Une fois de plus, l’avenir de la NBA est suspendu à la décision d’un seul homme. En 2016 ce fut Kevin Durant, cette année c’est LeBron James. 

Le jeu de dominos est absolument colossal. Regardez donc :

Les Suns ont déclaré être très intéressés par Clint Capela, ce qui signifie qu’ils vont probablement lui faire une offre au maximum salarial. L’intéressé étant free agent restreint, les Rockets ont la main haute sur le dossier. Or si les Rockets parviennent à attirer LeBron James il sera potentiellement compliqué de conserver Clint Capela au max, sachant que Chris Paul réclamera aussi un contrat max, lequel est beaucoup plus conséquent que celui du pivot suisse. Ce point n’a que deux issues potentielles: ou les Suns récupèrent Capela, ou ils ne le récupèrent pas. Il est évident que s’ils parviennent à le signer, drafter DeAndre Ayton n’aurait absolument aucun intérêt. L’influence de la décision du King pèse donc sur l’avenir des Rockets et le choix du N1 de la prochaine draft. C’est déjà pas mal.. Mais c’est loin d’être tout.

Les Lakers ont transféré la moitié de leur young core et évacué un contrat toxique afin d’avoir la meilleure flexibilité financière possible et de pouvoir signer deux stars. Julius Randle étant free agent restreint, son avenir (et celui des Lakers avec lui au passage) est lui aussi suspendu à la décision de James. 

De manière évidente, si LeBron s’en va, les Cavaliers sombreront dans les bas fonds de la NBA. Kevin Love étant en contract year l’année prochaine, on imagine bien qu’il ne voudra sous aucun prétexte moisir à Cleveland une année de plus. Encore un joueur dont l’avenir est entre les mains du King.

Une autre question surgit quand on parle des Cavs: quid du pick 8 ? L’échanger contre un bon joueur ? Drafter ? Là aussi la réponse sera conditionnée au choix du numéro 23.

Il serait aisé de continuer ainsi pendant des pages et des pages tant les conséquences de la décision d’un tel joueur sont immenses. Pour preuve: on ne mesure vraiment que maintenant l’énorme impact de ce qu’a fait Kevin Durant a l’été 2016.

A titre de liminaire, comme cela a été souligné à de nombreuses reprises sur ce site, il n’y a plus d’argent en circulation en NBA ou presque. D’où il suit que, comme l’a expliqué Adrian Wojnarowski dans son podcast, on devrait assister à une pluie de sign and trade.

Plutôt que de procéder à une analyse sur le bien-fondé de tel ou tel choix de carrière, je me suis penché sur la question de savoir ce qu’il en coûterait aux principaux intéressés de faire venir le meilleur joueur de la ligue. Si vous avez des difficultés à comprendre certains mécanismes du salary cap n’hésitez pas à vous reporter à cet article.

Golden State Warriors

Oui, il fallait bien que quelqu’un finisse par en parler. Je précise d’entrée que ni mon opinion personnelle ni le moindre indice hormis de vagues rumeurs corroborent cette piste, qui, stricto sensu serait à mon avis la ruine de la NBA mais passons. Si j’ai considéré cette hypothèse, comprends bien, cher lecteur, que c’est surtout pour mettre fin aux spéculations inutiles.

Car oui, il est matériellement impossible que LeBron James rejoigne les Warriors cet été. Il est essentiel d’écarter d’emblée cette hypothèse que LeBron accepte de baisser ses prétentions salariales.

Dès le mois de décembre, Brian Windhorst écrivait : 

« Les équipes qui souhaiteront faire la cour à James en juillet devront planifier de disposer de la flexibilité de soumettre une offre au maximum. A ce jour, Lebron James n’a aucune intention d’accorder un rabais à la Kevin Durant à quelque équipe que ce soit, afin que ses partenaires puissent être payés ou l’effectif mieux construit ».

Les champions 2018 payent une luxury tax conséquente. Ils n’ont donc bien évidemment pas de cap space. Ils ont aussi largement dépassé le seuil de l’Apron. Ils ne peuvent donc pas bénéficier d’un sign and trade. Autant dire qu’une venue du quadruple MVP est une impossibilité matérielle.

