Une saison régulière solide, des défaites embarrassantes contre des équipes du bas du tableau et des victoires de prestige contre des prétendants au titre, les Playoffs et une défaite contre les Spurs, telle est la routine des Grizzlies ces dernières années.

Cette année, contrairement à il y a deux ans, la série fut un féroce combat contre les hommes de Gregg Popovich et un beau spectacle à la clé, notamment avec un mano a mano complètement fou entre Mike Conley et Kawhi Leonard, finalement remporté par le Captain Clutch et sa troupe lors du Game 4. Le résultat final aurait peut-être pu être différent si Tony Allen n’avait pas loupé l’intégralité de la série. Défaits finalement en 6 matchs, l’été ne semblait offrir que peu de perspectives à cause du contrat de Chandler Parsons, qui annihilait toute marge de manœuvre. Toutefois, le front office pouvait légitimement penser qu’ils allaient pouvoir retenir au moins deux de leurs trois joueurs emblématiques.

Alors qu’on pensait qu’il pouvait difficilement leur arriver pire que de donner un contrat max à Chandler Parsons, finalement, cet été fut encore pire que le précédent, avec les départs de joueurs emblématiques, Vince Carter, Zach Randolph et surtout Tony Allen. Ce dernier représentait parfaitement la culture Grit and Grind de Memphis. Il ne s’agissait peut-être pas de joueurs ayant un impact phénoménal sur le terrain mais en revanche, pour ce qui est de l’identité de la franchise, l’expérience, les Grizzlies ont subi un terrible coup avec ces départs.

Côté arrivées, le front office a tenté deux paris. Malheureusement, l’un des deux est déjà perdant, du moins pour une bonne partie de la saison (Ben McLemore sera a priori absent jusqu’au ASW) et l’autre (Tyreke Evans) ne donne que peu de garanties sur son niveau après toutes les blessures subies durant sa carrière, sachant qu’il ne s’agit quasiment que de blessures graves.

1- Le roster & les finances

Commençons d’abord par exposer le roster des Grizzlies hors blessures:

PG : Mike Conley – Andrew Harrison – Wade Baldwin IV – Mario Chalmers

SG : Ben McLemore – Wayne Selden Jr – Troy Daniels

SF : Chandler Parsons – Tyreke Evans – James Ennis – Dillon Brooks

PF : JaMychal Green – Jarell Martin

C : Marc Gasol – Brandan Wright – Deyonta Davis

Tout d’abord, le point clé de la saison des Grizz, ce sera la santé. Leur réussite passera par un roster épargné par les blessures. Malheureusement, la franchise semble vraiment condamnée à devoir composer chaque année avec un grand nombre de blessés. Sur l’ensemble de l’effectif, citons les donc : Ben McLemore déjà out pour une longue durée, Chandler Parsons évidemment, dont on ne compte plus les blessures, Brandan Wright dont on a douté qu’il rejoue un jour, mais aussi Tyreke Evans qui sort tout juste d’une grosse blessure. En somme, les joueurs aux dossiers médicaux chargés sont très nombreux dans le roster des Grizzlies, et parmi tous ceux qu’on a cités, nous n’avons même pas évoqué le cas de Marc Gasol et Mike Conley, 77 matchs loupés sur les deux dernières saisons. Cet aspect n’est, donc clairement pas à négliger car de lui dépendra la saison de Memphis et nous leur souhaitons d’éviter la même hécatombe qu’il y a 2 ans, quand l’équipe s’était retrouvée à devoir défier les Spurs avec une équipe de D-League. D’ailleurs… cette saison là, Gasol, Conley, Wright et Parsons ont cumulé un peu moins de 200 matchs manqués. Voilà un chiffre qui permet de toucher du doigt le cauchemar vécu par Dave Joerger et sa troupe en 2e partie de saison, durant laquelle ils ont explosé le record de joueurs utilisés par une équipe NBA pendant une saison régulière. Non pas 20. Non pas 25. Mais 28 !!!

Passé ce premier point, on en vient au deuxième point qui saute aux yeux quand on regarde ce roster : le manque de talent. Gasol et Conley sont deux magnifiques joueurs, mais ils ne peuvent pas tout faire à deux. Si Parsons venait à rester en pleine santé, il pourrait se révéler très utile dans le jeu offensif des Grizzlies et apporter de l’adresse extérieure. Après tout, il a été signé pour ça et malgré le côté irréel de cette signature, à tout prendre ce fut un bon joueur. Mais tout le problème est là : cela fait très longtemps qu’on a plus vu Parsons évoluer à un niveau ne serait-ce que décent. S’il venait à revenir ce serait tout bénef pour David Fizdale et son équipe, mais si ce n’est pas le cas alors il faudra « déjà » songer à utiliser la stretch provision…

En outre, la récente blessure de Ben McLemore pour une assez longue durée pose problème. Ce dernier ayant été recruté pour être le nouveau compère de Mike Conley dans le backcourt, David Fizdale va devoir trouver une solution quant au poste de titulaire à l’arrière. Plusieurs options s’offrent à lui, notamment Troy Daniels, néanmoins, le profil de ce dernier semble indispensable en sortie de banc. L’option la plus crédible pourrait être Wayne Selden Jr. Le sophomore sort d’une saison rookie plutôt correcte, mais surtout d’une Summer League très intéressante.

