Amateur Athletic Union. Section ? Basketball. Pour certains, ce sigle a du sens, mais pour beaucoup, on reprend les bases. A l’origine, l’AAU était une organisation a but non lucratif en charge d’organiser le corps amateur du sport aux Etats-Unis. Fondée en 1888 elle avait pour rôle la promotion du sport à travers le pays, et la mise en place de programmes aboutis, avec pour point culminant la mise en place d’équipes Olympiques. Enfin ça, c’était jusqu’en 1978, ou the Amateur Sports Act a retiré cette fonction à l’AAU, qui a dès lors décidée de prendre en charge les sportifs de tous âges, en commençant … dès le plus jeune âge.

Bien, le décor est planté, maintenant, direction la section Basketball. Membre de l’AAU parmi tant d’autres, elle est devenue un acteur majeur du recrutement de prospect pour les Universités, et incontournable dans la recherche de talents pour les franchises NBA. Plutôt que de travailler avec les High Schools, autrefois centraux dans le développement des jeunes basketteurs, l’AAU s’est placée en concurrent, aux méthodes extrémistes, s’attirant les critiques de plusieurs figures du basketball, parmi les plus célèbres.

Kobe Bryant :

Je déteste ça [le système AAU] car on n’apprend pas à nos jeunes à jouer de la bonne manière, à sentir le jeu, à jouer les combinaisons. C’est juste un showcase et c’est horrible pour le basket », commente le Black Mamba avant de poursuivre. « Le système AAU est devenu merdique quand ma génération était au lycée. J’ai eu de la chance de grandir en Europe. Là bas, les fondamentaux étaient primordiaux et j’ai pu apprendre toutes les bases. »
Kevin Garnett :
« Notre ligue est à un niveau où il faut apprendre avant tout. L’AAU a tué la NBA. Honnêtement, je déteste avoir à le dire, mais c’est la réalité. On n’apprend rien à ces gamins. Ils ont des intentions et ils veulent des choses, mais ils ne les voient pas de la même manière que la ligue le requiert. Tout doit se gagner en NBA. »

Comment fonctionne l’AAU ?

Tous les ans, dès la fin de l’année scolaire, jusqu’à fin août, l’AAU entre en action. L’heure pour les matchs d’exhibition de démarrer. Des jeunes entre 7 et 18 ans, selon leur catégorie d’âge, les meilleurs du pays, vont être invités pour se disputer sur les parquets. L’objectif : jouer un maximum de rencontres, jouer le mieux possible pour se montrer et gagner l’accès à de nouveaux camps, les plus prestigieux. Les avantages ? Tout le monde y trouve son compte : les jeunes peuvent augmenter leurs chances de se faire repérer par les coachs universitaires ou NBA, les coachs d’High School, eux, peuvent recevoir des compensations financières pour attirer les jeunes dans certains camps (ce fut notamment le cas pour attirer Ben McLemore par le passé), ceux des niveaux supérieurs peuvent voir tous les meilleurs prospects jouer dans les même gymnases, enfin, les détenteurs des camps, les marques (Nike, Adidas, Reebook, plus récemment Under Amour) peuvent commencer à engager les futures stars NBA dans leurs filets. Un véritable terrain Marketing orchestré par des sociétés avides de trouver leurs prochaines égéries.

Chaque été, ces jeunes vont traverser les 61 districts de la carte AAU, au frais des différentes marques pour disputer des matchs. Encore des matchs. Rien d’autre n’est au programme, que vous veniez seul, ou dans les équipes formées par des membres de l’association, vous n’aurez que des showcase à disputer. Pas d’entrainements, quelques kinésithérapeutes seront à disposition, aucun conseil ne sera donné, hormis ceux peut-être des Stars NBA parfois présentes sur les différents camps, à la demande des marques.

Pour les jeunes, le nombre de déplacements peuvent être colossaux, le reportage At All Cost, annonce plus de 100 matchs durant la période, parfois joués par des gamins de 12 ans. Une machine à forger l’endurance, la volonté, l’égo. Mais peu prompt à s’adapter. Non, l’AAU essore, met à l’épreuve, et ne s’embarrasse pas de la santé. Elle ne s’encombre pas non plus des fondamentaux du basket, de l’esprit d’équipe. Pour exister, il faut se montrer, les jeunes ont le choix difficile : prendre le jeu à leur compte, ou jouer juste, gagner. Le choix leur revient, mais la pression est sur eux, pas grand monde ne va les guider.

Certes, les équipes ont des coachs, mais nous y reviendrons plus tard.

