La première nuit de la free agency fut des plus mouvementé. En quelques heures, c’est bien ce que les fans attendaient qui s’est produit : la ligue a été redessinée dans ses grandes largeurs. Tous les principaux noms, à l’exception de Kawhi Leonard et DeMarcus Cousins ont trouvé refuge. Alors que la décision de The Klaw se fait attendre, se dessinent déjà un certain nombre de gagnants et perdants potentiels de cette bataille du 1er juillet 2019.

Parmi les équipes qui ont réalisé un grand coup, on retrouve indubitablement les Brooklyn Nets. En effet, hier à l’ouverture du marché, voire même un moment avant à vrai dire, les insiders annonçaient le coup de maître réalisé par Sean Marks et son équipe : la franchise récupérait Kyrie Irving, Kevin Durant, DeAndre Jordan et Garett Temple. Avec les 3 premiers, « l’autre franchise de New-York », celle que l’on mettait sans arrêt de côté devenait soudainement le centre du monde et s’offrait un axe 1-3-5 (meneur-ailier-pivot) tout ce qu’il y a de plus clinquant.

La réussite de ce pari fracassant est énorme, et pour cause, il faut comprendre que c’est une victoire stratégique absolument magistrale pour diverses raisons. Tout d’abord, il y a un, la situation sportive de l’équipe était dans un flou artistique et si l’équipe produisait un jeu cohérent, le manque criant de talent n’en faisait pas une destination intéressante pour un agent libre qui voudrait s’insérer dans un projet. A ce titre, malgré leur bonne saison (retour en Playoffs), la structure que proposait l’équipe cette année possédait un plafond de verre bien ancré dans l’esprit des fans et des joueurs. Par ailleurs, si leur saison-surprise avait ramené les caméras sur une franchise moquée depuis longtemps pour le désastre orchestré par Billy King depuis son malheureux échange avec Danny Ainge, elle n’était en outre pas un « gros marché », alors qu’elle se trouvait à New-York. En effet, malgré un lancement en grand pompe, un véritable travail marketing, l’aura des Knicks pourtant cantonnés à la défaite depuis bien longtemps ne permettait pas à Brooklyn de prendre ses aises. Ainsi, cette saison, la franchise faisait souvent peine en dépit des efforts déployés, avec une salle parmi les moins remplies de la NBA et une ferveur absente.

A ce titre, les Nets ne profitaient pas du label « gros marché » dont certaines franchises ont pu user pour mener des reconstructions express. On pense évidemment, à l’exemple récent des Los Angeles Lakers qui attiraient LeBron James dans un projet pourtant peu attirant sur le papier.

Pourtant, cette nuit, Brooklyn mettait un coup de massue sur ses voisins en s’arrogeant deux des joueurs dont le Madison Square Garden rêvait depuis l’été dernier. Que s’est-il passé ?

Vendre la structure et la compétence

On a observé depuis quelques années la faculté croissante de marchés pas forcément appréciés par le passé à obtenir les faveurs des agents libres. Ce revirement de mentalité chez les joueurs de plus en plus partants pour s’engager dans des projets bien gérés plutôt que dans des grosses cylindrés, est certainement le résultat d’un travail forcené des dirigeants de la ligue. Mais c’est aussi une prise de conscience des joueurs de la possibilité d’exister médiatiquement et aux yeux des fans loin des principales franchises NBA. Le Thunder est par exemple un excellent exemple d’un petit marché à même de défier les grands. L’avènement d’Internet et des réseaux sociaux a forcément aidé cette transition, rendant la médiatisation de toutes les franchises bien plus accessible. Il est loin le temps où seules quelques équipes étaient visibles.

De fait, des franchises de l’ombre se sont mises à rêver d’attirer les principaux agents libres et Brooklyn sera désormais un exemple retentissant en la matière. Mais plus que cela, c’est la manière et les arguments mis en avant par les Nets qui resteront pour moi un exemple du genre.

En effet, nous avons déjà vu des gros agents libres choisir de rejoindre un projet en train de se construire, en s’insérant pour devenir un chaînon manquant ou au moins, plusieurs pièces d’un puzzle séduisant. Mais ici, ce sont 2 stars et un pivot parmi les plus fiables du marché qui se rejoignent dans une équipe pour former la colonne vertébrale du projet. Et c’est ici que cela devient intéressant, car si les joueurs qui arrivent doivent tout mettre en place, pourquoi ne pas choisir la scène des Knicks, beaucoup plus grande, prestigieuse et médiatique ?

