurs retrouvés, ils pouvaient désormais s’appuyer sur un Kyle Lowry bien plus impactant offensivement que face aux Sixers. Le meneur de poche retrouvant son allant, ce n’était pour autant pas suffisant. Il fallut notamment plusieurs matchs plus visibles de Marc Gasol mais aussi du banc canadien – Van Vleet en exemple typique – pour enfin opposer une résistance trop grande à leurs adversaires.

Cette série fut aussi le théâtre de l’exposition de plusieurs faiblesses de Milwaukee. Tout d’abord, le fait que Giannis puisse être arrêtable. Ainsi, dans le 3è match, Nick Nurse lançait Kawhi Leonard sur le Greek Freak et utilisait les aides bien senties des intérieurs (Gasol et Siakam en tête) pour complètement limiter le Grec.

De fait, c’est plusieurs éléments qui étaient exposés. D’une part l’absence de véritable « plan B » pour les Bucks dès lors que Giannis se retrouve muselé. En limitant la gravité de ce dernier, c’est tout l’attaque de l’équipe qui s’enraye. D’autant que d’autre part, la limite principale de cette équipe se trouve là : n’ayant pas d’autre menace majeure dans l’effectif, il devient complexe d’être aussi dangereux que quand toute la machine tourne.

Finalement, l’exposition de ces faiblesses entraînaient une véritable guerre de barbelés, dans laquelle les Raptors s’en sortaient un peu mieux sur quelques détails. Notamment, en étant capable de s’en remettre à Leonard, pas forcément plus dominant que son adversaire, mais en revanche, plus polyvalent offensivement. L’absence de shoot qui revient sur le tapis ? Peut-être. En attendant, le Canada s’ouvrait les portes de ses premières finales NBA.

Les match-ups clés

Kawhi Leonard Vs Stephen Curry

Pas les mêmes postes, mais la même importance de part et d’autre ? C’est à peu près l’idée. Mieux, nous pourrions voir le premier défendre sur le second par séquence. Pour tenter de hacker l’attaque des Warriors. Nick Nurse possède de multiples options et on imagine qu’à un moment ou un autre, la tentation sera grande d’envoyer l’ailier pour tenter d’enrayer la meilleure gachette du monde en cas de coup de chauffe de celui-ci – surtout si KD est absent. En théorie, c’est bel et bien Lowry qui devrait se voir charger de serrer le Chef de près.

Mais jamais les Warriors ne sont plus brillants que quand Curry est en rythme et met son empreinte sur le match, et si un joueur a prouvé qu’il pouvait briser n’importe quel attaquant de génie, c’est bien Leonard. Et si la clé était ici ? Se contenter de casser l’âme offensive de cette équipe en équipe avec le bon personnel et des switchs bien sentis, au besoin ?

Bien sûr, les Warriors ont prouvé lors du Game 6 que même avec leur meneur à 0 point ils pouvaient tenir bon. Mais peuvent-ils finir les rencontres à plusieurs reprises si ce dernier s’enlise ? C’est une réponse que l’on veut avoir et une match-up que l’on attend.

Pascal Siakam vs Daymond Green

C’est un affrontement qui peut sembler anecdotique. Du moins à l’échelle d’une finale NBA avec des équipes de cette envergure. Non pas que les joueurs ne soient pas importants, au contraire, mais ils paraissent en deçà d’autres noms plus clinquants.

Pourtant, tous les deux ont représenté à un moment donné de ces campagnes des cauchemars en terme de match-up. Parce qu’ils sont très mobiles et créatifs pour des intérieurs, parce qu’ils peuvent défendre sur de trop nombreuses positions, apporter trop d’aides précieuses pour être ignorés. Draymond fait évidemment office de maître en la matière, là où Siakam n’en n’est qu’à ses balbutiements.