Passons maintenant à des hypothèses un peu plus sérieuses (quoique).

Los Angeles Lakers

J’ai fait le choix, dans ma réflexion, de considérer les friches, c’est à dire les franchises qui sont actuellement à des années lumières de viser le titre mais qui ont tellement d’argent disponible qu’il serait possible de monter très rapidement une équipe ultra compétitive. 

Les Lakers ont, comme dit plus haut, détruit la moitié de leur ossature de jeunes joueurs pour avoir le maximum d’espace sous le salary cap. Non pas que ces jeunes coûtaient cher en eux-mêmes, mais pour évacuer les contrats toxiques de Mozgov et Clarkson, il fallait bien en passer par là. Ainsi furent sacrifiés Larry Nance Jr et D’Angelo Russell en échange de contrats expirants.

Au total, en comptant les contrats non-garantis de Zubac, Ennis et Bryant, les Lakers auront donc 65,8M de marge salariale. Soit de quoi signer un super max vétéran ET un max vétéran. Bien entendu, cet espace salarial est conditionné au fait d’effacer tous les cap-holds présents dans la masse salariale et donc de renoncer à Brook Lopez, Isaiah Thomas, KCP, Channing Frye et surtout Julius Randle.

Attention toutefois: l’on en est là qu’au stade de l’impact direct. Il est bien évident que si de gros free agents, LeBron James en particulier, venaient à signer aux Lakers, l’effectif changerait de manière radicale. Soyons réalistes: si le King vient en compagnie de Paul George, ils voudront des joueurs confirmés à leurs côtés, ce qui signifie que Lonzo Ball, Brandon Ingram et Kyle Kuzma seraient très probablement échangés. Contre qui ? Peu importe, c’est une autre question et les possibilités sont infinies. L’important dans tout cela, c’est que s’ils veulent aller chercher des All-NBA players, les Lakers devront vraisemblablement renoncer à la totalité de leur roster.

New York Knicks

Les Lakers ne sont pas la seule franchise mythique qui va se positionner sur le meilleur joueur de la ligue cet été. Le cas des Knicks est en réalité un vieux fantasme: on en parlait déjà lors du précédent opus de The Decision, durant lequel ils faisaient figure de favoris parmi toutes les franchises en lice pour signer le King.

New York est un marché sans fonds donc on n’a pas à se soucier de payer une luxury tax importante. Conséquence: peu importe qu’il faille prolonger Kristaps Porzingis à la rentrée.

Contrairement aux Lakers, les Knicks sont dans une situation extrêmement compliquée: Noah et Tim Hardaway Jr plombent les finances de l’équipe, Courtney Lee est un bon joueur mais a un contrat tout de même assez conséquent et Enes Kanter, vu l’état du marché, n’est pas sûr de trouver mieux que les 18M de sa player option. Kyle O’Quinn ayant fait savoir qu’il allait s’en aller, les Knicks n’ont donc que 7M de marge salariale. Il en manque donc 28. 

Pour signer James, New York devrait donc soit sacrifier Lee et Hardaway Jr soit un des deux et Joakim Noah. Si Courtney Lee est un joueur de complément intéressant avec un contrat assez honnête et pourrait intéresser pas mal de franchises, on est très loin de pouvoir en dire autant des deux autres. Qui voudra subir les 19M de Joakim Noah cet année et l’année prochaine ? La réponse est simple: absolument personne.

Il n’y a que donc que quatre possibilités.

La première serait de monter un salary dump trade autour de ces deux contrats boulets et du 9e choix à une équipe en reconstruction totale comme les Hawks.

La seconde serait de procéder à la même opération mais dans le cadre d’un sign and trade avec les Cavaliers. Cette hypothèse possède deux freins majeurs: Les Cavaliers étant au dessus de l’Apron, il faudrait qu’ils fassent une économie d’au moins 12M dans l’affaire. Or les Knicks n’ont pas un tel espace et pour que ça marche, il faudrait vraisemblablement qu’Enes Kanter renonce à son option joueur et que les Knicks prennent le risque d’effacer son cap hold. On a déjà là un très gros frein. Ensuite, paramètre qui vaut pour tous les prétendants: on peut facilement suspecter Dan Gilbert de bloquer n’importe quel deal pour pourrir la vie de LeBron James.

