Je me souviens être resté tard devant la télévision, pratiquement jusqu’à l’implosion rétinienne, pour regarder des matchs de NBA. Je me souviens avoir surkiffé la Guyane Française parce qu’il y avait un match par semaine en antenne nationale et, décalage horaire oblige, à une heure raisonnable. C’était en 1993 et j’ai appris l’existence des joueurs de NBA un an avant aux JO de Barcelone. Ce sport a traversé toute mon existence de spectateur mais aussi de joueur et probablement de coach prochainement. De toutes les passions que j’ai eu, il ne m’est resté que les jeux vidéos et le basket… Putain de sport merveilleux, c’est fou quand j’y repense.

Alors quand le 20 mars 2018, le commandant de bord de l’avion prend sa voix de robot pour annoncer au micro « Mesdames et Messieurs, bienvenus à bord du vol U5664 à destination de Cleveland via Washington… » il y a une infrabasse qui explose dans mon cerveau et pendant quelques instants je suis coupé du monde qui m’entoure et je commence à réaliser que ça y est, mon rêve de gosse va bientôt se réaliser.

Qui veut la paix, prépare la guerre

Oui c’est un peu ça. Malgré une bonne expérience des voyages à l’étranger, je n’ai jamais été confronté au fait d’être le « leader » de celui-ci. Mon pote Lio’, n’a pas des masses voyagé et son niveau d’anglais est tel que si vous lui demandez « How are you? » il y a des chances qu’il vous réponde «42 please» . On part donc à 7000km de nos maisons et mon premier réflexe est d’être préparé à fond pour éviter les galères une fois sur place.

Dans un premier temps, je vois une annonce pour un voyage à Cleveland avec des places pour le match des Sixers et des Nets via une agence qui fait dans le package « sport US ». Je me vois déjà papoter avec Embiid en bord de terrain, trop content qu’il sera de rencontrer deux gars qui parlent français. Ouais un rêve de gosse, ça se fantasme comme un gosse. Finalement l’agence annule faute de réservation, s’y étant pris assez tard pour l’annoncer et en poussant moins de pub que pour d’autres destinations. Mon cœur se brise, mon esprit se déforme mais mon bon sens et ma détermination reviennent au galop et me soufflent à l’oreille « Qu’est ce que tu t’en fous? Tu sais pas passer par un autre moyen ? ».

Au final, on cherche souvent des solutions toutes faites via agence de voyage mais ce qu’elles ne font pas dans ce genre de pack est la chose la plus simple à faire : acheter des tickets pour les matchs.

Il se trouve que dans mes contacts, j’ai la maman d’une amie de mon fiston qui est agent de voyage! Bingo! J’envoie quelques messages pour voir ce qui est faisable niveau tarif et j’arrive avec un vol aller/retour avec une escale et 5 nuits dans un 3 étoiles à 700m de la salle pour 200€ de plus que le tour opérateur proposait… Il faut réaliser à ce moment là que c’est une bonne nouvelle puisque ce dernier bénéficie évidemment de tarif préférentiel, vu qu’il achète les places pour l’avion, hôtel et match en grande quantité et par conséquent moins cher, donc cette différence est tout à fait acceptable. Coût total 1500€ à la louche.

Là, tel un chef d’orchestre, je m’apprête à diriger un ensemble philharmonique de fenêtres Google. On ouvre le site de la NBA pour aller voir le calendrier. Bucks et Raptors qui se suivent! Aaaah merde je peux partir si tôt à cause du taf! Bon Raptors et Suns juste après… Bon les Suns… Allez Booker et au pire match de gala! Je cale mes dates et je finalise avec l’agent. Je prend mes places via Flash Seat, je ne passe pas par le marché de l’occasion, en me disant « Qui veut la paix, prépare la guerre » , et de plus au moment de ma réservation, Toronto n’est pas 1er de conférence donc les prix ne flambent pas encore. Je prend des places dans l’anneau central center court – au 1er étage si vous préférez. Dans les sections C (on y reviendra) je paye les places… Wait, OH PUTAIN JE VIENS D’ACHETER DES PLACES POUR DES MATCHS NBA ET C’EST POUR MOI! C’est ça qui est bon aussi dans ce genre de trip, c’est que chaque étape est une explosion de joie intense parce que tu sais que tu vas kiffer.

