Il y a encore 4 ans, Trae Young semblait prêt à devenir une des Superstars les plus incontournables de la NBA. A la fin de sa 3eme saison, il était déjà un des créateurs balle en main les plus proéminents de la ligue, possédait aussi bien la capacité à terminer au cercle que celle de décocher de loin à haut volume. Tous les indicateurs semblaient au vert, et je vais être honnête, j’étais persuadé qu’on en parlerait bientôt comme un top 5/10 en NBA.
Trae pouvait disséquer une défense à répétition et les projections de progression en faisaient, selon moi, un joueur qui réussirait à allier volume et efficacité dans des sphères permettant de porter une équipe sur ses épaules.
Et puis soudainement, la machine – ou tout du moins la projection que moi et de nombreux autres en faisions – s’est comme enrayée.
Après plusieurs saisons un brin décevante individuellement et une stagnation collective, Trae Young et les Atlanta Hawks ont divorcé. La semaine dernière, à l’issue d’un échange extrêmement insatisfaisant pour les fans, Young a rejoint les Washington Wizards en contrepartie de CJ McCollum et Corey Kispert.
Pas de quoi mettre du vent dans les voiles d’Atlanta, et de quoi parler d’un final décevant pour Trae après 7 saisons et demi en Géorgie.
Mais du coup : que s’est-il passé avec Trae Young ?
Une attaque qui stagne
La création pour autrui est probablement la capacité avec la plus grande valeur en NBA. Particulièrement quand elle est associée à une faculté régulière à scorer (aussi génial qu’un scoreur soit, vous aimeriez qu’il score plus aisément que Rajon Rondo). Dans la décennie en cours, aucun joueur n’a distribué plus de passes décisives que Trae Young en saison régulière.
Et pour cause, Ice Trae s’inscrit dès son arrivée en NBA comme une machine de Pick & Roll. Sur les 9400 minutes passées sur le terrain de ses 4 premières saisons, ses Hawks marquent 10 points de plus pour 100 possessions. Dès sa 2eme saison, plus de 55% de ses possessions sont du P&R. Si ce schéma n’est pas un sommet offensif (en termes d’efficacité), il arrive dans une NBA encore très adepte d’un usage extensif des isolations (à l’instar des Rockets et des Trail Blazers en 2018) et du Pick & Roll comme socle de leurs attaques.
Ainsi, en début de carrière, Trae s’impose comme un des meneurs les plus efficaces de la ligue (colonne PSA) :

Le problème est néanmoins double.
Déjà, son adresse à 3pts qu’on imaginait exploser dans la 2eme partie de sa carrière a touché son pic lors de sa 4eme saison NBA. Si la barre des 36% est symbolique d’un shooter efficace, il ne l’a franchi que 3 fois (dont 2 dans ses 4 premières saisons NBA). Décevant pour un joueur comparé (à tort) à Stephen Curry lors de sa draft.
Résultat, sous son contrat rookie, Trae est une machine à créer du jeu pour les autres mais est aussi un monstre d’efficacité au vu de son volume de tirs. De quoi le projeter comme un one-man-offense de très haut niveau arrivé dans ce qu’on projette généralement comme le prime d’un joueur.
L’autre problème, c’est que l’efficacité est relative à la moyenne, et que si Trae va effectivement légèrement régresser, les attaques uniquement basées sur un simple pick & roll dans lequel il excelle vont tomber en désuétude face à des schémas offensifs plus denses. Naturellement, il a le choix entre évoluer dans une attaque plus basique, que les défenses adverses gèrent de mieux en mieux, ou réussir à changer ce qu’il a toujours fait.
Dès lors, la suite de sa carrière va se heurter à des vicissitudes autant imputables à son profil, qu’à sa faculté à évoluer (ou en avoir envie ?).
Quand le Pick & Roll était la clé
Quand Trae arrive en NBA, les défenses sont encore en train de chercher la solution à une révolution offensive qui les a toutes pris de court. De nombreuses défenses cherchent à protéger le cercle du mieux possible et utilisent massivement les couvertures en drop.
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Dans cette configuration, Young est bâti pour disséquer les défenses. Sa menace sur pull-up à 3 pts obligent ses vis-à-vis à traverser les écrans, tandis que sa capacité à jouer de son jeu mi-distance (lui aussi qualitatif) et de sa panoplie offensive pour finir au cercle en font une menace de scoring aux trois niveaux. Ceci additionné à un des jeux de passes les plus complets en NBA lui permettent de porter une attaque dans hautes sphères de la ligue, même sans posséder une co-star de haut calibre.