Passons à un secteur qui devrait porter préjudice aux Grizzlies : le banc. En effet, ce dernier risque d’être  juste pour la saison prochaine. Le facteur blessure étant omniprésent à Memphis, une profondeur d’effectif digne de ce nom est impérative pour ne pas couler à la moindre absence. Or c’est loin d’être l’atout numéro 1 du roster de Fizdale. Cependant, le banc présente une ligne extérieure intéressante avec enfin l’arrivée d’un autre joueur capable de créer en la personne de Tyreke Evans.

En ce qui concerne le secteur intérieur, il est essentiel de mettre en avant l’émergence d’un joueur en particulier la saison passée, JaMychal Green. En effet, c’est un véritable couteau suisse et ce des deux côtés du terrain. Attention à ce qui va suivre, tout est subordonné à sa resignature avant le début de la saison. Défensivement, que ce soit sur le porteur du ballon ou le poseur d’écran sur P&R, sur isolation, au poste bas mais aussi au poste haut, il abat un travail énorme. Il est également assez précieux de l’autre côté du terrain et fut le quatrième meilleur shooter à 3 pts de l’équipe (37,8%).  Sur le banc,  les Grizzlies ont besoin de densité athlétique et de sécuriser le rebond. Dans cette optique-là, Jarell Martin possède un profil intéressant mais il a une fâcheuse tendance à faire n’importe quoi en attaque en plus d’être un défenseur assez naïf. Quant à Brandan Wright, c’est un pivot remplaçant correct, mais lui aussi est un joueur assez limité et il semble aussi être abonné à l’infirmerie.

En somme, le coaching staff devra prier pour ne pas avoir une liste interminable de blessés. Vous l’aurez donc compris, le principal critère de réussite pour les Grizzlies cette saison sera la santé de leurs joueurs.

L’époque Grit and Grind a pris fin cette année. Que peuvent faire les disciples de David Fizdale pour tenter de se relancer vers les sommets ?

2- Coaching/style de jeu

Que faire avec un tel effectif ? Se reposer sur une superstar ? Difficile quand il n’y en a pas. Courir et tenter le pari du up-tempo ? Cela risque d’être compliqué vu l’effectif, d’autant plus quand on a Marc Gasol dans le rôle du franchise player. Jouer à fond slow tempo et persévérer dans le Grid and Grind ? Oui mais non, au delà de la perte de cette identité avec les départs d’Allen et Z-Bo, l’équipe ne dispose pas de joueurs assez bons sur demi-terrain pour jouer à ça, d’autant plus que défensivement, les Grizzlies étaient déjà sur la pente descendante l’an dernier (bien que 7e au defensive rating).

L’an dernier, nous avons clairement vu une évolution à Memphis avec l’arrivée de David Fizdale à travers un jeu beaucoup plus basé sur le tir à 3pts que par le passé. Autrement dit, les Grizzlies ont effectué un premier pas vers une évolution devenue nécessaire de nos jours.

Ci-dessous, les shotcarts de Mike Conley et Marc Gasol :

 

D’un côté comme de l’autre, la réussite à 3 pts est très satisfaisante, d’autant plus que le pourcentage près du cercle reste très solide. On remarque, également, que ce qui était autrefois le spot préférentiel de Gasol, à savoir poste haut, a évolué et se situe désormais derrière la ligne à 3 pts. Rassurons de suite les fans de Memphis, le grand ours n’a pas perdu son tir automatique poste haut, loin s’en faut, comme en témoigne son bon pourcentage dans la zone concernée.

En ce qui concerne le cas Conley, sa shotcart montre à quel point le meneur originaire de l’Arkansas est sous-estimé d’un point de vue offensif. En effet, Mike Conley sort de sa meilleure saison en carrière de ce côté du terrain. Pour la première fois dans sa carrière, il finit une saison à plus de 20 ppg, le tout à des pourcentages record (46% dont 40,8% à 3 pts). Ce qui est également intéressant, c’est sa capacité à évoluer sans ballon dans un rôle de shooter (43,9% sur catch&shoot la saison passée). Le meneur des Grizzlies a clairement assumé les responsabilités que son contrat lui imposait.

