« Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir »

C’est ainsi que commence l’un des poème les plus célèbres au monde. C’est la seconde fois que je l’utilise lors d’un article. La seconde fois qu’il est consacré aux Spurs. Si je tiens à être juste, exact, même, je devrais nommer cet article « Si j’étais GM des Spurs… ».

L’onde de choc de l’annonce de Kawhi Leonard, désireux de voir d’autres horizons a fait des ravages. Même après une année marquée par un conflit long, et probablement très usant en interne, j’ai du mal à imaginer que ce soit vraiment la fin de cette collaboration. Pourquoi ? Car il y a deux ans, lorsque j’ai écrit cet article sur San Antonio, je voulais mettre en avant cette idée de perpétrer. Les Spurs allaient perdre Tim Duncan, symbole de deux décennies d’un succès infernal, et pourtant, là où toutes autres franchises se seraient effondrées, eux s’apprêtaient à se lancer dans une année victorieuse. Car sorti de nulle part, ils avaient toujours réussir à faire polir des joyaux – et le plus beau d’entre eux était prêt à prendre la relève, c’était Kawhi Leonard. Sous l’égide de Gregg Popovich, on avait l’impression que l’avenir était assuré, car l’ailier, taiseux, était très loin des considérations de gloires de nombreux franchise player. Il était une version moins joviale de Tim Duncan. Peut être avions-nous tellement vu Tim en lui, pour que l’histoire sans belle, que nous n’avons pas noté leurs différences.

Et vint cette année, un désastre de communication. Conséquence de cette peste qui aura rongé les Spurs, une annonce retentissante et amère d’une envie de départ – et comme Paul George un an plus tôt, des envies de Los Angeles en fond de drame.

« Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre »

Cette seconde strophe résumerait volontiers la position que le club, et le coach en particulier ont du adopter toute l’année. Kawhi que l’on connaît si peu, semble avoir été entouré d’un groupe qui l’a mené à se déchirer avec le club. Si les passions mènent souvent aux esclandres, c’est ici une bataille passive qui a eu lieu, sous fond de déclarations codés pour la maison Spurs, qui recevait en retour un énigmatique mutisme. Mais ces déclarations devenues passives-aggressives au fil du temps ont eu raison des succès passés et de la confiance commune – donnant du grain à moudre à l’entourage de Leonard, qui semblait prêt à l’extirper de San Antonio à la moindre occasion.

Bien sûr, le fond de ce drama, la blessure mystérieuse du joueur, le retour à la compétition forcé et la seconde blessure coup sur coup. La confiance était rompue, et si esclandre il n’y a pas eu, la défense de Kawhi l’aura mené à cette décision, aussi brutale qu’elle semblait inconnue en 21 ans de règne pour la franchise.

« Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot »

La situation a gangrénée, et fidèles à eux-mêmes, les Spurs ne se sont pas épanchés dans la presse. Peut être pour une fois, auraient-ils aimé donner leur version des faits, se défendre des fautes qui leur étaient reprochés. Soyons honnêtes, les médias, les experts, s’en sont donnés à cœur-joie pour interpréter les maux qui rongeaient les deux camps. Mais plus Spurs que Spurs; Kawhi Leonard n’a pas dévié de ce qui avait fait sa singularité – sa discrétion de tous les instants. La situation a gangréné, mais même la pression augmentant, reconnaissons une chose à Leonard : il essuie avant comme après son départ les critiques sans dévier de sa personnalité : taciturne et silencieux.

Pour la première fois en 21 ans, les Spurs essuient plus qu’un revers : c’est une désillusion peut être supérieure que celle de 2013. Car si à cette époque le destin avait été rude, l’avenir était encore radieux. Cette fois, les mauvaises nouvelles s’entassent. Leonard a semblé trahir les certitudes de toute une franchise, remettant en cause sa position et son statut. Nous n’étions plus habitués à imaginer que San Antonio puisse trébucher, et il a suffit de quelques mots pour balayer nos habitudes. Surtout que l’équipe devait se préparer à des problèmes à venir, même avec son ailier.

