Hier, au moment où j’écris ces lignes, les Cavaliers ont laissé filtrer des rumeurs. La première, c’est que la franchise serait intéressée par le duo des Clippers Lou Williams/Deandre Jordan. La seconde, c’est qu’elle voudrait également faire main mise sur le King, George Hill.

A première vue, ajouter ces joueurs, notamment DD Jordan et Hill, pourrait donner un vrai coup de boost à la franchise, dont la défense laisse, au mieux à désirer au pire fait beaucoup de peine (j’ai donc écrit ceci, 3h avant Thunder Vs Cavs). Obtenir les renforts de ces 2 joueurs permettrait d’apporter de la dissuasion dans la raquette, dont elle manque cruellement que ce soit en jouant avec Kevin Love au poste de pivot, qui n’est clairement pas dans son registre, ou avec Tristan Thompson, sous-taillé pour le poste et défenseur relativement faible. De même, ramener George Hill, profiterait à la défenseur extérieure de Cleveland, qui là encore, manque de joueurs capables d’abattre du boulot de ce côté du terrain.

Concernant Lou Williams, l’intérêt est plus obscur, tant le banc des Cavaliers est déjà productif. Néanmoins, ne sachant pas ce que la franchise souhaite donner, il se pourrait effectivement que son renfort vienne palier à des absences, je ne sais pas, disons celle de J.R Smith qui ne doit plus être en odeur de sainteté dans les rangs de Cleveland.

Mais là, n’est pas vraiment le but de cet article. Loin de moi l’idée de vouloir critiquer la volonté de s’améliorer en vue d’un nouvel affrontement potentiel avec les Warriors, qui m’apparaît bien déséquilibré en l’état actuel des choses. Après tout, avoir envie de jouer sa saison à fond et de mettre un maximum de chances de son côté est tout à fait louable de la part des décisionnaires de la franchise. En revanche, le sujet ici, serait plutôt de traiter de la sensation d’essorage totale qu’a subi le roster de Cleveland depuis le retour du King.

De la jeunesse à… maintenant

Lorsqu’à l’été 2014, LeBron James a annoncé un retour que l’on voyait plus tôt que prévu à Cleveland, la franchise se reconstruisait autour de Kyrie Irving, Dion Waiters, Tristan Thompson et de la draft toute récente d’Andrew Wiggins. Si avec Uncle Drew en seul leader, l’effectif apparaissait encore comme fragile, on ne pouvait nier que le renfort d’un prodige annoncé, faisait de Cleveland un futur épouvantail potentiel de sa conférence. David Blatt, venait d’ailleurs directement d’Euroleague pour construire une culture avec ses jeunes ouailles.

Évidemment, retour de James oblige, il fallait que l’effectif joue le titre rapidement, de suite, en dépit de ses déclarations sur la volonté d’emmener un jeune groupe vers les sommets. Sans surprise, Wiggins, qui aurait évolué au même poste que James, était envoyé à Minnesota en échange de Kevin Love, bien content de quitter une équipe dans laquelle il n’avait jamais joué les playoffs, pour devenir très rapidement un prétendant au titre. Rien que ça. Il ne fallait pas longtemps non plus pour que Dion Waiters fasse les frais de sa lenteur à émerger. On voyait également des vétérans tels que Timofey Mozgov, J.R Smith ou encore Iman Shumpert poser leurs valises. On voyait également une légion de vétérans parmi lesquels Mike Miller, James Johnson ou Shawn Marion (qui méritait définitivement de finir en étant plus utilisé). Quelques mois après l’arrivée du King, le roster avait déjà changé de fond en comble. Mais pouvait-on en vouloir à la franchise, de viser le titre ?

Là encore, non. Même si on pouvait être peiné que le roster des Cavs soit passé d’un moyenne d’âge de 21 … à 31 ans.

D’ailleurs, pourrait-on critiquer la direction de la franchise, alors qu’un an plus tard, elle obtenait le premier titre de son histoire, au cours d’un Game 7 qui rentrait directement dans la légende de la NBA ? Difficile à ce point d’en vouloir à Cleveland, mais la suite, en revanche, fait un peu peur.

L’ère des paris sans cesse

Dans la foulée de ce championnat acquis au nez et à la barbe des Warriors, ces derniers ont tué la concurrence en faisant main mise sur Kevin Durant, au prix du départ d’un Harrison Barnes qui n’avait pas atteint son plein potentiel, et d’un Bogut qui allait entamer une terrible descente aux enfers.

