Adrien @ThereIsAnEnd  / CONTRIBUTEUR QI BASKET

Après un début de saison en fanfare qui en aura laissé plus d’un caresser le rêve d’accrocher les play-offs, les blessures, en particulier celle de Russell, ont cassé la belle dynamique des Lakers. Le manque de mental et surtout de fondamentaux défensifs sur lesquels se reposer, ont fini le travail et ramené la bande à Walton dans les tréfonds de la Conférence Ouest. En janvier déjà, les fans lorgnaient vers leur premier choix de la draft 2017, histoire de mettre un peu de baume sur leur cœur meurtri par tant d’espoirs déçus. A 10 matchs du terme de la saison, la cause semblait entendue car les Lakers avaient « reconquis » le deuxième plus mauvais bilan de la ligue derrière d’intouchables Nets. Seulement voilà, après deux victoires de prestiges à San Antonio puis contre Memphis, un derby remporté contre les Kings, un buzzer beater de Russell contre Minnesota et un succès logique contre les Pelicans, les Lakers concluent leur saison avec cinq victoires en six matchs. Résultat de cette série, les Suns repassent devant au classement à l’envers, ce qui a pour deuxième conséquence de déclencher l’ire de la communauté qui se déchaîne contre l’incapacité de l’équipe et de son staff à protéger son futur au prix de quelques défaites supplémentaires. Face à de telles éruptions de colère, des questions demeurent.  De quel futur parle-t-on exactement ? La perte de la deuxième (plus mauvaise) place est-elle vraiment dramatique ? En d’autres termes, les Lakers devaient-ils absolument et radicalement tanker ?

Pour quelques pourcentages de plus

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il faut revenir sur le fonctionnement de la draft en NBA. Celle-ci se divise en deux tours de 30 choix et chaque franchise possède un choix dans chaque tour, qu’elle peut bien évidemment échanger. L’ordre des choix se fait à l’inverse du bilan obtenu par la franchise à la fin de la saison. Par exemple, cette année les Warriors, en finissant premiers de la ligue, auraient dû avoir le 30ème et le  60ème choix[1]. Seule entorse, et non des moindres, à cette règle : la loterie. La loterie concerne les 14 premières places du premier tour et rassemblent toutes les franchises n’ayant pu atteindre les play-offs. La loterie porte bien son nom : elle offre à chacune de ces 14 équipes la possibilité d’accrocher le Top 3 de la draft et donc l’opportunité de récupérer un très bon joueur en devenir. Seulement, les probabilités dépendent du bilan de l’équipe et des combinaisons gagnantes qui sortiront de la machine à boule. Résumé en peu de mots, plus on a été mauvais et plus on a de chances d’intégrer le fameux top 3. Voilà exactement les probabilités de chacune des positions (ou seed dans la langue de Shakespeare) dans l’obtention du choix final à la draft[2].

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Pour revenir au Lakers, leur premier choix de draft pour 2017 est protégé. En l’occurrence il est protégé Top 3, ce qui veut dire que les Lakers sont dans l’obligation de rester dans le fameux Top 3, sinon le choix part aux Sixers[3]. Les probabilités se calculent ainsi :

2ème position : 0.199 + 0.188 + 0.171 = 0.588 soit 58,8% de chances de rester dans le Top 3.

3ème position : 0.156 + 0.157 + 0.156 = 0.469 soit 46,9% de chances de rester dans le Top 3.

En somme, en se laissant doubler par les Suns, les Lakers ont hypothéqué 11,9% pour garder leur choix protégé. Est-ce que ces 11,9% sont une raison suffisante pour jeter les joueurs, le staff et le front office dans les orties ? Pour cela penchons-nous sur ce que les Lakers ont effectivement gagné avec cette dernière série de victoires. A mon sens je vois au moins trois grandes leçons :

