Alors que le football règne sur le globe (moi-même je n’ai pu m’empêcher d’aller à Moscou saluer Lénine…enfin…ce qu’il en reste), une autre coupe du monde se joue, dans le calme et la simplicité. Le cadre n’est pas un stade de 80 000 places flambant neuf, mais une petite salle en Bosnie-Herzégovine dans la ville de Tuzla. La salle fait penser à une modeste arène de Pro A, avec sa petite ambiance agréable et ses supporters dévoués. Vous l’aurez compris, les éliminatoires de la coupe du monde 2019 en Chine sont de retour, mais ils ne sont pas seuls. Le groupe français, plaisant à regarder jouer durant les précédents matchs des éliminatoires, laisse -hélas pour eux- place aux monstres que tout le monde attendait : Rudy Gobert, NBA defensor of the year, Nicolas Batum et sa soif de revanche avec la France, Nando De Colo, toujours aussi fort en Euroleague avec le CSKA Moscou, Evan Fournier, scoreur du Magic…c’est haut, c’est physique et surtout, c’est, très, très, très fort.

Mais le groupe va-t-il trouver ses automatismes rapidement ? Difficile en tout cas de ne pas être impressionné par le 5 aligné par Vincent COLLET : Heurtel-Fournier-Batum-Diaw-Gobert. Ça pue la NBA et le talent. En face les bosniens (petit tip : si vous dites bosniaques vous ne parlerez que de la communauté musulmane du pays,) présente un groupe solide et motivé, mais clairement plus petit.

Entame réussie !

Après une entame de match un peu brouillon où les bleus cherchent à ajuster leur défense, très rapidement on finit par imposer le rythme. C’est important de le noter car la France nous a habitué au contraire à d’abord s’aligner sur le rythme de l’adversaire avant d’imposer le sien, avec plus ou moins de succès. Mais lorsque le jeu, autant défensivement qu’offensivement, s’appuie sur le meilleur défenseur de la NBA, alors la Bosnie craque rapidement et l’écart se creuse après 6 minutes : 17-8. Les bosniens ne déméritent pas et obtiennent de bonnes positions de shoot, c’est juste que l’adresse n’y est pas et Rudy démotive toute entrée en raquette. La relève arrive progressivement mais reste tout aussi alléchante : Albicy, Causeur, De Colo, Fall. Et la défense s’intensifie à l’image de ces deux interceptions d’Albicy qui offre un easy-dunk pour Batum. On a plaisir à voir un premier quart temps réussi pour la France qui est, je le répète, rare depuis quelques temps. Les titulaires prennent un break : 23 à 12.

Les remplaçants assurent.

Mis en valeur récemment avec Monaco, mais aussi durant les éliminatoires, Paul Lacombe retrouve le maillot bleus pour le second quart temps. La France baisse alors en intensité offensive mais en profite pour maintenir une bonne défense, notamment avec Lacombe et Fabien Causeur, ainsi qu’un travail correcte pour trouver Koffi et Fall dans la raquette. Marchés, retours en zone, pertes de balle, les bosniens s’agacent. Difficile alors de voir ce qui manque aux bleus, sinon quelques briques qui semblent cependant se propager tout autant de l’autre côté du terrain. Les shoots manqués servent surtout Moustapha Fall qui se nourrit des rebonds et obtient des fautes sur ses remontées. Vincent Poirier, qui était attendu aussi, s’en inspire et nous offre une sympathique claquette : +20 ! De Colo, Fournier, Batman et Diaw reviennent, mais Poirier est toujours aussi présent et la Bosnie marque le pas, le match est à sens unique et sans stress, la France mène 44 à 22 à la mi-temps : sérieux.

« Ce n’est que la mi-temps »

Les mots de Vincent Collet annoncent la couleur : il faut travailler. A juste titre car le pire ennemi de la France depuis trop longtemps, c’est la suffisance. Et De Colo débute avec un 3pts, menant au scoring désormais (10pts) avant que Rudy ne monte au dunk après un rebond offensif, un de plus, et avant que De Colo ne remette un 3. La balle tourne vite et le mouvement est là. Illustration géniale du collectif et du niveau des bleus : cette habituelle position poste bas de Capitaine Diaw qui cherche un partenaire, trouve Batum en coupe vers la raquette, qui lui-même offre un caviar à Gobert qui finit accroché à l’arceau, le tout en une seconde tout juste. L’écart se creuse, les bosniens jouent leur jeu mais ne dépassent pas encore les 30 points et continuent de perdre des balles : 18 turnovers alors que Thomas Heurtel allonge l’avance à +41 sur un autre 3pts.

Fin de partie paisible

Alors que Fall se décide enfin à rater un panier, le dernier quart-temps n’offrira aucun suspense. Le public bosnien, bon supporter, ne lâche pas et continue d’encourager son équipe. Le soucis c’est que Gobert décide de peaufiner sa feuille de stats : 16pts et 6 rebonds. Le calvaire continue pour les bosniens alors que la France enchaîne quelques fastbreak avec Poirier puis Albicy : +45. Le reste sera une gestion de match sans accroc, l’écart terminant à +50 à 102-52.

Que retenir de ce match ?

On pourrait se contenter de dire « victoire facile, rien à rajouter ». Mais en réalité, ce match montre beaucoup de chose. Déjà la transition vers un groupe de « substituts » (désolé pour le mot) vers le groupe des big guys s’est fait sans heurts et il faut vraiment se féliciter de voir que tout le monde ait répondu présent ! D’autre part, et justement, les retours posaient la question de la cohésion dans le jeu, et là aussi, le résultat est concret : les automatismes semblent se voir, le ballon circule et le rythme est géré.

Des satisfactions : Gobert bien sur, mais aussi Poirier et Fall qui plus que jamais donnent l’espoir d’une profondeur de banc à l’intérieur qui pourrait être un précieux atout à l’avenir. Certes on aurait pu se contenter de dire que la Bosnie n’avait pas une équipe aussi haute en taille et en physique, mais ce genre de victoire permet aussi d’envoyer un message aux russes : les bleus sont en tête de leur groupe et il faudra faire un match immense pour venir les en déloger, surtout quand le meilleur défenseur du monde est dans la raquette. Dans cette petite parenthèse de basketball que nous offre le monstre qu’est la coupe du monde de foot, ce genre de match était enfin un instant agréable en retrouvant des visages que l’on n’a pas l’habitude de retrouver en cette période de l’année.

La France reste donc en tête avec un bilan de 5-0 devant la Russie avec 10pts. La Bosnie est tenue à distance tandis que les belges devront fort batailler pour espérer aller au second tour de qualification.  Prochain match en Russie, pas pour le foot, mais bien pour affronter les russes qui eux, ont disposé de la Belgique à Antwerp sans trop de difficulté. On appréhende le duel Mozgov-Gobert !

ça donne quoi ailleurs ?

L’Espagne a pris sa revanche sur le champion d’Europe slovène : 83-72, la Lithuanie assure face à la Pologne (79-61), la Grèce maîtrise Israël (96 à 78) et les turcs gèrent contre l’Ukraine (80-66). Peu de surprise dans les classements des poules qui rendront leur verdict pour la seconde phase de qualification dans les jours à venir !