Deux sinon rien

Oui, deux matchs et cassez un peu votre tirelire pour les places. Pourquoi? Parce que 7000km et un rêve vieux de 24 ans… Partez du principe que c’est peut-être la seule fois dans votre vie où vous pourrez le faire. Au pire ce sera vrai et vous n’aurez pas trop de regrets, et au mieux ben… vous kifferez à nouveau. Le premier match c’est… juste trop en fait. Trop tout ce que vous voulez, c’est trop énorme pour que votre cerveau et mémoire puissent correctement assimiler les souvenirs, c’est 2h30 qui passe en un claquement de doigt. Et prendre des places 1er étage me semblait être un minimum, simplement parce que les places dans les combles sont chères pour ce qu’on y voit, à part l’écran géant de la salle. Au final, la différence de prix n’est pas si catastrophique et l’expérience est toute autre.

Deux matchs aussi car quitte à partir au pays de l’Oncle Sam, autant prendre un peu de temps pour découvrir la fameuse American Way of Life et voir de près sa culture, ses habitudes, ses qualités et ses défauts. Même si pour le coup, Cleveland n’est pas une ville riche en choses à voir, c’est tout de même une ville non artificielle qui représente assez bien ce qu’est le fameux « Américain moyen ».

Brosse à dents, passeport, jersey, excitation : CHECK !

Je quitte la Belgique tôt, trèèèèèès tôt ce mardi 20 mars et pourtant avec mon poto on est tout réveillé. On se fait un dernier briefing avec un café Starbucks (histoire de se mettre dans l’ambiance) à l’aéroport de Bruxelles et il est l’heure de passer les fameux portiques de sécurité. Le garde fait un peu de zèle et vérifie par mégarde si j’ai pas oublié mon service trois pièces à la maison. Charmant. 8h30 dans un Boeing 777 plus tard, on atterrit à Washington et la tête dans le flou on arrive devant la douane US…

Alors comment vous résumer ? Imaginez la personne la plus désagréable du monde, au sommet de son art et qui fait vraiment tout ce qui est possible pour vous mettre mal à l’aise, et vous faire sentir indésirable dans son pays. Vous l’avez? Bien. C’est ce qui vous attend. Avec une voix robotique on enchaîne les questions dénuées d’émotion : « Why are you here? » – « NBA games » – « Sounds like fun« , voilà le max de connivence que nous avons partagé. Petite particularité quand vous transitez par un aéroport US, vous devez reprendre vos valises pour les remettre 10m plus loin sur un autre tapis roulant. Oui quand on ne le sait pas, ça peut devenir embarrassant et bien sûr, personne ne vous l’a dit. Mais « Qui veut la paix, prépare la guerre » : je le savais.

Pour les ricains, prendre des petits vols intérieurs, c’est comme prendre le train chez nous. Du coup, tout y est un peu identique. Plusieurs avions partent du même numéro de porte, les vols changent de porte, donc pensez à rester attentifs aux écrans et aux annonces. Bref, c’est aussi l’occasion de monter à bord d’avions plus petits et franchement quand on sort d’un gros Boeing pour un petit Canadair 700, on a l’impression qu’on monte dans un jouet et qu’à la moindre rafale le bestiau va se retourner. Au final, on sent un peu plus les trous d’air, mais ça reste correct.

