Charlottesville est depuis de nombreuses années l’une des places fortes du basket NCAA, avec plusieurs titres de champions de conférence, la prestigieuse ACC, pour une équipe de Virginia qui doit son succès avant tout à sa défense, et au cerveau de son système, le coach Tony Bennett, architecte de cette célèbre « pack line defense ».

Ce système défensif a été inventé par Dick Bennett, ancien head coach de Wisconsin, Washington State mais aussi Green Bay, où il a coaché son fils… Tony Bennett. Après son cursus, Tony aura une courte carrière de joueur professionnel, jouant notamment trois ans pour les Charlotte Hornets. Il entre rapidement dans le coaching, en devenant assistant dans le staff de son père à Wisconsin, puis à Washington State, où il décrochera finalement son premier poste de head coach.

Mais alors qu’est ce que cette fameuse pack line defense ?

C’est un système défensif, qui, si l’on doit simplifier, a pour but de fermer complètement l’accès à au panier, en créant une forte densité dans la raquette, qui permet tantôt de la verrouiller complètement, pour forcer un tir extérieur, ou tantôt d’attirer l’adversaire dans cette densité pour forcer la perte de balle. Ce système, expliqué dans d’innombrables guides et autres vidéos, requiert une activité et une coordination très importante de la part des cinq défenseurs, et si son efficacité n’est plus à prouver, le mettre en place n’est pas une mince affaire.

Si ce système a fait ses preuves, avec une moyenne de 27 victoires par an sur les cinq dernières saisons en étant toujours premier ou second du classement des meilleures défenses (aux points encaissés), et des titres de champions de l’ACC en 2014 et en 2015, il ne semble pas attirer les meilleurs prospects, certains considérant que jouer dans un cadre si défensif pourrait nuire à leur « Draft stock ». Pourtant, avec Joe Harris, Justin Anderson, Malcolm Brogdon et London Perrantes, il y a actuellement quatre joueurs formés par Bennett dans des rosters NBA.

Perrantes et Brogdon, justement, ont été les leaders de cette équipe pendant plusieurs saisons et lui ont permis de dominer l’ACC. Sans être des stars absolues, ces deux joueurs ont prouvé leur valeur et gagné le respect de leur pairs. Brogdon sera élu deux fois meilleur défenseur de l’ACC, et même joueur de l’année dans la prestigieuse conférence, avec aussi une présence dans le premier 5 national, la All-American First Team, après avoir fait partie, un an avant, du second 5 national. Perrantes n’a pas récolté autant de récompenses individuelles, mais il a tout de même terminé avec 138 matchs disputés sous le maillot des Cavaliers, un record. Il est aujourd’hui sous contrat avec d’autres Cavaliers, ceux de Cleveland, en NBA.

Quand Malcolm Brogdon quitte le programme en fin de cursus, il laisse les clés de l’équipe à London Perrantes et à un effectif encore très compétent, mais quand la saison 2016-2017 se termine, des interrogations apparaissent. Car le départ de Perrantes, en fin de cursus à son tour, et de trois joueurs de rotation, qui demandent leur transfert en fin de saison, a un peu semé le doute auprès de certains observateurs, à tel point que Virginia commence la saison 2017-2018 hors du premier Top 25, et est pronostiqué 6ème dans l’ACC par les médias qui couvrent la conférence.

Virginia n’est pas une fac de « blue-bloods », elle n’attire pas les stars, mais Brogdon et Perrantes s’étaient attribués le statut de star universitaire avec leurs performances. Dans l’effectif actuel, aucun nom ronflant, même si le sophomore Kyle Guy était un McDonald’s All-American, une recrue 5 étoiles, et le Mr. Basketball de l’Indiana en 2016, le meilleur lycéen de l’Etat donc, l’un des plus compétitifs des Etats-Unis. Il est avec le senior Devon Hall, l’un des deux seuls joueurs de l’équipe à dépasser les 10 points par match. Virginia est une équipe de « talents sous-estimés », et leur talent, c’est de prendre les bons tirs, de faire les bonnes passes, pour reprendre les mots de l’arrière sophomore Ty Jerome.

Une véritable équipe, dans laquelle on ne se soucie pas de qui fait des stats, de qui prend les gros tirs. Face à Duke, c’est justement Ty Jerome qui prend et inscrit le tir assassin qui scelle quasiment le destin de la rencontre, dans la dernière minute du match. En allant gagner au Cameron Indoor Stadium pour la première fois depuis 1995, les Cavaliers ont prouvé, s’il le fallait, qu’ils étaient à prendre au sérieux, et qu’ils étaient un véritable candidat au Final Four, qu’ils avaient loupé de peu en 2016.

Avec seulement 52,1 points concédés par match, la défense des Cavaliers semble à son apogée, à l’image du match face à Clemson quelques jours plus tôt, une équipe rankée (classée #18 le soir du match). Les Tigers commencent plutôt bien leur match, en menant 23 à 16 après 15 minutes de jeu. Avant d’encaisser un terrible run lors des 15 suivantes, avec un cinglant 27-4. Clemson termine le match à 36 points, sa marque la plus basse depuis 1999, et l’équipe perd plus de ballons qu’elle n’inscrit de paniers, avec un total de 19 ballons perdus. Seulement 13 points inscrits en deuxième mi-temps, Virginia a donc, encore une fois, affamé l’attaque adverse.

Les « Hoos » ne sont peut être pas l’équipe la plus sexy du pays, elle embête beaucoup de monde par son style de jeu dur en défense et surtout lent en attaque, mais chaque joueur « sait ce qu’il est » dans cette équipe. Savoir ce qu’ils sont, c’est presque la devise de cette équipe. C’est cette mentalité, et cette dureté, et cette lenteur (qu’on qualifiera plutôt de contrôle), qui permettront peut être à Virginia de retrouver le Final Four pour la première fois depuis 1984, et même d’aller chercher le premier titre national de l’histoire du programme.