Avec le sacre des Golden State Warriors s’achève une nouvelle saison NBA. Et pendant que l’on fait la fête dans la Baie, on entend les fans se plaindre d’une saison fade et sans intérêt. Est-ce vraiment le cas ? Clairement pas, et on vous démontre pourquoi.

Revenons à l’été 2016. Nous nous remettions alors à peine d’un Game 7 de légende entre les Warriors et les Cavaliers, final épique après l’extraordinaire fin de saison régulière, avec le record à 73 victoires de ces mêmes Warriors et le dernier match exceptionnel de Kobe Bryant. Une édition qui aura également été marquée par les retraites de deux autres légendes, Tim Duncan et Kevin Garnett, mais aussi l’arrivée d’une vague de rookies talentueux emmenée par Karl-Anthony Towns et Devin Booker. Oui, la saison 2015-2016 fut excitante en de nombreux points, que je ne vais pas énumérer aujourd’hui. Alors évidemment, les attentes à la reprise étaient énormes. Et on vous l’accorde, certaines n’ont pas été satisfaites, pour diverses raisons.

Qui a caché les rookies ?

Au rayon des indiscutables déceptions, cette cuvée de rookies 2016. Bien sûr avec le cas Ben Simmons, malheureusement blessé peu de temps avant la reprise et ce pour le reste de la saison. Une source d’excitation éteinte si tôt, avouez que c’est la faute à pas de chance. En revanche, ses petits camarades de promotion auraient pu effacer cette frustration. Raté. Parmi les lottery picks, aucun n’a vraiment ébloui les fans. Jaylen Brown et Jamal Murray ont certes montré de belles dispositions, mais les autres ont souvent été laissés en couveuse. Brandon Ingram reste une incertitude, Kris Dunn déçoit avec les Wolves. Finalement les bonnes surprises sont venues de Milwaukee avec Malcolm Brogdon et même Thon Maker en fin de saison. Moins étonnant, les belles performances de Dario Saric, probable Rookie of the year. Quoiqu’il en soit, cette cuvée (certes assez peu attendue) ne nous a pas vraiment enchantés. Et ne me parlez pas de Joël Embiid. D’une part, parce qu’il n’est pas un véritable rookie. D’autre part, parce que le mettre dans les déceptions indiscutables serait une hérésie.

C’est ça les playoffs ?

A l’heure d’évoquer la frustration (et l’ennui), comment ne pas se lamenter devant les Playoffs que nous venons de vivre ?  Seulement 74 matchs joués avant les Finals, un triste record depuis le format à 16 victoires instauré en 2003. Surtout, nous n’avons eu droit qu’à (trop) peu de matchs serrés. Les blow-outs se sont succédés, et nos désillusions avec, même dans les séries accrochées sur leur totalité. Warriors et Cavs n’ont ainsi laissé aucun suspense, balayant tout sur leur passage. La faute à ces deux armadas à qui la Ligue a permis d’exister, mais aussi aux blessures. Blake Griffin, Tony Parker, Zaza Kawhi Leonard, Isaiah Thomas, et j’en passe. Oui, nous aurions pu avoir une magnifique finale Warriors-Spurs à l’Ouest. Non, les Celtics n’avaient pas les armes pour lutter face à Cleveland à l’Est, et certains regretteront que les Wizards n’aient pas remplacé les hommes en vert, notamment après les confrontations épiques avec la bande à Lebron en saison régulière. Mais après de tel Playoffs, on était en droit d’attendre de grandes Finals, celles qui étaient prévues depuis la fin de ce Game 7 d’anthologie à Oakland le 19 juin 2016.