L’avion amorce sa descente après une heure de vol et on aperçoit en contrebas les quartiers typiques des maisons résidentielles. En rectangle, en cercle, tout y passe au niveau de la forme globale et on note un soucis de symétrie assez fou vu du ciel. Des rangées de maisons identiques, où seul les couleurs des façades font la différence. Que ce soit une ou plusieurs, j’ai l’impression de regarder une boutique dans un jeu vidéo quand j’ai choisi mon t-shirt pour mon perso mais que je teste quand même toutes les couleurs. Atterrissage en douceur et il est temps de trouver un taxi et d’enfin converser avec l’autochtone et lui poser LA question : « Do you think LeBron will stay this summer? ». La réponse du chauffeur est sans appel « S’il gagne non, s’il perd oui », je secoue mes neurones et mon anglais mais non, j’avais bien compris en première intention. Du coup, j’enchaîne : « Where will he go if he leaves? », et là c’est le drame : « I think LA ! ». Consterné dans la voiture, moi qui pensait trouver une terre de basket avec des gens doués de raison, avec des avis pertinents, voilà que je me farci un équivalent de tweet de @LonzoBallMVP. Quand je lui assène « But he wants to win right? », le chauffeur rit et je me console en me disant que j’ai peut-être eu affaire à un troll sournoisement déguisé en taximan. Habile.

A l’ombre du Progreesive Field

Je quitte le Skip Bayless local pour regagner ma chambrée dans un hôtel qui ne paye pas de mine de l’extérieur mais qui se révélera être un excellent choix au bout de la semaine. Situé devant l’impressionnante antre des Cleveland Indians (MLB), il comprend tout le confort d’un 3 étoiles en Europe MAIS avec des lits king size pour une personne : le bonheur est parfois fait de si peu. On branche le PC, on se connecte sur le League Pass car un match va démarrer, et puisqu’on est aux heures US, on peut tout regarder en assumant complètement le lendemain matin.

Problème, le League Pass acheté en Belgique n’est pas valable aux States… Whuuuuuuut? De plus les matchs en antenne nationale sont accessibles 3h après la diffusion. MAIS DE QUI SE MOQUE-T-ON? Allez, on passe par un petit VPN (petit add-on de navigateur permettant à votre ordinateur de faire croire qu’il est dans un autre pays) et je retrouve mon League Pass noir-jaune-rouge avec matchs à volonté. Le soulagement est intense dans la piaule et la joyeuse danse du déballage de valoche peut commencer. Le lendemain, on va aller s’acheter un câble HDMi pour brancher le PC à la TV parce qu’on a une semaine d’overdose de basket à gérer alors autant être prêts ! Mes yeux piquent, 23h30, je rend les armes, c’est l’heure de la nuit américaine.

Quelques heures plus tard je me réveille frais comme un gardon, problème il est 4h30 à Cleveland mais 9h30 chez nous… Pour une fois que je ne dois pas me lever pour emmener mes enfants quelque part et que je peux dormir, Dame Nature me tire du sommeil et a bien pris soin de laisser Lionel dormir profondément. Dans la nuit de l’hôtel, je déambule pour appréhender mon nouvel environnement temporaire.

9h et Lio’ décide de se lever avec le traditionnel « Ça va? T’as bien dormi? ». Mon regard noir annonce la couleur. On fait une descente sur le buffet du petit dej’ et l’occasion d’un premier contact avec les joies de la cuisine américaine. Comme je n’en suis pas à mon coup d’essai, je ramène une assiette raisonnable mais résolument chargée en glucides tandis que mon camarade a fait péter le menu 3 services boissons comprises. C’est que ce soir il y a match, il s’agirait de ne pas tomber en sous-alimentation. Requinqués, on prend les vestes pour affronter le 4° vent glacial local, les sacs à dos vide direction shopping en mode « Pretty Woman ».

Buy! Buy! Buy!

