Alors que la saison 2018 – 2019 vient à peine de couronner les Toronto Raptors, l’heure est déjà venue pour nous de nous replonger dans les plus grands moments des Playoffs.


I. Le premier tour des Playoffs

A l’inverse de la célèbre chanson de Renaud, ce ne sont pas 500 connards qui se présentent, le 13 avril 2019, sur la ligne de départ (des Playoffs), mais bel et bien 16 franchises. Pour certaines d’entre-elles, la seule présence en post-season est synonyme de saison réussie (Orlando, Brooklyn ou, dans une moindre mesure, les Clippers). D’autres, au moins aussi nombreuses, visent très clairement le titre suprême, décerné à la mi-juin.

Le coup de sifflet est donné avec deux rencontres de la conférence Est. Toronto et Philadelphie, second et troisième de ladite conférence, affrontent respectivement Orlondo et Brooklyn. Sur le papier, pas de débat ; les Raptors sont censés faire de la purée du Magic, et les Sixers vont probablement passer les Nets à la moulinette.

Et pourtant, sur ces games 1, c’est tout l’inverse qui va se dérouler. Toronto trébuche à domicile (104 – 101) face au Magic emmené par un DJ Augustin bouillant (25 points, 6 rebonds, 70 % au tir et le trois-point de la gagne). De son côté, Philadelphie va subir la loi de la jeunesse insouciante de Brooklyn (111 – 102).

La défaite des Raptors peut être assimilée à un accident. Toutefois, dans de nombreux esprits, l’idée d’une élimination « Torontesque » au premier tour germe déjà.

S’ils savaient …

La défaite de Philadelphie est déjà plus préoccupante, tant les cadres de l’effectif ont tous été en-dessous de leurs habituels standards. Seul Jimmy Butler a été à la hauteur d’une rencontre de Playoffs.

Alors que ces deux séries semblent être légèrement sujettes au suspens, les deux autres de la conférence Est n’offriront rien de sensationnel aux supporters. Milwaukee, meilleur bilan de la Ligue, va violemment sweeper Détroit, tandis que Boston ne va pas faire dans la demi-mesure face à Indiana, dont le roster semblait à bout de souffle depuis un certain temps, à savoir la blessure de Victor Oladipo (4 – 0 également).

Alors que l’intérêt de ce premier tour à l’Est ne survivait que grâce aux victoires surprises de Brooklyn et d’Orlando au game 1, la suite de ces deux séries va illustrer l’écart de niveau entre les favoris et les outsiders. Après quatre victoires sèches, les Raptors et les Sixers vont composter leur billet pour les demi-finales de conférence.

A l’Ouest, les quatre séries peuvent se ranger dans trois cases distinctes : le suspens, les surprises et la logique.

Évacuons immédiatement la logique, puisque c’est celle qui nous procure le moins d’émotion(s) : Houston s’est facilement qualifié en éliminant le Utah Jazz sur le score de 4 – 1.

Place désormais au suspens. Denver affronte San Antonio en ce premier tour. Les Nuggets, surprenants second de la conférence Ouest, se présentent en Playoffs sans aucune expérience, ou presque. Pour beaucoup, l’upset de ce premier tour sera donc subi par Nikola Jokic et sa troupe de jeunes.

Nuggets et Spurs vont se rendre coup pour coup. Alors que San Antonio prend immédiatement l’avantage du terrain en remportant le game 1, et mène même 2 – 1 à l’issue de la troisième rencontre marquée par le 36-5-5 à 70 % au tir de Derrick White, c’est Denver qui va renverser la tendance et s’offrir la première balle de match. Après deux victoires consécutives, les Nuggets ont l’occasion de faire déjouer les pronostics en allant gagner le game 6 dans le Texas.

Raté. C’est San Antonio qui s’octroie le luxe de disputer un game 7 décisif. La victoire des Spurs porte la marque de son collectif (5 joueurs ont marqué au moins 12 points), alors que côté Nuggets, Nikola Jokic a été bien trop seul (43-12-8 tout de même pour le Serbe).

Avant de revenir sur le premier (et le seul) game 7 de ce premier tour, parlons des surprises réservées par certaines franchises de la West Coast.

