Il est certainement des métiers bien plus difficiles que celui d’agent en NBA, mais il en est peu qui soient aussi stressants et ingrats à la fois.

C’est pourquoi j’ai choisi de vous présenter ce métier typiquement associé à la grande ligue qui véhicule bien souvent une image tronquée de ce qu’il est vraiment.

Si on demande à un amateur de basket ce qu’il pense des agents de la définition qu’il donnera sera bien souvent celle-ci : c’est un gars qui gagne énormément d’argent sans que ce soit lui le sportif de haut niveau. Il roule dans une grosse voiture, possède une centaine de costumes et ne pense qu’à l’attrait vénal du sport que j’aime tant.

Si on se réfère aux différents témoignages qui ont été faits depuis plusieurs années, on se rencontre assez vite que la vérité est bien éloignée de ce que vivent les agents au quotidien. Entre les caprices des stars du ballon orange, leurs coups de sang, leurs écarts de conduite, les délicates périodes de signature de contrat, les heures passées dans les avions à encaisser des coups de jetlag, le scouting des futurs talents, des risques de signer chez un autre agent juste avant son premier gros contrat,… il y a de quoi devenir fou.

Bien entendu la majorité des témoignages que nous pouvons trouver sont souvent fait sous couvert de l’anonymat. En effet le juteux business des agents brasse des millions de dollars chaque année et personne n’a envie de se griller dans cette véritable jungle des parquets. Néanmoins nous allons voir ensemble que certains éléments se retrouvent dans plusieurs témoignages venant de sources différentes et que donc, nous pouvons en conclure qu’ils sont probablement vrais.

Il faut tout d’abord savoir que les agents passent en moyenne sur une année 150 jours dans les avions à parcourir le pays à la recherche du prochain LeBron James. Imaginez-vous passer un tiers de l’année à 10 000 et kilomètres au-dessus du sol, dans des gymnases crasseux ou dans des salles plus huppées de certains collèges renommés, pour convaincre le petit Kévin et sa famille ou son entourage qu’il faut rejoindre vos rangs pour atteindre le sommet mondial du basket.

Rob Pelinka, agent de Kobe Bryant, a été promu GM des Lakers cette année, a poussé Carlos Boozer à ne pas respecter une promesse donnée aux Cavs pour filer en douce à Utah, sosie non officiel de Rob Lowe

Mais comment faire ? Selon les dires des agents, la technique la plus courante est le pot-de-vin. Ils estiment que 75 à 90% des joueurs des différentes drafts (les 20 premiers pick environ) perçoivent des sommes allant de 2000 à 10 000 $. Ce qui est bien entendu strictement interdit. Alors pour ne pas se faire pincer, il s’agit souvent de traiter avec un membre proche du joueur. Qu’ils soient amis, de la famille ou une simple connaissance du quartier, le premier travail de l’agent, qui est en repérage sur le terrain, sera de trouver la personne de confiance du joueur car rares sont ceux qui savent déjà se prendre en main. Comme rien de tout cela n’est légal, il faut aussi espérer que la personne ne fait pas la même chose qu’il fait avec vous avec d’autres agents. En effet, il n’est pas rare que plusieurs agents aient arrosés la même personne sans même s’en rendre compte et encore une fois comme rien de tout cela n’est légal, impossible de saisir la loi ou un juge pour rendre justice. Certains joueurs pensent aussi plus loin en demandant purement et simplement que leur personne de confiance intègre l’agence qui envoie l’agent pour traiter avec lui, comme ça pas de commissions directes, c’est légal mais bon vous avez compris.

Si jamais on arrive à signer un nouveau talent dans son portefeuille, la course contre-la-montre ne fait que commencer. À partir de ce moment, l’agent doit préparer au mieux son joueur à faire son entrée dans la ligue. Et puisqu’on parle de portefeuille, il va falloir que celui de l’agent soit bien rempli. Un exemple concret, payer un camp préparatoire d’entraînement à son joueur c’est 40 000$,  si on veut ce qu’il y a de mieux. Ils doivent ensuite faire toutes les démarches pour le draft combine ou encore les différents team workout. Rappelons que jusque-là l’agent n’a toujours pas touché le moindre centime grâce à son joueur. Il se passera encore beaucoup de choses et de temps avant que le joueur ne signe son premier contrat significativement lucratif. Moment de gloire et de récompense pour l’agent qui aura su le mener jusqu’à ce but. Il n’est pas rare en effet de voir un joueur prometteur en dernière année de contrat subir une véritable chasse à l’homme de la part des sociétés d’agent ou d’agent indépendant afin de récupérer le joueur et la future signature de son contrat. Tous les moyens sont bons, on promet monts et merveilles simplement pour gratter une petite commission. C’est ainsi que plusieurs années d’investissement physique, moral, voire même spirituel peuvent être réduits à néant par un joueur peu consciencieux qui sera attiré par le chant des sirènes du marketing. « Bien sûr que je peux t’avoir plus d’argent » ou encore  « Ta signature shoe chez Jordan ? C’est pas un problème ». J’en passe et des meilleurs. Ce phénomène porte un nom ça s’appelle du poaching.

