La NBA s’apprête donc à proposer une réforme de sa draft. Le constat est simple, le tanking de masse doit être limité, si ce n’est éradiqué. Non pas qu’une équipe en difficulté, victime de blessures, ou qui a foiré un mercato lâche volontairement sa fin de saison pour monter dans la loterie soit un problème, non. Le problème, c’est que la défaite institutionnalisée sur le long terme ne peut être tolérée. En quelques années, la méthode du tanking, que l’on regardait en souriant, est devenue beaucoup plus effrayante. Véritable symbole et précurseur de cette stratégie de la médiocrité, Sam Hinkie, ex-GM des Sixers. En admettant au grand jour, qu’il détruirait ses effectifs tant qu’il n’aurait pas un ou plusieurs « Franchise Changer », quitte à flouer les spectateurs et proposer un spectacle indigne et indigeste sur plusieurs saisons, il a littéralement changé les règles du jeu en NBA. Le problème, c’est que ce projet lancé fin 2013, n’est toujours pas terminé à l’aube de la saison 2017, et que sa méthode, comme toutes méthodes prometteuses est imitée par ses pairs.

Alors que la nouvelle saison approche, on se retrouve avec un nombre croissant d’équipes décidées à se lancer dans un rodéo pour l’obtention du Graal, le top pick de la draft. Pour ce faire, destruction d’effectif, refus d’opportunité, absorption de contrats boulets d’autres équipes en échange d’assets futurs. Pour y répondre, la NBA a décidé de rendre l’obtention d’un 1er choix plus difficile. Ainsi, les trois pires bilans auront tous 14% de chance d’obtenir le 1rst pick, contre 25, 19,9 et 15,6% auparavant. Ainsi, elles n’auront plus qu’une chance sur sept d’être tout en haut. Pareillement, alors que seuls les 3 premiers choix étaient déterminés par la loterie et que le pire bilan ne pouvait tomber qu’à la 4eme place, il y aura désormais 4 équipes à la loterie, et le pire bilan pourra chuter jusqu’à la 5eme place. Une mesure, qui réduira les chances de réussite du tanking, sans pour autant y mettre un coup définitif.

A la sortie de la nouvelle, un lien expliquant les détails fut envoyé dans la conversation de groupe Qi Basket. D’une simple discussion qui aurait pu se limiter à un « qu’est-ce que vous en pensez ? », les sujets se sont succédés autour du problème de la draft. Au terme d’un débat stoppé par un mélange de lassitude et l’envie de nous préserver d’une fin d’échange dans le sang et les larmes, m’est venue l’envie d’écrire un article sur une idée proposée qui a déclenché les foudres de certains, et qui je trouve, mériterait pourtant d’être évoquée.

Évidemment, cet article ne se base pas sur des faits, mais des idées, et veut surtout mettre en avant des mécanismes, de manière à prouver que la récompense des plus faibles, imaginé pour donner sa chance à tous, joue en fait un rôle plus pervers que positif, et qu’un système qui récompenserait la volonté de construire pourrait au final, être plus vertueux.

L’idée était la suivante : pourquoi ne pas donner les % les plus élevés aux équipes qui ont raté de peu les Playoffs. En somme, récompenser en priorité les équipes qui ont joué le jeu. Ou, comme Pat Riley le proposait, organiser un tournoi avec les non qualifiés pour monter dans la draft ?

Est-ce faisable ?

La NBA a opté pour son système actuel afin de permettre même aux plus faibles de se donner une chance de construire. L’avantage dans cette méthode était d’une part l’équité des chances, et la possibilité pour n’importe quelle équipe de posséder une fenêtre pour devenir un jour championne NBA. L’idée, on ne peut plus louable, a permis a de nombreuses franchises de se hisser dans les hautes sphères de la ligue, et d’avoir une variété de champions intéressante.

Le souci, c’est que ce système a tendance à faire, selon moi, les affaires de 2 catégories d’équipes. D’un côté, les franchises médiocres qui peuvent en choisissant la défaite comme centre de leur stratégie, accumuler pendant plusieurs années des joueurs prometteurs, à bas prix, avant de se renforcer soudainement en investissant leur argent. Bien que toutes les équipes ne managent pas à la perfection leurs choix de draft, toujours est-il qu’elles sont les favorisées du système. Mais en parallèle, il me semble que ce nouveau modèle fait de « perdants volontaires » fait les affaires des équipes de haut du tableau, qui peuvent se renforcer sur le dos de franchises bien contentes d’accumuler les assets et de ne pas s’encombrer de vétérans en quête du titre susceptibles de ruminer de se retrouver dans le milieu du tableau.

Pour mettre en exergue ce que j’avance, prenons un exemple. Lorsque l’on évoquait la situation de Dwyane Wade chez les Bulls, désormais très attendus dans la course à la dernière place, à quoi pensait-t-on ? A un potentiel buy-out. Et si ce dernier se réalisait ? Alors, la première équipe qui revenait comme potentielle destination : les Cavs. Tiens donc, c’est ce qu’il s’est passé. Et ce schéma se répète autant de fois que nécessaire. Les Hawks qui commencent à dégraisser leur effectif ? Chez les Cavs aussi contre une bouchée de pain. Au point que, nous nous retrouvons avec une NBA à 2 vitesses.