  • Pete Zayas aka Lakers Film Room rappelait dans un récent podcast[4] que ces cinq victoires avaient été obtenues par le seul « young core ». Pas de Nick Young incandescent, pas de Lou Williams en hero ball, pas de Deng/Mozgov à l’expérience, non : les jeunes seuls étaient mis face à leurs responsabilités sur le terrain. Je rappellerai qu’avant que la saison débute, tout le monde s’accordait à dire que le premier objectif pour les Lakers était le développement de leurs jeunes talents. Or, c’est exactement ce qu’il s’est passé, sachant que rien n’est plus important pour ces gamins que de gagner en prenant du plaisir ensemble. Si le drive de Brandon Ingram s’est libéré, l’implication de Randle est devenue plus palpable ou les responsabilités prises par Russell sont apparues plus évidentes, alors l’équipe s’est dotée d’une base de travail et de confiance non négligeables pour le futur.
  • La défense ça existe. Incroyable mais vrai, les Lakers ont pu découvrir le temps de plusieurs matchs que la défense ça paye. Sur l’ensemble de la saison, les Lakers ont un defensive rating de 110,6, soit le pire de la ligue. Sur les dix derniers matchs, le def rtg tombe à 105,9 (13ème de la ligue) et même jusqu’à 101,6 (4ème de la ligue !) sur les six derniers matchs. La défense appelle la victoire, et si ce mantra est rentré dans les petites têtes dures du young core, c’est une très bonne chose de faite. Certes, il faut créditer une second unit full-defense/0 spacing et les apports de Brewer/Nwaba/Black en la matière, mais les envies et les efforts étaient bien présents chez tout le monde.
  • Le small ball, ça marche. Avec la mise à l’écart de Mozgov puis la blessure de Zubac, Walton a composé une raquette où le plus grand (Thomas Robinson) culminait à 2m08. Avec Nance en pivot titulaire et parfois testant Randle au poste, le coach a fait le pari gagnant de la mobilité en défense et du spacing (Nance et Randle avaient visiblement le feu vert pour tirer de loin) en attaque. Le retour en grâce de Tarik Black, « sacrifié » quand Zubac avait été promu dans la rotation, a là encore démontré l’indispensable nécessité pour les intérieurs de savoir permuter au périmètre, quitte à sacrifier quelques centimètres sous la toise et à se manger du hook ou du turnaround. Ok, Labissière, WCS ou Towns se sont régalés au poste, mais in fine, les victoires parlent d’elles-mêmes. Il y a là encore une base de travail sur laquelle Walton peut s’appuyer afin de bâtir le roster et les rotations du lendemain.

Ces trois points suffisent à eux-seuls à nuancer très fortement l’intérêt des défaites volontaires. L’estimé et regretté Mitch Kupchak aimait à dire que le tanking assumé était un mauvais présage. Ce seul fait devrait rassurer les fans car les Dieux du basket ont été flattés par les dernières performances angelines. Mais allons plus loin. Si le sort devait s’acharner contre les Lakers le soir de la loterie, est-ce que ce sera vécu comme un crève-cœur ?

Le bon, le flop et le truand

Pour regretter la perte du choix protégé, encore faudrait-il déceler dans la prochaine promotion la perle rare. Les mocks drafts[5] ont depuis quelques mois fixé un trio de tête qui semble faire consensus : Markelle Fultz, Lonzo Ball et Josh Jackson. Je renvoie aux sites compétents (draftexpress, nbadraft.net et autres) pour étudier les scouting reports, mais en se basant sur ces analyses, l’opinion avisée de connaisseurs attentifs et aussi de mes propres impressions après avoir regardé un certain nombre de matchs en NCAA, je vais essayer d’exposer en quoi ce trio n’est pas forcément le plus attrayant pour les Lakers.

