Nous sommes le 13 décembre 2017, la troupe des Nuggets est en déplacement à Boston et s’accroche pour recoller au score. Pour y parvenir, ils s’en remettent à la verve de leur jeune arrière, qui rentre tout en cette froide soirée. Tirs longue distance en fin de possessions, drives, contre-attaques, reverse layup, tout y passe. Ce qui étonne en le regardant, c’est que comme souvent, il ne force rien. La plupart de ses tirs sont intelligents, bien sentis. A la fin de la rencontre, il pointe à 36pts. Son équipe a perdu, lui, a compilé des pourcentages indécents. Comme souvent, sa prestation passera dans l’ombre. Certes, elle est ternie par la défaite, mais elle est surtout à son image, sous le radar.

Nombreux furent les fans surpris par le montant du contrat signé par Gary Harris, cet été. Souvent, ils ne savaient même pas vraiment qui était le joueur. Avec ses 84M/4 ans, le jeune arrière avait pour mission de définitivement s’imposer comme un joueur indéboulonnable dans le Colorado. Pour les dirigeants, cette transition était une évidence tant le joueur a montré une évolution positive au fil des ans.

Rapidement cette saison il s’est affirmé comme une menace offensive de premier plan, confirmant sa saison passée. L’ancien Spartan est absolument chirurgical sur les parquets. Les chiffres le prouvent, Harris est une machine : 49,8% au tir, dont 38,8% derrière la ligne des 3pts. Alors que son équipe trébuche souvent, lui s’affirme comme une menace permanente, apportant ses points soir après soir, sans flancher. Pourtant, tout n’était pas parti sur les chapeaux de roues pour lui en NBA.

Dès ses années lycées, Harris s’impose comme un attaquant racé, avec un profil pour plaire dans les étages supérieurs, tant capable de dégainer de loin à haut volume que de chercher ses points à l’intérieur grâce à un handle appréciable et des qualités athlétiques certaines. C’est ainsi que les Spartans de Michigan State sont venus le chercher, et qu’il va porter au niveau supérieur, permettant à son équipe de s’imposer comme une des favorites de la Big Ten. Aux côtés de Denzel Valentine, il forme un duo talentueux avec un supporting cast de choix et s’impose rapidement comme un des meilleurs freshmen de la saison. Mais Gary Harris ne va pas se contenter de scorer et d’apporter du spacing aux siens, non, il va aussi devenir un défenseur de premier ordre sous ses nouvelles couleurs. Parmi les meilleurs intercepteurs NCAA, il démontre une vraie intelligence de placement et génère en prime des pertes de balle grâce à des mains très rapides et actives. Rapidement, il attire les regards des franchises NBA et se met les fans dans la poche. Car nous n’avons pas tout dit.

Harris va aussi accroître sa côte grâce à une mentalité de clutch player. Pas du genre à se débiner dans les moments chauds, il est présent lorsqu’il s’agit de revenir dans un match, ou de tuer une rencontre. Mieux, il sort de sa boîte lors des tournois de fin de saison. Que ce soit de loin, à mi-distance ou à l’arrachée, il sait prendre ses responsabilités pour Michigan State. Sous la coupe de Tom Izzo, il va devenir un joueur complet. Conscient qu’il a marqué un grand coup à la fin de sa première année, qu’il finit notamment avec le titre de Freshman of the Year de la Big Ten, il décide de refuser le grand saut et de consolider ses acquis. Un choix qu’il transforme en augmentant son impact des 2 côtés du terrain, avant d’annoncer sa présence à la draft 2014.

 

Avec 16,4pts 2,7asts et 4rbds, l’intérêt de la Grande Ligue pour Harris était certain. S’il convenait encore de déterminer quel serait son impact dans une ligue où il serait régulièrement dominé athlétiquement, il ne fallut pas attendre trop long temps pour que les Nuggets mettent le grappin dessus, en 19ème position.

Il débarque ainsi en NBA avec de vraies attentes, dans une équipe qui souhaite retrouver une place en playoffs après une première année sous Brian Shaw amputée par les blessures. Derrière le backcourt Lawson-Afflalo, Harris ne va cependant pas obtenir la confiance de son coach. Maladroit lors de ses entrées en jeu, il semble à la peine, que ce soit en attaque comme en défense où il est régulièrement chahuté. Il joue peu, et malgré un gros match face à Indiana, Shaw ne lui donnera jamais suffisamment de temps pour s’imposer. La saison est collectivement chaotique et le temps de la reconstruction semble approcher au fur et à mesure des semaines. Avec 3,4 pts à 30% au tir, l’arrière de 20 ans inquiète, et, si on souhaite lui donner plus de responsabilités, les dirigeants comme les fans espèrent qu’il s’alignera sur les promesses affichées durant ses 2 années à Michigan.

