Tanguy Rom Clav / REDACTEUR QI BASKET

Après un début de saison prometteur avec 16 victoires pour 13 défaites, les Knicks de Carmelo Anthony ont peu à peu dégringolé jusqu’à devenir l’une des pires équipes de la ligue. Les états d’âme de certains joueurs, l’absence de défense et les sorties médiatiques de Phil Jackson tout au long de la saison auront eu raison des Knicks.

Pourtant à l’aube de la saison, la majorité de la communauté new-yorkaise semblait optimiste et ravie du recrutement opéré. Exit Robin Lopez et Jerian Grant au profit de Derrick Rose et Justin Holiday via un échange avec les Bulls. RoLo ne sera pas le seul titulaire à faire ses valises, Aaron Afflalo rejoignant DeMarcus Cousins en Californie. Afin de remplacer le regretté Robin Lopez, Phil Jackson réussissait à attirer Joakim Noah pour un contrat étonnement long de 72 millions sur 4 ans qui s’avérera une grossière erreur. Jouissant d’une attractivité retrouvée, les Knicks arrivaient également à enrôler Courtney Lee, role player reconnu et respecté par ses pairs. Le banc fût lui aussi assez remanié. En effet, exit Galloway, Calderon, Seraphin et Williams, place à un Brandon Jennings voulant se refaire une santé, mais aussi à Holiday, Hernangomez ou encore Kuzminkas.

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Vous l’aurez compris, sur le papier les Knicks présentaient une équipe taillée pour aller chercher les play-offs dans une conférence Est assez ouverte. En effet, Hornacek disposait d’un cinq alliant expérience et jeunesse tout en présentant un bon équilibre attaque-défense. Noah se présentant comme le leader défensif de cette équipe. Les fans des Knicks avaient de quoi être optimiste, le cinq présentait une bonne complémentarité avec de bons shooters à 3 pts, de bons slashers, des joueurs comme Melo et Porzingis possédant des moves efficaces au poste bas, avec également le duo Rose/Porzingis représentant une multiple menace sur pick and roll ou pick and pop.

Une saison catastrophique

Cependant, l’empilement de « noms » n’est pas forcément synonyme de réussite. Les Knicks en ont donc fait l’amère expérience terminant leur saison à un piètre bilan de 31 victoires. Les raisons de cet échec sont assez multiples.

Quand on jette un œil aux statistiques, il n’est pas difficile de remarquer que le plus gros problème des Knicks cette année, c’est la défense. Effectivement, l’équipe de Jeff Hornacek possède le 26ème défensive rating de la NBA avec 111,5 points encaissés pour 100 possessions. Quand on assiste à un match des Knicks, ce qui saute le plus aux yeux c’est le manque d’envie et de hargne de Derrick Rose et compagnie. Combien de fois avons-nous assisté à de mauvais replis défensifs, des manques de concentration, ou à des attitudes et des appuis inadaptés à une bonne défense ?

L’absence de Noah expliquant en partie cette faiblesse. Cette dernière se fait notamment ressentir au rebond, étant donné son statut de meilleur rebondeur de l’équipe et la faiblesse de ses coéquipiers dans ce domaine. Outre Willy Hernangomez, aucun joueur n’est considéré comme un bon rebondeur. Melo réalisant, au passage, l’une de ses moins bonnes saisons dans ce domaine avec moins de 6 rebonds par match ce qui ne lui était pas arrivé depuis 10 ans.

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Cette énorme faiblesse au rebond se lit également dans les chiffres. Les Knicks sont, en effet, la 2ème pire équipe de la ligue en ce qui concerne le nombre de rebonds offensifs concédés offrant près de 12 deuxièmes chances à l’adversaire. En outre, les Knicks possèdent le pire defensive rebound rate (% de shoots manqués par l’adversaire se terminant par un rebond défensif de l’équipe) de la ligue. Ce dernier étant de 74,1%. Autrement dit, les coéquipiers de Carmelo concèdent le rebond offensif une fois sur quatre. Difficile donc, de tenir le score en laissant autant de secondes chances aux adversaires.

De plus, beaucoup de monde émettait des réserves quant à la santé des Knicks, et il faut bien le concéder, ils n’ont pas été gâtés en termes de blessures et de matchs ratés. 36 pour Noah et Thomas. 18 pour Rose. 16 pour Porzingis et quelques-uns pour Anthony, Hernangomez et Lee. Le cinq majeur totalise pas moins de 83 matchs loupés cette saison. Seuls le Heat, les Bucks, les Grizzlies, les Sixers et le Jazz en totalisent plus. Dur d’espérer créer une dynamique avec autant d’absences mais celles-ci n’expliquent pas tout.

Un autre point sur lequel les Knicks ont été décevants cette saison, c’est la fluidité et le rythme en attaque. Trop de jeu en isolation mais aussi pas assez de systèmes effectués de manière correcte. Ce manque de fluidité est une conséquence de l’absence d’un bon passeur dans le cinq. Effectivement, le meilleur passeur aux Knicks cette saison n’était autre que Brandon Jennings avec 4,9 a/m, coupé puis signé par les Wizards parce que Brandon en avait marre des défaites… Avoir son leader aux passes décisives en sortie de banc puis le couper, cela semble assez problématique pour une équipe qui souhaite développer un jeu avec une bonne circulation du ballon sur les phases offensives.