Les grands perdants de cette NBA bipolaire sont au final les bonnes équipes qui ne peuvent franchir un cap, et les équipes moyennes qui doivent lutter pour se renforcer (mais n’étant pas déjà tout en haut) doivent payer cher ou espérer réaliser un véritable steal les soirs de draft. C’est finalement en reprenant une de ces équipes, à la fois trop forte pour profiter de la draft, mais trop faible pour jouer les premiers rôles, que Sam Hinkie décida de lancer une vaste opération de tanking.

Alors est-ce qu’un système récompensant les plus valeureux en les évitant de péricliter est envisageable ? Je pense que oui, mais étudions cela un peu plus en profondeur.

Les avantages

Le premier avantage, est de rendre le tanking extrême complètement caduque. Fini les équipes qui détériorent volontairement leur groupe, n’hésitent pas à mettre des coachs incompétents à la tête de leur équipe, engraissent les plus forts sans se soucier de l’impact à court terme qui ne les concerne pas. En choisissant de donner plus d’armes pour se renforcer aux équipes qui jouent le jeu, on tire tout le monde vers le haut, on évite les rencontres vides d’enjeux en saison régulière et on évite à des équipes enthousiasmantes de tomber dans l’oubli.

Là encore, un exemple. En 2013/2014, tout le monde promet l’enfer aux Suns. L’effectif possède, sur le papier des forces faméliques dans une conférence pléthorique. Résultat, le Phoenix version Goran Dragic frôle les Playoffs, et propose un jeu hystérique offensivement qui a marqué les esprits. Un effort pas récompensé puisqu’en échouant aux portes des Playoffs,  ils ne seront pas non plus renforcés par un haut choix de draft. Idem cette saison avec le Heat qui a déjoué les pronostics pour rater la post-saison dans la dernière journée. Résultat, le peu attendu Bam Adebayo le soir de la draft, tandis que les Sixers continuent à se renforcer sur les fondements de leur stratégie auto-destructrice.

Il semble nécessaire, avant de penser aux plus faibles, de penser aux plus méritants, car c’est l’essence même du sport. Tout doit se gagner, tout doit nécessiter un combat, et l’esprit de fair-play doit prédominer. En outre, il faut bien prendre en compte que si, les top picks permettent de construire des projets sur le papier très excitants, comme on peut le voir récemment avec les Timberwolves et les Sixers, ils ne sont pas toujours garantie de domination. On voit des équipes qui ont tanké des années durant et n’en ont rien tiré, comme le Magic qui est toujours dans les bas fonds de l’Est – alors que des équipes ont construit un noyau très fort sans être tout en haut. C’est le cas par exemple des Warriors avec leur trio Curry (7eme place) – Thompson (11eme) – Green (35eme). Les Spurs sont des modèles de construction avec le bas de la draft. Bref, cela pousse à des équipes à construire tout en se battant pour monter, tout en laissant des chances de s’élever.

Allez pour la route, Jimmy Butler a été récupéré par des Bulls en haut de la ligue, les Bucks ont trouvé Antetokoumpo en 15eme position, les Nuggets Jokic en 41eme, les Spurs Leonard par l’échange de leur sixième homme. En soit, il y a des opportunités partout, même pour ceux qui seront effectivement faibles.

Les objections

Durant notre débat, certaines objections se sont pointées quant à ce système. Notamment celui de créer trop de fossés entre les très faibles et les autres. C’est effectivement une problématique, mais imaginons qu’un monde où ce système est en place, bouscule aussi toute notre façon de penser. Premièrement, une NBA avec un autre système de draft n’auraient rien en commun avec celle que l’on connait aujourd’hui, puisqu’aucun joueur n’aurait été drafté par la même équipe. En outre, toutes les stratégies dans la draft, les échanges, la manière de construire et gérer une franchise que nous avons l’habitude d’évaluer serait différente. La notion de tanking serait un phénomène pour tomber à la 9eme place plutôt que d’être au dernier spot des Playoffs, éventuellement, mais en rien un phénomène hautement problématique pour les hautes instances de la ligue. Les tours de draft, si précieux aujourd’hui, auraient moins de poids dans les échanges puisque dépendant d’un niveau correct, et non de la faiblesse de ses interlocuteurs. Rien n’aurait la même valeur.

De fait, voici des objection posées :

« Imagine une équipe dans la situation des Hawks, elle serait condamnée ».