Malgré tout, le scénario serait loin d’être catastrophique pour les Cavs. Koby Altman récupérerait certes 23M de salary cap mais vu que la transaction porterait logiquement sur Lance Thomas, Ron Baker et Courtney Lee, cela ne serait pas problématique dans la mesure où les deux premiers sont expirants et où le second peut tout à fait rapporter un premier tour de draft pas trop mal placé sur une trade deadline. Dans l’idéal, les Cavaliers récupéreraient même le 9e choix des Knicks et auraient alors les choix 8 et 9 pour reconstruire, ce qui est loin d’être la pire des situations.

La dernière serait un opt-in and trade qui est malgré tout peu probable puisque même à l’aide du pick 9 il est très très peu probable que Koby Altman accepte de prendre en charge des contrats qui sont parmi les plus toxiques de la NBA, sachant que son effectif à lui en est déjà rempli à ras bord.

Autre scénario: un deal à 3 se monte et une équipe disposant de salary cap vend ce dernier contre des tours de draft.. En l’occurrence le choix 9 des Knicks, qui constitue un levier très puissant. Les possibilités sont multiples car les équipes possèdent des tas de contrats toxiques en Noah, Hardaway Jr, Clarkson, Smith, Thompson et Hill. Je ne vais donc pas toutes les détailler ici.

Là où ça coince, c’est sur la question de comment monter une équipe compétitive autour de LeBron James alors qu’on a plus ni tour de draft ni joueurs intéressants ?

Tenter d’échanger Porzingis, vu la gravité de sa blessure, passerait à coup sûr comme un coup fourré aux yeux des autres GM. Tim Hardaway Jr a un contrat toxique. Frank Ntilikina est beaucoup trop prometteur pour être échangé, ce serait faire courir des risques énormes à la franchise qui, dans le pire des cas pourrait se retrouver totalement à poil avec un Porzingis qui ne revient jamais à son niveau et un Ntilikina parti sous d’autres cieux. On le voit bien, si la possibilité de signer LeBron James est matériellement possible, elle ne présente pratiquement que des inconvénients pour le King.. et, comble de l’affaire, presque que des avantages pour les Cavaliers.

Miami Heat

On parlait de situation financière compliquée chez les Knicks, là on touche les étoiles. Le Miami Heat aura l’année prochaine la masse salariale la plus élevée de toute la NBA. Autant vous dire que tenter de faire de la place sans détruire l’ossature de l’équipe relève de la chimère.

La voie du sign and trade est également fermée, pour la bonne et simple raison que les deux équipes sont au dessus du seuil de l’Apron.

On pourrait envisager d’envoyer plein de joueurs ailleurs. Problème: là aussi, ça coince. Outre le frein que constitue l’énorme dead money du contrat de Chris Bosh, Hassan Whiteside a un contrat très conséquent et a une valeur marchande proche de zéro à cause de ses playoffs et de ses problèmes extra-sportifs. Tyler Johnson a un contrat toxique donc une valeur négative. Dion Waiters revient d’une grave blessure et a un contrat long donc une valeur qui, en l’état, est également négative. Josh Richardson est un des meilleurs défenseurs extérieurs de toute la NBA et il serait donc suicidaire de l’échanger.  Restent Goran Dragic, Kelly Olynyk et James Johnson. Tous trois devraient pouvoir être échangés sans trop de problèmes mais cela ne suffira absolument pas à dégager assez d’espace sous le salary cap pour avoir la possibilité de proposer un contrat max à LeBron James.

Seule issue pour le Heat: un opt-in and trade autour d’Hassan Whiteside et Kelly Olynyk en échange de LeBron James… Et là aussi ça ne marche pas. Comme dit plus haut, il est très improbable de voir le GM des Cavs accepter de nouveaux contrats toxiques alors qu’il en a déjà à ne plus savoir quoi en faire. Surtout que le Heat n’a pas de choix de draft intéressant à proposer pour faire avaler la pilule et que du côté de Pat Riley, ce serait se tirer une grosse balle dans le pied que de se séparer de joueurs comme Richardson ou Winslow, car cela reviendrait à affaiblir un effectif qui, après la venue du King, ne pourrait plus être renforcé faute de flexibilité financière.