Gregg Popovich ne devait plus avoir qu’une ou deux saisons à la tête de l’équipe, lui qui était garant et symbole de cet empire. L’équipe allait devoir faire face à des difficultés financières, ayant prolongé certains joueurs dont Patty Mills et surtout Pau Gasol au-dessus de leur valeur actuelle. Ceci devait être une récompense pour la fidélité et les efforts de ces derniers. LaMarcus Aldridge encore productif aujourd’hui devait être un lieutenant qui vieillirait lentement. Sauf qu’il est catapulté leader incontesté d’une équipe qui joue le titre chaque saison : et ne pourra plus sous sa seule impulsion.

Dans ces conditions, et sans revendiquer la moindre certitude, je me dis qu’il est temps de tourner la page – d’accepter que ce grand chapitre victorieux vient de prendre fin, sous les coups d’une gestion litigieuse, et des états d’âme d’un joueur qui devait incarner la suite de ce chapitre.

Si j’étais le GM…

C’est toujours dur se quitter. On abandonne un pan entier de sa vie, l’investissement qu’on y avait consacré, on quitte ses habitudes, on doit recréer autre chose alors que c’est déjà fastidieux de fermer la page. Alors on est tenté de se reconstruire, de recoller les morceaux, de créer autre chose avec de l’existant. Parfois cela marche, souvent c’est moins bien.

Je ne peux m’empêcher de penser qu’essayer de s’entêter mènerait ce groupe vers une lente déliquescence.

Tout d’abord, car je pense que l’échange le plus profitable dont puisse bénéficier l’équipe pour son joueur, c’est des pièces pour reconstruire. Je ne vais pas me mettre à détailler une longue liste d’échanges possibles. Disons juste que plus le partenaire d’échange aura de jeunes joueurs et de choix de draft à fournir, plus cela offrira de pistes aux Spurs. Avec Leonard & Aldridge, ils n’étaient pas des favoris pour le titre. Or, ils n’auront pas mieux que Leonard en contre-partie, ce qui les mènera certainement dans une impasse – tout brillant que Popovich soit. Bien sûr, si on veut rebâtir en gagnant, on prendra des vétérans. Mais les Sixers et Celtics sont bien la preuve que c’est plus facile en faisant table rase. Leonard, sort d’une blessure, ne peut pas signer d’extension s’il veut être échangé maintenant, sa valeur n’est pas équivalente à celle de son talent, et donc il va falloir composer.

L’an passé, San Antonio a connu une situation de crise avec LMA, mais en communiquant bien, ils ont réussi à rétablir le contact et prolonger le joueur. Cette décision a eu le mérite de mettre en avant que d’autres voies sont possibles. Mais cette fois, la communication était rompue. Il faut l’accepter, et je pense que l’ailier fort comme les dirigeants ont pour meilleur choix que de comprendre qu’il vaut mieux se séparer. Les Spurs ont toujours respecté leurs joueurs. S’ils le font, qu’ils accompagnent LMA vers une situation qui lui convient, que la franchise récupère de jeunes prospects, tout le monde peut s’en sortir à bon compte.

Mon idée est simple, les Spurs sont très bons pour dénicher. Un gros pick, quelques autres de fin de premier tours et cela pourrait créer une nouvelle base. Il y a déjà des joueurs comme Dejounte Murray, Kyle Anderson, Davis Bertans sur lesquels construire des plans et des ébauches. Dans la position des dirigeants, il faudrait accepter le risque et les conséquences : que la franchise rate les Playoffs, que Popovich puisse tirer sa révérence d’une manière regrettable et indigne de son héritage. Les Spurs ont fait les choses bien, mais parfois cela ne suffit pas – tout le challenge est de reconnaître que c’est arrivé.

Le temps de dire au revoir au bon vieux temps et d’écrire un nouveau chapitre.