Février – L’heure de la sentence

C’est la date où, en général le calendrier AAU tombe, ainsi que les invitations. Nike, Adidas sont à l’initiative de l’essentiel de ces camps, leur but est de sceller une relation avec les joueurs les plus prodigieux de leur génération, les attirer pour les séduire, mais surtout être capable de les ranker, de les suivre. Durant plusieurs décennies, les scouts devaient assister à des matchs de High School, mais de plus en plus, les jeunes et les familles doivent se plier au jeu de l’AAU, s’ils veulent pouvoir forcer un passage dans les meilleures universités, se faire repérer par les franchises NBA. Le problème,  c’est que les  camps ne sont pas coordonnés par un seul même organisme avec pour mission de respecter la santé des adolescents, non.

Chaque été permet de de voir l’évolution des teenagers, et de mettre à jour les listes pour le février suivant. Certes les exploits en championnat lycéen peut changer la donne, tout comme une bonne mixtape ou une équipe AAU qui trouverait un joueur digne d’intégrer leur roster au cours de l’année scolaire. Toujours est-il que la pression est toujours au rendez-vous, à l’heure de la sentence.

Juin – L’heure des voyages et des espoirs

L’organisme AAU ne fait que donner son accord aux sociétés pour organiser ces derniers. Résultat, les dessous de tables ne sont pas loin, et le calendrier est infernal. Or, en plus de la saison lycée, l’AAU fait en sorte que finalement, le basket ne s’arrête jamais pour ces jeunes. Là encore, le soucis c’est le rythme. Les camps sont partout dans le pays, et les familles doivent voyager d’un à l’autre sans arrêt, passant d’une côte à l’autre, une nuit à l’hôtel avant les matchs, et on repart en fin de journée pour disputer une autre série de rencontres.

Pourtant, on ne parle pas de sportifs professionnels aux corps adultes et aguerris. Ici, on parle d’adolescents de tous âges en pleine transformation, sur lesquels on tire alors qu’ils sont en pleine croissance. Le résultat peut parfois être funeste, comme ce fut le cas pour Parker Jackson-Wright sur lequel le reportage At All Cost s’axait. Gêné au début de l’été, le corps lâche lors d’une rencontre, ce après quoi il connaîtra 2 années de galère et plusieurs rechutes, faisant voler sa côte auprès des coachs en éclat. Bien que sélectionné par Arizona State, il garde les stigmates de son parcours AAU.

Pour d’autres, la courbe est forcément meilleure. Repéré par une équipe AAU sponsorisée par Adidas (Compton Magic), Gabe York est devenu une sorte de surprise du chef. Pas forcément très en avant, il a profité de bons matchs lors des camps d’été, et de vidéos produites par son équipe pour monter en flèche. Mais ce tapage racoleur est là aussi le produit de l’AAU. Si vous ne connaissez pas le système, vous pensez voir en lui une future star NBA, c’était mon cas à l’époque. Pourtant, dès son arrivée, lui aussi à Arizona State, il a montré ses limites. Bel athlète, il n’en restait pas moins un pur produit de l’association, un joueur en manque de repère sur un terrain, trop léger sur ses fondamentaux.

4 ans d’université plus tard, il n’aura jamais pu espérer rejoindre la NBA, pourtant avec une meilleure formation… Qui sait.

L’AAU Vs High School Basketball

Autrefois, les lycées avaient la primeur sur le développement des jeunes basketteur, aujourd’hui, leur influence se réduit. Un temps enclin à se rassembler dans les meilleurs lycées, comme la fameuse Oak Hill Academy, maintenant les jeunes basketteurs sont parfois prêts à délaisser leurs coéquipiers pour se concentrer sur les camps AAU. Sauf que là bas, le coaching est inexistant, la relation avec les coachs des équipes AAU sont beaucoup moins riches, et à partager avec les autres gros talents. Alors que ces jeunes ne pensent qu’à briller individuellement, le basket pratiqué est réduit à son strict minimum, et, galvaniser les jeunes pour la gagne est déjà une tâche suffisamment complexe pour les faire travailler sur les fondamentaux du jeu, le rythme, les systèmes. Sur le plan humain, c’est aussi plus compliqué. Comment imposer son leadership et le développer quand vous êtes noyé dans la masse ? Quand vos coéquipiers sont eux-même des concurrents ?

Bien sûr, on peut dire non et chercher à se développer en oubliant la case AAU, mais soyons clair, si vous vous appelez LeBron James et que vous êtes un prospect attendu, oui, c’est faisable. Mais quand vous avez tout à prouver, prendre ce risque peut vous coûter votre future carrière, ou une bourse d’étude. Trop de joueurs comme Aaron Gordon, Zach Lavine apparaissent comme des produits de ce basketball : des mixtape impressionnantes basées sur des physiques hors-normes, et des cheveux blancs pour les coach NBA qui doivent reprendre les bases, leur apprendre à se déplacer sans ballon, à comprendre le jeu. Un comble dans une NBA de plus en plus accroc au spacing !

