Kobe Bryant : Deux maillots retirés, et une part de nous-même.

Je redoutais ce jour où je dirai « Il y a bien des années » quand il s’agirait de parler de Kobe Bryant. Il y a quelques jours, deux maillots se sont ajoutés au plafond du Staples Center, une première dans l’histoire de la NBA, à l’image de Kobe donc, historique…

Cette salle a vibré sous ses exploits pendant 20 ans ! Mais elle a aussi vécu les instants difficiles, le lent déclin de la star, minée par les blessures et un effectif bien trop limité, transformant les dernières saisons du Mamba en une lente et nostalgique tournée d’adieu. On ne lui en veut pas, le voir jouer, c’est un privilège quoi qu’il en soit.

Le dernier débat autour de Kobe, c’était de savoir quel numéro l’on allait retirer en son nom. Pour ma part, c’était évident qu’il fallait retirer les deux, tant le 8 et le 24 ont brillé sous le maillot pourpre et or. Tout au plus, n’en afficher qu’un seul, le 24, car c’est bien avec ce numéro que Bryant s’est rapproché le plus du Dieu-suprême du basket, Michael Jordan.

Fan de Kobe depuis 1998, j’ai toujours un peu de mal à me dire que le mamba n’est plus vraiment un élément central de la ligue. 20 ans de NBA, 3e meilleur marqueur de l’histoire, 5 titres etc…tout semble être aujourd’hui affaire de chiffres. Et cette nuit, ce seront donc les 8 et les 24, mais je voudrai vous proposer le 10. 10 pour 10 moments que j’ai retenus avec Kobe, 10 moments dans la vie d’un fan de Kobe :

1998 – The alley Hoop of God

LE match où tout avait commencé pour moi, ses un contre un contre Jordan, les attentes autour du gamin qui n’était que 6e homme ! Ses dunks, ses moves, son énergie, sa fougue. Bref, Kobe ce soir avait gagné mon cœur ! J’ai pu revoir ce match encore et encore sur ma vieille VHS, et il se trouve sur youtube encore aujourd’hui (en version française s’il vous plait !) et encore aujourd’hui j’aime à me rappeler la hype qu’il y avait autour de lui, et à quel point son talent faisait lever le Madison Square Garden ! Un moment fut décisif, et « funny story », il s’agit du souvenir préféré de Kevin Garnett sur Kobe. Ce moment fut son alley hoop vers Kobe en contre-attaque, Kobe allant chercher le ballon si haut, se pliant en arrière et frappant l’arceau avec tant de force, que Garnett surnomma cette action « the Alley Hoop of God » car selon-lui, le ballon côtoyait les cieux, seul dieu pouvait le récupérer. Je suis donc fier de vous annoncer que Kevin Garnett et moi-même pensons pareil.

2001 – Les cœurs brisés de Philly

Autre All Star Game, mais autre époque ! On n’est plus dans la Bulls Era, plus sous la domination de Jordan, des Malone, Ewing, Payton, Kemp, Olajuwon etc…on est en pleine dynastie Lakers. Kobe est déjà en route pour une seconde bague avec Shaq. Le All Star Game prend place à Philly, la ville du génial Iverson (que je considérais comme le vrai rival de Kobe pendant un temps), qui viendra affronter les pourpres et or quelques mois plus tard en Finals, on en connait l’issue. Mais Kobe montre sa maturité dans ce match, maîtrise de bout en bout son sujet. Et pendant que T-Mac assure le spectacle, Bryant obtient sous les sifflets, dans sa ville d’origine, son premier trophée de MVP du All Star Game, montrant au passage qu’il ne craint pas les oppositions. Mais détrompez-vous, le concept de hater à l’époque n’était clairement pas un phénomène préoccupant, encore moins pour Kobe. Mais en tant que fan, ce moment n’était que la première étape, Kobe allait tout emporter sur son passage parmi les Stars.