On commence par contourner l’immense Progressive Field pour tomber nez à nez avec la Quicken Loans Arena et se rendre compte que de l’extérieur… ben, c’est pas ouf. Sans le logo géant sur la façade on aurait du mal à savoir si c’est une salle de basket ou un bâtiment quelconque, mais la devanture du fan shop nous réchauffe le cœur, et on pousse la porte d’entrée plein d’enthousiasme. Dedans, c’est la caverne aux milles merveilles et on n’a même pas pris la peine de répondre au « Bonjour, vous allez bien? » du garde à l’entrée. Maillots, t-shirts, casquettes, mug, morceaux de parquet de l’année du sacre, décapsuleur, tête géante en carton, toutes les tailles, tous les designs, toutes les couleurs, tous les prix, impossible de ne pas vouloir acheter une dizaine d’articles. Quand vous êtes tout content de trouver un maillot d’un joueur que vous ne kiffez pas spécialement et d’une équipe que vous aimez moyen dans un magasin de sport en Europe, imaginez un temple dédié à votre culte. C’est ultime comme sensation. L’addition sera finalement de 175$ le premier jour pour un total de 300$ au cumul des autres jours. Nota bene : les maillots dans les fan shop ont les logos sponsors dont on ne voulait mais qui, soudain, se révèle être un indicateur du « j’y étais », qui fera son petit effet au retour. La nuit porte conseil « AAAAAACHEEEEETE » me soufflait-elle dans mon sommeil. Bref.

On poursuit la balade dans le centre commercial tout proche et Lio’ me dit « Mais c’est tout petit ! ». On prend un escalier et on découvre que 95% du mall s’étend sous l’avenue… Ok pardon, on s’est trompé. Encore une fois, des sneakers, des t-shirts, des casquettes, des jerseys dont un Hardwood Classics de Vince Carter époque Toronto, tout cela est bien compliqué à gérer et je me sens investi d’une quête de niveau 150 alors que je suis niveau 4 (Je vous ai dit que j’aimais les jeux vidéos?). Au bout du centre avec vue sur la Cuyahoga, un énorme open space de tables et de chaises cerné par une quinzaine d’enseignes de restauration rapide, l’heure de la pause-midi a sonné pour nos braves héros.

Retour à l’hôtel par la Prospect Avenue. On s’attardera sur la ville un autre jour.

Welcome to the Q

A quelques heures du match la pression monte doucement. Étant donné qu’il y a 5 heures de décalage, nos familles passent par la case Facetime avec le traditionnel « Alors, t’es prêt? » et franchement en répondant « Oui » mollement j’étais bien loin de la vérité.

Deux heures avant l’entre-deux, on enfile les maillots fraîchement achetés au fan shop, les casquettes, on attrape le sac à dos et on se dirige chargés à bloc vers la Q Arena des Cavaliers. Je tremble comme une feuille en ouvrant mon appli Flash Seat pour scanner mes places, et en passant les grandes portes vitrées je me rend compte que quelque chose cloche. Personne n’a de sac à dos…

Quelques instants plus tard un garde de la sécurité me dit que je ne peux pas rentrer avec « Is it too big? » demande-je : « No, just no bag allowed in the arena ». MAIS POURQUOI TU LE METS PAS SUR LE SITE CA??? On m’explique vite fait que l’hôtel en face sert de consigne et que pour 10$ on peut laisser le sac pour la durée du match. Faux-départ, je viens de me faire passer la teub à l’eau froide alors que j’étais entrain de mentaliser tout ce qui se passait : « Voilà, j’ouvre la porte de la Q, je sors mon téléphone, je le montre au responsable des billets, je… » coupé dans mon élan pour une histoire de sac. Bon, aller-retour à l’hôtel expédié, ça y est on passe au scanner et on reçoit un joli coussin de voyage State Farm frappé du logo des Cavs et là, descente d’organe. Je viens de renter dans l’enceinte de LeBron James en me disant « Cool un petit coussin« , l’occasion de me rendre compte que je suis comme tout le monde : j’aime les petites choses gratuites.

Je me retourne vers mon pote et ensemble, on lâche un bon vieux : « Putain on y est! ».