L’avènement de défenses plus agressives, mais surtout, la faculté croissante des équipes à varier les schémas dans les années suivantes vont permettre de limiter son efficacité mais vont également, en Playoffs, le mener vers des séries historiquement faibles en comparaison de ses chiffres de saison régulière.
Le problème de ce type d’expositions en Playoffs, c’est qu’elles donnent la formule à suivre pour toute autre équipe qui possède également le matériel pour gêner un joueur.
Par ailleurs, les profils de défenseurs ont changé au cours des dernières saisons.
De plus en plus d’équipes sont dotées d’extérieurs avec la mobilité pour suivre des meneurs mais avec des envergures et une résistance au contact particulièrement impressionnante. L’avènement d’équipes comme le Thunder, les Celtics, le Magic, les Wolves avec une multitude d’extérieurs capables d’harceler les porteurs de balle compliquent nécessairement la vie des meneurs. Surtout si comme Trae, ils sont condamnés à être dominés physiquement et athlétiquement par la majorité de ses vis-à-vis.
L’absence de jeu off-ball
L’autre problème vient peut-être des attentes que l’on se faisait de lui. Néanmoins de la part d’un joueur qui possède un shoot en pull-up comme Trae, l’absence d’activité sans ballon, il me semble, est un réel problème.
Bien sûr, être Stephen Curry n’est pas la norme. Mais il m’a toujours semblé que ne faire aucun effort, même pour un joueur héliocentrique, est une forme de perte de valeur presque abandonnée aux défenses adverses. C’est une occasion perdue et c’est une facilitation du travail adverse.
Même associé à Dejounte Murray, qui était venu en partie, on peut imaginer, pour développer la menace de Trae sans ballon, la mayonnaise n’a jamais pris.
A la manière d’un James Harden à Houston, il abandonne cet aspect du jeu, mais en prime, son tir ne décolle pas sur ces séquences, ce qui aurait pu lui permettre de récupérer une partie de la perte d’efficacité que semblent lui infliger les défenses.
Si on prend la dernière saison avec Dejounte Murray, malgré les répétitions, il ne prenait que 2 tirs par match en catch & shoot. Certes l’efficacité montait à 39%, mais c’était trop peu pour compenser un régime de pull-up, lui, beaucoup plus important (4,6/match cette année-là).
Conséquence directe, alors qu’on attendait de Trae une progression constante, on a vu son efficacité peiner à suivre les tendances de la ligue. Certes, la courbe ci-dessous prouve qu’il réussit à rester au-dessus de la moyenne, mais on note depuis 2022-23 une tendance à la régression, alors que la ligue, elle a nettement progressé depuis sa saison rookie.

Ainsi, même sur le très petit échantillon de 2025-26, on note des disparités avec ce qu’il a connu par le passé. Avec 60% de finition au cercle, il est dans un career-high en efficacité. Pourtant, avec un pourcentage au tir légèrement inférieur à ses débuts, il était dans le 60 centile chez les meneurs dans cette zone, contre seulement le 37eme en 2026.
Une déception pour un joueur qui devrait entrer dans son prime et donc toucher des sommets maintenant. Malheureusement, il peine à conserver le rythme des années où son shotmaking était supérieur.

De quoi remettre sa position de leader d’équipe en cause alors que de l’autre côté du terrain, Trae coûte extrêmement cher.
Quand cacher Trae Young n’est plus possible
On va pas y aller par quatre chemin : Trae est un défenseur abyssal. Et pour une partie, on ne peut même pas lui en imputer la responsabilité. On parle d’un meneur de petite taille (listé à 1m88), avec une envergure très limitée (1m93) et extrêmement frêle (- de 80kgs).
Sa taille est faible, mais n’est ni compensée par des longs bras, ni par une capacité à encaisser les contacts. Même s’il réussit à rester au contact, il a ni la longueur pour contester, ni la puissance pour ne pas se faire dégager par ses vis-à-vis.
En prime, il fut un temps pas si lointain où on considérait que :
- La défense du POA (point of attack) était moins importante que les autres positions car la capacité à protéger le cercle et faire les aides avaient plus de valeur et pouvaient compenser des faiblesses
- Il était possible de « cacher » des défenseurs négatifs en défense
L’évolution des attaques on rendu, à mon sens caduque ces éléments. Ou tout du moins, beaucoup plus nuancés.
