S’il y a bien un joueur qui a pris une toute autre dimension du côté du Massachusetts en cette nouvelle saison, c’est bien le big man, Al Horford. Avec la blessure prématurée de l’ailier Gordon Hayward, les cartes se sont vues redistribuées dans l’animation offensive et défensive celte. Le pivot a clairement « step-up » son niveau dans tous les compartiments du jeu faisant de lui l’un des meilleurs intérieurs de la conférence Est, voire de la ligue en ce début de saison.

Horford le facilitateur

Arrivé en 2016 en tant que free agent, l’ancien intérieur des Hawks signe chez les Celtics pour une enveloppe de 113M de dollars sur 4 ans, avec comme étiquette celle d’un joueur all-around all-star (4 fois) capable de rendre ses coéquipiers meilleurs, le but étant de faire passer un cap aux C’s, à savoir passer un tour de Playoffs, chose que la franchise de Beantown n’a plus été capable de faire depuis la campagne 2011-2012.

Et c’est exactement ce qui va se passer puisque les Celtics vont atteindre les finales de conférence l’année dernière à la surprise de beaucoup d’observateurs. Installé en position de pivot par coach Stevens, l’ancien de l’université de Florida va faire étalage de toutes ses qualités et fondamentaux : à la passe (5Ast), en défense, puisqu’il fait preuve d’une belle polyvalence et dissuade honnêtement avec ses contres (1.3blk), même s’il reste léger au rebond (6.8rbs), et en attaque en étant capable de sanctionner au large efficacement (35.5%), bénéficiant de son jeu dos au panier efficace associé à son tir à mi-distance (52.4%). Brad Stevens a fait de lui un joueur encore plus collectif, toujours plus au service de son équipe, en atteste son nombre de passes décisives l’année dernière, 5 passes par match soit de loin sa meilleur saison dans ce domaine (3.5Ast lors de la saison 2010-2011).

Pourtant son côté « soft » en défense a souvent été pointé du doigt du fait de son manque d’envergure (2m08) pour un pivot, allié au fait qu’il n’est pas un bon protecteur de cercle à l’instar des Gobert et Whiteside. Sa capacité à prendre des rebonds face aux meilleurs intérieurs de la ligue, a été à plusieurs reprises remise en question. On peut également ajouter à tout cela, le scepticisme autour de son contrat max, faisant de lui le joueur le mieux payé de l’effectif avec 25.3M de dollars sur l’année alors qu’il n’a pas le rendement statistique d’une superstar.

Malgré ses carences statistiques  visibles, il reste un homme de l’ombre. Tout ce qui ne se voit pas dans les statistiques, car comme vous le savez lire les statistiques brutes ne veut pas dire grand-chose. Sa science du placement lui permet d’être performant sur les aides défensives, la dissuasion, l’avant dernière passe. Comme l’a souligné parfaitement Isaiah Thomas l’année dernière « Sa valeur n’est pas descriptible. Elle va au-delà des statistiques ». La saison en mode « MVP » de l’ancien lutin vert est à associer inévitablement avec celle du facilitateur Horford, tous ses coéquipiers ont pu bénéficier de la vision de jeu et du QI basket élevés du big leur permettant d’être meilleurs sur le terrain, le genre de joueur que tout coach rêve d’avoir.

Alfred le majordome décomplexé

Seul rescapé du cinq majeur de la belle épopée celte version 2016-2017, exit les Thomas, Bradley et Crowder pour ne citer qu’eux, Alfred entame sa deuxième saison du côté du Massachusetts comme l’un des patrons de la franchise. Celui-ci est depuis cette année repositionné en tant qu’ailier fort, poste qui était le sien lorsqu’il évoluait au côté de Joakim Noah chez les  Gators de Florida, il peut enfin (re)trouver un peu plus de « liberté » et délaisser le travail de l’ombre au pivot Aaron Baynes, qui s’en occupe très bien il faut dire. En effet, le big man australien, passé du côté de la franchise de Pop, exécute parfaitement les systèmes de coach Stevens en tant que pivot et laisse une liberté nouvelle à Horford, et c’est au plus  grand plaisir de l’intérieur porto ricain. Avec la blessure de Gordon Hayward dès le match d’ouverture contre Cleveland, Brad Stevens et son coaching staff ont sans doute discuté avec Horford afin de redéfinir son rôle, qu’il prenne plus part au jeu offensivement et qu’il aiguille davantage cet effectif rajeunit faisant partie des équipes les plus jeunes de la NBA (24.4). Le but étant d’intégrer au mieux les rookies que sont Tatum, Ojeleye, Theis ou encore le frenchie Yabusele, lesquels sont les potentiels visages du futur de la franchise celte.

