Coup de tonnerre en NBA : Blake Griffin, ancien numéro 1 de la draft et visage de la franchise des Los Angeles Clippers est envoyé dans le Michigan. Un échange qui a pris le monde de la NBA par surprise à plus d’un titre. Si il semblait évident que Detroit allait bouger personne ne pensait que Blake Griffin, prolongé à prix d’or cet été, était un joueur susceptible d’être échangé.

Pour l’analyse globale du trade je vous renvoie à l’article de Julien d’hier soir.

Après un mois et demi de compétition les Pistons affichaient un bilan de 14 victoires pour 6 défaites avec des victoires de prestige à l’Oracle contre les Warriors (en back to back) ou encore au TD Garden face aux Celtics. La franchise du Michigan affichait un visage séduisant grâce à une nouvelle animation offensive rendue possible grâce aux progressions d’Andre Drummond et de Tobias Harris ainsi que le retour aux affaires de Reggie Jackson.

Depuis les choses ont bien changé.

D’abord diminué physiquement Jackson a ensuite rejoint l’infirmerie après une grosse entorse à la cheville. Depuis les Pistons ne font que sombrer.

Souvent pris à parti par les fans de la franchise le meneur reste le seul joueur capable de créer pour lui ou pour les autres et en l’absence de playmaker c’est toute l’attaque des Pistons qui s’étouffe.

À l’approche de la deadline, les Pistons restaient sur 8 défaites consécutives (article écrit avant la belle victoire face à Cleveland) et Stan Van Gundy devait bouger.

C’est maintenant chose faite ! En récupérant Blake Griffin le célèbre coach moustachu fait d’une pierre deux coups : il tente de sauver la saison de son équipe et surtout il essaie de sauver sa tête.

Blake Griffin et Detroit : un mariage saisissant

Sportivement récupérer un joueur comme Blake Griffin relevait du fantasme. Après tout Detroit est une des villes les moins sexys des États Unis et plus les années passent, plus le mysticisme autour de la franchise des Grands Lacs s’estompe. C’est d’ailleurs ce qui rend ce mariage si saisissant : Griffin c’est le spectacle, le strass et les paillettes d’une NBA qui allait comme un gant à l’esprit de Los Angeles. Comment un tel joueur va t-il s’acclimater à une ville de Detroit qui est certes en plein rebond mais qui reste aux antipodes de la Californie ?

Le dépaysement sera total pour l’ailier mais aussi pour les fans d’une franchise qui s’est souvent dressée contre les enfants chéris d’une NBA à la recherche permanente du spectacle.

Si l’acquisition d’un joueur aussi spectaculaire que Blake Griffin détonne dans l’histoire de la franchise elle devrait provoquer un engouement populaire et redynamiser une équipe qui en a grandement besoin. Incapable de promouvoir correctement le retour de son équipe NBA dans le centre ville les Pistons cherchent n’importe quel moyen pour attirer leurs fans et remplir une superbe salle qui en attendant sonne creux.

L’arrivée de Blake Griffin devrait grandement aider cela.

Sportivement l’ailier reste l’un des meilleurs joueurs de la ligue :

22,6 points 8 rebonds 5,4 passes en 34 minutes cette saison

Mieux il a ajouté un shoot à 3 points à son répertoire (34 3P% avec un volume de plus de 5 tirs/match). Des chiffres encourageants mais qui demandent confirmation car de son adresse extérieure dépend en grande partie le succès ou l’échec de sa relation avec Andre Drummond.

Griffin est un des meilleurs playmakers à son poste. Privés de la création de Jackson les Pistons ont désespérément besoin d’un joueur capable de driver une attaque. Il brille dans cette configuration. Lorsque le meneur reviendra de blessure ils compteront enfin deux playmakers sur le terrain, chose qui n’est pas arrivée depuis une décennie.

Agile balle en main, Griffin est un des rares joueurs qui peut être une menace sur pick&roll en tant que porteur de balle ou en tant que poseur d’écran. Son déclin athlétique se fait déjà ressentir sur sa réussite près du cercle où il poste la pire adresse de sa carrière mais il possède un bon jeu au poste bas qui ajoutera une option tactique à Stan Van Gundy. Le « fit » en attaque est loin d’être évident surtout quand on connaît le manque de spacing qui sévit à Detroit (peu d’espace pour ses postups) et ce sera encore plus compliqué avec Ish Smith à la baguette.

Les perspectives de voir un groupe avec Smith, Griffin et Drummond ensemble sur le terrain donnent des sueurs froides à tous les fans des Pistons.