Désolé par avance pour les fans du Heat mais affaire classée. 

Milwaukee Bucks

On continue dans le club des dark horses avec les copains de Giannis Antetokounmpo. Là encore, l’énorme masse salariale des Cavs pose problème. Pour conclure un sign and trade, comme dit plus haut, il faudrait que les Cavs fassent une économie de 12M dans l’affaire… Et c’est là que ça coince: les Bucks n’ont pas l’espace salarial pour le faire et ne peuvent même pas compter sur un éventuel levier lié à un pick de draft bien placé ou à l’activation ou non d’une player option comme Enes Kanter avec les Knicks.

Ici, la voie des trades multiples est à privilégier vu qu’Altman n’est pas bête: si opt-in and trade il y a, il exigera très vraisemblablement de récupérer Brogdon dans le deal, que les Bucks n’ont strictement aucun intérêt à lâcher vu qu’une autre possibilité existe.

Pour que ça marche il faudrait donc libérer 35,35M de dollars. Pour le coup, contrairement au Heat, rien de plus facile: Tony Snell est un role player intéressant, DJ Wilson et Tyler Zeller pourront facilement partir contre des seconds tours de draft, Bledsoe est expirant et les Bucks peuvent utiliser le choix 16 pour faire partir John Henson, le tout donc en conservant Brogdon ce qui, vu l’acquisition, est une très belle opération. 

Néanmoins ne nous leurrons pas, on parle bel et bien là d’une chimère. Giannis et LeBron, pour coexister, auraient besoin d’une armée de shooteurs autour d’eux et de meneurs avec un profil 3&D. Dans les deux hypothèses, les Bucks n’auraient plus rien pour recruter. Or quand on regarde le marché, ces profils là sont soit beaucoup trop chers et déjà sous contrat (Hill, Porter, Korver), soit libres et valant beaucoup plus que le minimum (Redick, Bradley, Ariza). Autant dire que si l’association serait théoriquement facile à réaliser, autant l’entourer convenablement serait une galère sans nom et prendrait plusieurs années, soit un temps que James n’a pas. 

San Antonio Spurs

On en arrive aux pistes qui semblent les plus chaudes pour accueillir le quadruple MVP. Commençons par celle qui mène aux disciples du grand gourou: les San Antonio Spurs.

Cette piste a des atouts évidents: un top 5 NBA, un top 15 NBA, le meilleur coach de l’histoire et un front office compétent. Mais elle a aussi des freins de taille: elle est un petit marché et va devoir payer pratiquement tous ses joueurs entre cet été et l’été prochain.

En comptant les options joueur, les Spurs ont pratiquement 100M d’engagés sur l’année prochaine. Il faudrait donc trouver 34M supplémentaires.. et c’est là que ça coince.

Un sign and trade avec les Cavs n’est donc pas possible stricto sensu parce qu’une nouvelle fois, les Cavs sont au dessus de l’Apron. Lato sensu, les Spurs n’ont rien d’intéressant à proposer à une équipe qui vend son salary cap. Impossible donc de monter un deal en triangle.

Il faudra donc faire de la place.

Echanger Gasol ? Remettons les choses à leur place: il a pu bénéficier d’un deal avantageux parce que les Spurs avaient l’intention de soigner leur image de « player friendly franchise »: l’accord implicite était simple: Gasol renonçait à son option pour tenter de faire venir CP3 et si la tentative échouait alors les Spurs lui donnaient plus d’argent, c’est aussi simple que ça.

Echanger Gasol, vu les circonstances, aurait un coût en crédibilité auprès des agents libres, laquelle a déjà été entamée par l’imbroglio autour de Kawhi Leonard. Si l’on ajoute à cela le fait que ce dernier peut parfaitement partir l’été prochain, on en arrive vite à la conclusion qu’il serait dangereux d’ajouter encore de l’incertitude à l’incertitude dans la tête des agents libres. Ce fait est malgré tout à prendre avec beaucoup de recul et de mesure: il serait assez difficile de soutenir que les joueurs sont bornés au point de ne pas comprendre que n’importe quel GM se donnerait son corps avec joie pour pouvoir signer un des deux meilleurs joueurs de l’histoire. Business is Business comme on dit.

