Avouez-le, ce matin, on a tous eu une réaction différente des autres fois.

Ce matin, on a tous lu quelque chose que l’on n’attendait pas.

Pas de rumeurs, de tendances, pas d’intuitions, pas de réelle intentions affichées.

Et pourtant en allumant nos portables et nos PC, on l’a tous vu : DeMarcus Cousins rejoint les Golden State Warriors.

Pour la première fois, ma réaction fut incontrôlée : « Mais non bon sang !« , avant de jeter le téléphone. J’ai réalisé seulement après cette réaction. Moi qui n’avais jamais eu particulièrement d’animosité envers les Warriors ou Cousins, j’étais devenu un hater spontané, malgré moi.

Est-ce que c’est parce que j’ai 30 ans dans 5 jours que j’ai réagi comme ça ? Suis-je déjà devenu un papy grincheux  Tout le monde sait que oui, mais n’y-a-t-il pas aussi quelque chose qui devient gênant en NBA ?

Etat des lieux du séisme

Après avoir digéré, péniblement, la réalité de la chose, j’ai tenté de mettre des mots dessus. Mais la seule chose qui m’est venue à l’esprit, me taquinant moi-même d’être un vieux des années 90 qui pense toujours que c’était mieux avant, c’était que cette fois-ci, je le pensais réellement : effectivement, c’était vraiment mieux avant.

DeMarcus Cousins aux Warriors, quelle excitation pourtant ! Quel coup de maître de la part du grand champion ! Boogie, jouer le titre ? Beaucoup veulent voir une telle récompense pour quelqu’un qui justement a cherché la fidélité aux Kings, franchise qui paraît – injustement pour certains – condamnée aux bas de tableaux pour des années tellement elle attire peu dans une conférence aux airs de jungle pour les petits marchés. Le simple fait d’espérer le voir jouer les playoffs avec les Pelicans était déjà un témoin de cette envie des fans de le voir enfin jouer au top niveau de la ligue.

Mais au delà de ça, cela reste le geste de trop pour cette NBA des superteams. Même Evan Fournier, pourtant abonné à la réserve imposée aux joueurs NBA, se lâche sur son compte twitter :

Beaucoup vont venir expliquer que c’est normal, légitime, logique, bien joué. Oui, mais c’est pénible. Pénible et désappointant parce que c’est aussi l’image de la ligue qui prend un fort risque dans tout ça. Surtout qu’au-delà de cette annonce choc, qui parvient presque à mettre de côté celle faite 24h auparavant et qui avait déjà fait imploser la fanbase de la NBA, on apprend d’autres rumeurs en pagaille : il parait même que LeBron aurait tenté de faire venir Kevin Durant aux Lakers, selon Marcus Thompson. Et là, c’en était trop pour moi : oui, la NBA c’était mieux avant.

Rappel historique 

Pourquoi c’était mieux avant ? Pourtant, les superteam ça a existé depuis longtemps non ? C’est vrai, parlons des Celtics des années 60, qui dominaient tout sur leur passage pendant 13 ans. Certes, mais dans une NBA à 8 équipes, lorsqu’on a des pépites, on va les conserver au maximum, surtout dans une époque ou les physiques exceptionnels sont rares et ou tout bigman comme Russel ou Chamberlain était la garantie de domination sur une décennie. Et puis surtout, ces équipes sont restées les mêmes pendant très longtemps. Autre époque, autre style, cherchons une comparaison plus pertinente.

Les années 80 et les Celtics vs Lakers ! Ah oui, des superteams sans nul doute : Bird-Johson-McHale-Parish-Walton-Ainge contre Magic-Worthy-Scott-A.C.Green-Abdul-Jabbar. Mais pourtant les années 80 ont vu une vaste variété de candidats au titre : Celtics, Sixers, Pistons à l’Est, Lakers, Rockets, Suns, Blazers à l’Ouest. A cela, il fallait ajouter les Bulls de MJ, les Hawks de Wilkins ou même les Bucks de Moncrief.

