En 2015-2016 les Pistons retrouvaient les Playoffs. Au terme d’une saison menée tambour battant, ils ramenaient enfin leurs fans en post-saison, l’attente avait été longue, et la qualification arrachée au termes d’un combat qui avait durée de fin octobre jusqu’à la dernière journée, mais l’enthousiasme était bien de retour à Motor City. Même si le rookie Stanley Johnson avait été moins bon qu’attendu, les satisfactions étaient nombreuses, avec un Marcus Morris précieux, un Reggie Jackson qui réalisait sa meilleure saison en carrière, à l’instar du pivot Andre Drummond, qui s’éclatait. On notait également Kentavious-Cadwell Pope qui par sa défense répondait aux attentes de Detroit sur les lignes arrières, et apportait un esprit conquérant à la troupe de Stan Van Gundy qui réussissait son pari. La saison se terminait par un sweep face aux Cavaliers de LeBron James, mais confirmait la bonne saison d’une équipe qui tombait 4-0 certes, mais pas sans avoir poussé l’adversaire à se dépasser à chaque rencontre.

Pour le cru 2016-2017, l’heure était à la confirmation, il fallait que ce groupe passe le test de reproduire la performance, voire montre que les bases de l’année précédente avaient été consolidées. Il n’en fut rien. Derrière une tendinite au genou qui a saboté la saison de Reggie Jackson, la franchise a essuyé une régression frappante, à l’image d’un Andre Drummond méconnaissable dans l’impact sur le jeu. Dans cette déroute collective, Van Gundy est apparu sans réponse, et l’effectif parfois trop pauvre, alors que Stanley Johnson ne franchissait pas le cap espéré. Au contraire. Échouant dans leur quête, les Pistons ont vu KCP et Marcus Morris partir cet été, enregistrant dans le sens inverse l’arrivée d’Avery Bradley.

Si l’objectif des Pistons est de reprendre leur place dans une conférence très ouverte, on peut tout de même se poser la question de l’avenir d’une franchise, qui ne possède pas pléthores d’options à l’avenir.

Situation financière

La première remarque que l’on peut se faire, à la lecture de cette masse salariale, c’est que d’une part, la franchise a dépassé le salary cap, et se trouve déjà virtuellement au-dessus pour l’an prochain. Si rien ne change, elle possèdera les mêmes joueurs, à l’exception d’Avery Bradley qui arrive en fin de contrat et qui sera éligible à une prolongation qu’il voudra XXL. Two-way player parmi les plus solides de la ligue, il voudra surement un contrat oscillant entre 20 et 30M. Une situation extrêmement complexe compte tenu que l’équipe n’aura aucune marge de manœuvre, et que les contrats ne sont pas nécessairement faciles à bouger.

Ce qui inquiète, c’est que même la promotion interne apparaît comme pas évidente. Stanley Johnson possède un beau potentiel physique, mais sur le plan basket ses progrès se font attendre, et il ne pourrait prendre la place de Bradley dans la rotation, avec une production équivalente. Certes bon défenseur, il faudra qu’il relève le défi physiquement et rien n’est moins sûr. Le rookie Luke Kennard apparaît comme un talent offensif potentiel, mais est un combo guard qu’il ne sera pas facile de titulariser aux côtés d’un meneur classique, sous peine d’atteindre le rendement de l’un ou de l’autre.

De fait, il faudra soit faire des mouvements économiques comme on a pu en voir cet été, en laissant partir Kentavious-Cadwell Pope puis en échangeant Marcus Morris contre Avery Bradley pour suppléer au premier. Le soucis, c’est que si Bradley représentait une amélioration face à KCP, moins expérimenté et moins régulier offensivement, et que la pièce échangée n’était pas chère payée puisque Tobias Harris peut ainsi prendre plus de place, sacrifier des talents risque à termes de coûter cher à la franchise.

Quelles options ?

La franchise aura plusieurs chemins à suivre, voici un échantillon de l’éventail qui me semble possible.

Tenter des changements

La première option est de tenter de s’améliorer en touchant quelques pièces. Un joueur qui pourrait servir de premier fusible serait alors Reggie Jackson. Le meneur a déçu l’an passé, et s’il ne se surpasse pas cette saison pour faire briller ses coéquipiers, il pourrait alors sauter au profit soit d’un autre meneur, soit dans un package pour amorcer un virage. Si la franchise ne pouvait pas conserver Avery Bradley, où voyait le risque de le perdre trop important, il pourrait décider de faire un package pour un combo-guard disponible. Ce n’est pas l’idéal, mais cela mettrait Detroit en position d’aborder l’été suivant avec un peu de marge, et sans une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Le problème, c’est que le joueur sur lequel ils ont parié, à savoir leur pivot, Andre Drummond, semble extrêmement dépendent du niveau de son meneur de jeu pour briller. Or étant en présence d’un pivot offensif, il est compliqué de ne pas parier sur lui. Surtout à ce prix-là. En somme, si échanger Reggie Jackson est une opportunité, elle n’apparaît pas comme aisément transformable en succès.