Comment faire si on garde Gasol ?

Sacrifier Patty Mills, Danny Green et Rudy Gay dans un opt-in and trade serait insuffisant et il serait très difficile de les remplacer.

La réalité objective dans un tel cas est que si les Spurs veulent faire venir James, il faudra sacrifier Aldridge.. et donc sacrifier un argument pour l’attirer. En plus de l’ex Blazer, les Silver&Black devraient en plus échanger Danny Green et Rudy Gay, car oui, en plus des joueurs déjà présents dans l’effectif il faut compter le salaire du futur 18e choix de draft. Compliqué.

Si en revanche Gasol est échangé, il faudrait encore sacrifier Mills ou Green ainsi que Rudy Gay. Le prix à payer serait assez élevé il est vrai mais complètement acceptable pour un joueur du calibre de James. De plus, à côté de ça, il serait possible de faire revenir Tony, Bertans et Slow Mo au minimum en sacrifiant Lauvergne, White et Paul. Attention quand même pour Bertans et Anderson: ce sera compliqué de faire revenir les deux à ce prix là sachant qu’ils auront vraisemblablement des offres sur le marché des agents libres.

Portland Trail Blazers

Tiens, on en arrive au dark horse par excellence (facile je sais). Pratiquement jamais évoquée, la rumeur a néanmoins pour elle les propos ultra élogieux de l’intéressé sur Damian Lillard et les propos de Richard Jefferson qui en parlait comme d’une potentielle destination. Même s’il s’agit d’une éventualité et non d’une probabilité, les Blazers sont clairement parmi les 3 équipes qui, grâce au phénomène de reconstruction de masse en vogue en NBA (quand on dit copycat league c’est pas pour rien, ligue de laquais j’vous jure..), peuvent assembler des effectifs non seulement terrifiants sur le papier mais surtout qui peuvent rivaliser avec les Warriors.

Les Blazers, comme la quasi totalité de la NBA cet été, n’ont pas de marge salariale, et ne peuvent donc pas envisager de sign and trade avec les Cavaliers.

En comptant le 24e choix, ils seront à environ 115M d’engagés sur la saison prochaine. Outre les inamovibles Lillard et McCollum, le roster compte un contrat toxique, 3 contrats moyens (un de 6M et deux de 10M) et un jeune joueur en Zach Collins. Le contrat toxique s’étalant encore sur deux ans le choix 24 sera insuffisant pour convaincre une franchise d’en supporter le poids. Est-ce que rajouter Zach Collins et éventuellement Moe Harkless dans la balance suffirait à convaincre une équipe qui vend son salary cap ? Soyons réalistes: non, de toute évidence.

Dans l’hypothèse d’un opt-in and trade qui reprendrait les mêmes conditions, il faudrait, pour que cet échange soit valide, inclure Meyers Leonard et Kyle Korver dans la transaction. Or Korver est un asset intéressant pour Cleveland dans une optique de reconstruction en ce qu’il peut clairement rapporter un choix de fin de premier tour aux Cavaliers. Altman pourrait donc parfaitement bloquer les négociations et faire capoter le deal. Donner deux seconds tours en plus serait une solution potentielle.

On le voit, les conditions d’un opt-in and trade sont extrêmement nombreuses, ce qui rend l’échange d’autant plus difficile à réaliser, surtout si l’on prend en compte le paramètre que peut constituer Dan Gilbert.

En dehors de toutes les possibilités évoquées précédemment, contrairement au Heat une fois encore, il est parfaitement possible de nettoyer le roster. Evan Turner attaché au 24e choix et à Zach Collins pourrait potentiellement trouver preneur. Moe Harkless, Al-Faruq Aminu et Meyers Leonard sont des joueurs relativement intéressants et qui ont des contrats relativement lights pour des joueurs de ce niveau, devraient eux pouvoir être échangés assez facilement. Au besoin, notamment pour Meyers Leonard qui il est vrai vaut moins que les deux premiers, adjoindre Caleb Swanigan pourrait être une option.