Car une nouvelle tendance a peut être émergée, celle de marketer la structure de la franchise. En arrivant à la tête de Brooklyn, Sean Marks a implanté un management en provenance des Spurs, franchise qui a su se démarquer par un esprit de tradition, un coach mythique et une faculté à créer une confiance entre la structure et ses joueurs. San Antonio a longtemps fait office de référence, poussant plusieurs concurrents à soigner la perception extérieure qu’elles transmettaient. Ainsi, en trouvant Kenny Atkinson comme coach et en lui donnant le temps et la flexibilité pour jouer le basket qu’il souhaitait, même lorsque le rendu fut indigent et peu propice aux résultats, le General Manager des Nets a peu à peu instauré une stabilité et une culture. Contraints de faire avec les moyens du bord en l’absence de tours de draft et d’attractivité, la franchise a, saison après saison, fait avec les moyens du bord et jouer sur la cohérence de ses choix.

La volonté de mettre en place quelque chose a sans doute transpiré, car s’il semblait improbable de voir les Nets sortir vainqueurs par K.O de cet été, seul les Lakers s’ils faisaient l’acquisition de Kawhi Leonard pourraient désormais se targuer d’avoir fait plus fort. Sauf qu’eux l’auraient fait en comptant sur LeBron James et à grand coup de trade pour gonfler leur attractivité. La différence, c’est qu’alors qu’une équipe continuait à bégayer cette saison, l’autre a laissé transpirer quelque chose : de la confiance, de la cohérence, de la stabilité. Alors que certaines structures affrontent les périodes de disette sur fond de crise, Brooklyn a fait le dos rond et amélioré l’effectif par petite touche dans un projet qu’elle savait pertinemment incapable d’aller vers les sommets en l’état.

Ainsi, ce n’est pas les joueurs constituant l’effectif qui sont devenus attractifs, mais les possibilités offertes par un management intelligent, respectueux de ses joueurs et un coaching créatif, structuré et compétent. Derrière cela, on peut retrouver l’idée que le cadre est tout. Et si cette idée s’est ancrée, c’est avant tout car les Nets ont su vendre la talent de leur environnement.

Attention tout de même

Les Nets n’avaient pas leurs tours de draft pour procéder au tanking, ils ont donc employé une autre voie. Un pari très réussi jusqu’ici, auquel ont doit apporter quelques nuances.

Si permettre à l’équipe d’acquérir une valeur par le marché (pour compenser l’absence d’autres options et en contournant le manque d’engouement autour de la franchise) est une prouesse, reste que la tâche est loin d’être terminée. La franchise va désormais entrer dans une autre dimension et plusieurs ombres au tableau sont à déclarer.

Tout d’abord, la folie de la soirée a fait oublier que la saison à venir des Nets ne sera pas des plus simples. Comme si l’ivresse des annonces qui tombent sur Twitter avait soudainement réparé Kevin Durant, comme si nous le reverrions sur les terrains à la rentrée, que sa blessure n’avait été qu’une vulgaire entorse. Le fait est qu’alors que Brooklyn a franchi plusieurs étapes soudainement, le meilleur joueur du projet sera absent une année et devra se remettre d’une rupture du tendon d’achille. Certes KD est un monstre de talent, un attaquant complet comme nous en avons vu si peut dans l’histoire de ce sport. Oui, le récupérer était difficile à refuser, mais sa faculté à se remettre de sa blessure, à revenir au plus proche de ce qu’il a été, tout en évitant les rechutes posera le curseur sur le potentiel de l’ensemble du projet.

En outre, dès l’an prochain, Brooklyn sera désormais attendu au tournant. L’arrivée de Kyrie Irving et DeAndre Jordan (dans une mesure bien moindre) va accroître les attentes. Le meneur est une star, son arrivée marque la fin d’une époque pour la franchise. Celle où elle ne traitait qu’avec des joueurs discrets, sans la pression du résultat, sans les ambitions personnelles et collectives. A partir de maintenant, chaque signature compte, la gestion du salary cap devra être mesurée et la moindre erreur tirera une balle dans le pied du projet. C’est l’heure de jouer dans la cours des grands et si on ne doute pas de Sean Marks et son équipe, il est nécessaire de garder tout ceci en tête.

2019-2020 sera un tournant pour toute la structure. Ce sera aussi l’heure de voir si la franchise saura tenir sa promesse marketing. En attendant de savoir jusqu’où ira ce qui pourrait être le dernier grand chapitre de la carrière de Kevin Durant.