Les Warriors, grandissimes favoris pour le titre, affrontent des Clippers déjà bien heureux de s’être qualifiés en post-season. C’est l’occasion pour DeMarcus Cousins d’enfin disputer son premier match de Playoffs, à 28 ans.

La première rencontre ne revêt que peu d’intérêt, tant les Warriors l’ont survolée. Il est tout à fait légitime d’imaginer un spectacle similaire sur les trois autres rencontres, et un bon sweep aussi logique d’implacable.

Il n’en sera rien. Car les Clippers, s’ils ont évidemment bien moins de talent que les Warriors, vont prouver qu’ils ont un cœur gros comme ça. Alors qu’ils étaient menés de 31 points au milieu du troisième quart-temps, les Clippers vont réaliser le plus gros come-back de l’Histoire des Playoffs. Ni plus, ni moins.

En l’espace d’un petit quart d’heure, ils vont revenir sur les talons de Golden-State, pour prendre l’avantage à 16 secondes de la sirène sur un gros trois-point de Landry Shamet, bien servi par Shai Gilgeous-Alexander.

N’oublions pas de rappeler que DeMarcus Cousins s’est très rapidement blessé dans cette rencontre. Une blessure aux quadriceps qui pourrait mettre, déjà, fin à ses Playoffs. Le premier des coups durs pour les Warriors dans cette campagne pleine de rebondissement.

Dans la catégorie surprise, nous retrouvons également la série opposant Portland à Oklahoma. Si Portland possède l’avantage du terrain, c’est Oklahoma qui dispose des faveurs des bookmakers. La série est également le théâtre d’un match dans le match, puisqu’elle nous offre un duel de meneurs, entre Damian Lillard et Russell Westbrook.

Si Westbrook « avait l’habitude de botter le cul de Lillard depuis qu’il est dans la Ligue », selon ses propres dires, c’est bien les Blazers qui vont capitaliser sur leur avantage du terrain, en remportant les deux premières rencontres. Et même si le Thunder va remporter le game 3, on se dit que ce sera bien compliqué pour lui de remporter cette série.

S’il noircit encore et toujours sa feuille statistique, Westbrook est un puits sans fond pour le Thunder sur le débuts des Playoffs. Il semble phagocyter le jeu en prenant des tirs à plus quoi savoir en faire, ce qui est tout à fait discutable lorsqu’on sait qu’il a eu du mal à régler la mire durant toute la saison.

Les impressions s’avéreront correctes, puisque Portland va remporter la quatrième rencontre à l’extérieur, se donnant l’opportunité de plier la série au game 5, disputé dans l’Oregon.

La rencontre sera serrée, une fois n’est pas coutume. 115 – 115 à dix secondes du terme, balle à Lillard. La suite appartient déjà à la légende.

Un dribble entre les jambes, un side-step, un énorme tir à trois-points à dix mètres du panier, une filoche au buzzer et un modèle de trashtalking. Le tout pour couronner une rencontre à 50 points. A la surprise quasi-générale, Portland remporte facilement sa série. Damian Lillard, lui, a très largement remporté sa rencontre à distance avec Westbrook, qui aura fait plus parlé de lui en conférence de presse que sur le terrain.

De leur côté, les Warriors se sont rapidement remis de leur débandade du game 2. Ils s’imposeront finalement sans trembler, sur le score de 4 – 2. Un score qui satisfait tout le monde. Les Clippers, pour qui cette série devait ressembler à l’enfer, ont non seulement prouvé leur courage hors norme, mais ont surtout réussi à démontrer en mondovision qu’ils étaient suffisamment compétitifs pour attirer des gros poissons cet été.

Pour terminer ce premier tour, revenons à notre Nuggets – Spurs, que nous avons laissé à la fin du game 6. La septième rencontre accouchera finalement d’une toute petite souris. C’est l’équipe qui a le moins mal tirée qui l’a emporté. Félicitations à Denver, qui, avec ses 38,9 % au tir, s’est mieux débrouillé dans le domaine que des Spurs bien maladroits. Au final, cette victoire acquise le 27 avril clôture non seulement ce premier tour, mais permet surtout aux Nuggets d’affronter les Blazers en demi-finale, dans une affiche aussi inédite qu’excitante.