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Markelle Fultz : ne vous fiez pas à la marie-jeanne que vient de s’envoyer nbadraft.net, il y a peu de chances qu’une autre personne que Fultz soit sélectionné avec le choix #1. Il faut dire que le gamin excite les scouts depuis quelques temps. Rapide, raisonnablement athlétique, capable de tirer à 3pts en sortie de dribble, créateur doué, Fultz fait aussi partie de ces joueurs qui ont explosé sur le tard ce qui laisse rêveur quant à leur potentiel réel. Le hic, c’est que Fultz a exactement les mêmes défauts que D’Angelo Russell : paresseux, ou du moins très inconstant, lorsqu’il s’agit de défendre sur l’homme ou en équipe, des décisions pas toujours inspirées, une explosivité limitée. En l’état actuel, il n’y a pas beaucoup d’intérêt basketballistique à associer Fultz à Russell. Ce qui voudrait dire que Russell pourrait être sacrifié avec une arrivée de Fultz, mais ce serait prendre un risque alors que D’Angelo en a clairement sous la pédale et montre de belles choses depuis deux mois.

Lonzo Ball : lui, c’est la love story avec LA. Enfant du pays, il a changé le visage de UCLA qui est devenue sous son impulsion la meilleure attaque de la ligue et un prétendant (déçu) au Final Four. Depuis quelques mois, Lonzo ne cesse d’ailleurs de faire des appels du pied auprès des Lakers, rappeleant son amour pour la franchise. Joueur de highlights très fun à regarder sur transition, il y a chez lui cette promesse du show time, pilier mémoriel dont l’organisation angeline a bien du mal à se départir. Mais là encore il y a de sérieux doutes sur ses qualités réelles. Nous passerons sur l’ombre que peut faire peser son père sur le vestiaire et dans la franchise, pour nous intéresser au terrain. En défense, le joueur joue à l’instinct, est capable de briller sur certaines actions mais n’a pas vraiment les attributs pour être un stoppeur au périmètre, à tel point que certains suspectent coach Alford de l’avoir caché. En tout cas, De’Aaron Fox de Kentucky s’est amusé à deux reprises face à lui, et sa pointe à 28 points lors de la March Madness fait tâche. Mais en attaque également, tout n’est pas parfait. Clairement, Ball a du mal sur demi-terrain en général et sur Pick and Roll en particulier. C’est un petit peu problématique dans la ligue actuelle surtout si les Lakers veulent lui confier la mène. Sa mécanique hétérodoxe  pourrait aussi lui jouer des tours dans l’élite où les défenseurs sont autrement plus véloces et coriaces. Donc même sans ballon, l’utilisation de Lonzo Ball n’est pas si alléchante que ça. A moins, là encore, de sacrifier Russell, mais on retombe sur la même interrogation qu’avec Fultz, la création sur demi-terrain en sus.

Josh Jackson : JJ le vandale ne s’est pas mis en valeur avec ses affaires extra-sportives à Kansas. Dégradation de véhicule, intimidation et tentative de subordination de témoin, ça fait déjà pas mal pour un gamin de 19 ans. Sur le terrain, son athlétisme, sa passion, son intelligence collective parlent clairement en sa faveur, mais le scepticisme subsiste sur plusieurs points. D’une part, celui qu’on vendait comme un chien de garde au périmètre a passé le plus clair de son temps au poste 4 à Kansas. C’est très bien pour gonfler ses stats au rebond,  mais quand il s’est agi d’aller chercher ou de contenir les arrières, Jackson s’est trouvé à plusieurs reprises en difficulté. Son manque de taille et d’envergure ont montré aussi toutes les limites de son utilisation en configuration small ball. Enfin, son shoot est également problématique et n’apporte pas le spacing qu’on est en droit d’attendre d’un top ailier. Et lorsque l’on sait combien il est difficile de se doter d’un véritable shoot, ce point ne plaide guère pour lui. La place et le rôle de Josh Jackson sont deux incertitudes dans le roster des Lakers, déjà garni en profils défensifs fâchés avec leur tir (Brewer, Nwaba).

