Mars 2016. Avec une huitième place dans leur conférence, la Big Ten, et la blessure de la star Caris LeVert, les Wolverines de Michigan sont en difficulté et risquent de manquer pour la deuxième année de suite le tournoi NCAA, la fameuse « March Madness ».

Le tournoi de conférence, qui a traditionnellement lieu début mars, faisant la jonction entre la fin de la saison régulière et les tournois de post-season (NCAA Tournament ou March Madness, NIT, CIT…) est toujours un moment et un lieu de formidables opportunités. Parce que le remporter est le seul moyen d’obtenir un ticket garanti pour faire partie des 68 qui formeront le tableau final de la « Big Dance », et parce qu’il offre une dernière opportunité aux « bubble teams », ces équipes dont le résumé de la saison les laisse en ballottage en vue d’une éventuelle sélection par le comité du tournoi NCAA, d’obtenir la ou les victoires marquantes pour finir de convaincre le comité de les choisir.

Avec leur seed #8, les Wolverines retrouvent en quarts de finale le seed #1, les Indiana Hoosiers, classés #10 au niveau national. Battre la meilleure équipe de la conférence n’est forcément pas une mince affaire, mais c’est le seul moyen de s’en tirer.

Après un match serré, Kameron Chatman reçoit le ballon, celui qui décidera de la saison des siens.

Mars 2017. Michigan se rend à nouveau au Big Ten tournament avec un seed #8 et toujours des incertitudes quand au sort que leur réservera cette fin de saison et ce tournoi de conférence.

Les difficultés connues sur le court ne sont rien comparées à celles que les Wolverines vont connaître le 8 mars. Ce soir là, l’Etat du Michigan est frappé par de fortes rafales de vent, et l’avion au départ du Willow Run Airport à destination de Washington D.C. ne peut décoller. Pire encore, les intempéries le font sortir de piste et causent d’importants dommage à l’appareil. Les 109 passagers de l’avion, dont les membres de l’équipe de basket, sont sains et sauf mais ont bien connu la frayeur de leur vie.

Plus qu’une péripétie, il va s’agir d’un réel tournant. Après un nouveau décollage le lendemain, réussi cette fois, John Beilein et ses hommes arrivent finalement dans la capitale fédérale. Tout le monde est là, tout va bien. Ah non, il manque les jeux de maillots, perdus dans le mini-crash du premier avion…

C’est en tenue d’entrainement que Michigan affronte et vient à bout d’Illinois dans un premier temps, avant de jouer contre Purdue, et de réussir, comme un an plutôt à sortir le seed #1 du tournoi, en prolongation, avec un DJ Wilson de gala, qui explose au meilleur des moments. Face à Minnesota, le meneur senior Derrick Walton et l’allemand Moritz Wagner prennent le jeu à leur compte et offrent une nouvelle victoire, la 3ème en 3 jours, aux Wolverines, pour une place en finale du tournoi face à Wisconsin. Walton qui avait pourtant été le premier à vouloir abandonner ce tournoi après l’incident de Willow Run, va continuer son show et offrir la victoire aux siens à nouveau pour conclure cette fabuleuse semaine, une histoire comme on en voit habituellement qu’au cinéma.

Mais l’histoire de ces Wolverines ne s’arrête pas là, puisqu’ils vont encore remporter deux matchs de plus au Bankers Life Fieldhouse d’Indianapolis, en battant #10 Oklahoma State puis surtout #2 Louisville et ainsi rejoindre le « Sweet Sixteen » de la March Madness, où ils connaîtront finalement la défaite à Kansas City face aux Oregon Ducks.

C’est l’histoire d’une équipe, qui, plus que les autres, vit pour le mois de mars. Une équipe qui a perdu des éléments clés de la saison dernière avec Derrick Walton et Zak Irvin (fin de cursus) et DJ Wilson (Draft NBA) mais qui se repose sur une nouvelle ossature de joueurs déjà présents depuis une ou plusieurs saisons et qui ont vu leur rôle grandir, comme Moritz Wagner, par exemple.

