Nous ne sommes pas tous égaux devant la Draft NBA. Aujourd’hui, les meilleurs exemples sont probablement les Spurs (qui en ont visiblement fait un sport à part entière) et les Warriors qui se sont construits en grande partie par ce moyen. Chez QI Basket, on s’est dit qu’il serait intéressant de recenser les plus beaux steals de l’histoire de la Draft, ces joueurs sélectionnés bien plus bas que leur carrière ne le laisse supposer. Deuxième opus de cette série, consacré aux années 90.

 

Petite précision : la notion de steal étant assez subjective, il n’y a pas de critère fixe pour figurer dans les listes à venir. Est-ce que Jordan, sélectionné en 3ème position, est un steal ? Non, mais le coup mérite d’être mentionné. Globalement, les joueurs draftés dans le top 15 ne seront pas présents. Sauf cas méritant une attention particulière…

Un début de décennie plutôt calme

Le précédent article sur le sujet se terminait avec les cas Rodman ou encore Hardaway, draftés à la fin des années 80. Nous sommes donc en 1990, édition qui vit Derrick Coleman et Gary Payton être sélectionnés aux deux premières places. Et qui nous a également offert quelques joueurs à mentionner pour débuter ce deuxième article. Tous ont un point commun : ils comptent au moins une sélection pour le All-Star Game. Autre similarité : ils n’en comptent… Qu’une seule. Tyrone Hill (Golden State, 11ème position), Jayson Williams (Phoenix, 21ème position), Antonio Davis (Indiana, 45ème position) et Cedric Ceballos (Phoenix, 48ème position) ont tous connu le match des étoiles quelques années après leur draft. Seulement, ils partagent un troisième constat : aucun n’a été All-Star avec sa franchise d’origine. Finalement, le vrai steal de cette Draft se nomme Toni Kukoč. Sélectionné en 29ème place (alors 2ème spot du deuxième tour) par les Bulls, le croate ne rejoindra l’écurie de Jordan qu’en 1993. Avec Chicago, il remportera trois titres de champion, et sera nommé Sixth Man of the Year en 1996. Seul regret potentiel pour lui, celui de ne pas avoir participer aux précédents titres des Bulls, étant resté en Europe trois saisons.

Rien d’exceptionnel l’année suivante. Dans une Draft 1991 qui verra les Nuggets flairer le bon coup avec Dikembe Mutombo en 4ème choix (les joueurs sélectionnés avant lui n’ont certes rien de scandaleux, avec Larry Johnson et Kenny Anderson… Hormis Billy Owen), quelques joueurs obtiendront également leur invitation au All-Star Game malgré leur sélection au-delà de la dixième place. Terrell Brandon sera honoré à deux reprises avec les Cavs, qui l’ont choisi en 11ème position. Avec leur 13ème pick, les Pacers obtiennent Dale Davis, All-Star en 2000 lors de leur accession aux NBA Finals. Chris Gatling, quant à lui, ne sera All-Star qu’après son départ des Warriors (et un court passage à Miami). Vous l’aurez compris, aucun vrai steal dans cette Draft 1991. Mentionnons tout de même Rick Fox, sélectionné en 24ème place par les Celtics, et qui remportera trois titres NBA avec… Les Lakers, en sortant du banc. Autre anecdote lors de cette édition : Darrell Armstrong est snobé par les scouts. En 1994, il signera avec le Magic en tant que free agent, où il sera nommé Most Improved Player et Sixth Man of the Year en 1999.

En revanche, la Draft 1992 nous a offert deux bons coups réalisés respectivement par les Rockets et les Warriors. Robert Horry tout d’abord, choisi en 11ème place par Houston. S’il ne sera jamais All-Star, on connait le pédigrée du bonhomme, sacré champion à deux reprises dans le Texas. Avant d’aller glaner d’autres bagues ailleurs. Outre la légende qu’il s’est forgé lors des moments décisifs, Horry a également gratté deux records lors des Finals jouées avec les Rockets, avec 7 interceptions dans une rencontre, mais aussi cinq 3pts inscrits dans un seul quart temps lors d’un autre match. Bien plus loin dans cette Draft, à la 24ème place, Golden State jette son dévolu sur Latrell Sprewell. L’arrière sera nommé All-Star à quatre reprises, dont trois lors de son passage en Californie. A cela, ajoutez une sélection dans la All-NBA First Team 1994, et vous obtenez un bon petit steal réalisé par les dirigeants de la Baie. Derrière… C’est le néant, pas de véritable bon coup au second tour, on passe à la suite.

