Attendu depuis ce fameux 22 juin 2017, Frank Ntilikina a fait son entrée dans la grande ligue. Potentiel meneur titulaire dans une franchise mythique, basketteur français drafté le plus haut dans l’histoire… Les attentes étaient grandes pour le jeune poste 1, né à Ixelles, en Belgique. Un an après, le « French Prince » s’est fait sa place confortablement dans la jungle qu’est la NBA et le bourbier de New York . Mieux, c’est son potentiel défensif qui est mis en avant à chaque rentrée sur le parquet. Et si les progrès à faire pour le – désormais – sophomore sont évidents, le management des Knicks y croit et met tout en oeuvre pour le développer. Retour sur une première saison convaincante et sur sa position pour la saison prochaine au sein de l’effectif de la Grosse Pomme.

Arrivée difficile dans la Big Apple et premières foulées en NBA

C’est un euphémisme de dire que l’arrivée de Frank Ntilikina à New York était critiquée dans la ville qui ne dort jamais. Selectionné en 8ème position de la Draft 2017, entre deux matchs de finales contre Chalon-sur-Saône en Pro A, le français est privilégié par Phil Jackson aux dépends d’un Dennis Smith Jr athlétique, récupéré quelques minutes plus tard par les Mavericks. L’habitude pour un jeune européen drafté si haut : l’incompréhension des fans et leurs foudres, surtout ceux de New York, qui ont déjà prouvé leur mécontentement lors des cinglantes huées adressées à Kristaps Porzingis, lors de sa Draft en 2015. Ntilikina n’en est pas exempté. Le doute des knickerbockers grandit suite à son absence en Summer League, la conséquence d’une blessure au genou contractée plus tôt. Cerise sur le gâteau : Phil Jackson est démis de ses fonctions par le propriétaire James Dolan, quelques jours après avoir choisi Frank à la Draft. Comme contexte, il y a mieux.

Pourtant, Frank s’acclimate à sa nouvelle vie. Il faudra attendre Octobre et le début de la saison pour voir Ntilikina avec le maillot orange and blues, lors d’une opposition contre le voisin de Brooklyn, au Madison Square Garden. Taper les voisins et rivaux Nets pour sa première fois au Garden, il y a pire. Directement, il contribue à la victoire des Knicks en frôlant la barre des dix points, avec cinq passes pour les copains, dont une sublime pour Kyle O’Quinn. L’un des plus jeunes joueurs de la ligue démontre déjà de ses qualités à la distribution sur ses premières apparitions. 5 passes par match? À l’aise. Et si offensivement, le rookie montre ses limites, il apprend au fur et à mesure. Maladroit offensivement – surtout dans la finition – le natif d’Ixelles sait pourtant se montrer décisif, comme contre Indiana où Frank reçoit une offrande de Porzingis dans le money-time, pour participer à l’éviction des Pacers dans un Madison Square Garden en feu, avec un tir primé qui scelle la rencontre. Son premier acte de « clutchitude ». Si Ntilikina sait apporter sa présence offensivement par sa qualité de passe et ses contre-attaques suite à une interception, il pêche souvent dans sa capacité à marquer, notamment sur jeu placé, comme en témoigne son pourcentage au tir de 36.4% au tir sur la saison. Pourcentage qui pourrait s’améliorer sensiblement si Ntilikina hésitait moins que ce soit quand il est ouvert ou quand il drive.

Ntilikina expliquait ce qui était le plus complexe pour lui dans son début de carrière NBA : « Sûrement essayer de transposer mon style de jeu à la NBA. C’est une mentalité complètement différente ici [aux Etats-Unis] […] Du coup il faut adapter un peu ton jeu. J’apprends tous les jours et je dois juste continuer de travailler. J’apprends beaucoup, et je sais que ça va aller. Je sais que c’est le moment aussi, il faut que j’y aille et que je sois plus agressif. » Cette agressivité, il la faut quand tu es meneur en NBA. Ces dernières années, la grande ligue est dictée par les meneurs de jeu, qui hésitent de moins en moins à monter au panier, disposant de plus en plus de responsabilités. C’est simple : un meneur ne peut plus se contenter de faire des passes, il doit aussi apporter offensivement, histoire de ne pas avoir de phases offensives « à 4 contre 5 ». Ntilikina est parfois trop généreux ou trop hésitant la balle en main, n’allant pas au lay-up quand il faut y aller ; ou encore en faisant la passe de trop pour éviter le contre, après un double pas dans la raquette.