2002 – Kobe+Shaq=Threepeat

Juin 2002, les Lakers, sérieux, dominateurs, écrabouillent de courageux Nets menés par Jason Kidd (et Scalabrine !). Le threepeat est là ! Shaq et Kobe, encore une fois, ne font pas dans le détail, Phil Jackson se lasserait presque d’enfiler les bagouzes. J’ai toujours aimé cet argument anti-kobe : no shaq, no title…la réalité étant que kobe+shaq=une belle portée de bagues surtout. A cette époque, cet argument n’existait tout simplement pas. Ce qui m’a marqué, c’est cette victoire sans réelle contestation, ce game 4 expédié avec facilité, ce buzzer qui sonne comme si tout était normal et à sa place : Lakers champions. Les vestes des vainqueurs se dévoilent, le champagne coule, et soudain Kobe arrive vêtu de ce survêtement rétro, celui de Jordan dans les années 80. La référence est immédiate, on a tous compris ce que Kobe voulait dire : il voulait faire partie des plus grands et il en faisait partie. Cette image est restée figée dans mon esprit, tout comme ce dialogue entre les deux frères qui rendrait confus pas mal d’analystes amateurs d’aujourd’hui. Shaq félicitant Kobe en l’appelant « best player in the world » en lui disant de changer son survêtement Jordan pour son propre survêtement, et Kobe de lui répondre qu’il était le joueur le plus dominant de l’histoire. C’était le bon temps !

2004 – Un gout amer

L’année 2003 se solde sans titre, les Spurs avec un jeune Tony Parker, offrent une fin magique à l’amiral. Qu’à cela ne tienne, un peu de rivalité ne fera pas de mal ! Et puis les Lakers ont un plan : réunir Payton, Malone, Kobe et Shaq, auxquels s’ajoutent Derek Fischer ou Rick Fox, des précédentes aventures…On se met à rêver de ce roster hallucinant, mais qui cache une tentative de la dernière chance, une relation affreuse entre Shaq et Kobe, les blessures à répétitions de Malone et la mauvaise humeur de Payton, le tout sous couvert d’une sale affaire de viol pour Kobe. Cela n’a jamais affecté mon amour pour le joueur. C’était la première saison que je suivais via internet, et comme tout semblait normal et presque prévu, les Lakers arrivèrent en Finals, après un parcours de folie, et ce shoot à 0.4s de Fischer qui me fait encore me lever de mon siège…Et puis…cette finale contre les Pistons arriva. Un gout amer s’est soudain installé, quelque chose de jamais vu. Kobe était de la race des vainqueurs, comme Jordan…et on n’imaginait pas voir Jordan perdre une finale. Et pourtant, un game 1 difficile et perdu, un game 2 gagné, mais plein de doute et grâce à un Kobe en feu. Et puis, les Pistons ont fait ce qu’ils savent faire de mieux : défendre, ne rien lâcher, et gagner. En tant que fan, ce fut un moment difficile, non pas parce que les Pistons gagnaient, mais parce que soudain je réalisais que les Lakers de Kobe pouvaient perdre. Les saisons suivantes ne me feront pas oublier cette frustration.

2006 – 81 points, parmi tant d’autres

La période qui suit n’est pas faste en terme de titres et de hauteur de classements même…mais elle est la période ou pour moi, Kobe est tout simplement le meilleur joueur du monde, peu importe le classement, peu importe le roster, peu importe le bilan. Son talent est incontournable, et les 81 points ne sont ni plus ni moins que la récompense de ses performances endiablées. C’étaient les « soirées Kobe » où l’on savait que le pépère allait planter à foison et martyriser tout ce qui allait oser défendre sur lui. Le poster des 81 points va rester au-dessus de mon lit pendant des années, il me rappelait qu’en NBA, il y avait encore des monstres qui rodaient, et au-dessus de ces monstres, il y avait lui.