II. Les demi-finales de conférence

Alors que Denver se qualifiait tardivement pour le second tour des Playoffs, les franchises de l’Est commençaient déjà leurs affrontements en demi-finale. Bien malin celui qui parviendra à prédire avec exactitude l’issue de la série disputée entre Toronto et Philadelphie, tant le niveau et le parcours des deux franchises est similaire.

Ce sont les canadiens qui dégainent les premiers. Devant leur public survolté, et avec un Kawhi Leonard venu d’une planète forcément lointaine (45 points à 16 / 23 au tir !), les Raptors vont facilement remporter la première rencontre.

Alors même que Philadelphie compte dans ses rangs quelques défenseurs plus qu’honnêtes, tels que Butler, Simmons, Embiid ou encore Ennis, le problème Leonard semble insoluble. Les premières comparaisons entre le jeu produit par Leonard et celui développé il y a vingt-cinq ans par un certain Michael Jordan commencent alors à surgir.

Et alors même que Leonard survole tous les débats, c’est Philly qui va remporter un second match pas franchement folichon. Mieux, alors que la série se déplace au Wells Fargo Center, les Sixers vont se permettre de remporter le game 3 pour virer en tête dans la série pour la première fois. Joël Embiid, bien canalisé jusque là par Marc Gasol, effectue un chantier XXL dans la raquette des Raptors. Ce moulin à vent, inscrit en fin de rencontre, en atteste.

2 – 1 pour Philly, qui a d’ailleurs l’occasion, devant son public, de surfer sur sa vague de victoires pour remporter une troisième rencontre consécutive, qui serait alors presque synonyme d’une qualification.

S’ils savaient …

Toujours à l’Est, Milwaukee affronte Boston pour une place en finale de conférence. Même si les Celtics se sont facilement débarrassés des Pacers au premier tour, pas grand monde ne donne cher de leur peau contre des Bucks impressionnants de facilité depuis le mois d’octobre.

Le game 1 donnera toutefois tort aux sceptiques. Grâce à un modèle de défense concocté par Brad Stevens, les Celtics vont aisément s’imposer sur le parquet des Bucks. Giannis Antetokounmpo, parfaitement défendu par Al Horford, joue peut-être le pire match de sa saison : 7 / 21 au tir et – 24 de boxscore pour le Grec.

Ce résultat, surprenant, donnera à Paul « Nostradamus » Pierce l’occasion de démontrer à tous ses talents de prédiction. Jamais avare de bons mots, celui qui était jusqu’alors surnommé « The Truth » (cela ne s’invente pas) dira à l’issue de ce game 1 :

« La série est terminée. Boston va facilement se qualifier ».

Résultat ? Milwaukee va remporter les quatre rencontres suivantes. Giannis Antetokounmpo va sortir une ligne de stat’ surhumaine (30 points, 12 rebonds, 6 passes décisive à 60 % au tir) et sera en plus de cela très bien épaulé par Middleton, Bledsoe, Pat « Playoffs » Connaughton et George Hill. Milwaukee est la première franchise qualifiée pour les finales de conférence. Merci pour tout, Paul Pierce.

Revenons-en au très serré Toronto – Philadelphie. Rappelons-le, les Sixers avait l’occasion de prendre deux longueurs d’avance avec ce game 4 disputé à domicile. Raté. Encore une fois juché sur les épaules d’un Kawhi Leonard absolument pas marrant pour les autres (39-15 pour le funny guy), les Raptors ont arraché cette quatrième rencontre. Joël Embiid, quant à lui, souffrait alors de sa dix-huitième maladie depuis le début des Playoffs.

La série retourne au Canada pour la cinquième rencontre. « Rencontre » n’est peut-être d’ailleurs pas le terme approprié. « Boucherie » conviendrait  certainement mieux. Au final, 125 – 89 pour les Raptors. Absolument tous les joueurs de Philly ont une boxscore négative. Pire encore, l’évaluation cumulée des cinq titulaires s’élèvent à … – 95.