Un potentiel défensif immense collé sur le banc par Hornacek

C’est défensivement où son agressivité prend forme la plupart du temps. N’hésitant pas à glisser ses mimines sur les montées de balle adverse, ou en harcelant carrément le porteur de balle avec ses longs bras (n’est-ce pas James Harden ?), le rookie apporte grandement dans ce domaine. Dés ses premières apparitions, il forme un duo complémentaire avec Porzingis et participe au bon début de saison de sa franchise. Petit à petit, le néo-Knickerbocker s’installe dans la rotation de Jeff Hornacek, mais aussi dans le cœur des habitués du Madison Square Garden. Comme en ce soir de 13 novembre 2017 où Frank et ses compères accueillent des Cavs inquiétants en ce début de saison 2017/2018. Cleveland l’emportera, non sans problèmes, grâce à un LeBron James particulièrement clutch sur les dernières minutes d’une rencontre agitée. Ce que retiendront les chanceux présents dans les gradins du jardin, c’est ce fighting spirit que Ntilikina a dégagé, celui de se battre sur toutes les balles, peu importe qui est en face. Face à un roi s’interrogeant sur la décision des Knicks lors de la précédente Draft, le petit Franky a répondu de la meilleur des manières. Sur le parquet, c’est six ballons (!) que l’ancien élève de Collet récupère des mains des résidents de « The Land ». Il se déchaîne défensivement, ne se laissant pas impressionner, comme lors de cet accrochage avec King James himself. Tel un symbole, il ne se laisse pas marcher dessus face au meilleur joueur au monde, et il peut compter sur ses coéquipiers pour l’épauler, à l’instar d’un Enes Kanter qui débarque dans la seconde pour protéger son rookie comme si c’était son enfant. Voilà comment conquérir le coeur des fans des Knicks, qui gardent dans leur mémoire les restes de leur franchise du temps où les barbelés étaient de sortie chaque soir, dans les années 90. Sur la saison 2017-2018, c’est quasiment une interception de moyenne, à l’âge de 19 ans.

Ntilikina a cette attitude de guerrier défensif et l’a prouvé ce soir-là. Néanmoins le rookie wall frappe peu de temps après. Disposant d’une vingtaine de minutes chaque soir, en début de saison, Ntilikina voit ce temps de jeu réduire et devenir instable. Alors que les défaites s’enchaînent, Franky voit en prime de la concurrence à son poste avec les arrivées respectives de Trey Burke et d’Emmanuel Mudiay. Le français continue de contribuer à l’effectif malgré les défaites, mais n’est pas privilégié par un Hornacek hésitant entre plusieurs options au poste 1. À une vingtaine de match du terme de la saison, Ntilikina n’a toujours pas commencer une rencontre en tant que titulaire avec les Knicks, alors que la franchise n’espère plus rien suite à la grave blessure de Porzingis début février. On imaginait que le management new-yorkais mettrait en avant ses jeunes prospects, Ntilikina en première ligne. Si, entre-temps, l’ancien strasbourgeois a participé au Rising Star Game de la NBA, Il a dû attendre Mars pour qu’il dispute sa première titularisation, à la place d’un Courtney Lee endeuillé, à l’occasion d’une petite raclée prise au Moda Center de Portland (111-87). Si Ntilikina réalise une performance plutôt bonne défensivement mais frustrante offensivement au bout de 28 minutes, il faudra attendre la toute fin de saison pour que Ntilikina nous donne rendez-vous pour l’année prochaine. Avec du temps de jeu avoisinant parfois la quarantaine de minutes, le rookie montre son potentiel offensif avec quelques matchs au-dessus de la barre des dix points, comme contre Charlotte le 17 mars avec 15 points, ou encore ses deux dernières rencontres avec Cleveland (encore eux), avec 17 points, 6 rebonds, 5 passes lors de la première confrontation entre les deux franchises, et de 16 points, 4 rebonds, idem pour les assists sur la seconde, histoire de bien conclure une première saison.

Que retenir finalement ? Une arrivée dans un contexte complexe, des blessures de l’été dernier à ses deux meilleures performances de la saison, en passant par sa – légère – confrontation avec LeBron James, son Rising Star [6 points, 4 rebonds, 5 passes, 3 interceptions en sortie de banc et 18 minutes de jeu], la première saison aura été mouvementé pour Frank, de bonne augure pour la prochaine saison, sous la tête d’un nouveau coach.

Sous les ordres de Fizdale, quid de son implication ?