En définitive, cette draft est particulièrement piégeuse et je ne suis pas certain d’être comblé si les Lakers devaient se retrouver avec un de ces trois-là. Il y a bien sûr des moyens d’esquiver ces pièges. Le premier serait de trade down et d’aller chercher un poil plus bas deux talents qui ont mes faveurs pour améliorer le roster des Lakers : De’Aaron Fox (un meneur explosif et incroyable de ténacité au périmètre) et Jonathan Isaac (parfait dans un rôle de 3&D que ce soit à l’aile voire à l’avenir en stretch 5). La seconde solution est bien évidemment d’échanger le choix de draft contre un joueur All-Star (Paul George) ou un très bon joueur (Middleton par exemple). Mais avec ce nouveau front office, il est encore difficile de cerner leurs intentions (au-delà des formules de convenance), leurs manières de construire un roster et leur lecture de nos besoins réels. Si Kupchak et Buss ont admirablement évité « l’arnaque » Okafor (et Dieu sait que ce n’était pas évident avant la draft 2015), il n’est pas possible d’avoir une pareille confiance en Pelinka et surtout Magic Johnson.

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Il était un choix dans la draft

Les possibilités des Lakers dans la draft ne se résument évidemment pas à ce choix protégé. Voilà encore un point sur lequel il s’agirait de dédramatiser. Je ne parle même pas du choix de Houston obtenu dans l’échange avec Lou Williams, mais bien du choix #33 qui resterait aux Lakers au lieu de partir à Orlando[6]. Il y a de quoi le rentabiliser. L’an passé le front office avait choisi, à mon grand dam, de ne pas prendre Malcolm Brogdon.  Il s’agirait cette année de ne pas snober Josh Hart, première option de la très belle équipe de Villanova, qui apporte tout ce dont les Lakers ont besoin : du tir à trois points, une défense intelligente et rugueuse, de l’altruisme et une mentalité irréprochable. Ne pas oublier non plus les Devin Robinson (profil 3&D qui s’est rappelé au bon souvenir des scouts lors de la très belle March Madness de Florida), Jordan Bell (superbe PF énergique et athlétique qui n’est pas sans rappeler le profil de Nance), Bam Adebayo (pivot titulaire de Kentucky qui a cette possibilité de permuter au périmètre et de faire parler ses attributs physiques au cercle) s’il devait tomber aussi bas, Jawun Evans (petit meneur d’Oklahoma State capable de tout faire en attaque et très collant en défense) ou encore un sleeper qui n’attend qu’à être sélectionné. Les petites pépites du second tour seront bien présentes, et reste économiquement très viables. A ce point de la construction du roster des Lakers, ont-il besoin d’un autre star player qui aura besoin de la balle et de tickets shoots, ou bien de joueurs devoirs qui feront ces petites choses qui font tellement plaisir aux coaches ?

Regardons même plus loin. Si les Lakers perdent leur premier choix en 2017, cela veut aussi dire qu’ils recouvrent le leur en 2018. Impossible de savoir de quoi la prochaine sera faite, mais du haut de la draft jusqu’au milieu du premier tour, les cibles ne manquent pas : Michael Porter Jr, Robert Williams, Miles Bridges, Jaren Jackson, Kevin Knox, Troy Brown, Bruce Brown, Mikal Bridges. Il y a donc largement de quoi se consoler, même si cela implique de dire adieu au choix du premier tour 2019. Qui sait là encore quel sera le niveau des Lakers, leurs ambitions ou encore les possibilités d’échange qui seront dans les mains de Rob Pelinka.

D’ici là, que les fans pourpre et or se détendent, quelle que soit l’issu du 17 mai, l’avenir est protégé.

[1] Les Warriors ont envoyé leurs choix de draft 2017 à Utah.

[2] Source wikipedia. https://en.wikipedia.org/wiki/NBA_draft_lottery

[3] Un reliquat de l’échange pour obtenir Steve Nash.

[4] https://www.youtube.com/watch?v=kNP5hT5TyQM

[5] Une mock draft est une prévision de ce que seront les choix des franchises le soir de la draft. Concrètement, une mock classe les joueurs du meilleur (1er choix) au moins bon (60ème) des candidats à rejoindre un roster en NBA.

[6] C’est le résultat du trade de Dwight Howard. Si les Lakers perdent leur top 3 en 2017, leur premier tour 2019 ira à Orlando. En conservant le top 3, ils n’enverraient plus leur premier tour 2019 à Orlando, mais deux choix de second tour (2017 et 2018).