A 20 ans, l’allemand a confirmé les attentes placée en lui cette saison, après avoir déjà été performant dans son année sophomore, et surtout, lors du dernier mois de mars. Mais l’adaptation et l’évolution de « Moe » n’a pas toujours été facile, lui qui aurait pu être qualifié de joueur « turbulent » à son arrivée, toujours plein d’envie, mais souvent dépassé par ses émotions sur le terrain. Au bout de sa troisième saison à Michigan, Wagner est un joueur différent de celui qui était arrivé de l’Alba Berlin. Un vilain coup pris dans la raquette adverse ne le perturbe plus, les provocations du public ne le font plus sortir de son match. Wagner joue toujours avec passion, ses moments d’extase sur le court après un gros tir réussi, ou une lutte pour récupérer un ballon au sol, ne sont pas rares, mais ces émotions sont maintenant contrôlées.

Un luxe pour John Beilein, qui peut sereinement en faire son go-to-guy, car Wagner dispose d’un talent offensif rare, une mobilité et un shoot soyeux pour un grand gaillard de 2m10, un profil qui rappelle un autre jeune prodige européen, le finlandais Lauri Markkanen, ou tout simplement son illustre compatriote, la légende Dirk Nowitzki, auquel il semble destiné à succéder en équipe nationale.

Michigan est aussi porté par l’alter-ego de Moe Wagner, l’arrière Muhammad-Ali Abdur-Rackman. Très peu d’exubérance pour ce joueur originaire de Pennsylvanie, au contraire, il ne dégage que peu d’émotions sur le court, comme lorsqu’il inscrit, avec calme et froideur, deux lancers décisifs à moins de deux secondes de la sirène pour battre Maryland d’un point.

Mais « MAAR » est beaucoup trop clutch pour parfois ne pas cacher ses émotions dans les grands moments, comme lorsqu’il inscrit le panier avec la faute pour sceller la victoire des siens face à Minnesota.

Sans avoir le talent de Wagner ou les qualités athlétiques de Charles Matthews, Abdur-Rackman est devenu un rouage essentiel de cette équipe, il en est l’homme à tout faire, jouant juste tous les soirs, capable de suppléer son meneur balle en main, mais aussi de prendre feu à trois points, avec ces dernières semaines deux matchs à six tirs réussis derrière l’arc.

Mars donne l’occasion à certains de confirmer, à d’autres de se révéler. C’est peut être l’heure de Jordan Poole. Car tandis que Charles Matthews, le sophomore transféré de Kentucky, connait une très mauvaise phase dans sa saison, après avoir pourtant commencé fort, le freshman Poole est lui en train de monter en puissance ces derniers jours, avec plus de 13 points de moyenne sur les trois derniers matchs et un brillant 9 sur 12 à trois points.

John Beilein est un excellent tacticien, mais c’est aussi un formateur hors-pair. Après 10 ans à Ann Arbor, sa capacité à tirer le meilleur de ses joueurs n’est plus à prouver, et Poole est le dernier joyau confié au coach de 65 ans. Il n’y aura aucune précipitation dans le processus, mais la lumière de projecteurs, à commencer par celles du Madison Square Garden, cette semaine, où se déroule cette année le Big Ten tournament, pourrait encore une fois stimuler un Wolverine et le lancer vers une March Madness de folie.

Avec une place solide dans le Top 25 national et un bilan de 24 victoires pour 7 défaites, Michigan peut cette fois aborder ce mois de mars avec beaucoup de certitudes. Mais dans cette période que le groupe affectionne tant, il faudra être prudent. La saison nous a déjà livré son lot de surprises, avec notamment une quantité record d’upsets au cours de la saison régulière. L’hypothèse d’un bracket parfait, celui pour lequel Warren Buffet est prêt à offrir un milliard de dollars, ou même 1 million de dollars par an à vie à son employé qui aurait tout juste pour le Sweet Sixteen (un sans faute pour les deux premiers tours donc), semble donc plus utopique que jamais, et pour Michigan, il s’agira de garder le rôle du surprenant plutôt que celui du surpris, jamais évident dans la folie de mars.