Si sa défense reste médiocre il ne faut pas oublier que Tobias Harris est un des pires ailiers de ce côté du terrain donc les Pistons ne perdent pas au change. C’est même l’inverse car la grosse différence devrait se voir au rebond : posséder l’un des meilleurs rebondeur de l’histoire ne suffit pas à régler ce qui est une affaire collective or les Pistons perdent à chaque match cette bataille ô combien importante. Évoluer avec deux « combo forward » (Harris, Stanley Johnson et Reggie Bullock) aux côtés d’un seul intérieur a des points positifs (polyvalence et le spacing) mais il entraîne également un déficit de taille qui peut être fatal. Depuis 3 mois Drummond n’arrive pas à compenser le manque de concentration et d’engagement de ses coéquipiers. Griffin devrait changer cela.

Sa relation avec le pivot va d’ailleurs être très intéressante à analyser : Griffin est habitué à jouer aux côtés d’un « rim runner » comme Drummond. Leurs qualités de dribble et de passe supérieures à la moyenne pourraient pousser les deux intérieurs à alterner les pick&roll (un coup Griffin comme porteur de balle, un coup Drummond) ou les mains à mains chose impensable avec DeAndre Jordan.

Décevant Avery Bradley ne sera pleuré par personne, en voici les raisons :

Selon Wojnarowski les Clippers voulaient récupérer Luke Kennard et on peut comprendre pourquoi : depuis le début de la nouvelle année le rookie est tout simplement le deuxième meilleur Pistons (8 points avec une adresse insolente : 45-41-100) et son temps de jeu gonfle (trop) doucement mais sûrement. Sauf surprise il devrait intégrer le cinq de départ à la place de Bradley et voir ses responsabilités augmenter.

Déjà en déficit de talent et de profondeur sur la rotation extérieure le départ de Tobias Harris est plus problématique. Stanley Johnson n’a jamais répondu aux attentes que son choix lors de la draft 2016 avait suscité (21 ans seulement) et si Reggie Bullock a su saisir sa chance la rotation à l’aile demeure très faible. Même si Harris était redescendu sur terre après un début de saison en fanfare sa capacité à sanctionner les mismatchs va grandement manquer aux Pistons.

En perdant Bradley et Harris les Pistons n’ont d’autre choix que de faire confiance à leurs jeunes joueurs. Et même s’ils voulaient faire autrement ils ne le pourraient pas à cause de leur manque de flexibilité financière.

Une star oui, mais à quel prix ?

On ne peut analyser un échange sans aborder les conséquences financières qu’un tel choix peut avoir et dans le cas de Blake Griffin elles sont à mettre en relation avec sa fragilité physique. L’ex-Sooners n’est plus le joueur qu’il était et cela ne va pas aller en s’arrangeant.

Est-ce injuste pour un joueur de 28 ans ? Sans aucun doute.

N’est ce pas contradictoire après avoir parlé de son niveau cette saison ?

Non car en progressant techniquement Griffin a diminué l’impact du déclin de ses qualités athlétiques mais il ne faut pas se leurrer : ce déclin est une réalité.

Ce qui rend son contrat de 173M de dollars signé en juillet dernier si compliqué à justifier :

Saisons

Salaire

2017-2018

29,7 M$

2018-2019

32,1 M$

2019-2020

34,4 M$

2020-2021

36,8 M$

2021-2022

38,9 M$*

*Option joueur

67, 35 et 61 c’est le nombre de matchs que Griffin a joué sur les 3 dernières saisons. Il a déjà raté 16 matchs cette saison (sans parler de sa saison blanche et des soucis récurrents de son genou gauche).

Griffin évolue peut être au niveau de son contrat cette saison, mais qu’en serait-il l’an prochain ou pire dans deux saisons lorsqu’il aura passé la trentaine ? Combien de matchs va t-il manquer sur la durée de son contrat ?

Les Clippers l’ont signé à un contrat qui a toutes les chances de devenir un contrat « boulet » dans deux (ou trois) saisons et ce n’est pas comme si les Pistons avaient une flexibilité suffisante pour absorber ce contrat sans flancher.

Alors que les Clippers lui offraient ce pont d’or les Pistons prolongeaient Andre Drummond.

Cette saison ce duo pèse 53 millions de dollars et cela dépassera les 60 millions d’ici deux étés …

Pour mieux comprendre la gestion financière catastrophique du duo Van Gundy-Jeff Bower il suffit de regarder l’argent qui est engagé sur le long terme.

Les Pistons paieront Jon Leuer, Josh Smith, Reggie Jackson, Andre Drummond et Blake Griffin plus de 85 millions sur les 3 prochaines saisons, un chiffre qui montera à 94,6 millions en 2019-2020 (à peu près 70% du salary cap). Il faudra donc être particulièrement ingénieux pour créer un groupe suffisamment dense et talentueux pour entourer le duo Griffin-Drummond. Vu le manque de moyen le front office va devoir dénicher des pépites pour étoffer un roster dont la profondeur est un problème depuis maintenant plusieurs saisons. Pas simple.