En premier lieu, je pense que les Hawks, qui s’apprêtaient à perdre Paul Millsap n’aurait pas fait le même été dans notre hypothèse. Désireux de rester compétitif, ils auraient garder Howard, ou dans tous les cas ne l’auraient pas échangé contre Plumlee et Bellineli. En outre, ils auraient réutilisé une partie de l’argent laissé libre par leur AF, pour chercher des joueurs de qualité, ou du moins tenter. Je rappelle qu’aujourd’hui, plus de 2 mois après le début de la FA, Jamychal Green est toujours disponible, et que les Grizzlies semblent toujours incapables de le resigner. Eh bien oui, dans une NBA compétitive, certaines équipes de bas de tableau auraient tenté leur chance. Puis comme je le disais plus haut, on trouve des perles à toutes les positions, ce qui ne rend pas le fait de s’améliorer impossible, loin s’en faut.

« Les échanges faits au préalable perdraient en valeur ».

C’est la réflexion que je me suis faite en réfléchissant à ce papier. Pour moi, c’est la plus grosse objection à charge. Cette « nouvelle draft » modifierait en profondeur la valeur attribuée aux tours de draft, ou du moins pousserait à réfléchir différemment sur ce que l’on peut tirer de ces derniers. Le nouveau CBA les a rendus rois, mais mettre ce nouveau règlement détruirait les plans de certaines franchises, on ne va pas se mentir. Il faudrait, pour un tel chamboulement préparer ce changement au moins de 2/3 saisons à l’avance pour que cela soit équitable, que les bénéficiaires de TDD d’équipes dans le bas du tableau puissent se retourner.

« Certaines équipes n’attirent personne, elles ne vont pas arriver à recruter ou vont devoir surpayer »

Il est vrai que certaines équipes peinent toujours à recruter, et faire venir du monde pour les aider à reconstruire n’est pas forcément ce qu’il y a de plus attirant. Pourtant, il y a des arguments pour. Déjà, on se rend compte cet été qu’entre les tankeurs et les équipes qui ont épuisé le salary cap, il y a beaucoup de joueurs « laissés pour compte » qui s’envolent pour l’Europe ou la Chine – voire continuent à attendre un contrat. Sans parler de surpayer sur 4 ans, vous pouvez aussi proposer des salaires très élevés sur une saison, avec pour objectif aider l’équipe sur une année. On voit que ce type de contrats existent, comme J.J. Reddick aux Sixers. Ce qui permet notamment de garder les joueurs à haut niveau puisqu’ils devront retrouver un contrat l’année suivante.

Des vertues annexes

Outre les points évoqués, il me semble que ce nouveau fonctionnement posséderait quelques atouts dont la ligue pourrait avoir besoin au vu des nouvelles tendances qui semblent s’opérer actuellement, ou pointer leur nez.

Freiner la création de Superteams

Ce point n’engage que moi, mais la différence entre les équipes à la mode du Big Three de Miami, et ce que nous voyons aujourd’hui avec les Cavs et Warriors ? L’entourage. Alors que Miami a dû s’appuyer sur des role players autour de ses 3 stars, Golden State s’appuie sur une flopée de joueurs prêts à réduire considérablement leurs émoluments pour gonfler le rayonnement d’une équipe qui est peut être sans pareille depuis la création de la ligue. Avoir des joueurs de 36 ans ou plus qui viennent gagner moins, ok – en revanche des joueurs en pleine fleur de l’âge, ou encore capable de gagner gros ailleurs en jouant un rôle majeur, c’est moins sympa. Le fait de pousser la compétitivité débloquerait des budgets capables de faire changer d’avis certains joueurs. De même, certaines franchises seraient plus réticentes à lâcher des joueurs, que ce soit via buyout ou échange à perte au profit du Saint Tanking.

Bon, cela créerait aussi des conflits plus fréquents entre joueurs voulant jouer le titre et les équipes refusant de les lâcher, mais cela reste le problème des managers et des agents.

Éviter les laissés pour compte

Voilà un phénomène qui arrive doucement et pend au nez de la ligue dès cet été. Certes la NBA doit rester un rêve pour beaucoup et demeurer l’Eldorado dans la tête des joueurs. Mais la NBA risque de perdre des joueurs qui ont leur place dans cette ligue sur l’autel des contrats en or distribués… et des équipes refusant d’investir.

Augmenter la compétitivité poussera certaines franchises à récupérer des joueurs qui auraient du rester dans la ligue. Une bénédiction à l’heure où l’été 2018 se profilant, peu de franchise disposent d’un cap élevé, et ce alors que la quantité d’agents libres de renom devrait atteindre des plafonds. La lutte pour les talents devrait faire plus de victimes que jamais, forcés de partir en Europe, en Chine ou pire, de stagner en G-League.

En somme, ne plus récompenser la médiocrité pourrait à court terme changer la manière de réfléchir des GMs, obligés de faire les investissements pour espérer progresser. Probablement que de ce nouveau mécanisme jailliraient avec le temps des dérives et des faiblesses à combler pour que tout le monde ait sa chance. Mais, selon moi, l’idée promue par certains GMs connus pour détester cette facilité (Cuban & Riley notamment) est complètement viable, et apporterait un vent nouveau à une NBA de plus en plus clivée entre l’armada de star et le désarmement au profit de la draft.