Le problème de Memphis l’an passé, résidait notamment en l’incapacité du reste de l’équipe à tenir le ballon et plus généralement le manque de passeurs, ce qui est toujours le cas. En effet, l’an dernier, les deux rookies Harrison et Baldwin n’étaient clairement pas au niveau. Tout d’abord, Wade Baldwin s’est révélé être une machine à pertes de balle (22,9% de ses possessions se terminant par un ballon perdu) et un shooter très médiocre (13,6% à 3 pts). Quant à Andrew Harrison, il a, certes, été plus performant que Baldwin, mais ses pourcentages feraient pâlir Andre Roberson himself (cf sa shotcart ci-dessous).

Cette année, Baldwin semble tenir la corde pour le rôle de 3ème meneur, sous réserve qu’il ne fasse pas trop d’allers-retours en G-League. Le rôle de back-up se jouera sûrement au training camp, Mario Chalmers étant un camp deal, s’il se trouve que Rio n’ait pas le niveau attendu, il n’aura pas de contrat. Dans le cas contraire, le front office pourrait décider de lui offrir un contrat et de couper Harrison. En tout cas, le joueur qui aura pour mission de porter la balle en sortie de banc, ce sera Tyreke Evans. L’arrivée d’un créateur tel que lui permettra à Fizdale de compter sur un autre joueur capable de créer.

Ensuite, l’effectif n’a aucun shooteur pur excepté Troy Daniels. Conley, Green, Gasol et Parsons sont de bons shooters, réguliers, mais aucun n’est un vrai shooter de série, capable de mettre 3,4,5 tirs de suite et de prendre feu pour ramener son équipe dans le match ou au contraire clore la discussion dans un match serré. Il semble donc compliqué de baser le jeu sur de l’adresse pure.

Néanmoins, ce qui pourrait par contre être une bonne idée (peut-être s’agit-il du plan de David Fizdale, allez savoir), c’est effectivement d’augmenter le volume de 3 pts tentés mais de ne pas les baser sur de la transition ou un jeu up-tempo voire sur du drive and kick, mais, sur un jeu au tempo moyen. Autrement dit, baser l’attaque sur le pick and roll, évidemment, mais aussi et surtout sur toutes les variantes du Horn (si vous ne savez pas de quoi il s’agit cliquez ici). Coach Fizdale ferait également un bon choix  en utilisant le Hammer (le système favori des Spurs) et les fameux « elevators screens » qui ne sont ni plus ni moins qu’une variante du Horn.

Tout compte fait, les Grizzlies pourraient procéder un peu comme le Jazz ou même le Heat ont su le faire, c’est-à-dire faire bon usage des écrans et trouver des systèmes assez futés afin de compenser le manque de shooters purs en obtenant de meilleurs tirs afin de maximiser la réussite.

Pour finir, il reste deux gros points d’interrogation concernant les Grizzlies 2017-2018 : le rebond et la défense. Concernant le rebond, les rebound ratings peu flatteurs de Marc Gasol sont un vrai trompe l’œil parce qu’il effectue énormément de box-outs, néanmoins la perte de Z-Bo (8,2 rebs) et Allen (5,5 rebs) dans ce domaine sont préjudiciables. Randolph et Allen étant deux des quatre meilleurs rebondeurs de l’équipe. Même si Gasol est très utile pour le rebond défensif via ses boxouts, on ne peut nier qu’il lui arrive souvent d’être assez nonchalant pour y aller lui-même, voire de carrément glander au rebond par moments, ce qui est d’ailleurs le seul point où il peut exaspérer ses fans.

A propos de la défense, Memphis a perdu énormément avec les départs d’Allen et Carter (oui, même à 40 ans, Vince était encore un défenseur très honorable). La défense des Grizzlies perdra en niveau l’an prochain à n’en pas douter mais certains joueurs peuvent faire le taff et se donner à fond de ce côté-là du terrain. On pense notamment à Green ou Selden. Toutefois, en dehors de Gasol et Conley, il n’y a plus de vrai spécialiste défensif. Et ça, quand on a basé son succès depuis des années sur une énorme défense, ça pose problème. Pas seulement sur le plan comptable, mais aussi sur le plan psychologique : la pression est nettement moins forte en attaque quand derrière on a la certitude que les stops seront là. Effectivement, dans le cas où on commence à encaisser paniers sur paniers, la tentation de prendre des tirs hasardeux à 3 pts devient de plus en plus grande et on s’expose au risque d’offrir des transitions à l’adversaire et de fragiliser encore plus la défense elle-même. Aux Grizzlies d’éviter de tomber dans ce genre de cercle vicieux.

On en arrive au nerf de la guerre: que peut donner cette équipe de Memphis lors de la saison à venir ?