2009 – Retour au sommet

2008 me donne le même gout que celui avec les Pistons, à ceci près que j’avais ce sentiment que les Celtics étaient imbattables et que cet obstacle ne pouvait être surmonté. Et puis la saison suivante, Kobe décida de tout changer, de devenir Kobe, de redevenir celui qui soulevait le trophée. L’effectif est génial, équilibré, complémentaire, style années 90. Avec Gasol, Kobe a son sidekick. Et ce sidekick pue le basket et les fondamentaux, l’entourage est tout aussi plaisant à voir : Fischer expérimenté, Ariza en ailier habile, Bynum que je n’attendais pas à ce niveau, et un banc qui ne semblait pas superbe et qui pourtant fonctionnait parfaitement, avec Walton, Farmar, ou même M’Benga et bien sur le génial Lamar Odom, qui n’est probablement pas le même homme que celui que vous voyez dans les tabloïds. Bref, cette équipe était une équipe de winner, mené par un winner, point. Et sa prestation en finals fut éblouissante, même si le suspense n’était pas forcément l’élément central de la série. C’était juste Kobe qui gagnait. Cette année 2009, c’est l’année de mon premier match NBA, je suis redevenu amoureux du basket, des Lakers, de Kobe et de cette belle histoire. Cette finale ne fut pas un exploit, elle fut une victoire du travail, de l’abnégation et de l’amour du jeu que Kobe avait développé. Plus que jamais, je me suis senti revivre en tant que fan par cette victoire.

2010 – The closest one

Les Lakers et Kobe sont de retour ! Avec Ron Artest, le Mamba tient son Rodman ! Le doublé est dans le viseur, et rien ne va les arrêter ! D’autant que Kobe est devenu jordanesque. Quand Dieu se déguisait en Michael Jordan, Michael se déguisait en Kobe Bryant. Tout y passe, de la défense, au clutch time, à la domination, mais surtout le leadership et l’équilibre de l’équipe. 2010, c’est le rendez-vous avec l’histoire de Kobe. Personne à cette époque n’a 5 bagues dans la ligue, Kobe, Shaq et Fischer, Duncan, sont tous à 4. Je le sais, et je le sens, les finals 2010 vont être épiques, car en face, faites votre choix : le Magic d’un Dwight Howard surnaturel, d’un Vince Carter toujours aussi menaçant, et une équipe revancharde de son sort l’année précédente, Lebron et ses Cavs, favoris, maîtres de leur conférence, ou bien les Celtics, toujours à l’affut, mais vieillissants et probablement blessés comme durant la dernière campagne ? On connait la suite, mais jamais une série ne fut aussi stressante et intense pour un fan comme moi…les Celtics semblaient si solides, si unis, si imprévisibles, le public derrière eux…que pouvaient-ils leur arriver ? Dans cette série, Kobe ne pourra pas seulement assurer au scoring, la victoire se fait sur des détails, les rebonds, la défense, les lancers francs…et puis au terme d’une partie des plus serrées, mais aussi des plus mythiques, Kobe court sur le parquet, le doigt levé, monte sur la table de marque comme en 2000, et célèbre ce titre qui l’attendait depuis le début. Dès lors, Kobe est LE meilleur joueur du monde, et probablement le meilleur joueur de la décennie : 7 finales, 5 titres, en 10 ans, sans jamais faire moins qu’un repeat ! Historique, légendaire, à l’instar des grands noms du basket.