En 1993, Allan Houston est choisi en 11ème place par les Pistons, mais ne sera All-Star (deux fois) qu’après son arrivée chez les Knicks. Derrière lui, Sam Cassell est sélectionné par les Rockets en 24ème position. Le meneur a toujours apporté dans les (nombreuses) franchises où il est passé. Deux fois champion avec les Rockets, All-Star et All-NBA Second Team avec les Wolves en 2004, et enfin à nouveau champion avec les Celtics en 2008, il termine tout de même à plus de 15 points par match en carrière. Dans la même catégorie, Nick Van Exel affiche une moyenne de points similaire, et a fait les beaux jours de plusieurs franchises, notamment les Lakers (qui l’ont choisi en 33ème place), avec qui il obtiendra une participation au match des étoiles en 1998. Enfin, cas similaire à celui de Darrell Armstrong, Bruce Bowen n’est choisi par aucune franchise lors de cette Draft 93. Direction l’Europe jusqu’en 97 et son arrivée au Heat, avant de galérer jusqu’à son retour à South Beach en 2000. A Miami, il laisse entrevoir son potentiel défensif, qui explosera lors de sa signature à San Antonio. Trois années dans la All-NBA Defensive Second Team, puis cinq dans la All-NBA Defensive First Team. Le tout en étant trois fois champion. Eh oui, les Spurs, ça rend meilleur.

Pas grand-chose à signaler lors de l’édition 1994. Eddie Jones à la 10ème place, 3 fois All-Star avec les Lakers et les Hornets, qui a gagné les honneurs notamment par ses qualités défensives. Aux 13ème et 17ème spots, Jalen Rose et Aaron McKie ont également connu de jolies carrières, ponctuées par un titre de MIP pour Rose et de 6th Man of the Year pour McKie. Malheureusement, ce ne sont pas les Nuggets et les Blazers qui ont profité de leur prime. Lors de cette Draft 1994, c’est Joe Smith qui est choisi en premier par les Warriors. Résultat, aucune sélection au All-Star Game, et un passage (plutôt bref en général) dans douze franchises ! Oui, cela n’a aucun rapport avec les bons coups, mais ça méritait bien une petite mention.

Deux joueurs peuvent être casés dans la case « bonnes affaires » de l’édition 1995. Theo Ratliff d’abord, bon défenseur drafté par les Pistons à la 18ème place. Il obtiendra d’ailleurs une sélection pour le All-Star Game 2001 après ses bonnes prestations chez les Sixers, et terminera trois fois meilleur contreur de la Ligue avec les Hawks. Avec le 31ème pick, les Suns choisissent Michael Finley. Malheureusement, c’est à Dallas que l’arrière réalisera ses meilleures performances (2 fois All-Star), avant d’être champion en 2007 avec les Spurs. Enfin, mention spéciale à deux autres joueurs. Fred Hoiberg d’abord, car sa 52ème place correspond finalement assez bien à sa carrière de joueur mais surtout d’entraineur. Plus sérieusement, Eric Snow (Seattle, 43ème place) mérite une mention car il rendra de bons services à Philly aux côtés d’Allen Iverson.

Et 1996 arriva

Iverson justement, premier choix logique de la Draft 1996 qui nous offre de quoi alimenter cette chronique. Une petite liste est nécessaire. A partir de la première place : Iverson, Marcus Camby, Shareef Abdur-Rahim, Stephon Marbury, Ray Allen, Antoine Walker. Oui, l’intru se nomme Marcus. Pour l’ordre de sélection des autres, on vous laisse juger. En revanche, ce sont les joueurs appelés ensuite qui méritent qu’on les cite : Lorenzen Wright, Kerry Kittles, Samaki Walker, Erick Dampier, Todd Fuller, Vitaly Potapenko. Que des « légendes » jusqu’à la 12ème place. Et puis… La déferlante. Le coup de génie de la décennie se trouve là, avec ce 13ème pick de la Draft 1996. Car ce bon Jerry West a (encore) vu ce que les autres n’ont pas eu le flair de remarquer. Alors qu’il s’apprête à récupérer Shaquille O’Neal lors de la Free Agency, le dirigeant des Lakers propose un deal aux Hornets : Charlotte doit sélectionner le jeune lycéen Kobe Bryant, pour l’échanger contre le pivot Vlade Divac. Manipulations pour récupérer le joueur, notamment avec son agent qui empêche certaines équipes choisissant plus haut de tester Bryant, potentielle retraite de Divac, de nombreuses histoires ont circulé depuis. Quoiqu’il en soit, c’est bien le début d’une légende que l’on connait par cœur. Sous le maillot Angeleno tout au long de sa carrière, le Black Mamba accumulera un palmarès unique : 5 titres de champion, 2 fois MVP des Finals, MVP (2008), 18 fois All-Star, 9 fois All-NBA Defensive First Team, et la liste est encore longue. Pour beaucoup, Kobe est LE plus gros steal de tous les temps. Ce qu’on peut comprendre. MJ, Magic, Bird, LeBron, Abdul-Jabbar, tous ont été sélectionnés dans le top 5, hormis Bird en 6ème pick.