Là où les choses se compliquent, c’est que dans cette configuration les Blazers n’ont plus aucun asset pour améliorer l’équipe et n’ont plus que 11M pour recruter si l’on compte les 35M dépensés pour signer le King. L’association avec Lillard pourrait être magnifique et même terrifiante, mais pour battre ces Warriors là il faut au minimum 3 joueurs du top 10 (voire 15 au maximum) NBA… ce qui ne peut pas être recruté avec aussi peu d’argent. 

Houston Rockets

On y est, là on parle des gros favoris. Des deux prétendants les plus crédibles. Les 76ers et les Rockets. Commençons par les seconds.

La situation des Rockets est en apparence ultra compliquée: Paul unrestricted free agent, Capela restricted free agent et très probablement bientôt bombardé d’offres, James Harden occupant 30% du salary cap.. bref, une galère sans nom, du moins en apparence.

Les Rockets, de base, ont la quasi totalité de leurs salaires concentrés sur 4 joueurs: Harden, Paul, Gordon et Anderson. Le reste ne sont que des contrats signés au minimum vétéran ou des contrats rookie. Sur basketball reference, vous verrez qu’ils sont actuellement à 80M de dollars d’engagés. C’est un trompe l’oeil: en dehors de Capela, il y a le cap hold du contrat de Chris Paul qui fait virtuellement monter la masse salariale au dessus du cap. 

Faute d’espace sous le salary cap, il faudra donc là encore passer par un opt-in and trade. Le schéma est simple ici: il faudrait sacrifier Eric Gordon, Ryan Anderson et Nene pour libérer 35M de dollars. La transaction paraît ici très compliquée à réaliser: pourquoi Cleveland accepterait de prendre en charge les contrats conséquents de Gordon et Anderson sans contrepartie aucune ? Les Rockets n’ont pas leur tour de draft cette année et ils sont de toute façon beaucoup trop bas pour intéresser le GM des Cavs. En prime, ils n’ont pas non plus de jeunes joueurs susceptibles d’équilibrer la balance. Pour finir, au risque de me répéter, le paramètre Dan Gilbert s’applique ici encore: s’il veut pourrir la vie de James, il peut le faire, et pas qu’un peu.

La meilleure hypothèse pour les Rockets serait d’échanger Ryan Anderson et Eric Gordon à une équipe de l’Est, pourquoi pas aux Pacers qui ont grand besoin de shooteurs réguliers et ne diraient pas non à un secondary ball handler comme Gordon. Dans ces conditions, il suffirait de sacrifier Zhou Qi et Chinanu Onuaku pour que le rêve de Daryl Morey se réalise. Précisons qu’il faudrait là aussi que la franchise hôte efface les cap holds de tous ses agents libres (excepté CP3 évidemment), chose qui ne posera pas de problème vu qu’étant déjà au salaire minimum, ils pourront revenir pour le même prix.

Précisons quand même deux choses: Financièrement, que LeBron vienne ou non, les Rockets vont payer une luxury tax colossale l’année prochaine avec les contrats de Capela et Paul. A voir jusqu’où le propriétaire est prêt à aller pour une bague, mais le risque de voir les Rockets laisser filer Capela pour limiter la casse existe. Sportivement, le risque de perdre Trevor Ariza est réel. Les Warriors pourront lui offrir presque 5x plus d’argent via la MLE et le perdre à leur profit serait une très grosse perte pour la franchise tant il était précieux dans le système défensif des Rockets.

Pour terminer, notons quand même les énormes points positifs à mettre au crédit des Rockets: deux top 10 NBA, un pivot parfaitement adapté avec qui constituer un fab four, des role players intéressants, un très bon coach, un front office là aussi ultra compétent, bref, sportivement, les Rockets ne manquent en aucun cas d’atouts. C’est bien financièrement que le problème existe, même s’il est très bien limité par le fait que les role players soient tous au minimum. 

Philadelphia 76ers

On termine avec l’autre favori de la LeBron race: les 76ers. Récemment débarrassés de Bryan Colangelo qui leur servait de « GM », ils prospectent actuellement en vue d’en recruter un nouveau tout en laissant provisoirement les commandes à Brett Brown. 

