On préfère vous prévenir, on va doucement mais sûrement se lâcher. Vous n’avez jamais eu envie de prendre votre plus belle (ou non d’ailleurs) plume pour balancer un flot continu de mots sur quelque chose qui vous a titillé, énervé, rendu fou ou juste qui vous chagrine ? Ou même l’inverse, des choses qui vous ont rendu fou de joie, que vous avez kiffé, adoré ? Bah nous, si. Du coup, on s’est dit qu’occasionnellement, on allait faire des lettres ouvertes à différents acteurs du paysage NBA. Subjectivité maximum, sensibilité maximale, on se retrousse les manches, on prend sa plume, son encrier : en route. 


Lettre … aux Celtics

Il aura donc fallu attendre 11 matchs. 11 rencontres au TD Garden, pour qu’enfin, votre jeunesse vous trahisse. Bien sûr, cela arrive au pire moment imaginable, et la douleur de l’élimination doit encore être bien présente dans vos esprits et vos corps fatigués. Si l’expression “victoire à la Pyrrhus” désigne une victoire si coûteuse qu’elle a tout d’une défaite, il n’existe malheureusement pas d’équivalent pour qualifier une défaite si glorieuse qu’elle revêt presque des habits de victoire. Mais sachez, messieurs, que vous venez de produire une sublime performance en la matière.

Cette saison, décidément, ne pouvait ressembler à aucune autre. Ironie du sort, le voyage se termine là où il avait commencé, par une défaite face au meilleur joueur de la planète. Depuis les larmes versées devant l’horreur de la blessure de votre coéquipier en ce match inaugural, jusqu’à la capitulation, les armes à la main, à un souffle du grand frisson des Finals hier soir, vous avez fait front, et renversé bien plus d’obstacles que nous ne vous en pensions capables de renverser. Toujours en équipe, toujours avec une défense folle, toujours en essayant de donner sa chance à chacun de briller offensivement. Vous en avez séduit plus d’un et, lors de mon annuelle question consistant à déterminer quelle équipe de playoffs me ferait vibrer quand les Suns ne présenteront plus aucun intérêt, vous avez été une réponse toute naturelle.

Kyrie a effectué une grande partie du voyage avec vous, et a largement contribué à vous mettre dans une position favorable pour les joutes printanières. Mais la dernière étape, celle qui marquera les esprits, vous l’avez effectuée sans lui, sans votre leader. Et une fois encore, vous avez réussi à combler les brèches.

Cette fois-ci, ce fut au tour de Terry d’occuper un rôle bien plus important que celui qui lui était destiné. Et, comme d’autres que l’on citera plus loin, à aucun moment l’enjeu n’a semblé te dépasser. Bon, si, en titillant un peu, on pourrait dire que tu es passé à côté de ce match 7, comme une bonne partie de l’équipe d’ailleurs. Mais au moment de faire le bilan, il ne faudra pas oublier la série contre Milwaukee, la solidité dans les moments chauds, ou cette performance diabolique d’adresse au match 6 à Cleveland, occultée par un demi-dieu marqué du n°23.

Forcément, au milieu de cette jeunesse, il fallait un peu d’expérience, de savoir-faire, et de calme. Et dans ce registre, Al, tu as rarement déçu. Quand le navire tanguait, quand un panier était absolument nécessaire pour endiguer le manque de réussite de l’équipe, tu étais là pour faire redescendre la pression. Sans parler de ta défense, qui a prouvé à maintes reprises que ton absence de la liste des finalistes du Defensive Player Of The Year était purement et simplement blasphématoire. Tu as pesé de tout ton poids sur bon nombre de matchs pour faire pencher la balance en faveur de la maison verte.

Un parcours réussi en postseason ne peut avoir lieu sans un minimum de hargne, de grinta, voire même de vice. Aron, Marcus et Marcus, vos performances n’ont pas toujours été royales, mais la dureté que vous apportez des deux côtés du terrain est un bien très précieux. Là où on aurait pu craindre de trouver des jeunes tétanisés par l’enjeu, on avait en réalité des guerriers prêts à en découdre et à se salir les mains pour arracher la victoire. Mention spéciale à Marcus Smart, car ta re-signature cet été ne saurait me faire plus plaisir. Il faudrait abandonner l’idée de shooter en première intention aussi souvent, mais en dehors de ça, ne change rien.

Semi, Shane, Guerschon et Greg, vos rôles ont été plus réduits au fur et à mesure, mais vous avez aussi apporté votre pierre à l’édifice (bon, d’accord, pour Greg et Guerschon c’est plutôt du gravier).

Bien sûr, je ne pouvais pas terminer ce tour d’horizon par d’autres joueurs que vous, Jayson et Jaylen. Dès le début de la saison, vous avez été propulsés titulaires et vous n’avez jamais semblé faire votre âge. Et l’élan qui vous a porté dans la phase régulière a continué de faire effet en playoffs. Jaylen, ta défense est déjà excellente, et ta palette offensive ne cesse de grandir. Quant à toi Jayson, les qualificatifs me manquent pour décrire précisément à quel point tu m’as vendu du rêve durant cette campagne. La meilleure façon de le résumer est peut-être la suivante : qui est le rookie ayant le plus scoré en playoffs ? Kareem Abdul – Jabbar. Oui, comme souvent quand il s’agit de scoring. Mais juste derrière, et bien il n’y a personne d’autre que toi.

Et enfin, Brad. Le stratège, celui qui orchestre, qui distille les conseils, qui réprimande et félicite. Bien sûr, tu vas dire que ce sont les joueurs qui font le boulot sur le parquet et que le mérite leur revient en premier lieu, et tu auras raison. Mais à l’heure des remerciements, il est impossible de t’oublier. Impossible de penser que tu n’y es pour rien dans la maturité dégagée par ta troupe. Impossible de penser que cette défense n’est pas marquée de ton sceau. Impossible de croire que tous ces jeunes ont éclos aux yeux de tous par la seule grâce de leur talent. L’impossible, justement, aurait été d’accéder à la finale malgré cet effectif privé de ses (supposés) deux meilleurs talents. Et pourtant, pendant de longues minutes, l’espoir m’a traversé l’esprit. L’espoir qu’une bande de gamins que personne ne voyait au-delà du second tour mette fin à la domination du meilleur joueur du monde.

Mais la logique aura finalement été respectée, de manière cruelle. Ce match 7 que vous n’avez su emporter quand il vous tendait la main est une épreuve douloureuse, mais sera, à coup sûr, un surplus de motivation pour la saison prochaine. On ne cesse de le dire, mais j’en ai désormais la certitude : l’avenir vous appartient.