Dès lors, si ce n’est pas leur affrontement direct qui devrait nous intéresser, ce sont plutôt toutes les opportunités tactiques qu’ils offrent à leurs coachs et la manière dont ils s’exécuteront qui peut opérer une différence majeure. Alors, lequel des deux s’en sortira le mieux ? Difficile de pas ne pas être tenté d’appeler le triple champions NBA à la barre avant même le début de la série. Pourtant, le camerounais a prouvé qu’il ne serait pas en reste, peu importe la pression des finales.

Sur les bancs, la bataille des cerveaux

Dernière bataille et pas des moindres, celle des coachs. Entre un Steve Kerr désormais incontournable du circuit NBA et un head coach rookie qui a pourtant fait tous les bons ajustements, c’est une affiche de l’ombre alléchante. Les deux équipes ont un véritable spectre tactique avec des joueurs intelligents pour relayer leur plan. Il y aura de l’expérience de part et d’autres. Il y a des champions NBA et des vétérans racés aux Playoffs aussi.

A eux d’aller puiser dans ces ressources pour faire la différence, désormais.

A quoi s’attendre ?

C’est un choc entre deux équipes aux profils opposés que nous devrions avoir. D’un côté, des champions en titre qui en bons représentants de la conférence Ouest sont prêts à faire feu de tout bois. Avec un offensive rating stratosphérique de 116,4 points marqués pour 100 possessions, les Warriors n’ont pas d’équivalents dans cette ligue. Leurs dauphins, les Nuggets, sont à 113,3, tandis que leurs opposants de la série pointent à la 9è place sur 16 qualifiés avec 108,1. Un différentiel important qui atteste des disparités entre deux parcours faits aussi de luttes bien opposées.

Avec un jeu fait de rythme, de spacing, la fameuse motion offense estampillée Dubs s’appuyant sur la maestria de Stephen Curry, c’est donc un défi tout autre qu’habituel qui s’impose à Toronto. La bonne nouvelle pour les Canadiens, c’est que s’ils n’ont pas le talent offensif de leurs adversaires, ils ont aussi le rideau de fer le plus solide de la NBA. S’appuyant sur un 5 de départ élite à tous les postes, c’est un défi qu’on pourrait qualifier d’inédit qui va se dresser sur la route des Warriors. En effet, Toronto affiche un defensive rating de 102,1. Loin du 110,3 des Dubs, qui ont joué deux séries très débridées, notamment face aux Clippers.

Quand les Blazers au tour précédent ne possédaient pas les armes pour transformer les rencontres en batailles, probablement le talon d’Achille de cette équipe de Golden State, Toronto a cette faculté. Notamment car si nécessaire, l’équipe peut opter pour du switch-all, pour maintenir un effort permanent sur la balle. Mais grâce à la puissance athlétique de son roster, nous pourrions également voir Nick Nurse pousser son équipe à faire plus d’efforts pour éviter des match-up défavorables.

En effet, là où les Rockets, seule équipe à avoir poussé Golden State dans une guerre de tranchée, possédaient des défenseurs plus limités sur le terrain, Toronto peut se targuer de n’avoir aucune véritable faiblesse en la matière. Compte tenu du flou qui règne sur la présence de Kevin Durant et de DeMarcus Cousins (le second semblant plus à même de revenir rapidement), il semblerait que la seule faiblesse athlétique que pourraient exploiter les champions en titre, serait le manque de mobilité latérale de Marc Gasol.

Or, le pivot ibère est si intelligent dans son placement et dans sa lecture des défenses, qu’il semble à même de rester un atout, y compris dans le cas où Nick Nurse et son staff opteraient pour du switch.

Côté Warriors, le principal dilemme qui devrait se poser pour gêner leur adversaire sera le suivant : où concentrer leurs efforts ? Kawhi Leonard a survolé cette campagne, éclaboussant les yeux des fans de son talent. En revanche, ses lieutenants offensifs ont été durs à évaluer, tant leur régularité a pu être remise en cause. Lowry, excellent face aux Bucks fut absent face aux Sixers, Pascal Siakam, très bon sur l’ensemble de ces Playoffs a pu passer à côté de plusieurs rencontres. Marc Gasol quant à lui, fut un très bon contributeur mais de manière sporadique, refusant trop souvent ses responsabilités offensives.