Leon Rose agent de Carmelo Anthony, JR Smith, Joel Embiid, Chris Paul, Rodney Stuckey

De l’avis de tous les agents, le poaching, est le cancer qui gangrène le basket. Certaines grosses sociétés de management sont même devenues des spécialistes du genre. Elles traquent littéralement les joueurs en dernière année de contrat, les signes, prennent la com et délaissent ensuite le joueur jusqu’à l’heure de signer son prochain contrat n’assumant pas ainsi le rôle, trop méconnu, de nounous des joueurs que doit souvent revêtir un agent. Cela prendrait des heures de relater toutes les anecdotes qui sont liées aux excès et caprices des sportifs en NBA. L’une des plus célèbres, se passe un soir de conférence Est. En pleine nuit un joueur contacte son agent complètement paniqué, une strip-teaseuse vient de lui subtiliser son téléphone portable et le menace de diffuser des images inappropriées sur ses comptes de réseaux sociaux. C’est parti pour une nuit pendue au téléphone pour contacter au plus vite les responsables sécurité de Facebook, Twitter, Instagram, Skype,… pour leur expliquer la mésaventure et faire en sorte que tous les mots de passe soient modifiés au plus vite pour éviter une catastrophe. Ajoutez à cela des pensions alimentaires à verser sous le manteau, réserver trois vols en jet privé dans la même journée alors que le joueur ne se présente pas, des chambres d’hôtel ravagées, des notes de tables astronomiques et non payées dans une discothèque au fin fond de l’Ohio, … Bref un joyeux bordel qu’il faut gérer au mieux qu’on ne pas risquer de perdre sa commission à la prochaine signature de contrat.

Tout serait bien sûr plus simple si les joueurs ne se comportaient pas comme des animaux en dehors des parquets. Pour expliquer cela, les agents disent que les joueurs ont complètement perdu leurs repères lorsqu’ils étaient plus jeunes. Quant à 15 ans vous êtes la star de votre ville, que tout le monde vous connaît alors que vous ne connaissez pas ces gens, que les filles ne vous disent jamais non quand vous les invitez à sortir, qu’on ne vous contredit jamais par peur de sortir de vos petits papiers, qu’on minimise sans arrêt vos défauts pour que vous ne perdiez pas votre confiance en vous, il est tout à fait concevable de péter un plomb lorsque vous vous retrouvez livré à vous-même avec un compte en banque sans réelle limite par la suite. C’est d’ailleurs pour cela que bon nombre de joueurs lient de vrais liens d’amitié avec leurs agents, car ceux -ci connaissent les deux côtés du miroir et traversent avec leurs joueurs les blessures, les titres, bref les bons et les mauvais moments de la vie d’un sportif de haut niveau.

William Sydney « Wes » Wesley agent de Michael Jordan, LeBron James, Zach LaVine, Richard Hamilton, Allen Iverson. Tellement le boss du game qu’il est cité dans des lyrics de Drake et Jay-Z

Pour rendre cette collaboration plus saine, la ligue a mis à l’étude deux possibles futures protections pour les agents. La première, vise à protéger purement et simplement l’agent qui vient de se faire virer à l’approche d’un renouvellement de contrat. La commission serait alors partagée selon un prorata défini par la durée de l’ancienne collaboration entre le joueur et l’agent et la durée prévue pour la nouvelle collaboration entre le joueur et son nouvel agent. La seconde, propose de mettre en place un genre de tribunal des joueurs où celui-ci devrait venir justifier le renvoi de son agent précédent. Selon la justification avancée par le joueur, on déterminerait également une répartition de la commission entre l’ancien et le nouvel agent. En attendant le poaching reste la seule loi en vigueur.

Le portrait que je viens de dresser n’est guère reluisant mais il est aussi un fait sur lequel tous les agents s’accordent c’est qu’ils aiment leur métier et leurs joueurs. Ils sont conscients d’user leur santé, de passer des étés catastrophiques entre les prolongations de contrat et les nouveaux prospects, de ne pas assez voir leurs familles, de faire preuve d’une flexibilité à toute épreuve, mais ils ne changeraient de boulot pour rien au monde. Je ne sais pas pourquoi la ligue n’a pas agi plus tôt pour assainir les relations à ce niveau-là mais j’espère qu’elle le fera rapidement pour que le sport soit toujours bien le point central qui occupe toute l’attention des joueurs.