Dès son arrivée, Mike Malone décide de donner un statut différent à son jeune arrière. De 13min par rencontre, il passe soudainement à 32, faisant irruption en tant que titulaire. Offensivement, il montre directement que la franchise pourra compter sur lui avec 12,3pts à 46% au tir. L’équipe ne joue toujours rien et le laisse donc s’aguerrir et faire ses erreurs. Ce qui impressionne toutefois, c’est la maturité du joueur qui fait peu de déchets en attaque. Toutefois tout n’est pas rose. Déjà, la franchise est perdue dans les bas fonds de la conférence. Ensuite, il déçoit défensivement où il n’apporte aucune plus-value dans la défense courant d’air des Nuggets.

Il est difficile de cerner les joueurs de cette franchise, peu exposés médiatiquement, avec des caractères taiseux. Dans ces conditions, on ne sait pas vraiment comment il a appréhendé cette première (vraie) saison, mais on imagine volontiers la satisfaction de s’être imposé comme un titulaire NBA. Un rêve devenu réalité pour lui, en dépit de sa nostalgie pour ses années universitaires.

Sa troisième saison NBA ne sera pas un long chemin tranquille. La saison commence très mal collectivement. Individuellement, ce n’est pas mieux avec des pourcentages désastreux et un apport offensif famélique, qui inquiète. Au bout de quelques matchs, il se blesse. Malgré un retour solide, il retourne vite à l’infirmerie. La déception est là sur tous les plans, mais à l’image de sa franchise, sa saison prend un tournant soudain lorsque l’équipe change de style de jeu. La distribution est donnée à Nikola Jokic et les extérieurs doivent courir, se démarquer, réaliser des coupes. Harris n’est pas un grand distributeur, en revanche, son intelligence de jeu sans ballon fait des merveilles et il s’éclate dans un groupe à l’altruisme contagieux. Il retrouve ses standards statistiques, voire les explosent et terminera la saison avec 14,9pts à plus de 50% au tir. Les Nuggets deviennent une équipe qui enchaîne les présences dans les top 10, grâce aux passes improbables de son pivot et aux finitions de ses joueurs, notamment celles de Jamal Murray, Kenneth Faried et Gary Harris.

Auréolé d’un nouveau contrat, pour certains trop cher, Harris devait franchir un nouveau cap. Alors que les fans attendaient un jeu toujours aussi débridé en attaque et d’éventuels progrès défensifs (qui se faisaient toujours attendre, collectivement et individuellement) grâce à l’arrivée de Paul Millsap, les Nuggets ont changé les choses.

Bien meilleurs en défense, ils ne sont plus aussi saignants et séduisants de l’autre côté du terrain. Alors que le jeu de l’équipe est toujours inquiétant, voire instable, l’ex-Spartan de 23 ans montre qu’il avait encore des réserves. Le premier aspect est défensif. Dès le début de saison, il se met au travail avec le support de Millsap qui transforme l’équipe. Après une poignée de rencontres, ses adversaires shootent à -12% comparé à leurs standards. Malgré les blessures de Jokic et Millsap, il maintient ses adversaires à -4,2% à ce jour. Si la saison passée, il se faisait encore dépassé par des drives, il n’en est rien cette saison où il gêne beaucoup mieux son opposant. Mais il ne se limite pas à cela, puisqu’avec 1,9 interceptions par match et 3,2 déviations par rencontre, il figure dans le haut du panier de chaque statistique. Désormais capable de suivre l’adversaire tout en gardant sa capacité à voler des ballons en un contre un ou en aide, il participe aux nouveaux standards défensifs des Nuggets.

D’ailleurs, son duo avec Jamal Murray fonctionne en défense malgré les inquiétudes de début de saison (103,9 defensive rating). Individuellement, il  possède defensive rating de 104,4 contre 111,7 en son absence ! En somme, il aura fallu presque 4 ans, mais il a réussi à devenir le joueur que la franchise a drafté de ce côté du terrain, tout en brisant le plafond de verre qu’on lui voyait offensivement.

En effet, de l’autre côté, il pose désormais des statistiques proches de celles affichées lors de ses années à Michigan, le tout en maintenant des pourcentages très élevés. Il ne lésine pas non plus sur le spectacle, en réalisant des mouvements spectaculaires : reverse layup, qu’ils soient main gauche ou main droite, 360 pour terminer une action. Harris régale à Denver et, dans un anonymat total, il devient le meilleur scoreur de la franchise alors que le roster comporte une jeune star comme Nikola Jokic mais aussi des vétérans racés comme Wilson Chandler et surtout Paul Millsap.

Avec ses 17pts par rencontre, Harris s’est tracé une carrière NBA. Tout en délicatesse, il s’impose comme un véritable Mr Propre des Rocheuses, justifiant d’or et déjà le montant de son contrat et laissant supposer que le meilleur est à venir pour cette équipe. Néanmoins, il faudra prolonger les bonnes personnes et combler certaines lacunes pour entourer au mieux le jeune trio Murray, Harris, Jokic. Quant au second, espérons qu’il continue sa progression et prouve année après année que les scouts avaient vu trop bas pour lui.