Ah la la. Sacré McDonough.

Avant la draft, j’avais plaidé pour qu’il choisisse Luka Doncic en première position. Comme je m’en doutais, il n’en fut rien. Admettons. Lors de cette même draft, ils ont également accepté de lâcher le 1er tour du Heat 2021 sans aucune protection + Zhaire Smith pour récupérer Mikal Bridges.

Suite à cela, les Suns ont signé Trevor Ariza sur un an pour 15M de dollars puis étendu le contrat de Devin Booker pour 5 ans de plus, cette fois au salaire maximum.

La plupart des fans se sont montrés très satisfaits de cet été et très enthousiastes pour la saison prochaine. D’une manière générale, les mouvements des dirigeants correspondent peu ou prou à ce qu’eux auraient fait.

Pourtant, tous ces moves soulèvent énormément d’interrogations, car leur point commun est qu’ils sont tous d’une certaine manière tournés vers le court terme.

Avant toute analyse sur ce qui touche aux joueurs, je me dois de souligner une chose: les Suns ont fait un excellent choix pour ce qui est de leur nouveau coach.

Kokoskov est un entraîneur référencé, expérimenté et surtout réputé brillant. Ce côté là n’est d’ailleurs pas qu’une simple réputation: la qualité des systèmes offensifs de la Slovénie et les aperçus que nous avons pu voir en Summer League (dont un amour d’ATO qui laisse entrevoir de très belles choses) prouvent qu’il a une vraie qualité de stratège.

A voir s’il saura comment s’y prendre avec les jeunes mais le moins qu’on puisse dire, c’est que de ce côté, il a été à très bonne école à Salt Lake City aux côtés de Quin Snyder.

Cette parenthèse refermée, passons au contenu de la draft.

Quid donc de la draft ?

Bon. On ne va pas remettre ça sur le tapis : Luka Doncic est de loin le meilleur joueur mais les dirigeants ont sélectionné DeAndre Ayton. Soit, admettons. Après tout la draft comporte une grande part d’aléa et si Ayton est développé correctement, les dirigeants ne regretteront pas leur décision.

En revanche, le deal avec les 76ers pour récupérer Mikal Bridges semble sujet à discussion.

Revenons. Phoenix a donc lâché un gros asset pour monter de 6 places dans la draft. Y avait-il un écart assez conséquent entre Mikal Bridges et Zhaire Smith pour justifier un tel sacrifice ? De cela, cher lecteur, je te laisse seul juge.

Toujours est-il que Phoenix a privilégié un joueur pouvant contribuer là maintenant tout de suite, donc le court terme, à un joueur plus brut mais avec plus de potentiel, sur un poste à besoin avec des caractéristiques qui répondaient aux besoins des Suns : défense et verticalité.

Faites très attention quand vous évaluez un échange comprenant un tour de draft assez lointain. La valeur de ce choix ne s’apprécie en aucun cas à l’aune de son potentiel usage, mais bien plus suivant ce qu’il est possible d’en faire plus tard dans un autre échange. On peut bien évidemment se perdre en conjectures sur que sera le Heat en 2021, mais la question n’est pas là. De toute manière, vous vous en rendez compte sans peine : il est impossible de prédire ce que sera la NBA sur plus d’un an, alors trois…

Bridges est souvent présenté (à tort) comme un simple 3&D. Il pourra aider les Suns tout de suite dans une optique de playoffs mais.. sur le banc.

Car oui, dans les deux cas, les Suns prenaient un remplaçant : Bridges derrière Jackson et Smith derrière Booker. Notez que Jackson n’a passé que 4% de son temps au poste 4 l’an dernier donc ne vous faites pas trop d’illusions sur un hypothétique repositionnement à temps complet l’an prochain.