Les années 90 dans ce cas ! Beaucoup parleraient alors des Bulls. Rappelez vous cette affiche : « Are the Bulls so good, they’re bad for the NBA ? » question très pertinente mais qui se confrontait à une ligue ultra-compétitive, car si les Bulls étaient l’équipe de Rodman, Pippen, Jordan et Kukoc, elle était aussi celle de Jud Buechler, Bill Wennington, Randy Brown ou Dickey Simpkins. Et pour aller en Finales, il fallait passer par les Knicks d’Ewing et Starks, les Hornets de Johnson et Mourning, le Heat, les Pistons de Grant Hill, le Magic de Shaq, et après tout cela, c’était les Suns de Barkley, les Blazers de Drexler, les Rockets d’Olajuwon, les Sonics de Kemp et Payton, le Jazz d’Utah ou même les Spurs de Robinson, puis Duncan, les Lakers de Shaq même encore. Bref, il y avait pas photo sur le vainqueur, mais il y avait de belles bastons dans la rue. L’idée de superteam n’était pas dans les mentalités. Surtout qu’avec le temps, les associations flopesques de Pippen-Olajuwon-Barkley, puis plus tard de Payton-Kobe-Malone-Shaq vont dissuader les GM de réunir spontanément des superstars.

La véritable arrivée des superteams

Pourquoi c’était mieux avant ? Pourtant il y eu Boston et son trio Garnett-Pierce-Allen qui s’associent en un été pour former une superbe équipe qui va aller chercher son titre dès sa première année. Mais cette réunion n’impressionne pas tant que ça puisque les autres rosters continuent leurs chemins et leurs ajustements d’une part, et d’autres part, Kevin Garnett était dans une équipe en déclin total, Paul Pierce côtoyait les fonds de conférence Est et Ray Allen quittait une franchise en instance de déménagement.

On sait tous que le point polémique fut celui de juillet 2010 : LeBron James, au sommet d’une hype montée en mayonnaise pendant des semaines, lassé des échecs frustrants de 2009 et 2010 décida d’enclencher un séisme sans précédent qui allait marquer la ligue, et même la diviser. Pendant des semaines, on a rêvé de LeBron dans sa franchise. C’était acté, il allait partir, mais il y avait Wade, Bosh, Stoudemire… Après des Finales aussi démentielles que le Lakers-Celtics de 2010, une nouvelle ère devait arriver. On imaginait Wade aux Bulls, LeBron aux Knicks, Bosh avec l’un des deux, etc … La veille de The Decision, on annonça l’arrivée de Bosh au Heat, annonçant un duo génial et complémentaire pour Miami et laissant penser que LeBron rejoindrait une autre franchise de l’Est pour ouvrir une nouvelle génération de super-rivalités.

Mais non, ce fut le mastodonte des Three Amigos qui fut créé, poings levés, muscles montrés. La conséquence ? Panique totale chez les GM, qui tentent de se faire leurs superteams aussi : LA va tenter lamentablement d’associer Nash-Kobe-Artest-Gasol et Howard, les Knicks vont démolir leur roster pour associer Billups-Melo-Stoudemire, puis Melo-Stoudemire-Chandler, les Clippers s’y prennent mieux mais subissent un vilain karma. Le Thunder aussi parvient à gérer ses stars mais sans résultats. Derrière, les autres cherchent le roster équilibré, mais trop limité pour encaisser l’impact physique de l’incroyable trio. Pendant 4 ans, le Heat de LeBron survole l’Est qui perd fortement en compétitivité. L’Ouest propose quant à elle 3 finalistes aux profils variés en trois ans.

Kevin Durant : Aller au bout du concept

Pourquoi c’était mieux avant alors ? Pourtant, LeBron, peu inspiré par une 3è finale perdue, avait fait un retour à Cleveland en état de grâce. On applaudit tous le geste, mais la méthode reste la même : le trio de star; le fameux big three. Irving-Love-James. Moins effrayant mais très attrayant. En face, Golden State émerge et le temps d’une saison, la ligue redevient soudainement ouverte. Et puis Golden State enchaîne sur une saison magique à 73-9, quand LeBron souhaite obtenir une revanche d’égal-à-égal face aux Warriors. En résulte une finale épique et mémorable, mais avec un champion déchu qui va taper fort sur la table, tant sa frustration est immense.

Puisque la réunion de star à outrance est à la mode, pourquoi ne pas ajouter à un roster de rêve, le meilleur de sa génération avec le double MVP en titre, un autre MVP ? Déjà divisés par l’impact de The Decision, les fans se réabonnent au barfight avec l’arrivée absolument incroyable de Durant aux Warriors. Dès lors, le gap entre les superteam et les franchises plus classiques se creuse définitivement. Certains projets prometteurs comme celui des Wizards, des Hawks, des Raptors, sont réduits à néant. Sans surprise, la domination de Golden State se mesure immédiatement, et même le King n’y peut rien. Et alors que le Thunder tente aussi sa chance avec George-Westbrook-Melo, que les Rockets visent un peu plus juste avec Harden et Paul, rien ne peut finalement surmonter le monstre Golden State qui rajoute une bannière dans l’indifférence la plus médusante.

