« Les gars on se fait démonter sur les pick and roll, vous vous souvenez pas du Ice ou quoi? »

Voilà ce à quoi peut ressembler un temps mort en NBA actuelle quand vous jouez les Houston Rockets par exemple. Si on a vu dans le temps mort précédent qu’il existe des tactiques offensives, il est évident qu’il existe aussi des systèmes défensifs. Ceux-ci nécessitent moins de course que pour attaquer mais ils demandent une chose essentielle : Communiquer. En plus de l’exécution qui se doit d’être parfaite, on parle ici de joueurs qui doivent pouvoir savoir ce qui se passe dans leurs dos sans avoir à se retourner.

Imaginons quelques instants que vous êtes meneur titulaire en NBA, en défense, en tête de raquette et qu’en face de vous se trouve un petit dragster qui n’attend qu’une chose : Driver. Vous savez qu’à un moment donné un gars bien costaud va venir poser un écran sur votre gauche ou votre droite et qu’il vous faudra faire un choix : Est ce que je passe au-dessus de l’écran, m’exposant ainsi à un drive facile si je ne suis pas couvert derrière moi ou est ce que je passe derrière l’écran en risquant ainsi de prendre un 3 points sur le museau? Ça fait beaucoup à penser en quelques dixièmes de secondes. Alors vous regardez du coin de l’œil, vous tendez l’oreille mais les 30000 fans et la sono vous privent de votre ouïe et là vous faites comme beaucoup de joueurs qui se font cramer sur les parquets par des Kyrie Irving, John Wall, Stephen Curry, James Harden, Russell Westbrook,… vous tournez la tête un tout petit peu à gauche et puis à droite. Juste une seconde pour voir d’où vient l’écran et hop c’est trop tard, votre opposant l’a vu et en a profité pour démarrer. Trop tard pour avoir des regrets, avec un peu de chance ce n’était pas un buzzer beater de game 7 de finales NBA.

Mais si à la place, le coéquipier derrière vous avait crié « LEFT! » ou bien « RIGHT! » et bien vous auriez pu jouer le Ice et changer le cours de l’histoire. Comment? C’est ce qu’on va voir aujourd’hui dans cet article mi-écrit, mi-vidéo et mi-schéma (et re mi-ours derrière bien entendu).

Le pick and roll :

« Know your ennemy » comme le disait si bien Rage Against The Machine, et un bon défenseur se doit de savoir lire ce qui vient en face de lui, ce avec quoi on l’attaque. Le pick and roll est un système offensif vieux comme le monde, il consiste à faire venir un pivot qui se place à côté du défenseur de son meneur pour l’empêcher de le suivre et de ce fait lui permettre d’aller marquer un panier facilement. La base quoi.

Alors bien sur il existe plein de variantes au pick and roll de base mais le problème initial est maintenant connu de tous. Simple mais redoutable lorsque vous avez une paire meneur-pivot ou ailier fort qui sait le jouer à la perfection. Certains joueurs ont bâtis des carrières comme ça. Stockton et Malone, Nash et Stoudemire, Webb et Bibby j’en passe et des meilleurs.

Mais pourquoi ça marche si bien? Hormis les 3 exemples que j’ai donné où, là on a affaire à des orfèvres, le problème se situe souvent au niveau défensif et ses élémentaires. Je vous ai mis dans le contexte en introduction mais souvent il s’agit de basique défensif qu’on a souvent trop tendance à mettre de côté. On ne communique pas l’écran, on tourne la tête, on oublie que son adversaire a un pourcentage au shoot extérieur vraiment bon mais on passe quand même sous l’écran,… bref tout un tas de petits éléments qui font que votre équipe prend 2 points facilement dans le meilleur des cas.

Heureusement quelqu’un a trouvé la solution. Il s’est dit que plutôt que de se laisser mener par le bout du nez par l’attaque il allait l’amener là où il voulait pour mieux la piéger, la trapper pour être plus précis (2 défenseurs sur un même attaquant) Le principe semble assez simpliste mais encore une fois sa réussite dépendra de la communication et de l’exécution de celui-ci.

  1. Au lieu de subir l’écran, lorsqu’il est prévenu de l’endroit d’où vient l’écran, le défenseur du meneur va aller se mettre en opposition au pivot pour l’empêcher de poser son écran et surtout au meneur adverse de s’en servir. Attention le meneur défenseur doit établir un contact physique avec le poseur d’écran pour ne pas se faire avoir.
  2. Le défenseur du « poseur d’écran » ne suit pas son défenseur pour rester et ainsi contrôler la ligne de drive qui est s’est créé suite au déplacement de son collègue défenseur et il attend.
  3. Le défenseur vient donc de proposer gentiment au meneur adverse de passer par là où il le souhaite. Le piège va bientôt se refermer.