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En plus de cela, les Knicks ne peuvent pas se targuer d’une adresse tonitruante cette saison. Seulement le 21ème pourcentage de la ligue à 3 pts (34,8%) et le 23ème pourcentage au tir (44,8%). Pire encore, Jeff Hornacek coache une équipe qui possède le 25ème eFG% de la ligue (un faible 49,6%), pour rappelle ce dernier prend en compte la difficulté du tir, à 2 ou à 3 pts. Ce manque d’adresse est donc rédhibitoire pour une équipe NBA, surtout si la défense n’est, également, pas au niveau.

Un dirigeant aux fraises

Passons le côté terrain et focalisons-nous sur ce qu’il se passe plus haut. A l’été 2014, Phil Jackson paraphait un contrat de trois ans + deux années non garanties.  Trois ans plus tard, l’expérience Phil Jackson aura débouché sur des choix judicieux certes, mais une communication lamentable et une gestion humaine désastreuse.

Tout d’abord il est important de noter que Phil Jackson, suite à deux saisons ratés ayant pour seul objectif d’imposer le triangle à son coach, avait, au grand bonheur des fans, abandonné son système en laissant les clés de l’équipe à Jeff Hornacek. En témoigne cette déclaration de présaison de coach Hornacek :

« Phil est génial. Il n’essaye pas de prendre les commandes. Il nous laisse de la liberté. Il y a plein de truc que l’on fait offensivement qui n’est pas en accord avec le triangle et on pensait qu’il nous dirait quelque chose mais il nous a laissé faire »

Mais, parce qu’il y a un « mais », comme le dit le célèbre dicton « chasser le naturel, il revient au galop »… Les défaites s’enchaînant et le plan de Jackson s’effondrant, il décida d’imposer à Hornacek de se refocaliser sur l’attaque en triangle dès le mois de février. Si ce dernier n’avait pas été de cet avis, nul doute qu’il ne ferait plus partie du plan à l’heure actuelle. De plus, tout au long de la saison, Phil Jackson a essayé d’enseigner son système à ses joueurs grâce à de multiples séminaires dont il a le secret…

Cependant, certaines rumeurs laissent à penser que les joueurs auraient exprimé leur mécontentement face à l’obstination de leur président (notamment Porzingis, LE grand espoir des Knicks)… Ce dernier ayant même sécher l’entretien de fin d’année avec ses dirigeants pour exprimer son ras-le-bol. Certains seraient tentés de dire qu’il faut arrêter avec ces caprices de star. Pourtant KP a raison, il est le seul capable de mettre la pression sur ses dirigeants pour que la situation regagne en sérénité et que les problèmes en interne soient réglés.

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Revenons-en au triangle. Avant toute chose, un système qui a fait la gloire d’un coach il y a 20 ans, n’est plus forcément celui qui cartonne aujourd’hui. Le triangle est un système redoutable face à une défense statique et individuelle, comme c’était le cas dans les années 90, ce qui explique en partie pourquoi les Bulls de Michael Jordan étaient inarrêtables. Ce système mise beaucoup sur le un-contre-un et à l’époque des Bulls, la défense reposait, en majorité, sur les qualités individuelles de chaque joueur car il était interdit d’être à plus d’un mètre de son vis-à-vis. Cela rendait donc le jeu en un-contre-un plus aisé. Aujourd’hui, les défenses de zone étant de plus en plus appliquées et travaillées, le jeu en triangle fait face à certaines limites. En effet, les déplacements sont plus difficiles et plus facilement prévisibles. De plus, le jeu à 3 pts a pris une autre dimension ces dernières années, ce qui n’était pas le cas à l’époque des succès du triangle.

Ainsi, Phil Jackson ne prendrait pas une mauvaise décision en abandonnant ce système, loin d’être le plus adapté au jeu actuel prôné en NBA. Mais bon, il a l’air de vouloir vivre et mourir avec ce plan de jeu. De plus, Jax n’a pas vraiment l’air d’avoir fait la transition. Effectivement, en cette fin de saison, il a déclaré avoir assisté au meilleur match de Porzingis cette saison lorsque ce dernier n’avait pris aucun shoot à 3 pts. Pas vraiment dans l’air du temps le Philou à l’heure du 3 pts à outrance…

La gestion désastreuse du cas Melo

Comment ne pas relever cette gestion dénuée de toute humanité et bourrée de maladresses ?  Certes, échanger Carmelo Anthony n’est pas une mauvaise idée pour l’avenir des Knicks, mais Phil aurait dû se montrer plus intelligent sur ce coup.

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Tout d’abord, critiquer Melo tout au long de la saison n’est pas forcément la meilleure façon de faire monter sa valeur marchande. Bien que Melo soit encore un scoreur redoutable, Phil Jackson ne peut pas espérer obtenir une grosse contre partie. En effet, ce ne serait pas étonnant de le voir accepter un simple premier tour pour sa star.

De surcroît, d’après Melo, Phil n’aurait pas été cash avec lui, prouvant que la communication en interne n’a pas été gérée de la bonne manière. Ce manque de communication n’est pas nécessairement la meilleure chose pour l’image de Jackson au près des agents et des joueurs. Rajoutez à cela ses dernières déclarations, où il fait preuve d’un certain manque de respect envers Carmelo Anthony, sa réputation en prend assurément un coup. Espérons que ces petites bavures ne représenteront pas un obstacle cet été lorsqu’il faudra négocier avec des agents.

A voir désormais comment l’été se déroulera dans la grosse pomme et comment Phil Jackson gérera cette situation, lui qui vient tout juste de prolonger l’aventure pour deux années supplémentaires. Les possibilités des Knicks seront multiples cet été. La saison terminée, les rebondissements seront forcément nombreux lors de cette intersaison et nous avons hâte de nous pencher sur le projet « Jacksonnien » des Knicks.