Une honte. Dans les cinémas de France, dans votre canapé ou sur vos toilettes, vous n’êtes probablement pas passés à côté de la taule monstrueuse reçue par les Cavs en ce samedi soir : 148-124, un score fleuve qui laisse sans voix et qui ne peut pas, ou plus, être considéré comme un accident de parcours. Certes, OKC a réalisé une performance de très haute volée. Certes, le Big 3 du Thunder a affiché un niveau exceptionnel. Mais cela ne saurait éluder le constat implacable de la soirée : Cleveland a livré une prestation lamentable qui marquera les esprits de manière durable. En 10 ans de NBA, de matchs enregistrés sur le décodeur Canal + de mes parents, de streams immondes ou de matchs sur le league pass (depuis que je suis devenu un suppôt du capitalisme), je n’ai pas le souvenir d’avoir assisté à un drame pareil. C’est donc tout naturellement que j’ai décidé de cracher mon venin, en essayant de rester courtois pour ne pas ternir l’image de ce site.

Vous avez dit défense ?

On le sait, les Cavs ne brillent pas par leur défense en saison régulière. Ce n’est donc pas la peine d’en faire tout un plat, me direz-vous. Sauf que ce soir, le transpercement non-stop subi par les joueurs de l’Ohio a mis en lumière des problèmes profonds qui ne se résoudront pas par un simple regain de motivation. Steven Adams s’est baladé toute la soirée dans la raquette, enchaînant les rebonds offensifs avec une aisance hallucinante. Kevin Love a joué 3 pauvres minutes avant d’être mis au frigo, officiellement parce qu’il était malade. Tristan Thompson a été incapable de faire quoi que ce soit pour enrayer le phénomène, alors que LeBron a brillé par sa passivité sous le cercle. Résultat, le Thunder a remporté la bataille au rebond 52-28, ce qui est passablement gênant.

Mais s’il n’y avait que le rebond, je ne serais pas en train de vous bassiner avec mes états d’âmes nocturnes. Car sur l’homme, les Cavs se sont tout simplement fait déchirer. Je ne vous apprends rien, Isaiah Thomas est un petit joueur – au sens propre hein -, et malgré un talent offensif immense, il  ne peut rien faire en défense. Quand son binôme du backcourt s’appelle Avery Bradley ou Marcus Smart, il est possible de le camoufler en envoyant son coéquipier au charbon. Quand ce binôme se prénomme (toux forte) JR Smith, il ne vous reste pas grand chose à faire à part allumer un cierge et prier. Si vous ajoutez à cela un Jae Crowder qui ne peut pas compenser sur tous les postes, un LeBron qui s’en bat les bourses puissance 1000 et une communication sur les écrans/aides aussi inexistante que les coups de gueule de Tyronn Lue, vous obtenez une défense qui ressemble à peu près à ça :

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La défense de Cleveland au 20/01/2018

Résultat : 43 points en premier quart, 76 à la pause et 148 au final, soit le plus haut total encaissé par une équipe avec LeBron James dans ses rangs. Une immondice pure et simple.

Une absence de révolte coupable

Cependant, cette défaite n’est pas que la démonstration du fait que la défense de Cleveland a un problème. Non, ce qui a choqué la planète ce soir (oui, je suis quelqu’un de parfaitement mesuré), c’est la passivité, voire la résignation dont ont fait preuve les Cavs. Comme si c’était inéluctable, comme s’il était normal de se faire détrousser dans sa salle, devant son public, en antenne nationale. Je ne sais pas vous, mais lorsque j’ai vu LeBron rigoler avec les joueurs du Thunder à l’issue du match, j’ai été choqué. Oui, ce n’est que du sport, oui, il y a plus grave dans la vie et l’amitié, l’amour et les oiseaux qui chantent au petit matin sont des notions bien plus importantes qu’une rencontre de saison régulière. Mais quand tu es le visage d’une équipe, l’idole de toute une ville, et que ladite ville vient de vivre une humiliation sans précédent, ça ne fait pas de mal de montrer que tu es un minimum concerné. Ce soir, le King n’avait tout simplement pas la tête au basket.

Parlons de Tyronn Lue, histoire de détendre l’atmosphère. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps avant de sortir Channing Frye du banc ? Thompson se faisait bouffer dessous, quel risque y avait-il à essayer d’écarter le jeu pour sortir le néo-zélandais de la raquette ? Était-ce vraiment le bon soir pour expérimenter un backcourt Thomas-Rose au vu de la nette supériorité athlétique affichée par le Thunder ? Pourquoi ne pas tenter de lancer Cedi Osman dans le bain quand on voyait que ça allait beaucoup trop vite pour Wade ? Ah oui mais pour prendre ce genre de décisions il faut être un vrai coach (et encore, je n’ai pas cette prétention hein) et pas occuper un emploi fictif, désolé Tyronn.

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Alors, pour les courses, on a dit : liquide vaisselle, coca, courgettes, charisme…

C’est ainsi que les Cavs ont laissé le match se dérouler, tranquillement, prenant uppercut sur uppercut sans jamais réagir. Ce devait être une soirée historique avec les 30 000 points de LeBron, elle l’a été d’une manière bien plus triste.

Une absence de révolte volontaire ?

Et si ce match n’avait été qu’un appel à l’aide ? Une manière de dire au front-office « euh, les gars, regardez, on a vraiment une équipe pourrie là » ? On va espérer que non. Car si c’est le cas, si cette démission n’est qu’un caprice pour réclamer du renfort, on est dans l’indécence la plus totale. Il y a un paquet de rumeurs qui circulent en ce moment, concernant Dede Jordan notamment, mais franchement, vous avez vu la tronche de cet effectif ? Vous ne pensez pas qu’il y aurait moyen de faire largement mieux que la parodie de saison que sont en train de nous proposer les Cavs ? Il te faut quoi, LeBron, pour être content ? Et quand bien même ce serait vrai, quand bien même il faudrait encore remodeler l’équipe pour espérer gagner le titre, le demander de cette manière est d’une tristesse sans nom. 80% des GM de la ligue vendraient femme et enfants pour avoir ce roster, et voilà ce que vous en faites. Tout ça pour espérer un trade qui ne changera que peu de choses si une remise en question radicale n’est pas opérée dans le même temps.

Je pourrais continuer mais ma colère cède peu à peu sa place au sommeil. Malgré le scandale absolu auquel j’ai assisté ce soir, je persiste à croire qu’au moment venu, les Cavs mettront en route comme ils l’ont toujours fait et triompheront de la concurrence à l’Est. Mais ne venez pas me dire que ce qui s’est passé là est sans gravité. Une défaite d’une telle ampleur ne peut laisser l’image d’une équipe intacte, quelle que soit la suite. Arriver en finale ne suffira pas. Il faudra me vendre beaucoup, beaucoup de rêve pour que j’oublie l’insulte au basket que vous avez proférée ce soir. Oui je sais, ça leur fait une belle jambe, mais je devais me libérer de ce poids.