Detroit va sans doute essayer d’assainir ses finances mais très peu d’équipes ont de l’argent disponible ce qui rend les « salary dumps » très difficiles à réaliser. Il faut généralement attacher des assets pour faciliter les transactions or la franchise du Michigan en a peu ce qui diminue encore plus sa marge de manœuvre. La perte de deux tours de draft va d’ailleurs dans ce sens : quand on a très peu de moyens financiers le seul moyen pour attirer le talent est la draft or la perte d’un premier tour de draft est impossible à compenser.

Quand on regarde cette situation on se pose la question suivante : combien de match (et à quel niveau) Blake Griffin doit-il jouer pendant la durée de son contrat pour que ce trade soit une bonne opération pour Motown ?

C’est d’ailleurs pourquoi la contrepartie de cet échange peut sembler absurde pour beaucoup de gens qui ont en tête le niveau passé ou même présent du joueur sans penser aux limites que sa fragilité physique et qu’un tel contrat impliquent. Comment construire une équipe compétitive autour d’un tel joueur qui ne donne aucune garantie d’être sur le terrain tout en touchant un salaire maximum ?

Pour récupérer ce qui a de grandes chances d’être l’un des pires contrats de la ligue dans 2 étés les Pistons ont du lâcher :

  • un contrat expirant (Bradley)

  • un titulaire qui sera sous payé l’an prochain et expirant (Harris)

  • un mauvais – mais court – contrat (Boban)

  • 2 tours de draft

Brice Johnson et Willie Reed ont tous les deux des contrats qui se terminent à la fin de la saison. Reed aurait pu être une bonne pioche mais les Pistons n’auront pas les moyens pour le garder.

Le court termisme de Van Gundy

Cet échange en lui même symbolise à merveille le raisonnement de Stan Van Gundy et son absence de vision sur le long terme.

Si on prend individuellement tous les moves qu’a réalisé le coach des Pistons on s’aperçoit qu’il est souvent sorti vainqueur. Le problème est que cela ne se traduit pas sur la durée. La question n’est pas de connaître l’objectif final mais la manière avec laquelle il pense y arriver.

Bien sûr les dirigeants vous répondront toujours qu’ils souhaitent jouer sur les deux tableaux mais en vérité c’est un objectif presque impossible à atteindre. Le plus souvent les franchises doivent choisir entre être compétitif sur le court terme ou viser le long terme (des exceptions existent, tout dépend du niveau des dirigeants et de la réussite qu’ils ont avec leurs choix).

Depuis son arrivée à Detroit Stan Van Gundy joue le court terme et tous ses choix vont dans ce sens. Pour quel résultat ? Une série de playoffs conclue par un sweep. Des échanges intéressants mais une compréhension limitée du marché à l’image des contrats insensés donnés à Jon Leuer, Boban Marjanovic ou encore Langston Galloway cet été.

Comme trop souvent lorsqu’un dirigeant est sous pression il réalise un « panic move » dont les conséquences négatives se voient le plus souvent sur le long terme. Sentant la saison des Pistons lui échapper et son siège à la tête de celle-ci se réchauffer Van Gundy a tenté de sauver sa tête en réalisant un coup de poker. Être satisfait d’un tel échange est compréhensible. Après tout les fans les plus jeunes de Motown n’ont connu que rétrospectivement les belles années de la « goin’ to work era » et n’ont jamais vu un joueur comme Griffin sous le maillot de leur franchise préférée. Rejoindre les playoffs et les faire de manière consécutive serait un sacré progrès par rapport à l’histoire très récente des Pistons. Un coup d’œil à l’effectif suffit pour constater le manque d’équilibre et de talent sur les lignes extérieures et connaissant « SVG » Detroit devrait encore bouger avant la trade deadline.

Il est courant de dire qu’il n’existe aucun échange sans risque et c’est vrai. Récupérer une star n’est jamais facile, encore plus pour une franchise basée dans une ville aussi peu attractive que Detroit, mais si une équipe est vendeuse d’un tel joueur il faut se demander pourquoi. Plus le niveau du joueur échangé est élevé et plus l’évaluation des risques est importante.

Stan Van Gundy voulait une solution instantanée à la construction bancale de son équipe. Il l’a trouvé.

Mais pour ce faire il vient de plomber les finances de la franchise du Michigan pour les 4 prochaines années.

À vous de juger si le jeu en vaut la chandelle.