Tout d’abord, avoir des défenseurs faibles est de plus en plus pénalisant car les effectifs se sont densifiés et les défenses élite ont de moins en moins de véritables trous noirs dans leurs effectifs. Les défenses de drop qui permettaient à des protecteurs de cercle de limiter les dégâts sont tombées en désuétude. Le fait que ces schémas défensifs soient devenus anachroniques obligent les défenses à être plus agressives, à varier les stratégies défensives et donc aux défenseurs à être beaucoup plus concentrés d’une séquence à une autre.
Et pour cause, cacher des joueurs en défense est devenu beaucoup plus complexe, et la présence défensive de Young est devenue de plus en plus pénalisante au fil des années :

Ici, j’ai exporté les stats de Wowy (with or without you) pour voir le niveau défensif de l’équipe (defensive rating) avec et sans Trae sur le terrain, comparé aux défenses médianes (15eme) par saison.
On voit notamment quel est le matériel défensif de chaque saison d’Atlanta et l’impact de la présence de Young sur le terrain. Que la volonté ait été d’être élite offensivement ou de compenser sa présence avec plus de profils défensifs, l’équipe n’a jamais réussi à ne pas payer sa présence sur le terrain amèrement. Ainsi, même quand les Hawks ont une excellente attaque, il devient difficile de remporter des rencontres avec régularité. Si l’échantillon est très faible cette saison (10 matchs seulement avec le meneur), toujours est-il que cela peut expliquer le décrochage d’Atlanta vis-à-vis de sa star.
On note notamment que certaines saisons, les Hawks sont une défense « solide » quand Trae est sur le banc. En revanche, son entrée est toujours accompagnée d’un énorme décrochage défensif.
La réalité est simple :
- Trae n’est physiquement pas armé pour tenir ses duels. Or les équipes adverses vont le cibler pour les lui imposer avec le volume le plus élevé possible.
- Quand la défense tente d’anticiper les ciblages avec des pré-rotations, les attaques sont de plus en plus fortes pour saboter les efforts défensifs et obtenir quand même un mismatch
- Même lorsque son équipe arrive à le garder loin du ballon, il tend à être distrait ou manquer de faire les efforts en défense (contester, suivre son défenseur, etc)
Si vous souhaitez une excellente démonstration de ses errances défensives (et que l’anglais ou le doublage automatique ne vous effraient pas), je vous conseille cette vidéo de Hoop Venue :
Conclusion
Trae Young a connu un départ canon en NBA. Il est arrivé à un moment où son style en attaque faisait particulièrement recette, tandis que les défenses étaient encore capables de limiter la casse. Entre les éléments de contexte et son talent, son arrivée l’a rapidement propulsé comme un joueur de très haut niveau, avant que l’évolution de la ligue ne fragilise considérablement sa position.
Évidemment, il ne faut pas oublier pour autant qu’un joueur est difficile à décorréler de son équipe. Les Hawks ont également échoué à obtenir le personnel pour vraiment l’entourer. Outre des choix de draft régulièrement ratés, la franchise a sacrifié une grosse partie de son capital draft pour récupérer Dejounte Murray. Un choix qui paraissait particulièrement douteux dès sa réalisation, tant pour le prix payé (4 TDD), qu’en raison du profil du joueur qui lui a été associé.
Entre une équipe qui a décollé un peu vite, et des choix qui demeureront comme regrettables, difficile de dire que l’effectif autour de Young était à la hauteur de ce qu’un joueur de son calibre méritait.
Maintenant, il sera intéressant de voir de quoi la suite sera faite. Young rejoint désormais les Wizards où aucune star n’émerge et dont le niveau de talent global semble fragile. Certes l’équipe dispose de joueurs aux profils défensifs intéressants, mais c’est aussi une équipe dans les bas fonds de la ligue qui va devoir croiser les doigts pour ajouter un joueur de potentiel Franchise Player dès cette draft (2026) si Trae venait à être un membre long terme de la franchise.
Quoi qu’il en soit, son statut n’est plus aussi indiscutable qu’il y a 5 ans, et tout construire autour de lui devient de moins en moins évident pour une franchise tant l’équilibre attaque / défense est difficile à trouver en sa présence.