Là où je veux t’amener, cher lecteur, c’est que même dans une analyse purement court-termiste, ça ne tient pas vraiment la route. Quelle différence au final entre l’impact immédiat de Bridges et celui de Smith ? Pas une grande, ça c’est sûr. Sans faire injure à l’impact des joueurs de banc, leur impact reste quand même limité par rapport à celui des titulaires, d’autant plus que, s’agissant de rookies, leur production sera forcément moindre que celle de joueurs confirmés.

Je repose donc la question: dans une optique à court terme, cela valait-il le coup de sacrifier un premier tour non protégé pour une upgrade aussi peu significative ?

La réponse est évidente : certainement pas.

La question est donc la suivante : est-ce vraiment une logique à court terme qui a guidé Ryan McDonough et ses sbires ?

Sur une réflexion à moyen/long terme cette fois, est-ce que cela en valait la peine ?

D’ici 2-3 ans on peut très bien imaginer un 5 avec X-Booker-Bridges-Jackson-Ayton qui soit compétitif. Il y a du shoot, de la défense et une présence dans la raquette. Avec un meneur axé playmaking cela peut pourquoi pas marcher… mais ce sera compliqué.

Compliqué car cela manque cruellement de création.

Tout dépend, in fine, de comment vous voyez Booker : soit un joueur ball dominant qui doit bénéficier du spacing de son équipe, soit un vrai Klay Thompson 2.0 qui doit y contribuer et bénéficier des espaces créés par de forts créateurs sur pick and roll et sur pénétration.

A mon sens, vu le résultat très mitigé de l’expérience « point Booker », il semble beaucoup plus sage de privilégier la 2e option.

Si Smith avait été conservé, les Suns auraient certes eu un joueur qui se serait fatalement retrouvé bloqué sur le banc : Smith n’a rien d’un meneur, il est trop petit pour évoluer au delà du poste 2 et le poste 2 est dévolu à Devin Booker pour grand minimum 5 ans.

Malgré tout, utiliser des séquences avec Booker en primary ball handler et Smith en lockdown defender auraient pu être extrêmement intéressantes. De plus, quand vous regardez l’effectif des Suns, vous n’avez quasiment personne qui puisse apporter de la création dans le périmètre et de la création sur pénétration, chose que Smith sait déjà plutôt bien faire.

Si l’ex marsupial de Texas Tech avait été conservé et développé correctement, les Suns auraient bénéficié d’un joueur combinant deux autres aspects extrêmement intéressants et recherchés dans la NBA moderne : un secondary ball handler en sortie de banc ET un défenseur élite, qui défend avec une énergie telle qu’il compense son manque de taille et peut vous permettre de défendre très efficacement la ligne à 3 points et d’embêter un meneur star.

Du côté de Bridges, vous récupérez du shoot et une sacrée polyvalence défensive, bref, le glue guy parfait. Cependant, vous ne palliez en rien aux lacunes de votre équipe : Booker sera moins efficace s’il supporte toute la création du jeu, c’est une évidence. Dans ces conditions, il fallait enrichir la rotation en joueurs pouvant créer sur pénétration, en joueurs attirés par le cercle, en athlètes, etc. Tout ce que n’est pas Bridges, qui lui se repose énormément sur sa qualité de tir.

L’un dans l’autre, les bénéfices sont assez équivalents.. tout dépend le diagnostic qu’on a sur les besoins de l’équipe. Pour autant, la question revient : cela valait-il la peine de céder un asset de cette valeur pour une différence d’impact finalement assez faible ?

La réponse est toujours non.

Passons à la free agency avant de dresser un bilan plus global. 

Concentrons nous sur les deux principaux moves de l’été des Suns en matière de free agency : la signature de Trevor Ariza et l’extension proposée à Devin Booker.

Là on va pouvoir sortir les couteaux.

Donc.. dans une conférence Ouest où ils sont les moins armés parmi les 12-14 équipes pouvant rêver des playoffs, avec une fenêtre d’une seule free agency pour attirer un gros nom… les Suns ont donc décidé.. de bousiller toute leur marge de manœuvre. Ok.