2012 – Foutu talon, foutue moustache

Vous reprendrez bien un petit coup de 2004 ? Le titre de 2010 est passé, exit les franchise players qui mènent une équipe au sommet, place aux superteams ! Et il y en a une qui fait mal : le Heat. La complémentarité de Lebron, Bosh et Wade, tous les trois dans une forme extraordinaire, mais vexés de la finale perdue de 2011, sont en route pour tout écraser cette fois. Les autres équipes paniquent et tentent d’accumuler aussi les talents, mais sans réelle cohésion. Les Lakers, sans Phil Jackson, tentent alors le coup de 2004 : Nash-Kobe-Artest-Gasol-Howard…en voyant ça, je n’ai pas compris…je me suis simplement dit : « on leur donne le titre tout de suite du coup ? ». A cela vous ajoutez Jamison, Blake ou même Matt Barnes, et on se demande bien ce qu’il peut arriver à une telle équipe. Mais comme en 2004, ça capote. Nash est en carton-pâte, Gasol se sent oublié, Artest se prend pour un panda, Howard pour un lapin crétin. Et pire que tout, Coach Brown se fait dégager, pour Monsieur Pringles et ses légendaires principes défensifs, ses rotations ultra-limitées et son obsession de la vitesse…Mike D’Antoni se comporte comme un politique qui fait de la merde pendant un mandat, entre dans l’opposition un autre, puis recommence la même merde à l’identique en revenant au pouvoir (et vous le savez…je m’y connais !). D’Antoni fait la même chose qu’aux Knicks, avec un résultat identique, voire pire. Kobe ? Oh lui, 48min à shooter, il prend, pas de soucis. Et il les prends, et il les mets…Bryant reste légendaire et enchaîne les performances d’une équipe qui pue la dérision. Chaque match était pour moi une frustration. Voir autant de talents réuni pour faire si peu, c’était une rage totale, surtout avec Howard qui pouvait tout écraser. D’Antoni lance sa dernière carte : Kobe en meneur. Le mamba enchaîne immédiatement les triples doubles…que voulez-vous…c’est une légende. Mais le talon d’Achille de cette légende, c’est justement le talon d’Achille…les 48min par match imposées par D’Antoni ont fini par casser la fin de carrière du géant. Je ne vous cache pas que premier de conférence ou pas, Mike D’Antoni sera toujours un véritable enfoiré pour moi.

2014 – Dépasser Jordan

C’est face à Minnesota, dans un match comme les autres entre deux équipes médiocre, que peu avant de se reblesser pour le reste de la saison, puis de l’année, Kobe Bryant dépasse Michael Jordan pour devenir le 3e meilleur scoreur de l’histoire. Ce panier est tout simplement le destin de Kobe qui s’affiche, qui se réalise, se concrétise. Et en tant que fan, j’ai repensé à ce moment en 98 quand il n’était qu’un remplaçant, j’ai réalisé le parcours, et soudain, j’ai compris à quel point il était près du plafond. Ce moment est le dernier grand fait de gloire du Mamba qui ne fait que passer dans ses 3 dernières saisons, tant les blessures le minent.

2017 – Fermeture des portes

J’allais mettre le match à 60 points en 10e. Beaucoup d’émotions, de larmes, un match de saison régulière banal qui efface des headlines une équipe qui atteint 73 victoires (vous réalisez qu’on aura connu ça ?). Ce match est un must see évidemment. J’ai eu un instant d’émotion assez prononcé, une petite larme certes. Mais hier, j’ai tout simplement pleuré en voyant les deux maillots se dérouler dans les hauts plafonds du Staples Center. Un sourire difficile à effacer, les yeux plissés, en mode grosse groupie ado devant un spectacle des One Direction, mais c’était sincère. Kobe Bryant, doublement suspendu entre les Worthy, Magic, Shaq, Abdul-Jabbar, Baylor, West, rien que ça. J’ai découvert Bryant sur une VHS, et je vois son clap de fin sur un smartphone dernière génération. Ce n’était pas que les maillots de Kobe qui se sont affichés au plafond, mais une partie de notre vie, de nous-même, notre fanatisme pour Kobe, notre amour du basket, tous les moments que nous avons vécu avec lui, grâce à lui, toutes ces nuits, tous ces moments de bonheur et l’inspiration qu’il nous a transmis, c’est surtout ça qui trône parmi les gloires des Lakers désormais, et pour toujours.