Pif Paf, alors que Philadelphie semblait proche de faire le break, c’est désormais Toronto qui est proche d’une qualification en finale de conférence.

A l’instar de la célèbre chanson de Stromae, « quand y’en a plus, y’en a encore ». En l’espèce, il y aura un nouveau rebondissement. Les Sixers vont connaître le sursaut du « champion », pour remporter le game 6 sur le score de 111 – 102. Mieux encore, alors qu’ils étaient menés de deux points à dix secondes du terme, ils ont recollé à 90 – 90 sur un lay-up de Jimmy Butler.

Seulement voilà. Un homme était en mission. Transféré à la surprise générale dans l’Ontario, Kawhi Leonard va, une nouvelle fois, démontrer toute sa classe. C’est bien entendu dans ses immenses paluches que le ballon est logé pour la dernière possession. Leonard ira s’isoler dans le corner avant de dégainer, un buzzer, un long deux-points très bien contesté par Joël Embiid.

Le ballon rebondira quarante-trois fois sur l’arceau. Le temps est suspendu. Mais ce qui devait arriver arriva :

Philly est passé terriblement prêt de la qualification. Les larmes d’Embiid en sont la preuve. Mais c’est bel et bien les Raptors qui iront retrouver les Bucks en finale de conférence.

A l’Ouest, les regards sont majoritairement fixés sur la finale avant l’heure, opposant Golden-State et Houston. Pourtant, la série des outsiders entre Denver et Portland va réserver certains des plus beaux moments de cette campagne.

La saison des deux franchises est, avec cette participation en demi-finale de conférence, une franche réussite. Elles l’ignoraient encore, mais il faudra attendre sept rencontres pour déterminer qui aura le droit de se disputer une finale de conférence inespérée.

Braquons tous nos projecteurs sur le game 3. A l’heure de mettre les pattes sur le parquet, les deux franchises sont dos à dos. Elles n’en sortiront pas aux termes des quatre quart-temps prévus. Loin de là, même. Pour se départager, les deux franchises auront besoin de quart quart-temps, mais aussi … de quatre prolongations !

68 minutes d’une rencontre incroyable. Probablement la plus belle des Playoffs. Jokic va se démener durant 64 minutes, lui dont le temps de jeu est habituellement limité depuis le début de sa carrière. Il va sortir un triple-double de mammouth : 33 points, 18 rebonds et 14 passes décisives. Et pourtant, ce sont les Blazers qui auront le dernier mot, avec un CJ McCollum héroïque avec ses 41 points, qui scelleront définitivement la victoires des Blazers.

En Californie, Warriors et Rockets s’affrontent pour le précieux sésame des finales de conférence. Plantons immédiatement le décors : l’écart maximal entre les deux franchises sera … 6 points. Des matchs serrés à tire-larigot. L’avantage du terrain constituera ici un enjeu capital. Les Warriors remportent ainsi les deux premières rencontres, disputées à l’Oracle Arena. Les Rockets recolleront à 2 – 2 à l’issue des deux matchs joués au Toyota Center de Houston.

Tout se déroule comme prévu. Aucune équipe ne prend le pas sur l’autre. Kevin Durant et James Harden survolent les débats. Jusqu’alors, inutile d’avoir réalisé six années d’étude supérieure en futurologie pour deviner le déroulé de la série.

La bascule va s’effectuer au game 5. La cinquième rencontre est toujours présentée comme la plus déterminante, notamment lorsque les deux équipes sont à égalité. Elle le sera, à plus d’un titre. Golden-State va reprendre sa marche en avant vers les finales de conférence, en remportant un match tendu.

A l’issue de la rencontre, ce n’est pourtant pas la victoire des gars de la baie qui figure en première page des canards du monde entier. En effet, Kevin Durant, meilleur joueur de la Ligue, n’a pas pu terminer la rencontre avec ses coéquipiers. La faute à une blessure au mollet. Seconde blessure dans le rang des Warriors, qui commencent dangereusement à manquer de profondeur de banc.

