« Pour toi c’est qui le meilleur joueur de l’histoire ? ». On la connait tous cette question de comptoir, qui unit tout les fans de sports, qui donnent lieu à des débats enflammés plus ou moins intéressants, et la plupart du temps peu objectifs.

Ce qui détermine notre réponse, dans 100 pourcent des cas, ce sont les critères qui sont pour nous synonymes d’excellence. Certains avancent le nombre de bagues, d’autres la « clutchitude », d’autres l’impact au sein de son équipe, et certains au fond des sectes les plus obscures, se basant sur des critères que nul autre ne peuvent connaitre, nous placent le « White Mamba » comme évident numéro 1.

LeBron james est évidemment un de ceux qui reviennent dans les discussions, et celui-ci particulièrement déchaine les passions. Je mettrais de coté ses écarts de communication, qui ont pourtant un impact évident sur l’appréciation du personnage, y compris pour moi. Passons donc sur the decision, ou encore sur l’étrangeté de regarder le parrain 2 (qui nous conte l’histoire d’un des plus gros salaud de l’histoire du cinéma) pour décompresser avant un match. Concentrons nous sur le basket.

Qu’est ce qui fait de LeBron James une légende ?

Son physique bien évidemment, plus proche d’un Karl Malone que d’un extérieur, avec pourtant la vitesse d’un TP. Si, comme moi, certains d’entre vous ont déja joué contre des plus jeunes dans leur petits clubs respectifs, je pense simplement que c’est l’impression que doit avoir James tout les soirs. A tel point qu’il me semble parfois ennuyé, de savoir qu’en foncant dans le tas il ne pourra pas etre arrêté. James est un match up insolvable, il enfoncera votre extérieur capable de le tenir en vitesse, et débordera un intérieur puissant mais trop lent, et une fois qu’il a passé son épaule, il est plus intelligent de partir directement se placer en attaque et d’oublier. Ce physique divin est sans aucun doute sa qualité première, et bizarrement cela lui a été souvent reproché. Il serait incompréhensible de ne pas utilser cet atout dominateur pour ne pas écraser la concurrence afin de satisfaire les esthètes.

Car certes ne le nions pas, ce n’est pas beau. Voir James foncer dans le tas tel un TGV lancé à pleine vitesse (fait rare en ce moment), c’est moins agréable qu’un travail d’appuis d’Olajuwon. J’ai toujours eu l’impression qu’à force d’entendre ce reproche James s’était mis à l’intégrer, et essayait de varier son jeu pour montrer que il était capable de faire autre chose, car évidemment LeBron, ce n’est pas que du physique.

C’est aussi un shooteur extérieur très correct, capable de séries hallucinantes notamment à 3 points. On connait tous d’ailleurs sa spéciale à 3 points. Mais si, vous savez, ce 3 points à 45°, ou il dribble pour se mettre en rythme et ou on sait tous qu’il va se lever après un petit step back. Et souvent ca fait switch. C’est aussi un excellent joueur de post-up avec un très bon fade-away. Il dispose également d’un dribble très correct, avec quelques fulgurances mémorables. Ses qualités de passeur sont dignes des plus grand, il dispose d’une vision fabuleuse, et d’une capacité à faire des passes depuis tous les angles avec une facilité déconcertante. Ses passes en mouvement sont également précises et naturelles. Avec un physique pareil James est un excellent défenseur, quand il en a envie et quand il en a besoin, capables d’action de légendes. Bref en somme… Il n’a pas de faiblesses.

Je ne vais pas me placer dans ce débat qui existe entre James, Jordan, Abdul-Jabbar et les autres. La question qui me triture l’esprit est la suivante: qu’est ce que fait James d’unique? Qu’est ce que réalise James que l’on ne reverra pas?

Effectivement tout ses joueurs qu’on cite dans nos discussions de comptoir, ont cette chose de spéciale qu’on ne reverra sans doute jamais.

Abdul-Jabbar a son sky hook. Jordan des finitions au cercle surréalistes. Sur ce point pour ceux qui pensent que ses highlights représentent juste quelques actions où il réussit quelque chose d’anormal, allez sur YouTube prenez un match de saison régulière de Jordan au hasard, même pas le plus réussi, et appréciez, au moins une ou deux fois par match MJ finissait par un lay up incroyable. Magic Johnson avait lui, ses passes pleines de styles et de magie.