Ce qui ressemble de prime abord à une gestion de bon père de famille (offrir un mentor aux jeunes joueurs) est en réalité au mieux un one shot et au pire une sacrée bourde.

Petite dédicace au passage à Robert Sarver et à son move de bon gros radin (Dudley vs Arthur).

Comprenez bien : l’été prochain, vous aurez donc 24M supplémentaires engagés sur Devin Booker + le cap hold de Trevor Ariza à hauteur de 18M. Donc une marge de manœuvre réduite… Sauf en renonçant à Ariza, ce qui n’aurait pas beaucoup de sens vu la situation.

Sur Ariza, on pourrait analyser cette signature de la même manière que celles de Redick et Johnson aux 76ers, sauf qu’en réalité.. les deux situations n’ont absolument rien à voir.

Le front office Philadelphie avait déjà une assez bonne idée de la qualité de son roster quand ils ont signé ces deux joueurs : Embiid avait montré qu’il était un potentiel MVP, Ben Simmons était un can’t miss prospect, Saric et Covington avaient déjà montré qu’ils sont des valeurs sûres, bref.

Les Suns, eux, n’ont de certitudes que sur Devin Booker. Josh Jackson a sorti une saison rookie assez énigmatique, DeAndre Ayton n’est pas vraiment un prospect du calibre de Ben Simmons. En l’état, les valeurs sûres ne sont vraiment pas légion dans cet effectif et un tel win now move ne fait pas vraiment sens.

Revenons à l’aspect purement financier.

Les Suns auront quand même un peu d’argent à dépenser (entre 12 et 20M, suivant le niveau du salary cap) mais…

  • 1: Ce sera quoi qu’il arrive au prix de la perte d’Ariza
  • 2: Cela ne suffira pas à faire venir beaucoup mieux qu’Ariza himself. Dans le meilleur des cas ils auront deux vétérans au lieu d’un mais d’une qualité inférieure à celle de l’ex Rocket.

Rendez vous compte, s’ils n’avaient pas proposé d’extension à Devin Booker tout de suite et avaient passé leur tour sur cette free agency, ils auraient pu, en trouvant un point de chute à TJ Warren et Brandon Knight (si besoin au prix d’un asset), avoir assez de marge salariale pour offrir 2 contrats max !

Une équipe très jeune, déjà assez performante, avec beaucoup d’argent à offrir, bien coachée et avec des profils intéressants.. Voilà qui aurait pu être ultra attractif auprès des gros agents libres de l’été 2019. En manœuvrant de la sorte, les Suns auraient pu vendre leur projet à des duos type Irving et Butler, Durant et Leonard, les possibilités auraient pu être multiples et variées. Les fans des Suns peuvent remercier leur GM: il n’en sera rien.

De plus, si jamais la free agency 2019 se fût avérée infructueuse, ils auraient très bien pu alors prendre l’autre direction et louer leur cap space pour récupérer des assets.. chose que personnellement j’aurais fait dès cette année tant les possibilités étaient variées.

Vision hinkienne peut-être, mais c’était potentiellement la meilleure voie à suivre. Dans l’idéal, récupérer Parsons + le pick 4 contre Warren,  Bender (ou Chriss, au choix des Grizzlies) et le pick 16 et Noah + le pick 9 contre Chandler et Dudley + le pick des Suns 2019 eût été, du moins à mon sens, une riche idée. Pour ceux qui trouveraient les contreparties assez légères, je vous renvoie au prix auquel le cap space a été vendu cet été par les rares équipes qui en disposaient. Cette denrée était cet été l’asset de loin le plus cher devant les tour de draft et les joueurs.