Et alors qu’on se disait que, sans Durant, les Rockets allaient avoir un coup à jouer, les Warriors ne vont pas trembler sans leur ailier star. Avec un roster « so 2015 », Curry, Thompson, Iguodala et Draymond vont terminer un travail bien entamé jusqu’alors. Ce sont bel et bien les Warriors qui retrouveront, une fois encore, les finales de conférence.

Pour les hommes de Mike D’Antoni, la saison s’arrête une nouvelle fois à l’issue d’une série perdue contre la bête noire de la baie. Avec quelques regrets, tant les rencontres ont toutes été disputées jusqu’à la dernière seconde.

Reste désormais à déterminer qui des Nuggets ou des Blazers vont avoir l’opportunité de perdre contre de défier les Warriors en finale. Denver va opérer un copier/coller de son premier tour. Alors que la franchise du Colorado est à nouveau menée 2 – 1 suite à l’épique défaite du game 3, elle va gagner les deux rencontres suivantes, pour s’offrir l’occasion de disputer ses premières finales de conférence depuis 2009.

Il n’en sera malheureusement rien. Solides, les Blazers vont courber l’échine en début de match 6, avant de dérouler en seconde période pour se donner le droit d’espérer dans une septième rencontre décisive. Une rencontre qui ne devrait pas faire peur aux jeunes Nuggets, puisqu’ils s’en sont sortis au tour précédant.

Avec son nouveau statut de « joueur le plus clutch de l’Histoire de l’humanité, tous sports confondus », Damian Lillard est attendu au tournant dans ce game 7. Dommage, le numéro 0 de Portland a manifestement laissé ses mains au vestiaire. 3 / 17 au tir pour le meneur All-Star, chose que vous, chers lecteurs / lectrices, pourriez réussir sur un malentendu.

Un très laid 17 % au tir, parfaitement compensé par son compère CJ McCollum, qui va tout faire à la défense des Nuggets. C’est d’ailleurs lui qui plantera les derniers clous du cercueil de l’élimination de Denver, pour clôturer un match quasi parfait, tant du point de vue statistique (37-9 à 59 % au tir) que du point de vue du résultat. Première finale de conférence pour Portland depuis 2000. Sacrée surprise pour une franchise orpheline de son pivot titulaire et à qui l’on promettait la défaite d’entrée

III. Les finales de conférence

Pour une fois, l’affiche de l’Est fait, objectivement, bien plus rêver que celle de l’Ouest. Le premier contre le second de la saison régulière. Les deux meilleurs joueurs de la conférence en bugne à bugne. Un coach expérimenté, en la personne de Mike Budenholzer, face à un coach rookie, Nick Nurse. Avec, au bout du tunnel, l’envie de défier les Warriors en finale NBA.

A ce stade de la compétition, chaque rencontre compte. Il est donc nécessaire de faire preuve de sérieux de la première à la dernière seconde. Chose que Toronto n’a pas su faire lors du game 1.

Alors qu’ils ont mené durant trois quart-temps en jouant, de surcroît, un basket très juste des deux côtés du terrain, les Raptors vont inexplicablement s’écrouler lors des 12 dernières minutes. Le 32 – 17 infligé par les Bucks dans le dernier quart-temps va permettre à Milwaukee de remporter la première rencontre. Ce qui, vu la physionomie de celle-ci, constitue presque une surprise.

Mention spéciale à Brook Lopez, pivot des Bucks, qui a planté quatre ficelles à trois-points dans la rencontre, et qui a disputé pour l’occasion le meilleur match de playoffs de sa carrière. Mention spéciale également à Kyle Lowry côté Raptors qui, pour une fois, a disputé un game 1 digne de ce nom : 30 points à 67 % au tir. En vain, dommage.

Ce que les Raptors n’ont pas su faire lors du premier match, Milwaukee va le réaliser à la rencontre suivante : garder son sérieux durant 48 minutes. 25 points d’avance pour les Bucks à la mi-temps, 22 à la fin de la rencontre. Un blow-out synonyme de break pour Milwaukee. On se dit alors que si les Bucks ont la bonne idée de glaner une rencontre en terre canadienne, la série ne sera pas loin d’être jouée.