Mais ce n’est pas tout… Loin de là. J’ai employé le terme « déferlante », car après Kobe, d’autres petits joueurs ont été choisis. Avec leur 14ème pick, les Kings sélectionnent Peja Stojaković. L’ailier ne ralliera Sacramento que deux ans plus tard, et y passera huit ans. 3 fois All-Star, 2 fois vainqueurs du concours de 3pts, le serbe fera les beaux jours de Sacto. Derrière lui, les Suns obtiennent Steve Nash (15ème). Si le meneur canadien ne passe que deux ans à Phoenix avant de filer chez les Mavericks, il reviendra dans l’Arizona pour y forger sa légende. Malheureusement jamais titré, Nash sera le leader du show Phoenix sous les ordres de Mike D’Antoni. 8 fois All-Star, mais surtout deux fois MVP (coucou Kobe), le génial meneur présente un palmarès individuel long comme le bras. Enfin, si Tony Delk est choisi en 16ème position, Jermaine O’Neal est lui sélectionné par les Blazers juste derrière. Cependant, le pivot fera le bonheur des Pacers, quatre ans plus tard, avec 6 sélections au All-Star Game et un titre de MIP. A la 20ème place, c’est Zydrunas Ilgauskas qui atterrit à Cleveland, où il passera la quasi intégralité de sa carrière, pour deux invitations au All-Star Game. Son numéro 11 a d’ailleurs été retiré par la franchise. Enfin, le dernier bon coup de cette édition se trouve en 24ème place avec la draft de Derek Fischer par les Lakers. S’il ne sera jamais All-Star, le meneur contribuera largement aux three-peat de Los Angeles, avant de revenir pour le back-to-back à la fin des années 2000. Mais cette Draft 96 ne pouvait pas nous laisser comme ça. Dans la lignée de Bruce Bowen, un certain Ben Wallace n’entend pas son nom appelé à l’estrade. Ce sont les Bullets (ancêtres des Wizards) qui le signent au cours de l’été. Il fera ses classes à Washington durant 3 saisons, avant un passage d’un an à Orlando. Mais ce sont les Pistons qui profiteront de Ben. En 6 saisons passées à Detroit, Wallace sera nommé 4 fois défenseur de l’année, 3 fois All-Star, et glanera un titre de champion. Pas mal pour un joueur non drafté.

Difficile, très difficile de faire mieux que cette édition 96. Et en 1997, pas grand-chose à signaler. La sélection de Tracy McGrady par les Raptors en 9ème place, même si ce sont le Magic et les Rockets qui profiteront le plus du talent de l’arrière-scoreur. Multiple All-Star entre 2001 et 2007, sa carrière n’a malheureusement pas été ponctuée par un titre que son talent aurait surement mérité. Stephen Jackson a quant à lui été drafté à la 42ème place par les Suns. Cependant, il ne rejoindra la NBA qu’en 2000 avec les Nets, Phoenix ne l’ayant pas conservé après sa sélection. Pourtant, Jackson aura une carrière tout à fait honorable, avec notamment un titre de champion en 2003 chez les Spurs et de belles années à Golden State (20 points de moyenne environ). Notons tout de même que c’est cette année que les Spurs, alors qu’ils viennent de réaliser leur pire saison depuis des années (3ème plus mauvais bilan suite à de lourdes blessures, notamment David Robinson), obtiennent par chance le premier choix. Et que c’est évidemment cette année que Tim Duncan se présentait. Non, nous ne sommes pas tous égaux devant la Draft.

C’est reparti pour un tour

En 1998, Brad Miller n’est choisi par aucune franchise. Pourtant, il en connaitra de nombreuses durant sa carrière, et sera même All-Star avec les Pacers puis les Kings. Rashard Lewis, lui, fut appelé en 32ème position pour rejoindre les Supersonics. Il y sera lui aussi All-Star, ainsi qu’à Orlando par la suite. Il gagnera même le titre en 2013 avec le Heat avant de tirer sa révérence. Mais les véritables bons coups de cette année 98 se trouvent en bout de Top 10, et se nomment Dirk et Paul. Attention, mouillez-vous la nuque pour l’histoire qui va suivre. Nowitzki arrive d’Europe, et effectue des workouts avec de nombreuses franchises. Les Celtics possèdent le 10ème choix et Rick Pitino voit en lui le successeur de Bird. Malheureusement pour le coach de Boston, Don Nelson a lui aussi des vues sur l’allemand et détient le 6ème choix. L’utiliser pour sélectionner Dirk ? Non, ce n’est pas suffisamment pour le coach des Mavericks, qui lorgne également Steve Nash, meneur des Suns. Phoenix n’a pas de tour de draft, mais souhaite enrôler Pat Garrity. Les Bucks ont le 9ème et le 19ème choix mais veulent Robert Traylor, qui est annoncé tout juste hors du Top 5. Dallas monte alors un échange qui va se transformer en énorme carotte pour ses partenaires de trade : ils choisissent Traylor avec leur 6ème pick, et l’envoient à Milwaukee. En échange, ils reçoivent Dirk et Garrity, sélectionnés en 9ème et 19ème place par Milwaukee. Enfin, ils refilent Garrity aux Suns pour récupérer Nash. Oui, les Mavs ont converti leur pick 6 en un combo Nowitzki-Nash, pendant que les Bucks se retrouvent avec un gros flop et les Suns un joueur qui ne restera qu’une saison. Nash se révélera à Dallas avant de retourner à Phoenix, et Dirk deviendra le Wunderkind dans le Texas. L’allemand mènera sa franchise au titre en 2011 (coucou LeBron), y deviendra le 6ème meilleur marqueur de tous les temps, et y écrira tout simplement sa légende en devenant le meilleur joueur non-américain all-time. Voilà. Je ne mentionnerai pas le reste du palmarès individuel, il me faudrait faire un autre papier pour ça.