Si l’on parle tant d’eux comme destination potentielle, c’est parce qu’ils sont la seule équipe de toute la NBA à combiner flexibilité financière et forte concentration de talents dans l’effectif. 

Si la faisabilité de la signature est enfantine, les 76ers ne peuvent pas signer directement LeBron James. A cause du « GM » susmentionné, Philadelphie doit composer avec le contrat de Jerryd Bayless et devront sacrifier un asset pour s’en débarrasser. Cet asset sera soit Justin Anderson, soit le pick 26, soit deux joueurs entre Korkmaz, Luwawu, Holmes et McConnell. L’idéal étant de manière assez évidente d’éjecter les deux premiers cités. Financièrement, le front office pennsylvanien n’a que ce tout petit move à faire. Et non pas, comme cela a pu être dit dans certains médias, à donner Dario Saric et Robert Covington aux Cavaliers. Rien de tout cela. 

Le seul bémol que comporte cette signature réside dans ses conséquences sur le super role player de Philly: JJ Redick. S’il n’y aura pas besoin d’effacer les cap holds de Belinelli et Ilyasova (qui pourront être resignés grâce à la Non-Bird Exception), il faudra quoi qu’il arrive effacer celui de JJ Redick. Se contentera-t-il d’une full MLE ? On pourrait se dire qu’après tout il s’est bien gavé cette année et qu’il doit bien ça à la franchise mais ce n’est pas ainsi que marche le business NBA. Objectivement, son retour dépendra grandement des offres qui lui seront faites sur le marché. Gros point positif à mettre néanmoins à l’actif des 76ers: il a déclaré vouloir revenir l’année prochaine et clairement, si LeBron venait, l’offre deviendrait très très difficile à refuser. A lui de choisir s’il veut la gloire ou les dollars. 

On en arrive à l’ultime question relative à la free agency du King d’Akron.

Que peut faire LeBron James pour concurrencer les Warriors ?

Comme je l’ai expliqué en introduction, un free agent du calibre de LeBron James a un pouvoir quasi infini sur le marché.. Au point même de pouvoir agir sur lui. Le constat présent étant que les Warriors vont tout rafler pendant 5 ans si rien ne bouge, s’il veut remporter une 4e voire une 5e bague, il a tout intérêt à peaufiner son plan avec soin. 

Comme évoqué précédemment, pour concurrencer les Warriors, il faudrait créer une équipe avec au minimum 3 joueurs du top 10-15 NBA. Idéalement avec des poste 3 élite. Or non seulement ce type de joueur ne court pas les rues, mais en plus pour les faire venir il faut soit de l’argent, soit des assets. Les Cavaliers n’ont aucun des deux. Attention: il n’y a là aucun pronostic sur la future destination, seulement un constat froid: si LeBron veut monter une grosse équipe, il doit partir de Cleveland, c’est une réalité objective.

Je me suis donc demandé comment créer une équipe qui puisse vraiment prétendre pouvoir abattre le 5 ultime des Warriors. 

J’ai retenu 2 hypothèses. Attention on rentre dans la fiction, ne prenez en aucun cas les possibilités qui vont suivre pour des pronostics ou des affirmations. J’en profite aussi pour préciser que pour farfelues qu’elles puissent paraître, l’extrême rareté des possibilités de méga team dans ce genre fait qu’après tout ce genre de scénario n’est finalement pas si improbable que ça.

Factuellement, une seule a de vraies chances d’aboutir et c’est la première à laquelle j’ai pensé. De manière assez évidente elle implique Houston: Le trio Paul-Harden-James avec de super role players comme Capela, Tucker et Ariza, le tout coaché par Mike d’Antoni, voilà une équipe qui pourrait réussir. 

Néanmoins je ne crois pas des masses en James Harden en Playoffs et je pense que le basket prôné par l’ex moustachu a de grosses limites dans une telle configuration. Et pourtant je fais partie de ceux qui pensent que si Chris Paul avait pu jouer ce match 7, cette équipe serait déjà baguée… mais soyons réalistes: l’absence d’Andre Iguodala est aussi un facteur majeur, et s’il avait été là, peut-être aurait-il donné raison à Steve Kerr qui disait qu’ils auraient plié la série en 5..