Dans la travée circulaire qui entoure la salle, une foule de stand et de personnes fourmillent. Quand on sait qu’il y a 3 étages + 2 autres pour les parkings, on se dit que ça fait un sacré barnum. Nous sommes dans les sections C pour les 2 matchs, et avant de prendre l’ascenseur uniquement réservé à cette section (j’y reviendrai), on se dit que faire une petite balade et trouver de quoi se blinder l’estomac ne serait pas superflu. Il y a 28 enseignes représentées dans l’arène et un total de plus de 100 stands uniquement réservés à la boustifaille et à la boisson. Cheeseburger et Moutain Dew pour vos braves serviteurs.

Avant de rentrer dans le détail de notre visite à la Q Arena, laissez moi vous donner quelques facts et fun facts sur celle-ci.

Inaugurée le 17 octobre 1994 par un concert de Billy Joel, son chantier a débuté en avril 1992. Elle a été conjointement construite avec sa grande sœur du Progressive Field pour créer un espace dédié au sport qui réunissait pour la 1ère fois dans le pays plusieurs enceintes sportives l’une à côté de l’autre. Elle abrite les Cavs mais aussi une équipe d’AHL (American Hockey League), les Lake Erie Monsters (équipe de développement des Columbus Blue Jackets qui évoluent en NHL), une équipe d’AFL (Australian Football League) les Gladiators, ainsi que plusieurs tournois sportifs. Puisqu’on parlait de l’équipe de hockey, sachez qu’il faut 22h pour switcher entre le parquet des Cavaliers et la patinoire prête à l’emploi des Monsters contre 3 en sens inverse. Pour la partie chiffres, il faudrait 53 millions de balles de basket pour remplir la Q. Pour satisfaire les 2 millions de visiteurs qu’elle accueille par an, 60% des sièges se trouvent dans le lower bowl (en gros floor et 1er étage). Enfin, quand elle est remplie, vous êtes en présence de 20.561 personnes autre que vous. Voilà qui laisse rêveur.

Partout, on vous propose des petites activités gratuites sympa. On se prend en photo avec des répliques taille réelle de Hill, James et Love. On peut rencontrer les cheerleaders (coup de chaud, j’avoue) on se fait sa petite pancarte pour augmenter ses chances de passer sur l’écran géant,… mais à un moment donné je passe devant une ouverture qui mène directement aux gradins et là je vois un petit morceau de l’écran géant (oui, quand ça fait 17m sur 10, on en voit qu’un bout) et je bloque complet. Un peu comme quand vous allez rentrer dans une grande salle de concert ou autre et qu’avec une vision restreinte vous essayez de deviner la taille de la salle, la foule, l’ambiance globale. Bref, on ne tient plus, on prend l’ascenseur de la section C.

La Q a trois étages : le floor, le lower bowl et l’upper bowl. Dans le lower bowl, il existe une partie classique comprenant les baselines, tandis que l’autre est considérée comme « semi-VIP », dans le sens où c’est là que se trouve les loges. Un étage avec accès par ascenseurs uniquement réservés aux possesseurs de tickets C et un membre du personnel qui pousse le bouton pour toi (escalator pour les autres), des points nourritures et boissons avec des petits salons cosy, un accès direct du parking situé en face via une passerelle géante, de la moquette au sol (oui je sais c’est con mais partout ailleurs c’est du béton) et last but not least, des serveurs dans les gradins qui prennent vos commandes et vous ramènent ça sur des grands plateaux. En réservant mes places, je ne le savais pas et je ne m’en suis pas vraiment servi mais voir cet aspect-là m’a aussi fait comprendre le degré de service dispo dans une immense arène comme la Q. Chacun peut, en fonction de son budget, choisir son expérience de match et chaque détail est sujet à différencier une section d’une autre. Il y a une véritable volonté des organisateurs de faire sentir au visiteur que les 20$ de plus, ils se voient. Dans les suites, c’est à la limite de l’orgie romaine. Les gens peuvent venir jusqu’à 2h avant le match et repartir une heure après. Pendant ce temps-là, c’est ce que tu veux à volonté et les plateaux que l’on voit s’engouffrer font vraiment envie, ici c’est pas Flunch ou le buffet à volonté du Mexican Grill de chez toi.