Alors James a son physique bien sur d’abord, mais la chose qui pour moi le caractérise et qui reste sans précédent, c’est son impact sur le jeu, et plus généralement sur son équipe entière. Jacques Monclar utilise souvent l’expression « usine à basket » pour caractériser certains joueurs, et c’est exactement celle que j’utiliserai pour caractériser James.

James est au four, au moulin, au pétrissage et à la caisse aussi. Il fait tout, crée tout, et tout dépend de lui. Le jeu, le basket dans son équipe naît et meurt avec lui, avec sa volonté ou son état de forme du soir. James crée du jeu à lui seul, parce qu’il est indéfendable, et il le sait très bien, cela lui permet de créer des décalages et son QI basket bien au dessus de la moyenne lui permet de profiter au maximum de cet avantage.

C’est peut etre de la que vient la relation de James avec ses coachs, de cette facilité à créer du basket dans la meillleure ligue du monde sans l’aide de personne et ce depuis qu’il a posé un pied en NBA. Depuis qu’il est arrivé, James à toujours été laissé libre, profitant de coachs, pas forcément spécialistes de système à rallonge, ou de jeu collectif à outrance, plus axés style 90’s, et simplement aussi pas dans les top coachs de la NBA. On parle ici de Paul silas, Mike Brown, Erik Spolestra, David Blatt, et donc Tyronn Lue. Aucun qui lors de leur périodes à la tete des Cavs ou du Heat, ne faisaient vraiment l’unanimité. Et le seul qui aurait apparament essayé de réellement diriger James, d’imposer ses idées, a fini par se faire virer. La plupart des légendes de la grande ligue, comme Jordan, ont une histoire avec un coach de légende qui leurs ont fait passer un cap. Ca ne sera pas le cas pour James, il s’est fait tout seul, et en cela il restera surement le plus grand talent naturel de l’histoire. Aurait-il été meilleur en acceptant d’etre coaché, ou simplement en ayant de meilleurs coachs ? Toute réponse ne serait que spéculation.

Cela explique aussi la faiblesse des Cavs cette saison. Lorsque vous arrivez aux Cavs, vous devez vous adaptez non pas au coach, vous devez vous adaptez à James et à son jeu. Forcément, ça prend tu temps, il n’y a pas de playbook, de systèmes, il y a James son instinct sa qualité de création, et jouez avec lui implique que vous devez vous sacrifier pour lui. Thomas n’a pas su le faire, et avant lui Irving a refusé de le faire une année supplémentaire. Dans l’usine James, les rouages sont d’une importance capitale, parce que pour qu’elle fonctionne, il a besoin d’éléments fantastiques, qui seront quand il est sur le terrain, réduit à un role de lieutant au mieux, de simple shooteur au pire. De ce coté la transformation de Love est ahurissante.

C’est en cela que James restera unique. Toutes les équipes de James, ont joué selon le King, tout ses équipes ont joué le basket que James décidait, avec les joueurs qu’il décidait de recruter. Jamais on ne reverra un joueur avec autant d’impact sur le jeu pratiqué par son équipe. James a été et est encore tellement dominant, qu’il décide de tout sur le terrain, et parce que le basket est un sport collectif, les autres doivent apprendre à devenir des partenaires de James, une transformation qui prend du temps. Ainsi James n’a jamais brillé dans un système comme Jordan, c’est lui le système. C’est pour ca que le risque de voir James sortir plus tot que d’habitude dans ces playoffs est grand. Ses nouveaux coéquipiers n’ont pas encore eu le temps de s’adapter à son jeu, de comprendre comment on jouait avec James.

James est une légende car il est unique. Il dessine ses propres systèmes, joue 44 minutes en moyenne à 33 ans, coache l’équipe dans laquelle il joue, remonte un 3-1 en finals. Il n’est pas nécessaire de se demander s’il est supérieur à Jordan, ou si il aurait pu progresser en ayant un caractère différent. Il est nécessaires de le regarder jouer, pas forcément pour l’apprécier, mais pour dire dans 50 ans, comme ceux qui nous parlent d’Abdul-Jabbar maintenant, tu ne peux pas comprendre ce que c’était, James, jamais on ne reverra un truc pareil. James écrit sa légende, contentons nous de la vivre, car la petite part humaine qui existe dans cet ovni, va bientot le rattraper.

Vive le Roi.

Article par « Michel Duncan »