S’ils savaient …

La machine Bucks va soudainement caler. A moins que ce soit celle des Raptors qui s’est enfin mise en marche. Quoiqu’il en soit, le troisième match sera archi-disputé. Et long, puisque son sort fut scellé au termes de deux prolongations.

Pourtant, Antetokounmpo est excellemment bien défendu, et termine la rencontre avec 12 petits points. Mais 23 rebonds tout de même, soit autant que les deux titulaires des Raptors dans la raquette … en cumulé (12 pour Gasol, 11 pour Siakam).

Pire pour Milwaukee, le premier lieutenant de Giannis a piqué une sieste durant tout le match. Middleton affiche une ligne de stat « Lillardienne », avec un 3 / 16 au tir assez malvenu. Heureusement pour la maison du Wisconsin, le banc des remplaçants va apporter au match ce que les titulaires n’ont pas, pour une fois, réussis à réaliser. George Hill et Malcolm Brogdon vont ainsi cumuler 44 points qui permettront aux Bucks de s’accrocher au score. Au total, 54 points pour les remplaçants de Milwaukee, contre 27 pour celui des Raptors.

Sauf qu’en face, Toronto applique son plan habituel. Kawhi Leonard score inlassablement, et est parfaitement secondé par Siakam, Gasol et Norman Powell. Les deux meilleurs joueurs du roster s’illustrent d’ailleurs dans le money-time. Énorme contre de Siakam sur le grand Brook Lopez, filoche de Kawhi Leonard. Quatre points d’avance pour Toronto, qui seront fatals aux Bucks, finalement vaincus. De son côté, Drake peut exulter.

Les Bucks pourront s’en mordre les doigts. Toronto va ensuite dérouler, se payant finalement le luxe de gagner les trois matchs suivants. Devenu papa, Fred VanVleet s’est soudainement transformé en mutant. Voyez plutôt : 4 points, 1,6 rebonds et 2,7 passes décisives à 25,5 % au tir sur ses quinze premières rencontres de Playoffs. Post-paternité ? Neuf rencontres, pour 14,7 points, 2 rebonds, 2,4 passes décisives à 51 % au tir dont … 52 % à trois-point. Amis maladroits, faites des gosses !

Si nous avons passé pas mal de temps sur la finale de conférence Est, celle de l’Ouest sera résumée plus succinctement. Golden-State a fait parler l’expérience, en claquant un sévère 4 – 0 sur la frimousse des pauvres Blazers. Sévère, car, bien souvent, Portland va mener assez largement. Plus de quinze points lors des games 2 et 3, pour des rencontres finalement perdues.

A noter tout de même l’affrontement entre les frères Curry dans ces finales. Si Stephen s’éclate depuis la blessure de Kevin Durant, en réalisant au passage une série absolument incroyable (36,5 – 8,3 – 7,3), Seth, le petit frère, s’illustre également. Pour le plus grand plaisir des géniteurs, qui, manifestement tiraillés, ont tiré à pile ou face la franchise qu’ils allaient respectivement supporter. Pourquoi pas.

Enfin, pour une fois, aucune blessure grave à déplorer côté Warriors durant cette série. Ce qui tombe plutôt bien, puisque ni DeMarcus Cousins, ni Kevin Durant, n’ont fait leur retour sur les parquets. C’est donc très diminués que les guerriers de la baie vont partir affronter les dinosaures canadiens, dans des finales NBA inédites.

IV. Les finales NBA

Difficile de donner un favori pour le titre. La logique voudrait que les Warriors fassent figure d’épouvantail. Deux bémols toutefois : les blessures, et le fait que les Raptors ne soient clairement pas des peintres. On se dit même qu’en l’absence de Kevin Durant, dont le retour est inlassablement repoussé, le meilleur joueur de la série ne joue pas sous les couleurs de Golden-State. Il est clair que si Stephen Curry lorgne avec intérêt le trophée de MVP des finales, c’est bien Kawhi Leonard qui fait peur à tout le monde.