Mais revenons à Rick Pitino, qui a donc vu Don Nelson lui voler Dirk. Avec son 10ème pick, le coach jette alors son dévolu sur un certain Paul Pierce. Bon ben… Bonne pioche, on va dire qu’ils s’en sortent pas mal les Celtes. En 15 saisons passées à Boston, The Truth sera champion et MVP des Finals en 2008, 10 fois All-Star, et bien d’autres choses encore. Il fait partie intégrante de la légende Celtics, et a d’ailleurs eu l’honneur (mérité) de prendre sa retraite il y a quelques jours sous le maillot vert. Une magnifique histoire, pas gâchée pour un sou par son transfert aux Nets en 2013. Paulo ne s’est d’ailleurs pas gêné pour troller les dirigeants lors de son retour pour sa retraite, portant un short de Brooklyn dans un esprit bon enfant.

Il est temps de terminer cette décennie avec la Draft 1999. Raja Bell et Chris Andersen n’ont pas eu l’honneur d’être sélectionné mais rendront de fiers services dans les franchises où ils sont passés par la suite. Bon, Andersen n’était visiblement pas au courant qu’il fallait s’inscrire à la Draft pour être sélectionné. Mais on l’aime bien, donc on l’excuse. Parlons de Ron Artest, choisi par les Bulls en 16ème position, et qui sera All-Star ainsi que Défenseur de l’année en 2004 chez les Pacers, avant d’être titré avec les Lakers en 2010. Et de devenir Metta World Peace bien sûr. Enfin, le Jazz utilise son 24ème pick pour sélectionner Andrei Kirilenko. Le russe ne ralliera Utah qu’en 2001, mais y passera 10 saisons. Pour une sélection pour le All-Star Game, une nomination dans la All-NBA First Defensive Team, entre autres. Mentionnons tout de même ses titres de MVP de l’Eurobasket 2007 et de MVP de l’Euroleague en 2012 après son retour sur le Vieux Continent. Mais le véritable coup de génie de cette draft se trouve à la 57ème position. L’avant dernière place. Celle qui succède à plusieurs joueurs qui ne fouleront jamais les parquets NBA, et qui précède la sélection d’Eddie Lucas… Qui ne foulera jamais les parquets NBA. Mais ce 57ème pick, ce sont les Spurs qui le détiennent. On s’humidifie le front, et tout se résume en deux mots : El Manu. Oui, à cette avant dernière place, San Antonio choisit Manu Ginóbili. Ils sont champions, ont déjà obtenu Tim Duncan en 97 sur un coup de chance, et se démerdent pour dénicher un génie alors que plus personne n’est présent dans la salle de cérémonie (lui-même n’y est pas). L’argentin signe dans l’indifférence, est envoyé en Italie faire ses classes, et fera son arrivée en 2002. La suite, on la connait. 4 titres NBA, un Big Three légendaire avec Duncan et Tony Parker (on en reparlera bientôt), et des qualités monstrueuses pour l’arrière : shoot, passing game, élégance, tout y est. On vous avait prévenu, les Spurs ont fait de la Draft un sport à part entière.

Le jeu de la Draft est souvent à double tranchant. De nombreux joueurs n’ont jamais répondu aux attentes placées en eux, d’autres ont largement dépassé celles sous-entendues par leur lointaine place dans la sélection. Chaque année ou presque, certaines franchises flairent le bon coup et choisissent un futur All-Star en fin de premier tour, tandis que d’autres se jettent sur des jeunes qui ne seront jamais que des joueurs de complément. Alors, pour vous qui est le plus gros steal des 90’s ? Kobe ou Manu ? Dans le prochain article, place aux années 2000 !