Alors oui, évidemment, il ne pouvait être que difficile de revivre une conclusion aussi palpitante. Les Warriors l’ont emporté en cinq manches, comme beaucoup l’avaient pronostiqué, ne laissant finalement que peu de place au suspense. Vraiment ? Soyons honnêtes, oui. Deux victoires dominantes dans la Baie, et la messe semblait déjà dites pour certains. Mais les deux équipes nous offrent des Game 3 et 4 magnifiques d’intensité et de rivalité, entre prouesses techniques et affrontements qui donneront lieu à sept fautes techniques lors du quatrième match. Je vois venir les défenseurs des 90’s : on est d’accord, on était loin des barfights de l’époque. Mais qu’ils le veuillent ou non, les joueurs des deux camps ont forgé cette rivalité. Trois Finales consécutives opposant les mêmes franchises, c’est une première dans l’histoire. Même les Celtics et les Lakers de la belle époque ne nous ont pas offert ce spectacle. Et si au final Golden State termine la série en cinq matchs, ces Finals nous ont permis d’assister à de nouveaux records hallucinants. Paniers à trois points, nombre de points inscrits, triple-double de moyenne pour le King, et j’en passe. Le spectacle était au rendez-vous, même si l’on regrette qu’il n’ait pas duré plus longtemps.

Les aléas de la Ligue

Si l’on veut continuer sur ce qui nous a mis les boules cette saison, on parlera du Slam Dunk Contest foireux (#brûlerledrone). Et sans surprise d’un All-Star Week-end bien chiant dans sa globalité, entre ennui et parodie de basket. Autre polémique ayant rythmé notre saison de balle orange, la mise au repos des stars lors des confrontations majeures. On se souvient tous de ces mémorables Spurs-Warriors et Cavs-Clippers. La Ligue doit-elle interférer afin d’éviter ces carottes ? Chacun son avis, n’est-ce pas Pop ?

Enfin, la décision de Kevin Durant a fait couler beaucoup d’encre, mis en rogne la moitié (au moins) de la planète NBA. Mais qui n’a pas attendu avec impatience le début de saison pour voir les Warriors se casser les dents ou tout exploser sur leur passage ? Et c’était le cas de nombreuses autres franchises. Après une Free Agency qui a vu des mouvements marquants (D-Wade à Chicago, Horford à Boston, entre autres), la plupart des franchises suscitaient la curiosité. Jeunesse prometteuse, construction bancale, gros pari, tous les profils étaient là. S’en sont suivis des satisfactions et des déceptions, des émotions donc. Mais pas de l’ennui.

Des hommes et des records

Le début de saison ? Historique, au gré des performances stratosphériques des monstres Davis, Westbrook, ou encore Harden. La suite ? Une avalanche de records au fil des mois, tous plus insensés les uns que les autres. Russell Westbrook et sa boulimie de triple-doubles, surpassant la légende Oscar Robertson avec 42 réalisations, dont des cartons monumentaux. Et devenant le deuxième joueur de l’histoire à terminer la saison avec un TD de moyenne ! A côté du probable futur MVP, Harden, DeRozan, et KD pour ne citer qu’eux ont aussi marqué la saison de leur empreinte. Isaiah Thomas nous a vendu du rêve avec des 4èmes quart temps de folie, emmenant Boston à une surprenante première place de l’Est devant Cleveland. Que dire du Greek Freak Giannis Antetokounmpo, qui nous a régalé à coups de tomars et de démonstrations de puissance ? De Chris Paul et son match à 20 points/20 passes sans aucune perte de balle ? De Kawhi Leonard et sa propreté incroyable, prenant à merveille les rennes des Spurs. En parlant de défenseur ultime, on a également pu voir batailler trois monstres de ce côté du terrain : Kawhi, Draymond Green, et cocorico Rudy Gobert, qui nous a sorti une saison fabuleuse.

