Nous sommes en 2000. Mais nous ne proposons pas ici une de nos mondialement célèbres rétrospectives – elle arrive bientôt, teaser. Non, nous parlons ici d’un événement majeur de l’histoire des Minnesota Timberwolves, de ceux qui changent l’avenir d’une franchise.

 

A l’intersaison 2000, alors que la Free Agency bat son plein, les Wolves sortent de leur meilleure saison régulière en 11 ans d’existence. Kevin McHale, General Manager, et Flip Saunders, Head Coach, sont aux commandes. Le roster, emmené par la superstar Kevin Garnett et le meneur Terrell Brandon, compte également dans ses rangs des joueurs comme le rookie Wally Szczerbiak ou le vétéran Sam Mitchell. Avec cet effectif équilibré et valeureux, Minnesota a terminé la saison à la 6ème place de l’Ouest, mais a échoué une nouvelle fois au premier tour des Playoffs face aux Trail Blazers. La franchise est encore endeuillée par le décès de son ailier Malik Sealy, tué dans un tragique accident de voiture alors qu’il rentrait de l’anniversaire de KG.

La prolongation de Kevin Garnett, actée depuis 2 ans maintenant, prend de la place dans les finances des Wolves. A la même époque, les dirigeants venaient d’obtenir la signature de l’ailier fort Joe Smith pour un an et 1,75M de dollars. Un deal étonnant car Smith était, rappelons le, n°1 de la Draft 1995. Choisi par les Warriors, il sort de trois saisons très convaincantes chez les Dubs à 17 points et 8,2 rebonds. Seulement, Smith réclame des émoluments monstrueux au sortir de son contrat rookie, à hauteur de celui de Garnett par exemple (autour des 120M/6 ans). Les Warriors lui proposent 80M, une somme importante  que le joueur refuse. La franchise ne veut pas le perdre contre rien, il est donc transféré avant la fin de son contrat (1997-1998) aux Sixers. Agent libre à l’été 1998, il est sensé prétendre à un gros salaire, comme il le réclamait quelques mois auparavant à Golden State. Pourtant, il accepte de signer chez les Wolves pour 1,75M sur une seule année. Oui, Smith a vu ses performances baisser à son arrivée à Philadelphie. Oui, le lock-out et les larges modifications de la convention collective ont bouleversé le marché. Mais il reste un free agent courtisé. Dès lors, comment expliquer un tel changement de position de la part de l’ailier fort et ce sacrifice financier conséquent ?

Après une première saison très correcte (13,7 pts – 8,2 rbds), Joe Smith est de nouveau libre de tout contrat. Pourtant, il signe encore pour un salaire dérisoire, à 2,1M de dollars. Certes, il ne peut plus prétendre à des émoluments très élevés. Mais cette prolongation, d’une année seulement une fois de plus, peut interroger. Lors de la saison 99-00, les statistiques de Smith diminuent, avec moins de 10 points et 7 rebonds de moyenne. Minnesota sort sa meilleure saison régulière et au terme de son contrat, l’ailier fort re-signe sans attendre avec les Wolves, cette fois pour 2,5M. Devinez la durée du deal ? Un an. Mais pendant cette intersaison, un événement va venir bouleverser les plans de la franchise. En effet, les agents de Joe Smith, Eric Fleisher et Dan Fegan arrêtent leur association, et l’affaire se porte devant les tribunaux. Une investigation est donc ouverte, à laquelle se joint la NBA alors présidée par David Stern. Plusieurs documents sont ainsi révélés, et s’avèrent accablants pour les Timberwolves.

En effet, il apparaît qu’une accord « sous la table » a été conclu entre la franchise et Joe Smith dès la première signature du joueur. Les dirigeants ont promis au joueur un salaire de 86 millions après 3 saisons passées au sein des Wolves pour le minimum. L’objectif des Wolves ? Récupérer les Bird Rights du joueur, obtenus après ces 3 saisons dans la même franchise. Ainsi, les dirigeants pourront signer Smith en dehors du salary cap une fois les Bird Rights en mains, avantage conséquent dans la gestion financière. Les Wolves ont donc proposé au joueur de sacrifier son salaire pendant quelques années, moyennant la perspective de signer d’autres joueurs importants – grâce à l’argent économisé – et la promesse d’un salaire très élevé à l’avenir. Un deal complètement illégal, sauf que la franchise n’avait pas prévu ce conflit entre les deux agents, et l’enquête entraînée par le procès. A l’époque, la NBA est touchée par de nombreux contournements du salary cap, David Stern en est conscient. Seulement, les ententes sont difficiles à prouver. Avec cette affaire, la ligue a l’occasion de faire un exemple. C’est d’ailleurs ce qui avait provoqué la colère des fans, persuadés que la sanction aurait été moins lourde pour une franchise de gros marché tel que les Celtics ou les Lakers. En tapant sur les Wolves, Stern aurait fait un exemple sur le dos d’une franchise dont tout le monde se foutait plus ou moins.