Enfin le moment venu de montrer notre ticket et de découvrir la salle dans son entièreté… L’écran géant est tellement grand que j’ai l’impression de sentir les LED chauffés mon visage, les sièges sont encore assez vide mais on sent déjà que ce soir pour la venue du 1er de conférence ça va être bon. Si vous allez dans la salle d’une équipe que vous suivez régulièrement, vous allez repérer chaque petits détails : les commentateurs locaux qui sont déjà là (Austin Carr et Fred McLeod pour mon cas), les 2 animateurs des jeux et des temps-mort, les petits rituels (le talc de LeBron), tout ce que vous voyez sans apprécier mais qui prend une toute autre valeur simplement parce qu’il n’y a pas la barrière de l’écran devant vous.

Il est là, il fait ses petits layups de chauffe, le King. Se dire qu’on est 20m du gars qui nous fait veiller la nuit jusqu’à pas d’heure, il est juste en face de toi… Les lumières s’éteignent, la salle se lève, c’est l’heure du Star Sprangled Banner et on voit bien que les Américains y tiennent à leur hymne, tout le monde est debout et pas un bruit à part les habituels « Yeah! Whoooo! » sur le « O’er the land of the freeeeeeeeeeeee ».

From Saint Vincent, Saint Mary’s high school in Akron Ohio, number 23 : LeBrooooooon Jaaaaaaaaaames !!!

Une grande bâche a été posée sur le logo central du terrain pour permettre à l’intro des Cavs de se mettre en place. Encore une fois, c’est comme à la TV et pourtant c’est mille fois mieux parce que tu y es. Ahmaad Crump prend le micro et surchauffe la salle en introduisant les joueurs et quand c’est au tour de LBJ, l’hémicycle tremble de tout son long dans un grand rugissement.

Le match est assez décevant pour les Cavs, et les Raptors prennent le dessus rapidement, le public semble un peu sur la réserve malgré quelques bonnes séquences. En étant sur place, on apprécie aussi le jeu dans sa globalité et on voit certaines choses qu’on ne voit pas toujours chez soi simplement parce que la caméra et son angle suggère qu’on suive en permanence le ballon. Pourtant, je vais me rendre compte ce soir-là ce qu’on demande à LeBron en défense – et qui explique pourquoi les Cavaliers prennent tant de tir à 3 points ouverts dans la truffe – : c’est souvent l’homme que devait tenir James qui a le shoot (spoiler : on se garde ça pour une vidéo de coaching).

Au fur et à mesure que les Cavs refont leur retard la salle se réveille et elle va donner son plein potentiel sonore lorsque JR Smith plante derrière l’arc comme lui seul sait le faire pour revenir à moins un. Quelques instants plus tard, le King est au lancer-franc et des « MVP! MVP! MVP! » tonitruants me donnent une nouvelle fois l’occasion de tâter de l’ambiance des matchs tendus en PO.

Cleveland finit par remporter le match 132-129, il s’est passé quelque chose d’unique mais tout le monde semble être passé à côté de la performance de LeBron (35pts et + de 15 assists sans perdre un seul ballon). la sortie se fait de manière assez fluide vu le nombre de gens présent.

Back to reality

On sort d’un univers plein de show et d’opulence et on se fracasse contre le monde extérieur et ses nombreux SDF, musiciens et artistes de rue qui attendent à la sortie du stade un petit geste de générosité. Je me change en ATM machine le temps du trajet. Ce contraste représente assez bien l’idée première que je me fais de la ville (qui est au final assez proche d’une ville standard) où la pauvreté est au plus proche de gens aisés, riches dans certains cas. On va pas chanter « L’internationale » mais plus tôt dans la journée on avait déjà croisée plusieurs personnes visiblement dans le besoin au centre commercial, et j’ai l’habitude d’avoir vu cette classe sociale se faire chasser de ce genre d’endroit par des gars de la sécurité trop zélés. Là, on les laisse déambuler, mendier discrètement, aller dans les poubelles et du coup je me demande qui est le plus humain : vouloir les cacher en les virant ou les regardant pendant que tu t’enfiles un sandwich Subway sûrement 2 fois trop gros pour tes besoins réels.