Enfin et pas des moindres, la confirmation que l’avenir nous réserve de grands moments, avec une relève annoncée et déjà prête à tout ravager. Karl-Anthony Towns et Nikola Jokic ont montré que le secteur intérieur pourrait retrouver ses lettres de noblesse dans un futur très proche. Devin Booker, l’homme aux 70 pions face aux Celtics, continue d’époustoufler grâce à ses qualités de scoreur. Si les rookies n’ont pas franchement répondu présents, les sophomores ont confirmé tout le bien que l’on pense d’eux. Et tiens, après avoir parlé des deux classes, on peut maintenant évoquer Joël Embiid. Enfin apparu dans les arènes NBA après deux ans sans jouer, le pivot nous a fait kiffer : sur le parquet c’est assez dingue, et des deux côtés du terrain, entre un footwork délirant et une défense solide ; en dehors, c’est presque mieux, avec de bonnes punchlines et une langue bien pendue (coucou Mia Khalifa). Malheureusement, avec seulement 34 matchs au compteur, on reste sur notre faim.

Chacun sa franchise, chacun son chemin

Tout au long de cette saison, les franchises plus ou moins attendues ont toutes connu des fortunes différentes. On attendait les Lakers de Luke Walton et les Timberwolves de Tom Thibodeau, on repassera l’année prochaine pour voir. L’un doit composer avec une bonne majorité de chèvres, l’autre a bien entamé sa phase de métamorphose de l’équipe. Chez les mauvais élèves, Phoenix et Brooklyn ont galéré mais envoyé des signes positifs, dans des registres différents. De la jeunesse talentueuse dans l’Arizona, de l’envie de ne pas être trop ridicules chez les Nets. Mais l’avenir semble appartenir aux Sixers : Embiid, Saric, et prochainement Simmons (sans compter le prochain tour de draft), on va envoyer du lourd du côté de Philadelphie. Charlotte et Dallas ont déçu, tout comme Orlando. Mais le Magic nous a gratifié d’une boulette monumentale en révélant toutes ses cibles sur le marché. D’ailleurs, qui dit gestion burlesque dit Sacramento. Et cette saison nous a permis d’assister au blockbuster trade envoyant Demarcus Cousins aux Pelicans contre des peanuts. D’un côté une franchise à poil au bout du rouleau, de l’autre une raquette monstre sans shooteurs autour et surtout sans coach. Du côté de Detroit, les Pistons ont réussi à ruiner les espoirs suscités après la bonne saison dernière, et surtout la dernière jouée sur le parquet du mythique Palace Auburn Hills, avec une fin de régulière dégueulasse qui les sort de la course aux Playoffs.

Et enfin, deux franchises qui méritaient mieux à mon goût : Miami, et Denver. Les premiers peuvent regretter une première moitié de saison immonde, mais on ne peut que saluer les prouesses réalisées par cet effectif mené de main de maitre par Erik Spoelstra, et la remontée exceptionnelle lors de la seconde partie de saison. Malheureusement pas récompensée, et on remercie d’ailleurs les Nets pour leur manière de voir l’équité sportive lors d’une dernière soirée de match décisive. Pour le bonheur des Bulls, auteurs d’une saison étrange, entre irrégularité, jeu qui pique les yeux, et un premier tour de Playoffs en trompe l’œil face aux Celtics. D’autant que le trident Rondo-Wade-Butler avait tout du naufrage assuré. Ils s’en sont sortis, mais leurs histoires de vestiaire ont aussi pimenté notre saison. Du côté de Denver, après une saison agréable, c’est aussi de justesse que s’est joué le huitième spot en Playoffs à l’Ouest. Portland termine devant, à la faveur des confrontations directes notamment. Mais on sait tous que les Nuggets méritaient cette place. En somme, les Blazers ont gagné le droit de se faire sweeper par les Warriors.

