Alors que la fin de la saison NCAA se rapproche petit à petit, les matchs disputés nous en montrent plus sur les futurs prospects pour lesquels les GM se battront en juin prochain. Contrairement à l’an passé, cette draft est bien moins servie au poste de meneur. Tout le monde a déjà entendu parler de près ou de loin de Trae Young et Collin Sexton, les deux meilleurs meneurs de la cuvée 2018. Les fans de NCAA savent également qu’il y a d’autres meneurs plus sous-estimés mais tout autant intéressants, on pense notamment à Trevon Duval, Khyri Thomas, ou encore Landry Shamet. Mais pour ce report, focus sur le meneur des Wildcats de Kentucky, Shai Gilgeous-Alexander.

Le meneur originaire de Toronto surprend et il déjoue les pronostics. Alors qu’on attendait surtout Kevin Knox et Hamidou Diallo, deux recrues cinq étoiles, ces derniers déçoivent et c’est bien le canadien qui en profite. Lui, la recrue quatre étoiles, impressionne les observateurs ces derniers temps car c’est lui qui maintient le bateau Kentucky à flot, du moins il essaye. Parce que le moins que l’on puisse dire c’est que l’équipe de John Calipari est très décevante, en témoigne leur septième place dans la SEC avec un bilan de conférence de 6 victoires pour 6 défaites.

L’année 2018 a parfaitement débuté pour Gilgeous-Alexander, depuis le 9 janvier et la blessure de Quade Green, Shai a été propulsé dans le cinq majeur et il ne l’a pas quitté depuis. Il reste sur dix titularisations et Calipari a décidé de le laisser en place malgré le retour de Green. C’est la preuve qu’il a répondu présent, et il a marqué les esprits face à Vanderbilt en scorant 30 points sur la défense des Commodores, son career high.

En début de saison, Shai était mentionné en fin de premier tour, voire au second tour, mais à la suite de ses récentes performances il se pose de plus en plus comme un probable candidat au top 20 de la prochaine draft, devant son coéquipier Hamidou Diallo.

Pour vous décrire brièvement Shai Gilgeous-Alexander, c’est un combo-guard athlétique, très grand pour un meneur (1m98) qui aura 20 ans le 12 juillet.

Vision de jeu / Playmaking

Tout d’abord, attardons nous sur ses qualités de meneur pur, autrement dit sa capacité à mener le jeu et créer pour ses coéquipiers. Cette saison, Shai a montré de très bonnes choses quand il s’agissait de gérer le rythme offensif de son équipe, il sait parfaitement quand il faut accélérer ou ralentir le jeu.

Son coach a la possibilité de le faire évoluer au poste 2, voire même au poste 3, mais c’est bien le poste de meneur qu’il apprécie le plus et auquel il est le plus performant. Mais bien qu’il soit très bon pour gérer le rythme de son équipe, il a montré quelques limites à lire le jeu et les espaces dans les défenses adverses. On a pu remarquer qu’il n’était pas doté d’un très fort instinct de passeur. Il réussit très bien à ressortir le ballon vers un coéquipier ouvert quand il concentre l’attention de la défense sur lui en pénétration. Il profite également de son avantage physique pour faire des passes par-dessus son vis-à-vis, notamment sur pick and roll, système qu’il maîtrise très bien ou pour envoyer ses coéquipiers au alley-oop. Il est aussi capable de réaliser des passes intéressantes et bien senties mais ça n’arrive que trop rarement pour en faire un vrai passeur, cette passe pour Killeya-Jones est un exemple parfait de ce qu’il est capable de proposer à la création.

En plus de cela, son ratio passes décisives/pertes de balle est loin d’être flamboyant (1,67), et le plus inquiétant c’est qu’il est trop fréquent de le voir perdre la balle en faisant une passe totalement foirée. Son ast% n’est pas exceptionnel, seulement un quart de ses possessions se terminent par une assist et 18,8% aboutissent à une perte de balle. En comparaison avec les meneurs cités en introduction, Trevon Duval et Landry Shamet ont un ast% à plus de 30%.

Concernant son handle, le meneur de Kentucky possède une bonne maîtrise de son dribble et il n’a pas forcément besoin d’un écran pour se défaire de son vis-à-vis. Il est encore à développer mais son handle est déjà fort intéressant. On le voit par exemple sur cette action face à LSU sur laquelle Shai se défait de son vis-à-vis pour terminer facilement près de l’arceau.

Ou encore sur cette action face à Texas A&M où il échappe à deux défenseurs grâce à son dribble.

Le tableau décris ci-dessus n’est pas forcément flatteur mais il faut rester mesuré, l’attaque des Wildcats n’est pas vraiment la plus fluide et le ballon ne tourne pas super bien (dernière équipe de la SEC en termes d’assists par match). De plus, avec un peu plus d’expérience et dans une organisation bien cadrée il est fort probable que le jeune canadien développe son jeu et sa lucidité offensive.