  1. Le meneur ne peut pas tenter de faire le grand tour pour bénéficier un peu de l’écran sinon son défenseur lui sautera dessus automatiquement.
  2. Donc le meneur part vers le seul endroit « safe » le côté droit et son défenseur le suit. Le poste 5 adverse reste seul en tête de raquette avec son défenseur originel qui garde un oeil sur lui au cas où.
  3. Quand le défenseur redescend pour suivre le meneur il doit prendre soin d’être à la fois proche de la ligne de drive du meneur mais aussi de la ligne de passe vers le poste 5. Encore une fois, aucun système ne marche sans une bonne exécution.
  4. La prise à 2 est faite, il n’y a plus qu’à presser le meneur à fond pour empêcher une passe vers le poste 5. Si toutefois il y parvient, c’est son défenseur attitré qui devra faire l’effort pour combler l’espace et aller contester le shoot. Pas l’inverse sinon on se retrouvera avec un mismatch.Là ou ce système est brillant est qu’il ne nécessite pas l’aide d’une troisième personne et donc ne laisse pas un joueur shooter dans un corner tout seul parce que son garde du corps a du venir en aide dans la raquette (Pour reprendre l’exemple des Rockets, Anderson et Gordon peuvent témoigner). Là vous ne laissez qu’un gars semi-ouvert et à priori dont le shoot n’est pas son point fort, surtout celui à mi-distance qui est délaissé depuis un certain temps en NBA au profit du shoot à 3 points. Statistiquement c’est là où vous prenez le moins de risque. Enfin les efforts défensifs coûtent cher une fois qu’on repart attaquer et le manque de lucidité se fait de plus en plus sentir chez les postes 2 qui doivent défendre le meneur adverse pour préserver leurs meneurs. Spurs, Cavs, Thunder, Warriors, Rockets, Clippers,… toutes ces équipes qui ont, ou avaient jusque récemment, un 2 sur l’homme presque en presse tout terrain et un meneur caché en défense. Toutes ces équipes auraient pu pratiquer le Ice plus souvent pour relâcher un peu la pression sur leur pitbull et ainsi être plus efficace en attaque à tous les postes.

Si votre défenseur à la mène rate sa défense et que l’écran posé par le poste 5 est efficace vous êtes en situation de 5 contre 4, donc quelqu’un va devoir venir fermer l’accès à la raquette pour compenser et là on décale une petite passe et hop tir ouvert complet. Temps mort!

Pour plus de clarté et suite à de nombreuses demandes, je vous propose de lancer la vidéo ci-dessous pour qu’on voit ce que ça donne en vrai et surtout au rythme du jeu.

Bien entendu ce système ne vous met pas à l’abri de tout mais le but des systèmes défensifs n’est pas que de s’assurer que l’adversaire ne pourra pas prendre le shoot mais qu’il soit contesté au maximum et que si une brèche doit rester ouverte qu’elle le soit par choix et non pas par la volonté des attaquants. Le nombre de variantes pour contrer ce système est large et dépendra des qualités de chacun à prendre les bonnes décisions au bon moment dans le moins de temps possible mais le nombre de points que ce système aurait pu sauver s’il avait été appliqué ou correctement exécuté reste tout de même assez impressionnant.

Depuis quelques années maintenant on voit des postes 4 et 5 travailler leurs tirs à 3 points. C’est entre autre pour annihiler ce système défensif. Même Dwight Howard s’y est mis. Le but est bien sur de bénéficier du pick and pop. Sur le dernier schéma, on voit que le 5 reste seul derrière l’arc et si la balle lui parvient il pourra prendre son tir en catch and shoot même si le défenseur monte bien pour le contester, la fenêtre de shoot restera correcte pour quelqu’un qui sait y faire. Alors tant qu’à prendre un tir « contre nature » autant qu’il rapporte 3 points plutôt que 2. Rater un 3 pts c’est normal, rater un 2 pts longue distance on dira toujours « Mais pourquoi il a pas avancé? » Le calcul est vite fait.

C’est pour ça que le Ice devra disparaître (peu probable malgré tout) ou évoluer pour tenir compte de ces nouveaux pivots qui « arrosent » depuis le parking comme Brook Lopez ou Anthony Davis pour ne citer qu’eux. Il y a fort à parier que dans les années à venir, laisser 2m à un pivot qui se trouve derrière l’arc en se disant que de toute façon il n’a pas de shoot, soit une mauvaise idée.

Voilà, je reste à l’écoute de vos remarques sur ce genre d’article pour pouvoir continuer à améliorer la formule et la rendre la plus digeste possible donc si vous avez des suggestions pensez à laisser soit un commentaire ou le faire sur Twitter via @qibasket ou @steuf76

Je pense que la prochaine fois, je vais tenter de prendre la place sur le banc de T….  non j’en dis pas plus.