Entre temps, Cleveland conservait Richard Jefferson, Channing Frye, tout en faisant des acquisitions dans l’été et dans l’année : Kyle Korver, Deron Williams, Andrew Bogut – tandis que Smith entrait dans sa trentaine. Dans une course au tir à 3pts pour entourer LeBron James, et, profiter sans cesse plus des tranchées faites par le King, les dirigeants en oubliaient qu’il fallait aussi défendre et Cleveland se faisait sans surprise balayer par des Warriors trop forts pour le basket mondial, pour la NBA. Certes Cleveland était la seule équipe à infliger une défaite à la troupe de Steve Kerr, au cours d’une soirée marquée par une adresse de feu, mais toujours est-il que la série avait été, à l’image des playoffs, facile pour Golden State.

Pour cette saison, on assistait d’abord à la volonté de Kyrie de partir, remplacé par une belle contre-partie : Thomas, Crowder. Mais on allait également faire d’autres paris, encore, toujours. Ainsi, débarquaient José Caldéron (35 ans), Dwyane Wade (36 ans), Derrick Rose et Jeff Green. L’effectif prend encore 1 an, et même s’il faudra attendre le retour à 100% de Thomas pour vraiment juger cette équipe, toujours est-il que même en forme, il ne résoudra pas les problèmes défensifs de la franchise.

Quels constats ?

A la vue de l’effectif actuel, j’ai du mal à ne pas penser au Heat 2014, toujours très fort sur le papier, mais qui donne une impression d’usure, de fin de cycle. Comme si malgré la forme individuelle des joueurs, l’esprit était malade, et le groupe en deçà de son potentiel réel. Sans faire de parallèles abusifs (les équipes n’ont pas été construites pareils, et font face à des concurrences différentes), on a un peu ce même groupe, majoritairement des vétérans dont l’apport n’est pas ce qu’il devrait, alors que tout tourne irrémédiablement autour de James.

Pour ne rien aider, Tyronn Lue qui a remplacé Blatt est toujours à la tête de l’équipe, et on a également le sentiment que c’est trop, qu’il faut en finir. Mais cela tarde, et plutôt que de chercher une tête pensante pour remettre le groupe dans l’ordre, on cherche encore à remodeler l’effectif, à ajouter d’autres vétérans dans des situations compliquées : Jordan pourrait tester le marché, tandis qu’Hill vient de parapher un énorme contrat qui court encore pour plusieurs saisons.

Dans le même temps, le salary cap des Cavs est déjà extrêmement haut et ce sans les potentielles arrivées du pivot des Clippers, et du meneur de Sacramento. James et Shumpert peuvent tous les deux décliner leur option, mais celui qui le fera ne sera pas celui qu’on souhaite. LeBron voudra encore augmenter son salaire, alors qu’Isaiah Thomas cherchera à obtenir un gros chèque… et la franchise souhaiterait encore accueillir George Hill, et ses 21M par an ?

Dans un éventuel trade, le pick des Nets que possède la franchise sera probablement convoité par tous les éventuels vendeurs de joueurs, et ce alors qu’il serait une des rares garanties de la franchise dans le cas où tout tournait mal.

Enfin pour finir de dresser le tableau, Tristan Thompson, J.R Smith et leurs contrats douteux sont engagés à long terme et ne seront pas faciles à transférer, sans donner des joueurs ou TDD susceptibles de compenser leurs contrats. Il en va de même pour Kyle Korver pour qui les années passent désormais très vite.

Des Cavaliers sans tête ?

Si la franchise bougeait encore, et, alourdissait encore sa situation, cela pourrait vite mal tourner à court ou moyen terme. Cet essorage, été après été, trade deadline après trade deadline, ne renvoie pas une image de sérénité. Pire, procéder à des échanges sans réussir à dégraisser les contrats de Smith, Thompson, voire Shumpert mettrait Cleveland dans une situation absolument désastreuse à l’orée de l’été 2018.

D’autant que cette impression de course contre la montre, imposée par la présence de LeBron James, ne semble servir personne au-delà du court terme, si ce n’est les médias et les fans qui voient une activité susceptible d’attirer leur attention. En ce qui concerne la franchise, elle est peut être en train, au prix de cette pression, d’amputer sérieusement son avenir à cause de cette marché forcée vers l’avant.

Quant à James, difficile de le voir mieux entouré à moyen terme à force de voir l’effectif autour de lui sans cesse remodelé, avec une vision n’excédant pas la demi-saison. Si certains iront jusqu’à entacher sa légende, il n’est pas question ici de cette réflexion, mais peut-être qu’un peu de patience serait vertueuse – à fortiori que cette fois, il n’y a pas le flair d’un Pat Riley pour remodeler très vite quelque chose de cohérent avec peu de moyens.

Bref, oui, cette équipe de Cleveland continue d’avancer, d’essayer de s’améliorer. Dommage que les têtes pensantes se soient faites décapitées durant la manœuvre.