Ce fut la surprise du chef de la saison dans le Texas. Si l’idée avait déjà été évoquée par les fans et que Dejounte Murray avait été amené à commencer les matchs avec succès lors des Playoffs 2017 suite à la blessure de Tony Parker, voir le français sortir du starting 5 en cours de saison a tout de même été un petit séisme. C’est dans le courant de la saison écoulée que la passation de pouvoir définitive entre TP et le frèle meneur s’est donc opérée. Ce changement inattendu n’était pas sans faire écho à la prise de pouvoir (bien plus rapide) de TP lors de son arrivée en NBA. Un adoubement à la mène de l’équipe qui laissait tout de même quelques réflexions en suspens. En effet, Murray apparaît comme un joueur beaucoup moins abouti que le français ne l’était : moins bon gestionnaire, moins bon finisseur, moins complet en attaque. Il est vrai que que TP n’était pas non plus un excellent shooteur, mais avait montré de rapide progrès à mi-distance, dans une NBA beaucoup moins tournée sur le shoot longue distance. A ce jour, Murray ne matche son aîné au même âge que sur le floater. A vrai dire, les seuls avantages qu’il possède réellement sur ce dernier ne sont autres que son envergure, ses possibilités défensives ainsi qu’une force bien venue lorsqu’il s’agit d’aller chercher des rebonds. Ces forces proviennent de sa dimension athlétique supérieure au français, qui bien que rapide ne possédait pas une telle taille au poste de meneur . Des atouts certes, mais pas nécessairement ceux que l’on attend généralement d’un meneur de jeu, du moins traditionnellement.

Néanmoins, ce pari apparaît bon à prendre dans la NBA actuelle où les postes sont en pleine (r)évolution et répond peut être aussi à des exigences auxquelles les Spurs ne peuvent se souscrire en interne.

Une NBA qui change

Dejounte Murray n’est clairement pas un grand gestionnaire à ce niveau de sa carrière. On pouvait effectivement se dire la même chose du Tony Parker de 19 ans, volontiers slasher et scoreur, mais son apprentissage était rapide et le potentiel apparu plus rapidement. L’autre problème, c’est que dans une NBA très portée sur le tir longue distance, Murray est très loin de développer un tir fiable. Ce qui le rend un petit peu anachronique, à l’heure où rare sont les extérieurs incapables de sanctionner de loin. Ses progrès sont notables, mais on est encore loin d’une solution fiable.

Néanmoins, les San Antonio Spurs sont prêts à tenter le pari, et il existe quelques raisons pour cela. Tout d’abord, là où la NBA s’est très longtemps appuyée sur l’utilisation d’un seul créateur qui organisait le jeu. Depuis maintenant quelques années, un véritable virage est en cours puisque de plus en plus de joueurs, peu importe leur taille, arrivent avec la faculté de devenir des créateurs de jeu. La NBA arrive à utiliser ce potentiel, puisqu’il est maintenant crucial d’avoir plusieurs joueurs à même d’attaquer une défense – et donc de créer pour eux-mêmes mais aussi pour les autres. C’est avec cet élément en tête que la titularisation du joueur prend un peu plus de sens. D’une part car cela permet cette saison de l’associer à Kyle Anderson – mais ce sera aussi l’occasion de le faire jouer avec Kawhi Leonard. Or nous avons vu l’an passé, que les Spurs avaient opéré un virage en donnant de plus en plus la balle à l’ailier en début de possession. Cela veut donc dire qu’à termes, on attend d’une part des progrès du joueur, mais aussi qu’il ne soit pas seul à la création. A priori, les Spurs devraient conserver Patty Mills et Tony Parker l’an prochain, ce qui permet aussi de les faire jouer aux côtés du sophomore, puisque tous ont désormais un tir longue distance. Y compris Manu Ginobili s’il venait à prolonger sa carrière. Posséder un jeune meneur capable de courrir permet aussi aux Spurs de pousser le jeu en attaque. Être capable de courrir en NBA est une force indispensable, et Tony Parker ne permet pas de profiter de certaines séquences de jeu rapide. Murrray, oui.

En outre, l’envergure a de plus en plus d’importance en NBA, surtout quand elle est associée à des qualités athlétiques. Or Dejounte Murray possède 2m08 d’envergure (soit 6cm de moins que LeBron James par exemple !), mais est en plus un bel athlète. Or à l’heure actuelle, et à fortiori cette année avec l’absence du MVP des finales, les Spurs manquent de qualités athlétiques. En revanche, si le meneur arrivait à s’installer à la mène solidement, il pourrait alors former une défense de fer avec Danny Green et Kawhi Leonard. Tous deux féroces défenseurs, l’envergure du duo Murray (2m08 on répète) Leonard (2m21 !) a de quoi faire pâlir les extérieurs adverses. Les Spurs ont une tradition défensive très marquée en NBA, et Murray permettrait d’assurer à long terme cet aspect du jeu.

Il restera ensuite à trouver l’équilibre offensif, la circulation de balle pour compenser un éventuel manque de spacing – qui pourrait ne même pas exister selon les choix que fera la franchise en termes d’évolution de son effectif. Justement, venons-y.

Une nécessite financière

C’est toujours un peu complexe de critiquer le gestion au poil de San Antonio, mais c’est pourtant ce que je vais faire. L’été dernier, les Spurs étaient encore en position, en retouchant leur effectif de signer un meneur titulaire de haut vol. Au hasard, nous pouvions penser à Chris Paul. Mais les choix réalisés depuis rendent désormais la nouvelle signature d’un gros free agent impossible. La franchise devait pouvoir compter sur 15M laissés libres par la fin de contrat de Tony Parker, mais ce cap space a d’ores-et-déjà été comblé par la prolongation de 3ans, dont 2 garanties, d’un Pau Gasol de 37 ans. Malgré tout le respect pour le front office des Spurs, le choix est assez douteux, et avant de prolonger TP, la franchise est déjà aux portes du cap space. Elle n’aura pas de marge financière avec des prolongations à effectuer, et potentiellement une paire Danny Green-Rudy Gay en recherche d’une augmentation.

Les Spurs ne pourront donc pas remodeler leur effectif à court terme, et il devient nécessaire de trouver du renfort en interne ! Or en ayant drafté le meneur, la franchise ne possède aucune autre option à bas prix que de compter sur lui. Étant donné qu’elle croit en son potentiel, ne pas continuer à tirer sur un Parker vieillissant, ou ne pas sortir Patty Mills de son rôle bien défini d’energizer apparaît comme le choix le plus logique.

Dans ces conditions, il y a fort à parier que la franchise aura alors à nouveaux les cartes en main à la fin de son contrat rookie à la fin de la saison 2020 – date où Kawhi Leonard arrivera en fin de contrat (sauf si Leonard opt-out avant, ce qui est probable). Bref, pas de renforts avant, minimum, l’été 2019.

Si le meneur n’est pas encore le joueur abouti que les fans voudraient, l’absence de réels enjeux cette saison pour la franchise en faisait la bonne année pour acquérir de l’expérience en tant que titulaire. L’objectif est de créer une base pour le futur autour du duo Murray – Leonard – tout en gardant la possibilité avec une bonne construction d’espérer briller en post-saison. Alors oui, le joueur n’est pas encore prêt, mais le potentiel existe pour maintenir une véritable forteresse à Fort Alamo, et perpétuer la tradition Spurs.