Tir / Pénétration

Penchons-nous désormais sur son niveau au scoring. Ce qui saute en premier aux yeux quand on assiste à un match de Kentucky, c’est la facilité avec laquelle Gilgeous-Alexander arrive à se rendre sur la ligne des lancers-francs. Sur les 11 derniers matchs il s’y rend plus de 4 fois par match et il en convertit plus de 80%. En fait, il est très difficile à contenir quand il rentre dans la raquette.

Shai est un redoutable joueur en pénétration, malgré un léger manque d’explosivité, sa rapidité et sa technique lui permettent de se défaire facilement de son vis-à-vis pour attaquer le panier. Ses qualités de finisseur il les doit également à son physique et son agressivité contagieuse. De plus, il ne fuit pas les contacts et il arrive souvent à obtenir des and ones grâce à des mouvements peu académiques qui lui permettent malgré tout de marquer. S’il se renforce bien comme il faut physiquement et qu’il améliore son floater, il sera très difficile de le contenir quand il attaquera le panier.

Concernant son shoot, Shai n’est pas vraiment considéré comme un bon shooter, néanmoins il a le potentiel pour devenir une menace potable à 3 points dans les années à venir si le travail est là. Sa très bonne réussite aux lancers et sa mécanique, pas trop mal même s’il est lent à dégainer, sont de bon espoir. Mais pour y arriver il devra shooter et encore shooter à l’entrainement pour que ce geste devienne naturel.

En fait, il est très bon quand il s’agit de planter du parking quand il est ouvert (comme ci-dessus face à Vanderbilt) mais la mission devient très compliquée quand il y a un défenseur devant lui. De un on ne le voit pas beaucoup en tenter avec un défenseur sur lui car il sait qu’il aura forcément plus de réussite en drivant, et de deux quand bien même il le tente, il est très rare que son tir termine son chemin dans le panier. En somme, il a quelques difficulté à se créer son tir dans le périmètre. Par contre, Shai possède un tir à mi-distance très intéressant, ainsi qu’un tir en sortie de dribble prometteur et déjà productif en NCAA.

Défense

S’il y a bien un compartiment du jeu dans lequel le canadien pourrait devenir très fort c’est la défense. Rien que du point de vue physique il possède toutes les qualités pour être un des meilleurs défenseurs sur son poste. S’il les utilise bien et qu’il fait de la défense un secteur important dans son jeu, il atteindra sans aucun doute un niveau redoutable. En effet, sa grande taille (1m98) pour un meneur et sa grande envergure lui permettent de contester les tirs aisément et de couper les lignes de passes adverses pour s’offrir des points faciles en contre-attaque. C’est le cas par exemple sur cette action face à LSU où malgré l’écran et un peu de retard sur son vis-à-vis il arrive quand même à le contrer.

Effectivement, en plus de ses longs bras, il a cet instinct et ce timing pour couper les lignes de passe quand il le faut. Sa taille lui permet également de défendre sur des arrières voire carrément des ailiers. De plus, c’est un excellent défenseur sur les situations de pick and roll sur lesquelles il ne va pas rechigner à switcher et défendre sur les intérieurs adverses. En NCAA il a parfois du mal car le désavantage physique est parfois insurmontable, mais en gagnant de la force il sera capable de défendre un minimum sur les intérieurs en NBA dans ces situations.

Concernant la défense en un-contre-un, il a montré qu’il pouvait assurer dans ce compartiment du jeu avec une bonne pression sur le porteur du ballon, des déplacements latéraux rapides et un positionnement du corps idéal.

Leadership

Pour finir, quelque chose a agréablement surpris les scouts, c’est son leadership sur le terrain. Shai n’hésite pas à parler à ses coéquipiers et à pousser ses coéquipiers à la performance. On en l’attendait pas vraiment dans cette partie du jeu mais force est de constater qu’il nous surprend de match en match.

Comparaison

Shai Gilgeous-Alexander nous rappelle un peu le profil de Frank Ntilikina, sélectionné en huitième position de la dernière draft par les New York Knicks. Les deux joueurs possèdent quelques similitudes bien que leurs profils ne soient pas identiques. On retrouve chez les deux jeunes meneurs un physique avantageux en défense avec de longs bras et une grande envergure, ils ont un peu le même profil en défense. En attaque, bien que Shai apparaisse plus agressif et moins habité par le sens de la passe, tous les deux maîtrisent mieux le drive que le shoot à 3 points, et Shai présente la même interrogation que Ntilikina l’an passé. Etant donné ses bases encourageantes est-il vraiment capable de devenir une menace crédible à 3 points ?

Shai Gilgeous-Alexander continue de grimper dans les mock drafts et dans le cœur des scouts, mais vaut-il le coup pour une équipe qui aura un choix dans le top 20 de la prochaine draft ? Son explosion n’est-elle pas due en partie à la faiblesse du reste du roster à Kentucky et des déceptions que représentent Knox et Diallo ? Pourra-t-il développer son shoot à 3 pts ? Autant de questions que les front offices se poseront le soir de la draft quand il s’agira de trancher et de sélectionner le canadien. A voir désormais ce que feront les Wildcats et leur meneur à la March Madness.