3- Perspectives

Si tout va bien

Dans un monde idéal, la saison des Grizzlies pourrait ressembler à celle-ci : Les blessures laissent enfin les Grizzlies tranquilles et à part quelques matchs, les joueurs ne s’absentent pas pour de longues durées. David Fizdale continue la transformation du jeu proposé par Memphis. Mike Conley sort une nouvelle saison de haut vol et mène son équipe à la 7ème place de la conférence Ouest. En plus de cela, le banc surprend les spécialistes, Tyreke Evans revient parfaitement de sa blessure et parvient même à régler la mire à 3 pts. Que dire de JaMychal Green, qui se révèle être une pièce essentielle de la défense des Grizz tout en ayant une adresse à 3 pts impressionnante.

Si tout va mal

Les Grizzlies font un début de saison correct mais sont ennuyés par la blessure de McLemore à laquelle s’ajoute celle de Green. Les hommes de David Fizdale, malgré la présence de Marc Gasol, prennent l’eau en défense sans leur couteau suisse et une fois de plus, Chandler Personne Parsons doit rejoindre l’infirmerie prématurément. Tyreke Evans n’arrive pas à  retrouver son niveau et finit par disparaître de la rotation. Les défaites s’enchaînent car l’équipe ne dispose pas de la profondeur d’effectif pour pallier à ces absences et vers février, le front office de Memphis décide d’éclater le groupe: Marc Gasol et Mike Conley sont échangés à la deadline contre de solides assets. Les Grizzlies entament leur reconstruction avec un bon espoir de garder leur pick 2019.

Comme bon nombre d’équipes, les Grizzlies sont dans une position extrêmement délicate pour qui entend être ambitieux : les deux courses principales sont complètement hors de portée; qu’il s’agisse de celle qui mène au titre ou de celle qui conduit à hériter du premier choix de draft. Une décision doit donc être prise : faire voler en éclats le groupe actuel pour démarrer au plus vite une reconstruction ? Ou aller au bout de l’aventure avec ce qui reste de ceux qui ont été jusqu’en finale de conférence et leur offrir la sortie glorieuse qu’ils méritent ? Wait and see, mais.. comme le dit si bien Danny Ainge, « la franchise est au dessus ».. Et les Grizzlies n’ont guère le temps d’attendre que Gasol et Conley aient fini leurs carrières pour se relancer dans la quête du titre.

Les Grizzlies pourront peut-être arracher une dernière année en Playoffs, mais malheureusement quand bien même cela arriverait, ils n’auraient que peu d’espoir d’aller au delà du premier tour.

Pronostic : 10ème place (36-41 victoires) : Les Grizzlies devraient, encore une fois, faire face à quelques pépins physiques et sans doute louper les playoffs pour la première fois depuis la saison 2010-2011. 

 

L’avis de @GrizzliesFR

 

Quelles étaient vos attentes cet été ?

Avec les multiples fins de contrat, on savait que l’été serait particulièrement chargé et les départs de Tony et Vince étaient prévisibles. Le cas de Z-Bo était moins certain mais c’est pourtant celui qui s’est décanté le plus vite, c’est dommage car son nouveau rôle de 6e homme fonctionnait plutôt bien… Du côté des arrivées, il fallait à tout prix renforcer la mène où Conley était bien trop esseulé comme créateur. C’est chose faite avec les signatures de Chalmers et Evans, même s’il faudra à nouveau prendre en compte le facteur « injury prone ». Enfin, on attendait surtout la re-signature de JaMychal Green et à cette heure toujours pas d’officialisation même si tout semble en bonne voie.

Qu’attendez-vous pour la saison prochaine ?

A la vue du nombre de joueurs « injury prone » de notre roster, notre principal souhait pour cette saison est d’être épargné niveau blessures. Le rajeunissement de l’effectif, le départ des cadres emblématiques et le virage pris par la franchise nous donne bon espoir pour aller dans le sens de la philosophie de Fizdale : pace and space. On compte sur un duo Conley-Gasol aussi fort que la saison écoulée, sur un Parsons en santé capable d’enchaîner les matches, on attend une progression des jeunes comme Baldwin (année rookie très décevante) ou Martin (saison sophomore stagnante). On attend aussi beaucoup de l’arrivée de Tyreke Evans qui va avoir un rôle essentiel de 6e homme porteur de balle, surtout après le départ de Randolph.

Où pensez-vous vous situer dans votre conférence ?

Avec le gros renforcement de l’Ouest, beaucoup de spécialistes et de médias (dont vous pour le coup) ont tendance à nous voir hors Playoffs. Le roster est pourtant équilibré et rajeuni et si les blessures nous épargnent, il y a le potentiel pour se mêler à la lutte pour les places de 5 à 8. Outre le Top 4 qui semble déjà dessiné, la bataille pour les derniers spots est relativement ouverte et Memphis peut tirer son épingle du jeu. On espère ainsi poursuivre la bonne série avec une 8e qualification de suite en Playoffs.