En ce début de saison, ce qui frappe lorsque l’on voit évoluer Horford, c’est sa mobilité nouvelle. A plusieurs reprises, on a pu le voir exécuter des coast to coast, chose qu’il ne faisait pas la saison passée. Pour le moment en 11 matchs joués, le pivot celte tourne à 14.6pts, 9.2Rbd, 4.7Ast à 53.1% au tir mais au-delà des statistiques, sa réelle force réside toujours dans son QI basket et sa science du placement des deux côtés du terrain. En effet depuis le début de saison Al Horford est le seul joueur de NBA a toujours avoir été en positif en box Plus/Minus. Remarquable ! A l’instar de son homonyme dans Gotham City, Alfred aime servir sur un plateau ses coéquipiers, les mettre dans les meilleures dispositions possibles, comme l’a souligné l’année dernière IT « Mec, Horford rend le jeu tellement plus facile », « Il compense tellement d’erreurs qu’on peut faire. Et puis il ne se repose sur aucune action, ce qui est génial. C’est vraiment un plaisir de jouer avec un vétéran comme ça, qui comprend que nous sommes jeunes et naïfs, qui peut dire les choses et les corriger en direct. » L’entente Horford/Thomas la saison passée a fait des ravages au TD Garden, et bien cette saison la connexion Horford/Irving n’est pas en reste, bien au contraire.

Un duo déjà magique

Les deux compères jouent sur le même tempo, comme si ces deux joueurs évoluaient ensemble depuis des années. Le pivot multiplie les écrans pour du pick&roll, pick&pop, le but étant de permettre à Irving de driver dans la raquette et le meneur n’hésite pas à lui remettre lorsque celui-ci est ouvert en tête de raquette et/ou bien souvent derrière la ligne à 3pts. Car Al, c’est aussi une gâchette redoutable dans cet exercice. En effet, il a commencé à développer son tir à 3 pts lors de sa dernière année à Atlanta et aujourd’hui, à l’instar de beaucoup de pivots dans la ligue, il sanctionne régulièrement derrière l’arc avec des statistiques prolifiques faisant de lui l’intérieur le plus efficace dans cet exercice depuis le début de saison (47.4%). Sa capacité à tirer à 3pts pour un pivot permet aux C’s d’écarter le jeu, souvent à la suite de redoublements de passes, le pivot se retrouve souvent tout seul à 3pts et ne se fait pas prier pour sanctionner. Cela en fait une menace certaine dans cet exercice et fréquemment il feinte son adversaire direct pour finir par un dunk ravageur, un casse-tête pour les défenses adverses.

Un défenseur sous-estimé

Si l’année dernière les critiques ont fusé sur les qualités défensives et de rebonds du pivot celte, en ce début de saison il les fait taire match après match. C’est bien simple son net rating de 12.9 le place parmi l’élite de la NBA. Face aux meilleurs joueurs de la ligue, ses coéquipiers et lui les ont éteint à tour de rôle : Le duo Ben Simmons/Joel Embiid 11pts chacun, Antetokounmpo lors de son second face à face, c’est 28pts mais un box score plus/minus de -11, Porzingis est limité à 11 pts et Aldridge également à 11pts à -11.

« On parle de beaucoup de joueurs, et avec raison, quand on évoque l’aspect défensif dans cette ligue. Il y a énormément de bons défenseurs mais Al fait partie de l’élite et il n’est pas toujours mentionné. Même si ça lui va » Brad Stevens après la victoire des C’s face aux Knicks

Si Boston est la meilleure équipe en défense et de très loin en concédant seulement 94pts/match, une des raisons réside dans le replacement de big Al au poste d’ailier fort, lui laissant plus de liberté dans ses placements défensifs, le permettant de venir en aide plus souvent. Horford n’est pas un joueur qui aime aller au contact, contrairement à Baynes mais sa science du placement en fait un redoutable défenseur lorsqu’il occupe le poste d’ailier fort.

Article par Emmanuel Pierre