Première dans l’Histoire récente des finales, les Warriors n’ont pas l’avantage du terrain. Les deux premières rencontres se déroulent donc dans l’ambiance survoltée de Toronto. Pour ses premières finales, la franchise canadienne a la chance de posséder dans ses rangs quelques joueurs expérimentés. Kawhi Leonard, Danny Green et Patrick McCaw sont déjà bagués, Serge Ibaka a déjà connu les finales NBA avec Oklahoma, et Marc Gasol, signé à la trade deadline, a déjà disputé quelques matchs importants dans sa carrière.

On dit souvent que les rencontres de finales ne sont clairement pas les plus belles. L’enjeu tuerait le jeu. Le proverbe est confirmé par un game 1 pas spécialement enthousiasmant. Toronto réussi néanmoins ses grands débuts à ce stade de la compétition, en remportant la rencontre sur le score de 118 – 109, principalement grâce à la performance Shaquillesque de Pascal Siakam : 32 points, 8 rebonds et 5 passes décisives à 14 / 17 au tir.

Côté Warriors, malgré le retour de DeMarcus Cousins, c’est Jordan Bell qui est propulsé dans un cinq majeur expérimental, qui n’a pas su contenir les assauts des Raptors.

Autre rencontre, autre physionomie. Le retour de Cousins en tant que titulaire n’empêche pas Toronto de faire la course en tête en première période. Mais ils ne faut pas sous-estimer le cœur des champions, comme dirait l’autre. Golden-State va réaliser sa « spéciale », c’est-à-dire disputer le troisième quart-temps avec les deux pieds sur l’accélérateur. Avec comme résultat un run de 18 – 0 passé aux Raptors, pour reprendre le contrôle de la rencontre.

Les Raptors ne s’avouent pas vaincus pour autant, et le money time est serré. 106 – 104 pour les Warriors à une petite dizaine de secondes de la fin du temps réglementaire. C’est le moment qu’a choisi Andre « clutch » Iguodala pour sortir de sa boîte et définitivement entériner la victoire des siens.

Un match partout à l’issue des deux rencontres disputées au Canada. Balle au centre. On se dit que tout va bien pour les Warriors, qui reviennent à la maison sur un score de parité. Sauf que non, j’ai omis de préciser quelque chose : le karma a encore frappé, et Klay Thompson est sorti du terrain visiblement blessé à la cuisse. Il est d’ores et déjà forfait pour la troisième rencontre de ces finales.

Orphelin de ses compères Thompson et Durant, c’est Stephen Curry qui est quasi-intégralement dépositaire du jeu offensif des Warriors. Il va d’ailleurs se faire plaisir lors de ce game 3. Une performance « Lebronesque », puisque le sniper de la baie va non seulement affoler les statistiques (47 points, 8 rebonds et 7 passes décisives), mais va surtout perdre. Dans les grandes largeurs.

Car si Curry se démène comme un beau diable, ses coéquipiers n’étaient pas en verve. En face, tous les titulaires de Toronto ont scoré au moins 17 points et absolument tous les joueurs des Raptors affichent plus de 50 % de réussite au tir. Au final, Toronto l’emporte 123 – 109 en ayant remporté tous les quart-temps.

La quatrième rencontre n’offre rien de notable à écrire, si ce n’est le retour de Klay Thompson et la performance abyssalement mauvaise d’un DeMarcus Cousins en grande grande difficulté depuis le début de la série. A l’heure de reprendre l’avion pour rentrer dans l’Ontario, c’est Toronto qui mène 3 – 1 et qui se met à rêver du premier titre de son Histoire.

Grande nouvelle pour cette cinquième rencontre, déjà décisive. Kevin Durant fait son come-back. C’est tous les fans des Warriors qui se mettent à rêver du titre, malgré leur position précaire. Le début de la rencontre va leur donner raison. En l’espace d’un quart-temps, Durant va placer les Warriors sur orbite, avec 11 points. Avec son cinq majeur de rêve, Golden-State prend les rênes de la rencontre et se mettent à rêver d’une victoire en sept matchs.

