Historique d’une saison en dent de scie

Il y a quelques temps, j’ai voulu montrer en quoi le retour de Paul Millsap m’inquiétait dans cette course aux Playoffs. J’ai alors entrepris, de rassembler des statistiques prouvant que l’équipe était moins efficace avec lui que sans. Cette recherche s’est avérée un échec critique. La raison était simple, selon moi. Comme je le précisais en début de saison, j’étais inquiet pour les Nuggets, et pour cause, en dépit d’un calendrier très favorable, l’équipe peinait à en tirer pleinement profit. Malgré tout, si la franchise affichait une belle place à l’Ouest lors de sa blessure, en novembre, elle était bien meilleure avant le All-Star Game, que lorsqu’elle trônait 3eme de conférence 3 mois plus tôt.

Les Nuggets en début de saison

On avait quitté Denver en avril 2017 avec un jeu résoluement offensif. Parmis les meilleures équipes de la ligue post-janvier lorsqu’il s’agissait de planter, les Nuggets étaient en revanche médiocres en défense, dans un jeu qui tournait essentiellement autour de leur pivot, Nikola Jokic. Friables mentalement, ils avaient finalement manqué les Playoffs au profit des Trail Blazers.

Sauf qu’à la reprise, avec pour seule addition majeure Paul Millsap, la franchise a affiché un jeu complètement différent. Très accrocheurs en défense, ils profitaient d’un excellent travail de coordination de l’ailier fort pour maintenir des adversaires (souvent faibles), et assoir un nouvel élan. Le travail effectué par Millsap semblait également séduire le reste de l’équipe, qui montrait également les crocs individuellement et collectivement pour se mettre à niveau.

Ce changement aurait eu de quoi enthousiasmer, si le collectif n’avait pas sombré de l’autre côté du terrain. Opposé à des formations faibles, elle arrivait à faire la différence grâce à ces nouveaux progrés défensifs, mais, pour autant, le spectacle affiché était déprimant. Fini le jeu autour de Jokic à base de coupes, l’équipe chutait, et l’intégration de Paul Millsap offensivement laissait également à désirer. Pour ne rien arranger, Wilson Chandler produisait un travail offensif absoluement désastreux.

Durant la blessure

Lorsque Paul Millsap s’est blessé, l’équipe a engrangé des victoires, en conservant un style de jeu semblable. Néanmoins, l’effet rebond a peu duré, et les Nuggets ont commencé à sombrer. D’une part car il manquait un talent, d’autre part car peu à peu, les acquis défensifs de ce début de saison allaient disparaître.

Heureusement, l’équipe a connu un sursaut venu du trident Murray-Harris-Jokic, revenu dans leurs rôles offensifs. Mais aussi un réveil progressif de certaines figures, Wilson Chandler et Will Barton en tête. Enfin, il faut noter l’arrivée en trombe de Trey Lyles, qui responsabilisé, à énormément contribué offensivement pour Denver.

Millsap de retour, Jokic dans le mal

Depuis le retour de Millsap, post All-Star Game, les Nuggets affichent un bilan de 2 victoires pour 1 défaite (les Cavs ont pris leur revanche depuis ce passage, donc 2-2). Là encore, on serait tenté de dire que l’échantillon est trop faible et que ce n’est pas bien grave. Mieux, que la situation est tout à fait correcte, n’est-ce pas ?

Non. Déjà parce que la première victoire est obtenue face à des Grizzlies en pleine mission tanking et ce dans la douleur. La seconde victoire, face à Cleveland aurait presque eu de quoi rassurer si l’équipe n’avait pas surfé sur une adresse à 3pts ahurissante. Enfin, l’équipe a perdu hier soir (au moment où j’écris), face à une autre équipe de bas de tableau, sans la manière. Autre équipe en train d’engranger volontairement les défaites, les Mavericks ont certes eux aussi bénéficié d’une adresse à 3pts rare (55%), mais aucune révolte n’est apparue côté Denver, et aucun effort n’a été fait pour stopper les mains chaudes des Mavs derrière la ligne primée.

Bref, c’est pas glorieux, et un élément me fait particulièrement peur, c’est qu’on retrouve une équipe qui manque de circulation en attaque, d’une part – mais qu’en plus, la relation Millsap/Jokic en attaque semble plomber le pivot, qui retrouve ses mauvaises habitudes de début de saison.

Déjà, le jeu passe beaucoup moins par ce dernier, lui qui est l’un de ses principaux animateurs. Ensuite, il ne prend, à nouveau, presque plus aucun tir (il a inversé la tendance dans le second match face aux Cavs, pourvu que ça dure). Avec les mêmes travers que cela a engendré pendant une bonne partie de l’exercice en cours. Il en résulte, en l’absence de meneurs de métiers, et du manque de coupe qui ont fait la particularité des Nuggets, une jeu complètement statique. Problème, lorsque les individualités ne font pas la différence, on arrive à des défaites qui font peur, alors que d’ici 3 matchs, le calendrier des Nuggets va vite se compliquer.

D’ailleurs, le comportement du Joker a quelque chose d’autre d’inquiétant. Aussitôt son coéquipier de retour, il reprend une sorte de position indolente, redevient avare sur les efforts. Hier (face aux Mavericks, donc), on a  vu Mike Malone le mettre sur le banc tout le dernier quart temps. A tel point qu’on en vient à douter de la relation entre les 2 joueurs. Si c’était une simple forme d’inhibition, j’aurai tendance à l’imaginer au moins combattif, quitte à refuser des tirs ou avoir tendance à trop d’extra-passes. Mais présentement, en plus des responsabilités offensives déclinées, le joueur apparaît extrêmement nonchalant. Une attitude qu’il avait finit par éradiquer en cours de saison, revenue au galop dès le retour de l’ailier fort.