La sentence tombe le 9 décembre 2000. Pour de nombreux médias de l’époque, elle s’apparente à « une peine de mort » pour la franchise. Voici la liste des sanctions prises à l’encontre des Minnesota Timberwolves :

  • 3,5M de dollars d’amende.
  • Annulation du contrat de Joe Smith, qui redevient free agent.
  •  » Annulation  » des deux contrats précédents de Smith, empêchant les Wolves de pouvoir acquérir les Bird Rights du joueur en le signant de nouveau
  • Suspensions du propriétaire Glen Taylor et de l’executive Kevin McHale pour un an.
  • Suppression des 5 prochains premier tour de Draft des Timberwolves (2000-2005). La NBA acceptera dans un premier temps de « rendre » le pick 2003 aux Wolves pour leur « coopération pendant la procédure ». Quelques jours plus tard, « au vu des sanctions imposées à la franchise », la ligue annule la suspension du pick 2005.

Les Wolves servent d’exemple, et les dirigeants ont grandement compromis l’avenir de la franchise pour miser sur un joueur qui ne décollera jamais et qui n’a finalement pas apporté grand chose au cours des deux dernières saisons. Joe Smith signe chez les Pistons, et reviendra à Minnesota l’année suivante, pour des performances tout à fait banales. Certes, les Timberwolves ont participé aux Playoffs toutes les saisons suivantes et n’auraient donc pas obtenu de lottery pick. Mais avec une marge salariale très limitée chaque saison, et aucune possibilité de renforcer son effectif avec des joueurs de premier tour, la franchise s’essouffle et finit par s’effondrer au milieu des années 2000. Pas d’assets, pas de renouvellement et de rajeunissement du roster, et les Wolves ne verront plus les Playoffs à partir de la saison 2004-2005.

Ajoutez à cela une certaine tendance à faire des choix douteux lors des éditions 2003 et 2005 (Ndudi Ebi, une saison NBA – Rashad McCants, 5 saisons NBA), et vous obtenez un avenir foutu en l’air, avec une franchise qui commence à peine à renaître aujourd’hui. Notons tout de même qu’en perdant les premiers tours de ces 3 Drafts, les Wolves ont laissé passer des joueurs de qualité, et pas seulement la possibilité de renforcer leur effectif en quantité. En prenant en compte leur classement à posteriori lors des saisons 2001, 2002 et 2004, voici les choix dont auraient disposé les Wolves, ainsi que les joueurs – plusieurs All-Stars – sélectionnés au-delà de cette position :

  • 18ème choix en 2001 : Tony Parker, Zach Randolph, Gilbert Arenas, Gerald Wallace, Mehmet Okur
  • 24ème choix en 2002 : Carlos Boozer, Luis Scola, Matt Barnes
  • 28ème choix en 2004 : Anderson Varejão, Trevor Ariza, Beno Udrih

La sanction est donc triple pour les Wolves. La franchise se prive ainsi de talents d’une part, mais aussi de profondeur d’effectif et d’assets pour de potentiels trades. Nombreux sont les fans qui considèrent que ce choix a ruiné la franchise pour plusieurs années et surtout le prime de Kevin Garnett. Parti pour Boston en 2007 sur un constat d’échec – premier tour de PO jamais dépassé, et même pas de Playoffs depuis 2004 -, KG n’a plus vraiment eu les moyens d’emmener les Timberwolves vers les sommets. A cause d’un risque inconscient pris par les dirigeants pour un joueur lambda qui n’aura rien apporté à la franchise.

 

Le scandale Joe Smith est finalement assez méconnu parmi les fans d’aujourd’hui. Pourtant, il a remis en cause l’avenir d’une franchise, et provoqué un tournant dans la politique de la ligue sous David Stern, qui avait fait de cette affaire son cheval de Troie contre les mauvaises pratiques des équipes NBA. Profitant de cet événement, le commissioner avait fait passé de nouvelles directives, notamment au syndicat des joueurs, et enclenché l’harmonisation des processus au sein des franchises. La voie vers les bonnes manières, en somme. Il n’a pas éliminé les accords passés sous la table, évidemment. Mais au vu des années vécues par les Wolves après leur fraude, certaines franchises ont certainement du être refroidies de prendre certains risques. Ou plus discrètes, c’est vous qui voyez.