Mike Malone, 46 ans, Head-Coach des Nuggets depuis juin 2015. Arrivé dans un climat tendu, suite à l’élimination prématurée de Denver durant les Playoffs 2013 entrainant le limogeage de George Karl et une année et demie de galère sous les ordres d’un Brian Shaw dépassé, il a su imposer son style et gagner la confiance du Front-Office. Déterminé et proche de ses joueurs, il a fédéré un jeune groupe et l’a fait progresser d’année en année. Aujourd’hui bien installé, et avec des ambitions revues à la hausse, de nouveaux défis vont croiser son chemin, sera-t-il en mesure de les relever ?

La désillusion avant le renouveau.

Tout fan de Denver se rappelle douloureusement de cette série de 1er tour de playoffs 2013. Les Nuggets, sous la houlette de George Karl, après une superbe saison régulière (57 victoires et 25 défaites), champion de la division Nord-Ouest et 3eme de la conférence Ouest affrontent la jeune équipe de Golden States. Favoris et confiant, ils sont contre toute attente battus 2-4 contre des Warriors intenable à 3pts. Malgré un effectif très solide collectivement et un jeu porté sur l’attaque (meilleur attaque de la ligue), les Nuggets font fasse à des lacunes fatales en Playoffs : un manque de shooter à 3 points mais aussi et surtout le manque d’un joueur capable de faire la différence. Au contraire les Warriors eux voient l’éclosion de jeunes pépites, des noms bien connus aujourd’hui : Klay Thompson et Stephen Curry.

Cette défaite marque un coup d’arrêt dans la progression régulière de l’équipe. Fatigué de se voir sortir au premier tour des Playoffs (2004-2008 et 2010-2014) et avec le départ de Masai Ujiri, le FrontOffice des Nuggets, prend la décision difficile de remercier George Karl, en place depuis 2005 et fraichement élu coach de l’année pour la première fois de sa longue carrière. C’est toute une philosophie de jeu en place depuis des années qui part avec lui.

L’exercice 2013-2014 débute avec un certain enthousiasme. Avec un effectif relativement similaire (excepté le départ d’Andre Iguodala), les Nuggets sont remontés et pensent pouvoir poursuivre leur progression. C’était sans compter sur le nouveau coach, Brian Shaw, et sa philosophie de jeu datée. Meneur puis disciple de Phil Jackson aux Lakers dans les années 2000, Shaw -encore à cette période considéré comme un fort potentiel-, décide dès sa prise de fonction, de ralentir le tempo et propose le jeu en triangle à un effectif construit depuis des années pour le Run-and-Gun. Entrainant incompréhension et frustration chez certains joueurs, notamment Kenneth Faried. Après une saison 2013-2014 décevante (36 victoires et 46 défaites) et un début d’exercice 2015-2016 du même acabit (20 victoires et 39 défaites), Shaw est (enfin) viré, Melvin Hunt assurera l’intérim d’une saison à oublier (30 victoires et 52 défaites). Une page se tourne, certains cadres de l’équipe font leur valise (Ty Lawson, Aaron Afflalo). Place au renouveau.

Un nouveau départ et des signes d’espérances.

Mike Malone a su s’imposer, force de travail. D’abord Scout NBA chez les Knicks (2003-2005) puis assistant coach chez les Cavaliers (2005-2010), les Hornets (2010-2011) et les Warriors (2011-2013), il se voit offrir, en mai 2013, le poste d’Head-Coach chez les Sacramento Kings du talentueux mais ingérable Demarcus Cousins. Après une première saison relativement positive, non pas en terme de résultat sportif (28 victoires et 54 défaites) mais plutôt d’un point de vu relationnel, notamment par le grand respect construit entre lui et sa star, les Kings entament la saison suivante (2014-2015) sur des bases saines. C’était sans compter sur l’impatience du nouveau propriétaire, Vivek Ranadive. Malgré un début de saison plus que correct en l’absence sur blessure de Cousins (11 victoires et 13 défaites), Malone est remercié dès la mi-décembre. L’incompréhension est totale. Mais cet échec personnel lui permettra de rebondir 6 mois, plus tard, le 15 juin 2015, dans une autre franchise de la conférence Ouest : Les Nuggets de Denver.