L’autre option, c’est éventuellement de tenter de bouger Andre Drummond. Malgré son contrat imposant (25,4M l’an prochain), il n’en reste pas moins un joueur très jeune au potentiel physique énorme. Malgré une taille modeste pour un pivot (mesuré à 2m08), il est un des meilleurs, si ce n’est le potentiel meilleur rebondeur de la ligue. Mobile malgré une stature imposante, il est un attaquant efficace et une véritable présence poste bas, même si sa défense reste à polir. A seulement 22 ans, il a étoffé son palmarès d’une saison à 16,2pts et 14,8rbds, preuve s’il en est que dans une équipe qui a le vent en poupe, la spirale positive peut être nette. Maintenant, que pourrait chercher l’équipe en contre-partie de son pivot ? C’est là que le bas blesse. Car en l’échangeant, elle se retrouve dénuée de renforts sous les panneaux, et reste sous le joug de la prolongation de Bradley. De plus, avec un effectif complet, il sera probablement nécessaire d’impliquer un coéquipier pour ne pas déséquilibrer le vestiaire avec des mécontentements sur les rôles.

Pourtant, malgré les qualités du pivot, difficile d’imaginer une équipe casser son groupe pour le récupérer, ce qui une fois de plus révèle la complexité de ce qui sera à faire pour la franchise de Detroit, la plupart de leurs joueurs ont une valeur certaine, mais ne sont pas suffisamment forts pour imaginer des franchises jeter leur dévolu sur ces derniers. D’autant qu’il apparaît que l’été prochain sera dur à aborder pour l’ensemble des franchises NBA, avec énormément d’agents libres de haut niveau disponibles, et peu d’équipes avec une forte marge salariale disponible.

On pourrait imaginer tout de même quelques équipes susceptibles de chercher des améliorations d’effectif. On peut penser à Boston qui pourrait tenter un échange risqué Horford/Drummond avec des compensations pour Detroit, s’ils cherchaient à s’améliorer sur les panneaux ou à continuer à rajeunir l’effectif. Portland pourrait également tenter un échange Nurkic + soutien /Drummond dans l’espoir de trouver plus de fiabilité sous les panneaux (notamment physique). Mais rien qui ne puisse vraiment améliorer les Pistons.

Compliqué.

Continuer l’expérience

L’autre option qui s’offre, c’est de continuer à voir venir. Après tout, si les Pistons arrivaient à s’installer dans la course aux Playoffs, on pourrait comme il y a 2 ans chercher à voir si le groupe peut confirmer ou progresser, en comptant sur le même effectif, et les progrès de la jeunesse. Le problème, c’est que beaucoup de joueurs ne paraissent pas avoir un plafond très très loin de leur niveau actuel, et il sera peu évident d’attendre une explosion – d’autant que cela ne règle pas la situation d’Avery Bradley qui risque de se rendre éligible à un gros contrat cette année. Et même en faisant des petites économies, il sera dur de le conserver sans faire de sacrifices.

Là encore, c’est épineux.

Les échanges à perte – terre brulée

La dernière option, serait un désaveu total, mais serait une sorte de stratégie de la terre brulée. Laisser partir Avery Bradley, tenter d’échanger Reggie Jackson et/ou Tobias Harris aux plus offrants. Encore très jeune, et très cher, il ne serait pas nécessaire ou évident de transférer Drummond. Mais cela donnerait tout de même une bonne base de reconstruction que d’assainir les comptes. La franchise pourrait alors tenter de récupérer quelques jeunes prospects et quelques tours de draft. De quoi commencer à repartir avec une finance plus saine.

Il serait également peut être intéressant de se délester de quelques role player, car au fond, le nombre de joueurs de banc payés entre 6 et 11M est beaucoup trop élevé et ne laisse pas la place à un recrutement de premier plan. Ce n’est pas pour rien que les franchises qui réussissent s’appuient beaucoup sur des contrats rookies ou vétérans (âgés) pour faire leurs rotations, c’est qu’il est devenu très difficile d’accumuler les solides remplaçants dans la fleur de l’âge. De fait, tenter de titulariser quelques jeunes prospects et de se délester de quelques joueurs de banc donnerait un peu d’air à la franchise pour repartir de l’avant, même s’il apparaît comme utopique d’espérer en échanger plusieurs.

 

Faut-il espérer des mouvements cette année ?

Toute l’équipe n’a en tête qu’une mission cette année : les Playoffs. Toute sauf peut être Stan Van Gundy, qui pourrait risquer sa place si la franchise passait encore à côté de son exercice. Pas très convaincant l’an passé, il est difficilement déboulonnable en raison de sa double casquette, mais il pourrait en perdre une voire les 2 si tout cela tournait au drame. Il conviendra évidemment pour lui de réussir à se hisser dans le Top 8, mais si l’objectif s’éloignait, il pourrait alors décider des mouvements à la trade deadline.

S’ils devaient avoir lieu, on imagine que le meneur serait la cible prioritaire pour le Front Office des Pistons, et qu’ils tenteraient probablement de se délester de John Leuer ou autre rotations encombrantes financièrement. A ce jour, il est difficile d’imaginer vers qui ils se tourneraient à ce moment, sauf si bien sûr, Eric Bledsoe est toujours sur le marché – ce qui semble peu probable.

 

 

L’avenir des Pistons apparaît bien flou, et je pense pourrait tourner à une forme de stagnation peu enviable. Stagner dans une conférence Ouest très compétitive, lorsque vous êtes une jeune équipe peut arriver, mais à l’Est où il y a un boulevard pour s’imposer, cela ne pourra satisfaire personne, en atteste un engouement bien faible autour du groupe de Detroit. Le problème, c’est qu’il apparaît que des échanges seront très souvent perdants pour ce roster, et que le mieux qu’il reste à faire est de continuer à s’arracher en espérant se faire une place comme une franchise capable de batailler pour la post-saison, en mettant au maximum en avant leurs vétérans pour augmenter leur valeur. Il ne faudra alors pas hésiter à dégainer et à responsabiliser les jeunes.

Il faudra bien du courage et de précision pour garder le cap à N+1.