Pour sûr, voir Jokic s’agiter balle en main pour faire des passes ne mènera pas Denver en Playoffs, et sa faculté à scorer sera nécessaire.

Retour sans les avantages…

En outre, si Millsap est revenu, la défense, elle, n’a pas retrouvé ses réflexes. On retrouve les mêmes erreurs qu’on pouvait tolérer quand l’attaque faisait la différence, sauf qu’un simple écran arrive à totalement destabiliser les extérieurs, les aides ne viennent pas correctement, et on retrouve régulièrement les joueurs en difficulté, avec des matchs-ups désavantageux, la faute à une tendance à switcher trop fréquemment.

Loin d’aider, Mike Malone continue de décevoir dans ses positions et ses choix. Prêts à provoquer ses joueurs en pestant face aux médias, il affiche toujours des choix tactiques d’une terrible pauvreté, et semble prêt à replonger dans un schéma offensif qui n’a pas satisfait en début de saison.

Un flingue sur la tempe

En écrivant ce constat, en parlant de l’entente Millsap/Jokic, une autre vérité m’est apparue soudainement. Celle qu’en fait, si l’entente entre Jokic et Millsap peut inquiéter, le problème est en fait ailleurs.

Si la franchise de Denver était une personne, aujourd’hui, je l’imagine avec un flingue la tempe. Une balle dans le barillé. Si le leader sur le terrain, et le coach en chef trouvent une entente, elle peut se lever et partir pour jouer les Playoffs. Si aucun ne lâche du lest, alors on appuie sur la gâchette et voit ses espoirs partir en fumée.

Comme le souligne l’équipe de denverstiffs, le coach a souvent clâmé son amour pour sa jeune star, mais dévie souvent du schéma offensif qui le met tant en valeur, au profit d’une attaque plus classique, et ô combien ininspiré. Encore et toujours, il revient avec son idée de jouer avec 2 intérieurs classqiues, et préfère leur laisser la création (tantôt Millsap, tantôt Plumlee). Résultat, avec des visions de jeu bien moindre, la balle ne circule… plus. Le manque de confiance en son franchise player, au profit notamment d’un Millsap venu jouer les lieutenants est problématique.

En outre, hier, il tacle le manque d’efforts de ses joueurs, ce qui peut se comprendre. Il choisit néanmoins de mettre en avant les exhortions de Millsap à défendre, lui qui a peu servi l’équipe cette saison (contre son gré, on en convient), tout en ayant puni Jamal Murray et Nikola Jokic. Problématique puisque, comme le précise encore les équipes de denverstiffs, son pédigré en tant coach défensif est un échec, et qu’il force ses joueurs à retourner dans un schéma en attaque qui ne correspond pas à leurs talents.

Le problème, c’est qu’il faut se souvenir de la promesse qui venait avec l’arrivée de Mike Malone. Un coach défensif, qui devait construire une identité qui n’avait pas trôné sous l’ère George Karl. Un coach rigoureux avec une main sur le vestiaire, un aspect qui n’avait pas existé durant le passage de Brian Shaw. Sauf que depuis son arrivée, les Nuggets oscillent entre 23eme et 29eme défense de la ligue.

A ce titre, Paul Millsap représente l’idéologie de jeu que veut développer son coach. Un jeu rugueux et discipliné. Vous reconnaissez son franchise player de 22 ans  dans cette desciption ?

On est bien d’accord, le doigt sur la détente exerce une pression supplémentaire et angoissante.

De l’autre côté, la franchise est en état d’urgence et on aimerait voir tout le vestiaire jouer à 120%. En tant que FP, on attend de Nikola Jokic de tout donner pour l’équipe, d’être prêt à se sacrifier. Il paraît loin le temps, où il était prêt à sortir du banc pour aider ses coéquipiers à trouver des solutions, pour l’équipe. Depuis, il s’est imposé comme le leader et attend que la franchise joue autour de lui. C’est à la fois légitime et problématique à un moment où chaque match compte. Dans ce contexte, le voir nonchalement refuser ses responsabilités à la moindre frustration, car contrarié du choix (certes peu avisé) de son coach, a tendance à irriter.

S’il est capable de génie en attaque, il ne semble pas accepter la vision de jeu de Mike Malone. Ce dernier ne veut certainement pas juste faire ses premiers Playoffs, il veut que son équipe soit prête pour y tenir bond. Ce qui ne sera jamais le cas avec si peu de discipline défensive. Mais dans le même temps, ce duel est en train de priver les jeunes joueurs d’une expérience susceptible de déclencher une prise de conscience. Pire, il frustre des joueurs et prend le risque de créer un fossé entre sa jeune garde et lui-même.

Si les deux hommes semblent humainement s’apprécier, ils évoluent avec des idées drastiquement opposées de comment l’équipe doit jouer. Il semble que pour terminer cet exercice à plein potentiel, un des deux va devoir accepter de mettre sa saison (voire son avenir en ce qui concerne Malone), entre les mains de l’autre. Un choix qui demande plus que de s’apprécier. La confiance est un autre stade dans une relation.

Reste à savoir, si Malone accepte de laisser les clés du jeu à son pivot, si les errances défensives ne vont pas coûter des victoires acquises. Quant à Jokic, s’il accepte, rien ne dit que Malone saura tirer son équipe offensivement, ni que les progrès défensifs ne suffisent. Bref, l’un a une vision, l’autre un talent unique, et si personne ne plie, les Nuggets rateront à nouveau les Playoffs.