Question donc ? Tenter de couper la tête de l’ennemi, quand bien même ce dernier a semblé innarêtable ces dernières semaines, ou au contraire, limiter les efforts sur ce dernier et isoler la bête ? Tout porte à croire que Golden State, tentera, dans les premières rencontres de tester ses options pour limiter l’ex-Spur. Il semblait qu’en l’absence de Durant, les préposés au challenge soient d’une part Klay Thompson, mais également l’inusable Andre Iguodala. On mettrait même une pièce sur Draymond Green dans les coups de chaud de Kawhi – surtout que l’intéressé n’aura plus de joutes verbales avec LeBron cette fois, il faudra l’occuper.

Dans cette série, on risque de voir une équipe des Warriors plus sûre de son basket que leurs adversaires. Et pour cause, si les absences de plusieurs cadres, dont le double MVP des finales en titre, Kevin Durant, est un véritable problème, cette expérience a déjà été vécue plusieurs fois par l’essentiel de ces joueurs. En face, on sait que plusieurs cadres pourraient se tenir en retrait aux plus mauvais moments.

En revanche, il faut aussi mettre en avant que les Raptors seront de toutes les batailles. Là où les Sixers et les Bucks étaient extrêmement physiques, Golden State possède une physicalité qui ne sera peut être pas aussi étouffante que celles de leurs précédents opposants. Aussi, si on peut parfois se montrer critique à l’égard du meneur des Raptors, mais aussi de Gasol ou autre Danny Green, complètement absent offensivement dans ces Playoffs, il ne faut pas prendre à la légère l’engagement de ce groupe. Prêts à se sacrifier en défense, provoquer des fautes offensives, toujours les premiers à se jeter sur les ballons ou dans le combat au rebond, leur apport est bien plus profond que ce que les statistiques montrent. Surtout concernant le meneur.

Pour autant, ne nous attendons pas à voir les Warriors écrasés dans la bataille au rebond comme ils ont parfois pu l’être dans le passé. D’ailleurs, que ce soit en regulière ou en Playoffs, les Warriors ont contrôlé et récupéré un plus grand nombre de ballons sur ces actions. Ce qui n’est pas une garantie dans la série, mais représente une information cruciale : Toronto risque de ne pas dominer cette bataille, Ô combien cruciale en Playoffs et à fortiori contre une équipe aussi létale au shooting que Golden State.

Une autre bataille que les Raptors doivent tenter de déséquilibrer pour espérer causer de gros problèmes aux Warriors : celle des ballons volés. Si les statistiques sont encore en la faveur des Warriors, on a vu qu’une équipe, encore Houston, savait provoquer ces pertes de balles chez les Dubs. Il n’y a pas de secret, la seule équipe qui a su exercer une grosse pression défensive a permis d’exposer la circulation de balle de Golden State (rappelons que si les Rockets n’ont pas pris plus de matchs que les Clippers, ils ont en revanche obtenu des scores bien plus serrés face à une équipe pourtant beaucoup plus concentrée). On peut gager que les Raptors, si les jambes suivent, son à même de grapiller des avantages dans ce match dans le match : prendre soin de la gonfle.

Enfin, les bancs représentent une véritable énigme dans cette série, en mon sens. On a vu d’un côté le banc des Warriors montrer une discipline et une rigueur tactique qui lui a permis d’être une ressource insoupçonnée dans ces Playoffs. Si le talent individuel n’est pas fantastique, ils représentent un beau relais aux nombreux All-Stars de Golden State, avec des joueurs intelligents, connaissant leur rôle et leur devoir, capables de tenir un écart ou de stabiliser une avance. Néanmoins, l’adversaire n’était pas aussi athlétique. Ce qui ne veut pourtant pas dire que le banc des Raptors offre de véritables garanties. En effet, absent face aux Sixers et dans les premiers matchs face aux Bucks, il a soudain était un point de bascule contre les daims. Il est donc compliqué de le jauger. Le retour de Fred Van Vleet aux affaires, passant de fantôme à shooteur sans faille fut un point de bascule indéniable. Or si son niveau médiocre était inattendu, il est tout aussi impossible de penser qu’il puisse continuer à dégainer avec une telle précision que dans les 4 dernières rencontres face à Milwaukee. Là encore, les rapports pourraient s’équilibrer, quand bien même celui de Toronto paraît plus talentueux sur le plan inviduel (bien qu’aux rotations plus réduites, notamment avec la blessure d’OG Anunoby).