Cela aurait permis de relever d’un grand coup le plafond de cette équipe sans perdre d’assets, ce au seul prix de contrats qui se termineront fin 2020. Quand le noyau de jeunes a entre 19 et 22 ans, ce n’est pas vraiment un problème. De plus, pour le coup, Noah, s’il n’eût pas joué, aurait pu être un mentor intéressant pour DeAndre Ayton.. lequel a grand besoin de conseils d’un spécialiste défensif.

Avec ces choix, on aurait pu imaginer des choses comme un backcourt Young-Booker, ou une paire intérieure Jackson Jr-Ayton, avec Mikal Bridges choisi en 9, le pick du Heat 2021 conservé, etc.. Mais il n’en sera rien non plus.

Désormais, le roster ne pourra être amélioré que par la draft, la progression des jeunes et d’éventuels échanges. Et c’est là que la perte du choix du Heat 2021 est redoutable : le roster des Suns étant finalement assez pauvre en joueurs à forte valeur marchande dont ils seraient disposés à se séparer, les chances d’améliorer le roster via trade sont pour ainsi dire quasi inexistantes.

On le voit, par ces deux mouvements un peu hasardeux, les Suns se sont condamnés à performer avec ce groupe là. Or un plan qui n’a pas ou peu d’alternatives, c’est dans 99% des cas un mauvais plan. Les seules (mauvaises) raisons de ces deux deals sont que d’un côté McDonough a eu peur de se fâcher avec sa star et a donc préféré sécuriser celui-ci sur le champ et de l’autre il s’est imaginé que les playoffs étaient accessibles dès cette année, alors que.. sauf énorme surprise, non, ils ne le sont clairement pas.

Le plus probable, au final, c’est que les Suns estiment leur roster déjà prêt à s’imposer et que désormais, il faut entourer leur noyau de jeunes par des vétérans expérimentés pour les aider à aller en playoffs dans un premier temps puis à se hisser au sommet de la ligue ensuite. Voilà la seule (mauvaise) justification de pourquoi ces deux moves ont été préférés à l’énorme chance que représente une masse salariale épurée et des cap holds très bas à l’été 2019.

Passons au bilan global.

Que peuvent faire les Suns avec les pièces à leur disposition ?

En dehors du core de jeunes Booker-Bridges-Jackson-Ayton, les Suns ont une pléthore de petites pièces à côté… Qui malheureusement sont presque toutes des boulets. Parmi ces boulets, on compte bien évidemment Marquese Chriss, que l’équipe pourra heureusement laisser libre cet été, TJ Warren, qui est joueur de volume à l’efficacité médiocre mais dont le contrat est assez facilement tradable et Brandon Knight, qui lui s’est perdu, est cassé de partout et est encore sous contrat pendant 2 ans pour une somme considérable.

La seule pièce intéressante est un Dragan Bender qui galère depuis son arrivée dans la ligue. Ce joueur me fait de la peine parce qu’il y a quelque chose à faire, il peut encore être productif mais.. malheureusement je crains fort que le mal ne soit déjà fait. D’un côté il est arrivé beaucoup trop tôt en NBA et de l’autre, les Suns n’ont visiblement pas su comment le développer, et aujourd’hui lâcher un asset pour lui serait un pari franchement risqué, pour ne pas dire complètement hasardeux.

On le voit, les Suns, pour tout un tas de mauvaises raisons, présentent un joli risque d’être la prochaine équipe engluée à la place du con pendant longtemps. Dans une conférence ouest archi disputée, il eût sans doute mieux valu jouer la carte de la patience.. et pourquoi pas (cela sera peut-être le cas) tanker une dernière fois, pour récupérer un meneur dans le haut de la draft et compléter le projet avec une dernière grosse pièce.

Néanmoins, que les fans se rassurent : Devin Booker fait déjà partie des meilleurs arrières de la ligue, l’équipe arrivera vraisemblablement à scorer correctement dès l’année prochaine et même si elle ne fera sans doute pas les playoffs l’an prochain, ce core de jeunes, s’il est bien développé, a tout pour viser le haut de sa conférence d’ici 2/3 ans.