Enfin, le principal atout du High School Basketball, c’est l’enjeu. A l’inverse de l’AAU, essentiellement organisé en showcase, les matchs de lycée évoluent dans un championnat. Le but est la gagne, d’accéder à l’étape suivante et devenir champion de son état. Une philosophie que l’Union n’arrive pas à intégrer, et qui réduit la compétitivité, et donc la nature même du jeu auprès des nouvelles générations.

Steve Kerr :

« Ce qui me trouble au sujet de l’AAU, c’est Ô combien gagner est dévalué. »

L’argent-Roi

Équipes sponsorisées, dessous de table pour accéder à certains jeunes, implantation dans les quartiers pour convaincre les familles de laisser leurs enfants s’engager, les équipes AAU ont des budgets colossaux pour construire des équipes « All-Star ». Accéder à ces équipes est un privilège puisqu’il permet à ces derniers d’arriver dans des effectifs avec plus de temps pour se connaître, jouer avec des coéquipiers suffisamment fort pour entrer dans tous les camps. En outre, les marques ne lésinent pas pour séduire : équipements cadeaux, introduction de produits en exclusivité, rien n’est trop pour les marquer au fer rouge, pas même une rencontre avec certaines stars NBA – objectif – acquérir leur fidélité pour le futur. Ces dépenses peuvent paraître folles, mais signer le prochain James Harden n’a pas de prix. En outre, le réseau des dirigeants de ces équipes AAU peut vous envoyer tout droit vers le PAC-12. L’élite des équipes Universitaires.

Tout est fait pour qu’une exclusion de ce microcosme soit suicidaire en termes de carrière, et malheureusement, le poids de ce réseau est colossal. Les adolescents sont obligés de jouer le jeu, car tout ce manège va aussi tester leur mental, leur résistance physique, en plus de leurs faculté à dominer individuellement sur les parquets. On peut reprocher de nombreuses lacunes à l’AAU, mais elles poussent ces jeunes à grandir, et vite. Voilà comment des problèmes autrefois réservés aux professionnels deviennent les leur, d’autant que l’information est plus accessible que jamais avec l’avènement d’internet, l’explosion du format vidéo, du Big Data et son avalanche statistique. Être catalogué d’injury prone à 15 ans est maintenant possible, et peut réduire à néant les rêves de n’importe qui, dans l’œuf.

Pire, tout ces enjeux ne donnent aucun temps mort à ces derniers. Dans le lot, combien atterriront en Université sans avoir aucune autre passion que le Basket ? Pourtant, alors qu’ils respirent cet univers, la plupart ne seront pas professionnels. A partir de là, outre une opportunité, que restera-t-il de ces années sacrifiées sur les parquets ? Les souvenirs et peu de perspectives. Lessivées par la machine.

En espérant que cette croissance accélérée leur permette de rebondir, vite.

… Mais une terre d’opportunité

Toutefois, cet argent n’est pas une perte pour tous. Comme certains membres de l’AAU aiment bien le rappeler, de nombreux jeunes profitent d’un système qui leur permet de voyager pour la première fois, de vivre quelque chose hors du commun. Pour d’autres, c’est aussi le seul moyen de s’offrir une éducation haut niveau, en obtenant une bourse. D’ailleurs, au  tour de Mike Duncan président de l’Ohio Basketball Club de rappeler à Kevin Garnett que ses sorties ne sont pas partagés par tous.

« Beaucoup de ces gars deviennent pro et sont atteints d’amnésie. Allez, mec, tu étais en Caroline du Sud, tu as joué pour Boo Williams. Comment tu es passé de Caroline du Sud à Chicago ? Tu vas me dire que tout ça ne t’a pas profité ? »

Larry Butler rajoute quant à lui, que beaucoup de jeunes situés dans des lycées avec une faible concurrence s’expriment au haut niveau grâce à l’AAU. Le parallèle évident, est également que trop de jeunes talents brillent sans adversité en High School. Un autre problème que l’Amateur Athletic Union tend à régler en créant un terreau nécessaire à des batailles entre futurs athlète de haut vol, de futurs Universitaires et NBAers.

Des réflexions qui tendent à rappeler que finalement l’AAU cherche toujours à réaliser sa mission d’origine, à savoir donner l’opportunité aux talents de se montrer. Ce qui est dommageable, c’est que les sociétés aient pris le contrôle, multipliant les showcase et dévaluant l’entrainement et l’aspect compétitif du jeu. De quoi réfléchir à une réforme du système ? Malheureusement, pas tant que le business sera si juteux, ou que les dérives ne seront pas prise à bras-le-corps par une entité plus importante… NBA ? On t’attend.