Pour ce qui est des franchises ayant accédé à la postseason, là encore de belles choses. Si les Pacers que l’on attendait dans le Top 4 ont déçu et s’apprêtent à vivre de probables changements, ce n’est pas le cas de Milwaukee et Washington, qui nous ont offert de beaux moments de spectacles. Giannis d’un côté, le duo Wall-Beal de l’autre, et de beaux parcours annonçant un futur prometteur. Atlanta et Toronto ont fait le boulot, pendant que les Celtics profitaient d’une deuxième partie de saison ignoble de Cleveland pour terminer en tête de l’Est.A l’Ouest, les Warriors ont déroulé sans surprise, le léger doute qui planait sur l’intégration de KD ayant rapidement été levé. On se posait des questions sur le renouveau à San Antonio ? Réponse, les Spurs ont fait du Spurs : efficacité, propreté. Derrière eux, les Rockets se ramenaient avec le duo Harden-D’Antoni. Résultat, du spectacle, du jeu rapide, des records de 3pts à gogo, Houston nous a fait kiffer ! Ce qui est également le cas du Jazz, Utah décrochant cette fois sans problème les Playoffs derrière une défense de fer et un collectif huilé. Les Clippers en ont fait les frais, ne dépassant pas le 1er tour. D’accord, de ce côté-là pas de grande surprise. Memphis, ce n’est jamais très palpitant, mais les Grizzlies font le boulot, pendant qu’OKC vit au rythme des exploits individuels de l’animal Westbrook.

Alors, les franchises ont eu une saison lassante ? Sortons la carte ultime dans ce cas, et demandons aux fans des Knicks s’ils se sont ennuyés. D’abord une hype énorme pendant l’intersaison avec les venues de Derrick Rose, Joakim Noah, et dans une moindre mesure Courtney Lee. Et un début de saison honnête laissant entrevoir les Playoffs. Puis des résultats en baisse, un Rose trop léger et un Jooks flingué, pour laisser Melo trop seul et Porzingis mal utilisé. Pour en arriver à une nouvelle saison ratée, des relations Phil Jackson-PorziMelo au point de non-retour, et aucune certitude. Point d’orgue, la victoire arrachée par Maurice N’Dour lors du dernier match, faisant perdre deux spots aux Knicks pour la prochaine draft. Si ce n’est pas de l’émotion ça…

Pour finir, quelques faits notables qui ont marqué cette saison. En particulier les blessures dramatiques de Jabari Parker (again…) et Zach Lavine, à qui l’on souhaite un prompt rétablissement. Également la retraite de Paul Pierce aka The Truth, qui va nous manquer même s’il était temps d’arrêter. Voilà pour les points noirs.

Côté positif (ou pas, chacun a son avis sur la question), aucun coach n’a été viré durant toute la saison, pas même Alvin Gentry. Une première depuis 1963.

Autre point loin d’être anecdotique, la signature du nouveau CBA (Collective Bargaining Agreement), l’accord collectif régissant la NBA. Eviter un lock-out et être tranquille pour 6 ans, c’est quand même une bonne nouvelle. Et avec la quantité hallucinante de blé à se partager, la crainte d’un désaccord était légitime.

Enfin, et c’est un petit coup de cœur personnel, le bonheur de voir encore et encore sur les parquets messieurs Dirk Nowitzki et Vince Carter. Le premier poursuit sa légende chez les Mavs et a dépassé la barre des 30 000 points en carrière (6ème marque all-time) sur son magique fadeaway. Le second démontre chaque jour son professionnalisme et tape encore des énormes dunks à l’entrainement ou avant les matchs, tout en rendant bien service aux Grizzlies. Restez parmi nous s’il vous plait, on a déjà perdu trop de grands en deux ans.

Après tout cela, qui peut dire que nous n’avons pas vécu une nouvelle saison passionnante autour de la balle orange ? Oui nous avons eu une postseason très moyenne, oui il y a des changements à envisager à plusieurs niveaux de la Ligue. Mais le spectacle, lui est toujours présent, sur les parquets et en coulisse. Et c’est bien ça la force de la NBA, envoyer des émotions. Cette année encore, chacun a eu ses joies et ses crises de nerfs. Et je ne sais pas vous mais en tout cas nous, on a bien kiffé !