D’une pierre deux coups, en plus de l’arrivée de Mike Malone, les Nuggets voient arriver dans leur effectif deux rookies prometteurs, Emmanuel Mudiay (7eme choix de la draft 2015) et Nikola Jokic (41eme choix de la draft 2014). Proposant un style de jeu où la liberté et la prise d’initiative sont mises en avant, les jeunes pépites trouvent rapidement leur marque. Mais ce jeune groupe offrant un espoir à long terme, souffre dans une conférence Ouest plus forte que jamais. La saison s’achève sur un bilan négatif de 33 victoires pour 49 défaites. La saison 2015-2016 marque la transition et lance les Nuggets dans une phase de progression indéniable. Une nouvelle philosophie de jeu plus efficace et plus attrayante, un coach respecté et le développement de jeunes pousses à forts potentiels tel que Garry Harris ou Nikola Jokic.

Malone et la mise en orbite du phénomène Jokic.

Mike Malone sent l’extrême potentiel de Nikola Jokic encore trop peu exploité, après une première partie de saison difficile (25 victoires pour 31 défaites), il décide à la mi-saison 2016-2017 de responsabiliser sa jeune star. Le fond de jeu est modifié avec deux objectifs clairs : accroitre la fréquence des pick&Roll et pick&flair mais aussi augmenter la fréquence des balles au poste médian et poste haut à destination du jeune Serbe, afin que l’attaque de Denver se base essentiellement sur sa lecture de jeu exceptionnelle. Jokic se régale. Son talent fait le tour de la ligue et la hype monte à mesure que ses triple-doubles s’enchaînent. Ce nouveau système de jeu a immédiatement un impact sur les résultats sportifs de la franchise après le break du All-Star-Game (15 victoires et 11 défaites).

Ces nouvelles responsabilités impactent les rotations. Jusuf Nurkic en fait les frais. Bourré de talent mais incompatible avec Saint-Jokic il est transféré juste avant la limite des transferts à Portland. Emmanuel Mudiay meneur titulaire dès son arrivé se voit sorti de la rotation en lieu et place du rookie Jamal Murray et du vétéran Jameer Nelson. Ces choix de coaching sont significatif de l’orientation prise par les Nuggets, ils offrent les clés de la franchise au Serbe de 22 ans. Les Nuggets échoueront certes aux portes des Playoffs avec un bilan de 40 victoires pour 42 défaites, tout n’a pas été rose, mais du positif ressort malgré tout de cette saison. Un sentiment de progression prévaut et Mike Malone en est un artisan à part entière.

Ce sentiment semble partagé à travers la grande ligue. Le projet attire. Le groupe, jeune mais solide mené par Malone couplé à l’éclosion spectaculaire de Jokic, donne une nouvelle envergure à Denver. La signature d’un des meilleurs poste 4 de la ligue, Paul Millsap en est la preuve concrète. Mais cela entraine également une hausse des ambitions. Malone, coach peu expérimenté, sera-t-il en capacité de, comme son équipe, passer un cap et prospérer ?

Le début d’une pression de résultat ?

Progresser induit inévitablement à une hausse des ambitions et des attentes. Les Nuggets tenteront -même si cela risque d’être difficile- d’accrocher une place pour les Playoffs afin de valider officiellement leur progression la saison prochaine. Des questions surgissent alors sur les capacités de Mike Malone. Il n’a jamais eu un bilan positif en saison régulière et donc n’a aucune expérience en playoffs. De plus, ces choix de coaching parfois critiqués (notamment sur sa gestion du smallball) peuvent à terme agacer les têtes dirigeantes. D’autant plus, que l’on sait qu’en NBA le poste de head-coach est précaire. C’est souvent le premier fusible à sauter, parfois à tord, pour donner un coup de fouet à un groupe. En fera-t-il les frais si les résultats tardent à arriver ?

Enfin qui dit jeune effectif dit évolution des personnalités, des aspérités, et la gestion des égos devient un élément à prendre en considération. Sera-t-il en mesure de gérer les égos naissants de cet effectif talentueux ? Avoir réussi à gagner la confiance de Demarcus Cousins peut être un élément de réponse.

Conclusion

Après avoir su relancer une franchise en perte de vitesse, en participant à la mise en orbite de Nikola Jokic, Mike Malone fait fasse à un nouveau défi : confirmer. Les Nuggets sont à un tournant. Avec un effectif jeune mais solide les espoirs de Playoffs sont permis. En cas de régression, voire même de stagnation la saison prochaine il est possible qu’il soit, malgré toutes ses qualités, le premier à quitter le navire. Espérons pour lui et pour les Nuggets que le progression se poursuivra avec un bilan positif sur l’exercice 2017-2018.

 

Article par Amaury Monnot de @nuggets_france