S’ils savaient …

Il est venu l’heure de ressortir un proverbe qui sent bon les pastilles Vichy : « jamais deux sans trois ». Car oui, le début de match de Durant va connaître un arrêt des plus brutaux. En voulant driver Serge Ibaka, le grand Kevin s’écroule au début du second quart-temps, en se tenant le bas de la jambe. Il quitte à nouveau ses camarades de jeu. Cette fois-ci, tout le monde craint le pire des verdicts. Celui-ci tombera le lendemain : rupture du tendon d’achille pour Durant et une saison 2019 – 2020 mise entre parenthèse.

Après cet énorme coup dur, la maison jaune et bleue va s’en remettre au talent des Splash Brothers. Klay Thompson et Stephen Curry vont tout mettre en oeuvre pour répondre aux coups de boutoir des Raptors, qui sentent l’odeur du titre. Le dernier quart-temps porte ainsi la marque des grands joueurs. Que dis-je, des légendes vivantes de ce sport.

Kawhi Leonard, assez discret jusqu’à présent, va inscrire 10 points en deux minutes pour redonner l’avantage aux siens. On se dit alors que rien ne pourra empêcher les Raptors de remporter ce titre tant convoité. D’autant plus que Curry va balancer une vilaine saucisse à trois-points. 103 – 97 pour Toronto à 2 minutes 30 du sacre.

Et comme par enchantement, le momentum va à nouveau changer de camp. Filoche de Klay à trois-points. Énorme shoot de Curry en sortie d’écran pour recoller à 103 partout. Petite feinte de Thompson (qui a envoyé Kawhi au treizième rang de la tribune d’en face) pour prendre trois points d’avance. L’opération sabotage menée par DeMarcus Cousins (goaltending puis faute offensive pour offrir la balle de match aux Raptors) n’y changera rien. Le dernier tir de Kyle Lowry sera contré par un Draymond Green omniprésent. 106 – 105 pour Golden-State, revenu du diable vauvert.

Les Warriors, dans une position inédite pour eux, s’offrent donc le droit de rêver. Sans Durant, mais avec une équipe sacrée en 2014 et 2015. Le game 6 revêt une importance double, puisqu’il doit nécessairement être remporté pour permettre à Golden-State de continuer de rêver, mais c’est surtout le dernier qui sera joué au sein de la mythique Oracle Arena.

La rencontre sera acharnée et ultra-serrée. Mais les dieux du basket avaient, semble-t-il, choisi leur camp depuis deux mois. Alors qu’ils faisaient la course en tête dans le troisième quart-temps, les Warriors vont connaitre un énième coup d’arrêt. En retombant après un gros dunk, et alors qu’il était chaud comme la braise, Klay Thompson va se rompre les ligaments croisés du genou. Trop, c’est trop.

Avec un courage qui se passe de mots, Klay Thompson reviendra sur le terrain pour tirer – et marquer – ses deux lancer-francs. Jamais le nom d’une équipe n’a aussi bien collé à la peau d’un joueur.

Suite à la sortie définitive de Thompson, les Raptors vont reprendre le contrôle du match. Mieux encore, ils prennent l’avantage au score au meilleur des moments. Stephen Curry ratera le tir de la gagne, tandis que Kawhi Leonard ira inscrire le dernier de ses 723 (!) points en Playoffs sur lancer-franc.

C’est terminé. Les Raptors inscrivent, de la plus belle des manières, leur nom au palmarès de la NBA. Souvent mis à mal, Toronto a toujours su, notamment par le biais d’un Kawhi Leonard absolument inarrêtable, se remettre sur le droit chemin pour, à chaque fois. Eliminer Orlando, Philadelphie, Milwaukee et Golden-State. Les blessures n’y changent rien, Toronto est un très beau champion.

La joie des Kyle Lowry, des Marc Gasol, des Kawhi Leonard, restera à jamais le témoin de l’exploit réalisé par les Raptors. Un exploit bâti sur un coup de folie de Masai Ujiri, qui a décidé de trader DeMar DeRozan contre Kawhi Leonard à l’été 2018.

Messieurs les Raptors, Mesdames Messieurs les fans des Raptors, profitez absolument de ces moments uniques, car ils vous appartiennent.

Pour les autres, rendez-vous en octobre 2019, pour une saison qui, je l’espère, sera d’aussi bonne facture de celle écoulée.