Quelques jours plus tard, on se rendra compte qu’à la sortie de chaque bar de la ville il y a un sans abri qui récolte un peu de monnaie pour essayer de traverser la vie pendant que tu te pintes la tronche. Est-ce qu’il y a de quoi culpabiliser sur ce qu’on vient de vivre ou ce qu’on est en train de faire? Probablement. Est ce que ça doit changer l’avis qu’on se fait de l’expérience? Non. Est-ce que ça change la perception que j’ai des States? Définitivement, oui. On voit souvent défiler sur les réseaux sociaux les fameuses vidéos/photos/preuves des mecs qui font la manche et repartent en coupé Mercedes à la fin de la journée, mais là je vous assure qu’il n’y a pas de doute possible sur la profondeur de la misère dans laquelle certains sont empêtrés.

La ville se calme assez vite après le match, et vers 1h30 du matin, les bars commencent à faire sentir aux gens qu’il est temps de plier bagage. C’était mon 1er  match NBA et c’était… Ouais, je sais pas comment vous l’expliquez clairement et à sa juste mesure.

Where is Bryan?

Le lendemain, on s’attarde un peu plus sur la ville de Cleveland et franchement on dirait un open world période Playstation 2. Peu de voitures, peu de gens, peu de bruits. Des bâtiments fédéraux carrés immenses qui côtoient des petites églises en bois usées par le temps, Downtown CLE c’est déconcertant.

En cherchant les galeries commerçantes on voit sur Google « The arcade ». Bon c’est cool c’est pas loin… On rentre, et ça…

Dans un style victorien typique se voyant sur chaque détail, on a l’impression de visiter un plateau de tournage. On en est sûr, Jack et Rose vont venir tourner la scène post-générique de Titanic qui annonce le 2 (mais si, celui où il ressort de la mer pour affronter l’iceberg). Je suis un grand fan de perspective, et mon œil va aussi vite que l’obturation de mon Canon. Il faut que je prenne en photo ce bâtiment sous tous les angles possibles. Hallucinante découverte en plein centre ville. Sachez que c’est encore un hôtel et que les résidents ont leurs fenêtres qui donnent sur l’intérieur depuis le second étage.

On ne fera pas la visite du Rock’n’Roll Hall of Fame, ni du musée d’arts lors de notre séjour mais il semblerait que ça vaille vraiment la peine. Je vous le dis donc à titre informatif.

Le soir on se rend dans un Diner ricain typique avec cuisine ouverte, grand comptoir, banquette en vis-à-vis pour y manger le « meilleur burger de Cleveland » selon Google. En arrivant l’endroit semble pas super clean, mais on oublie les risques bactériologiques dès la première bouchée tellement c’est bon. Google avait dit vrai. L’estomac repu, on rentre à l’hôtel pour un plan à 3 avec le League Pass.

Booker moi stp

Jour de match contre les Suns. Évidemment ce n’est pas la même hype que contre Toronto mais la perspective de voir évoluer Devin Booker ne me dérange pas et de plus l’équipe enregistre les retours de blessures de Tristan Thompson, Rodney Hood et Larry Nance Jr. Seul Kyle Korver, touché par un deuil familial, manquera à mon tableau de chasse. En me rencardant sur le match, je vois que Booker est toujours questionable mais il se murmure qu’il pourrait jouer quelques minutes ce soir.

