La signature de DeMarcus Cousins chez le champion en titre des Golden State Warriors, cette affaire qu’on pourrait presque déjà appeler le « Boogiegate » déchaine sans surprise les passions, et invite des avis parfois très tranchés, la plupart très critiques envers le donc nouveau pivot des « Dubs ». J’ai donc décidé de prendre la défense de « Boogie », car pour ma part, je comprends son choix, et le trouve même logique.

La NBA est une ligue basée sur le storytelling, on l’aime pour son basket mais aussi pour ses belles histoires. Le joueur qui joue pour sa ville, celui qui a contourné tous les obstacles pour arriver jusqu’à la grande ligue. Les histoires de Derrick Rose, LeBron James et autres sont belles, mais elles ne doivent pas nous faire oublier la réalité, celles des hommes.

Car le joueur fait son choix de carrière avant tout pour lui, puis pour sa famille. Je pense à titre personnel que l’histoire de LeBron aurait été plus belle s’il avait terminé sa carrière chez lui aux Cavs, plutôt que s’en aller une seconde fois et laisser la franchise dans un quasi état de ruine à nouveau. Mais il est parti avant tout pour lui, pour son business, puis pour sa famille, pour ses fils qu’il veut élever dans les meilleures conditions possibles, dans le cadre qu’il a choisi pour eux.

Comprendre que le joueur n’est pas là pour faire du fan service mais bien pour gérer sa vie comme il l’entend est visiblement difficile, mais c’est pourtant une réalité qu’il faut assimiler. Nous mettre à la place du joueur et oublier notre égoïsme de fan nous aidera à bien mieux comprendre certaines décisions, et si possible échapper aux réflexions exacerbées du style « C’est un lâche ! Un traitre !« . 

Le contexte était absolument terrible pour Kevin Durant au moment de prendre sa décision il y a tout juste deux ans. Il rejoint l’équipe qui l’attire, celle dont l’identité semble lui correspondre, celle dans laquelle évoluent plusieurs de ses potes, dans une ville à laquelle il veut accéder pour les opportunités extra-basket qu’elle offre. Mais voilà, cette équipe vient d’éliminer la sienne…

Après 9 années dans la même organisation, KD arrive à un moment charnière de sa carrière. Individuellement, il a tout conquis. Il ne lui manque vraiment plus que le Larry O’Brien trophy… et il est le joueur qui fait d’une équipe un candidat par sa seule présence. C’était le cas à OKC, ç’aurait été le cas à Boston.

Mais à Golden State il pouvait être l’élément déclencheur d’une dynastie. La valeur des bagues est là aussi un concept lié à la sensibilité individuelle du fan et inventé par le fan. Les dynasties sont plus rares que les champions. En déclencher une tout en jouant le basket qu’il veut, tel fut le choix de KD. Un choix qui est, à mon sens, tout à fait respectable.

« Ils ont tué la NBA ! » 

Du côté de Bob Myers et Joe Lacob, pas de souci avec cette formule, c’est justement leur but ! Je ne connais pas non plus de joueur qui n’aime pas remporter des titres. Quand LeBron et les Three Amigos sont présentés à Miami, le « not one, not two… » se traduit très facilement : nous voulons tuer la NBA. Problème : ils n’ont pas réussi ! D’autres avaient déjà tenté, d’autres tenteront encore, mais très peu y parviennent. (On parle souvent du contexte, du fait que LeBron n’arrivait pas dans une équipe sortant d’un 73-9, certes, mais l’objectif final est-il bien différent ? Le Heat n’était pas, malgré tout, attendu comme l’équipe dominante de la décennie dès le premier soir ?)

Maintenant que nous avons appris à nous mettre du côté du joueur, et à oublier notre égoïsme de fan quelques instants, parlons du principal intéressé, celui qui déchaine la chronique depuis hier.

DeMarcus Cousins est actuellement en train de se remettre d’une rupture du tendon d’achille, peut être la blessure la plus dramatique pour un joueur de basket. Dans ce contexte – une blessure qui va le tenir éloigné des terrains jusqu’à début 2019 et qui pose un gros point d’interrogation sur son niveau une fois de retour – lui donner un contrat max serait un pari bien trop fou pour ne pas paraître stupide. Les Pelicans, qui ont signé Julius Randle quelques heures avant, ne comptaient manifestement plus sur lui.

Dans une telle situation, il restait donc au joueur de 27 ans deux possibilités :

  • Attendre une offre sur un an, pour 10 à 15 millions, revenir en janvier, essayer de faire des stats pour rassurer sur son niveau, perdre quelques matchs, terminer sa saison, repartir sur une free agency nouvelle.
  • Faire un sacrifice financier de quelques millions de dollars qui, au regard de ses gains en carrière déjà engrangés et de ceux qu’il réalisera encore, est presque anecdotique, et profiter d’une fenêtre de titre quasi garanti probablement unique dans une carrière, car contrairement à KD, Boogie n’a pas le game changing potential pour faire d’une équipe un candidat par sa seule présence.

Boogie Cousins, rappelons-le, n’a encore jamais disputé un match de Playoffs en 8 saisons NBA. Je pense qu’il est donc facilement compréhensible que face à une inévitable année de transition, le joueur préfère aller découvrir la post-season, et aller chercher ce qui, quoi qu’il arrive et quoi qu’en pensent certains fans, reste le but ultime pour tout compétiteur : soulever un trophée.

Jouer une énième saison dans une équipe moyenne voire médiocre, y faire quelques stats, Boogie y a déjà goûté, pourquoi rester dans cette terrible monotonie quand la pige la plus excitante de sa carrière se présente à lui ?

Les Warriors, de leur côté, réalisent un nouveau coup de maître, car ils arrivent à profiter d’une opportunité rare, et s’ils en profitent eux et pas les autres, c’est parce que le travail réalisé en amont les a rendu attractifs. Tout cela n’est que le résultat d’un travail bien réalisé.

Mais ils ne tueront la NBA qu’à petites doses, et dans un an, Boogie partira, car sans ses bird rights, Golden State ne pourra lui proposer que 120% de son salaire précédent, soit à peine 6,4 petits millions de dollars, une bien maigre somme comparée à ce que le joueur et son agent risquent de voir arriver sur la table.

Quand KD est arrivé dans la baie, la NBA était censée être morte. Au lieu de ça, les audiences ont augmenté, elles augmenteront encore la saison prochaine avec une finale – enfin – différente, et l’excitation de voir LeBron James sous le maillot des Lakers, mais surtout, les Warriors sont toujours mis en difficulté, car la Super Team reste sur une post-season qui l’a vu passer par deux « win or go home », durant lesquels leur destin fut facilité par la triste blessure de Chris Paul. Houston, OKC, Boston et bien d’autres continueront à se dépasser pour rattraper leur retard, et tireront le niveau global vers le haut.

Il s’agit donc de prendre un peu de recul et de cesser de vouloir égoïstement imposer nos choix aux joueurs, et de systématiquement partir défaitiste. Dans le contexte actuel, il sembleraient que ceux qui croient le plus en cette équipe de Golden State, ce sont ses haters. Mais aucun titre, aucun match n’est jamais gagné d’avance.

Et surtout, la NBA est un business, Boogie le sait mieux que personne, ne lui parlez pas de loyauté…