Dès lors, il deviendra crucial pour Toronto de profiter des absences des Warriors pour prendre des avantages et essayer de prendre l’ascendant tôt dans la série. Si leur avantage majeur est leur défense de fer, ils possèdent peu d’autres aspect dominant (directement sous-entendus par leur régulière ou les Playoffs). En revanche, l’opportunité qui se présente semble être les blessures et alertes pour les différents joueurs des Warriors, qui laissent envisager un effectif qui, d’une part, ne sera pas au complet durant les deux matchs à l’extérieur, mais aussi un joueur qui pourrait revenir avec un véritable manque de rythme : DeMarcus Cousins. Puisque Toronto ne semble pas, au vu de ses Playoffs, l’adversaire idoine pour se remettre à jambe, il faudra être tranchant à domicile pour prendre une option sur une victoire.

Une ressource que la franchise semble avoir trouvé et prouvé dans ces finales de conférence.

Pronostic

Golden State Warriors 4 – Toronto Raptors 3

Le statut de Kevin Durant rend cette série très dur à prédire. Néanmoins, allons-y.

Les Warriors pourraient connaître des déconvenues avec des cadres diminués. Opposés à un niveau d’intensité en défense comme ils en ont peu connu, voire peut être jamais plus depuis le Thunder 2016, on pourrait voir des faillites comme ils n’en ont pas eu face à des adversaires plus tendres comme les Trail Blazers. Kawhi Leonard devrait être un problème plus ou moins insoluble contre lequel les Dubs dont devoir accepter de buter.

Pourtant, même LeBron James n’a pas su faire flancher cette équipe des Warriors, et s’ils sont moins en forme, il ne faut pas négliger l’excellente tenue du trio originel. Là où plusieurs joueurs importants des Raptors pourraient parfois s’effondrer (Lowry, Green, Gasol notamment), il est difficile de rester aveugle face au poids que représente l’excellente forme de Draymond Green, peut être meilleur que jamais depuis le début de ces Playoffs.

En outre, un élément qui inquiète particulièrement dans cette série, c’est les pannes offensives des Raptors. Là où Golden State plante des runs terribles, on a vu Toronto régulièrement s’effondrer offensivement face aux Sixers et aux Bucks. Plusieurs minutes pendant lesquelles plus rien ne semble pouvoir rentrer. Si ce genre de nuits se reproduisent, et elles devraient se reproduire, alors on assitera à chaque fois à des défaites pour les canadiens. Reste à savoir combien de fois elles se produiront…

Aussi, si Toronto a une carte à jouer, ce qui est déjà une victoire pour les fans de la grande ligue, difficile de ne pas imaginer voir les Warriors capables de trouver les ressources au fil de la série. Notamment avec plusieurs retours qui devraient s’effectuer entre les Game 1 et 3. Néanmoins, si Durant ne revenait pas de la série (ou très diminué) et que la communication sur sa blessure était un poker menteur, alors, tout serait bien plus ouvert.

Quoi qu’il en soit, cette bataille de style est alléchante…

Alors bons match à tous !

Calendrier

Game 1 à Toronto : vendredi 31/05, 3h00

Game 2 à Toronto : lundi 03/06, 2h00

Game 3 à Golden State : jeudi 06/06, 3h00

Game 4 à Golden State : samedi 08/06, 3h00

Game 5 à Toronto (si besoin) : mardi 11/06, 3h00

Game 6 à Golden State (si besoin) : vendredi 14/06, 3h00

Game 7 à Toronto (si besoin) : lundi 17/06, 2h00