Pour ce second match, on est juste derrière le banc des Suns au 1er étage, on voit donc beaucoup mieux et en arrivant tôt au stade on peut même se placer au dessus du tunnel par où les Cavs entrent et sortent pour l’échauffement, l’occasion de sortir les iPhone et de prendre quelques photos/vidéos.

Devin est bien là, son shoot semble bien, quelques stepback, bon ça devrait le faire. Il est même en game decision time! Eeeeeet finalement non, il ne jouera pas pendant le calvaire de Phoenix.

Le jeu va à une vitesse folle et sans les défenses c’est encore plus agréable à regarder. Déjà devant mon écran c’est impressionnant mais en live c’est encore plus vrai. LeBron est d’une facilité écœurante, il semble à peine plier ses jambes pour décoller au dessus de la défense et la traverse comme si c’était une feuille de PQ mouillé.

Le match est fini et je remarque que plusieurs personnes descendent vers le parquet et vont prendre une photo WHAT???!!! J’attrape Lio’ par le bras et on teste la technique du « Si on voit un garde qui veut nous intercepter on fait une photo« . 5 photos plus tard, on est sur le bord du terrain. Seuls les détenteurs d’un billet floor peuvent y aller et j’ai beau expliquer qu’on vient de Belgique toussa toussa, rien à faire on ne passera pas, on ne posera même pas un pied sur le coin du parquet. Un poil déçu, mais pas abattu il est temps de profiter une dernière fois de la vision gigantesque de la Q… J’ai du James Blunt en tête pour cristalliser ce moment… Goodbye my lover, goodbye my friend qu’il disait…

Une chose m’aura fait comprendre que j’ai bien fait de demander à Lionel de m’accompagner durant ce voyage : la joie sur son visage. Un peu comme quand vous réussissez un truc super stylé mais que personne n’est là pour le voir. Voir l’euphorie sur la tête de l’autre vous renvoie à la vôtre directement et c’est aussi comme ça que vous percevez clairement que vous vivez quelque chose d’unique.

I have a dream turlututu chapeau pointu

En reprenant l’ascenseur de sortie, je me rend compte que la personne qui appuie sur le bouton, et a passé sa soirée et peut-être plus encore à monter et descendre en disant « Which floor? », est afro-américaine et sur le chemin du retour en parlant avec le copain, on se rend compte que sur la petite centaine de membres du « petit personnel » qu’on a croisé depuis notre arrivée, aucun n’était blanc : réceptionniste de nuit à l’hôtel, femme de chambre, serveur, taximan, femme d’ouvrage dans les toilettes publiques jusqu’à la dame de l’ascenseur, aucun blanc. Aucun. Toutes les communautés travaillent aux basses besognes de la ville et on a l’impression d’être dans un hôtel géant où tout la clientèle a l’épiderme monochrome. On est pas si différent en Europe et bizarrement, ça me frappe plus ici que chez moi. On comprend un peu mieux les discours sur les inégalités black and white des USA et le pourquoi des athlètes qui investissent de l’argent pour l’éducation au sein de leurs communautés en partant du principe que s’ils ne le font pas eux, personne ne le fera. Cet attachement identitaire a été renforcé, et l’est toujours, par la considération ras du bitume qu’on lui accorde.

Home sweet home

Les voyages ont aussi pour vertu de vous faire comprendre à quel point on aime son chez soi. Comme nos proches qui peuvent parfois sembler pénible sont en fait une source de bonheur dans notre vie alors quand l’heure du départ a sonné, je ne me suis senti dégoûté que par le long vol du retour qui m’attendait.

Ce passage par les États-Unis m’a beaucoup plu et a concrétisé un rêve d’enfant. La présence de mon pote et la bonne entente qu’il y a eu entre nous a encore plus contribué à rendre ce voyage exceptionnel. Le fait de voir mon équipe NBA, et mon GOAT (ballek’ de vos considérations bijoutières) a fini de poser le cerisier sur le sommet de mon cake et je peux rentrer serein d’avoir vu et fait tout ça.