J’ai donc eu une idée alternative.. à San Antonio. Tout part d’un postulat simple: si l’on prend de la hauteur et que l’on regarde l’état du marché, il y a très peu d’argent disponible et finalement assez peu de gros free agents. Il est clair qu’en dehors de LeBron James, Chris Paul et Paul George, c’est clairement pas la folie.

D’après Adrian Wojnarowski, les deux intéressés discuteront de leur avenir ensemble.. et ils ont bien raison à mon sens. A eux deux, ils peuvent bâtir de véritables machines de guerre, d’où il suit qu’ils ont tout intérêt à lier leurs destinées.

J’ai essayé d’imaginer une équipe faisable, dans une destination probable et avec des logiques d’intérêts qui se tiennent. 

C’est là que les Spurs entrent dans la danse. Ils cochent toutes les cases: un top 5 NBA déjà présent, le plus grand coach de l’histoire et une vraie marge de manoeuvre.

Si l’on regarde la masse salariale des Spurs dans sa globalité, on se dit que mine de rien, en dehors de Kawhi Leonard, personne n’est inamovible. Tout le monde (en dehors des icônes Parker et Ginobili) peut servir de monnaie d’échange. 

Etant un thuriféraire de la théorie de la domination sans partage de l’élite du poste 3, l’hypothèse que je vais vous exposer serait pour moi un « merci, bonsoir » adressé au reste de la NBA.

Le postulat de base serait de réunir Paul George, LeBron James et Kawhi Leonard, le tout sans que le banc ne morfle trop.

Malgré tout, comme un membre de la rédaction l’a très justement souligné, ce type de méga move ne correspond absolument pas aux Spurs.. Mais après tout.. quel est le message adressé par les Warriors sinon « évoluez, soyez meilleurs ou mourrez avec vos idées » ? De plus, si James venait à San Antonio, la franchise devrait de toute façon évoluer dans sa manière de fonctionner, pour la simple raison qu’elle n’a jamais eu un joueur qui attire autant l’attention des médias. 

Côté business, le schéma, qui apparaît comme ultra compliqué, est en réalité plutôt simple: LaMarcus Aldridge serait échangé directement contre Paul George. Le prix de la transaction serait à la charge de Paul George puisqu’in fine cela l’obligerait à attendre un an pour revenir sur le marché. Ensuite, dans un second temps, il faudrait effacer tous les cap holds de l’équipe et effectuer un opt-in and trade avec les Cavaliers pour envoyer Pau Gasol, Danny Green et Rudy Gay à Cleveland, le tout avec le pick 18 pour faire passer la pilule. Normalement cela devrait passer: un pick de milieu de premier tour et deux contrats expirants qui peuvent rapporter des tours de draft sur une deadline pour compenser un vétéran certes très cher payé mais que Cleveland pourra couper l’été prochain pour économiser les deux tiers de son salaire, ça vaut. Du moins à mon sens. 

Dès lors, avec une telle force d’attraction, les Spurs n’auraient selon toute vraisemblance aucune difficulté à faire revenir les Parker, Bertans et Anderson au salaire minimum et à signer deux pivots au même prix ou en leur donnant chacun une partie de la mid-level exception. Un 5 Murray-George-Leonard-James-X secondé par un banc composé de Parker-Ginobili-Anderson-Bertans-X serait même favori face à l’ogre de la Baie. Seul bémol: l’année prochaine il faudrait alors payer George, Leonard et Murray. Très compliqué pour un petit marché comme San Antonio, même avec les énormes recettes générées par le trio. 

Affaire à suivre, comme vous le voyez les hypothèses sont rares et même si elles sont matériellement faisables il est très peu probable qu’elles se réalisent. 

Comme vous avez pu le voir, la venue du quadruple MVP coûtera extrêmement cher à la plupart des franchises intéressées et le King, finalement, n’est pas si libre que ça dans sa décision, que ce soit à cause de l’état actuel du marché ou des mauvaises dispositions de Dan Gilbert à son égard. Affaire à suivre, le moins qu’on puisse dire est que cette intersaison promet d’être passionnante.. et décisive.