Alors pourquoi c’était mieux avant ? 

Avant, c’est quoi ? Les superteams ont toujours été là, les rosters blindés de Hall of Famer, on n’a vu que ça. Le problème serait alors ce qu’est la NBA depuis le début, non ? Non, ça n’est pas ça le problème.

Le problème, c’est que des talents comme LeBron James passent de roster en roster en ajoutant sur le tas de la superstar à la carte ; le problème, c’est que les hommes que nous vénérons et admirons changent de franchise en permanence pour faire leurs petits arrangements – certains comme Howard s’y sont cassés les dents. Le problème, c’est qu’avec LeBron un plafond s’est brisé, avec Durant une limite supplémentaire a été franchie, et que maintenant, avec l’épisode Cousins et LeBron qui propose à Durant de venir, on a tout cassé, et on n’a désormais plus de limite. Et le problème est là : il n’y a plus de limite. La rumeur LeBron au Warriors de cette saison est un exemple parfait de ce genre de problème.

Désormais, au diable les constructions de franchise, les franchise players, les roles players. Il suffira de se retrouver au bon endroit, au bon moment, et frapper un grand coup, peu importe si la superstar est attachée à sa ville, peu importe si elle y est depuis un an seulement, peu importe si la franchise dans laquelle elle jouait était prometteuse. Si tu as les moyens de proposer une bague immédiate sans complexe, alors vas-y et trifouille avec les salaires pour que ça passe. Et si tu ne les a pas, alors tu n’auras aucune chance. En 2010, les GM ont tenté de réagir. En 2018, certaines franchises ne réagissent même plus et attendent la prochaine free agency.

Conclusions 

Anthony Davis a attendu 5 ans d’avoir une équipe compétitive, DeMarcus Cousins est alors arrivé, puis Rondo. Sans être forcément un gros prétendant, les Pelicans avait trouvé une formule prometteuse et qui a rapidement montré des signes positifs. Un an après, ciao eyebrow, direction bagouze-land.

Lebron, sensé incarner et inspirer une génération de fans comme l’avaient fait Magic, Jordan, Kobe, Duncan, se balade dans une autre franchise et vient quémander quelques soutiens sans complexes : Leonard et Durant. Au fond, pourquoi ne pas demander directement Anthony Davis aux Lakers ? Avec Gobert aussi ?

Voila pourquoi c’était mieux avant, parce que la NBA, parce que les joueurs, parce que les franchises, n’envoyaient pas ce message : la fin justifie les moyens. Des joueurs comme LeBron, des franchises comme Golden State, ne montrent plus aucun complexe à associer abusivement des super-talents que l’on préférerait voir s’affronter.

En une décennie, un joueur comme James, MINIMUM top 5 de l’histoire selon les préférences, s’est associé à Shaquille O’Neal, Dwyane Wade, Chris Bosh, Ray Allen, Kyrie Irving, Kevin Love, Isaiah Thomas, et a cherché à s’associer à Kawhi Leonard, Chris Paul et Kevin Durant. On sait que ceux qui viendront après lui feront la même chose.

En 4 ans, Golden State a su associer à un roster avec Stephen Curry, Klay Thompson, Draymond Green puis Andre Iguodala, devenu légendaire par lui-même un joueur légendaire, Kevin Durant, en plus, auquel s’ajoute l’un des meilleur intérieurs de sa génération. On sait que les futures franchises attractives feront la même chose.  

Alors oui, Boogie est blessé, il ne sera peut-être pas en si bonne forme, peut-être auront nous des querelles internes, peut-être que Golden State chutera face à de courageux adversaires. Mais ça n’est pas ça le problème. Ça n’est pas un souci de résultats, c’est un souci de comportement : le basket est un sport de compétitivité, c’est un affrontement, un duel.

Ce sport est beau parce qu’il se nourrit du duel. Or, pas de duel quand tout le monde est du même côté. Depuis 2010, l’argument de l’utilité des réunions de stars a pu être discuté, mais désormais, il est totalement décrédibilisé parce que devenu absurde.  

Quelques semaines après The Decision, j’encadrais un entrainement d’étudiants à l’université. Je devais intervenir pour refaire toutes les équipes. Pourquoi ? Trois grands de 2 mètres, maillots du Heat sur les épaules, s’étaient mis ensemble face à 3 jeunes débutants… Cette free agency, comme les précédentes, va avoir un impact sur notre vision du basket et sur la manière d’y jouer, et aujourd’hui, ce dernier signe envoyé par Cousins, il n’est pas celui qu’on devrait souhaiter. Sur ce point là, oui, la NBA c’était mieux avant.