11 avril 2018 : « Merci, au revoir ». C’est probablement ce qu’ont dû dire Scott Perry et Steve Mills, respectivement General Manager et Président de la franchise, à Jeff Hornacek, deux saison après son arrivée. Il faut dire que le bilan était médiocre sur le banc des orange and blues : 59 victoires pour 104 défaites, une équipe peu aidée par les blessures à répétition de sa star mais aussi par les systèmes et choix de l’ancien coach des Suns, dont l’utilisation de Frank Ntilikina, qui n’aura connu que neuf titularisations cette saison, la plupart en fin de saison, fit grincer quelques dents. La dernière trace de Phil Jackson s’en va et le nouveau management décide de faire confiance à l’ancien coach des Grizzlies, David Fizdale. Back to business, mais genre rapidement. Moins d’un an après son licenciement et l’imbroglio autour avec Marc Gasol, l’ancien assistant d’Erik Spoelstra du temps du Big Three est de retour avec un défi de taille : remettre les Knicks sur le chemin des Playoffs. C’est pas l’ambition qui l’étouffe en tout cas, lui qui parle déjà de bagues NBA avec Kristaps Porzingis lors de sa récente visite en Lettonie. Néanmoins, Fiz’ a déjà une idée de ce qu’il veut faire avec cette équipe. « Ici, je vois des athlètes, de la rapidité, de la dureté physique. Je veux que nous remontions le terrain, que nous partagions le ballon, que nous attaquions le cercle. Mais rien de tout cela ne pourra être fait si nous ne devenons pas une bonne équipe défensivement. Nous allons exercer une pression constante et imposer un style de jeu physique » déclare t-il lors de la conference de presse d’introduction traditionnelle. Concrètement : David veut se baser sur une bonne défense pour mieux attaquer par la suite, par de la « rapidité » avec des remontées de balle plus vives et des contre attaques cinglantes, mais aussi de la dureté physique, défensivement donc, mais aussi sur les phases offensives à base de pénétrations dans la raquette. Une idée de base solide et logique où Frank Ntilikina aura son importance.

Car oui, le jeune meneur de 20 ans peut convenir à un modèle de ce genre. Mieux, il peut carrément devenir une base primordiale dans l’effectif des Knicks version Fizdale. Ntilikina doit encore lutter pour une place de titulaire à la mène, voire en poste deux du haut de son mètre 98, il aura la capacité de montrer ses progrès. Conscient qu’il devait taffer cet été, le French Prince est revenu à New York le 21 mai dernier, motivé et prêt comme il le déclare au New York Post : « J’ai gagné en muscle et je suis plus lourd. J’ai passé beaucoup de temps à travailler sur mon corps en France. Je progresse et je suis plus à l’aise avec mes skills et mon corps. J’ai eu l’occasion de maximiser mon temps et de travailler sur mon corps, ce que je n’avais pas eu le temps de faire pendant la saison. Je suis revenu encore plus motivé et avec beaucoup d’énergie« . Dés son retour, le sophomore n’a pas trainé. À peine quelques jours plus tard, on l’aperçoit sur quelques vidéos s’entraînant avec Chris Brickley, qui a notamment déjà fait des sessions avec Enes Kanter, Hardaway Jr mais aussi avec Kevin Durant, Carmelo Anthony ou encore Joel Embiid. Ancien employé des Knicks, devenu entraîneur personnel, Brickley se concentre surtout sur cette agressivité qui manque encore au knickerbocker.

« L’une de nos concentrations principales après cette saison est qu’il puisse être agressif. » ajoute-t-il au site web spécialisé dans le sport américain, The Athletic. « Je le stresse en lui répétant que plus il sera agressif et plus les choses deviendront faciles. On travaille donc sur cet état d’esprit agressif qui se ressentira dans son tir, dans son handling et dans toute la polyvalence de son jeu. Une chose que nous avons travaillée pendant la Summer League, ce sont les situations où un adversaire plus petit que lui défend. Je lui demandais de pénétrer, de jouer en pivot et de shooter par dessus ces petits arrières. Il s’en est très bien sorti. Je pense qu’il a un gros avantage, notamment défensivement. Je pense que coach Fizdale va lui permettre d’être plus agressif. Frank a besoin de quelqu’un qui croit en lui et qui lui donne sa confiance.« 

Cette confiance, Fizdale peut la lui apporter. Apprécié par ses pairs aux Knicks, le coach est constamment au contact de ses joueurs et sans nul doute qu’il prend à coeur le développement du jeune français. C’est d’ailleurs l’un des points primordiaux mis sur le tapis lors de son recrutement en tant que coach, rapporte Ian Begley, reporter ESPN sur la franchise aux deux bagues : l’utilisation de Frank Ntilikina. Ainsi, les feux sont au vert pour le jeune meneur, attendu dés le premier match de la saison 2018-2019. Dans une sorte de système Tall Ball ? C’est l’idée exprimé par Fizdale durant la Summer League de Vegas : prendre avantage de la grande taille de ses joueurs pour défendre au mieux, avec Ntilikina à la mène et par séquence Porzingis au poste 3 (!), Kevin Knox en 2 et le duo Kanter/Robinson dans la raquette entre temps. Une idée qui a potentiellement du bon, mais hors du temps à l’heure d’une NBA où le jeu rapide et le small ball est omniprésent. Idée bonne ou pas, dans tous les cas Frank est dans les plans du management, c’est désormais à lui de saisir sa chance dès cette saison pour step up. Cela a commencé dés la dernière Summer League à Vegas, avec 11 points et 5,5 passes de moyenne sur deux matchs. De quoi se dégourdir les jambes, en attendant le mois d’octobre. Cela continue en ce moment avec la pré-saison. Ntilikina n’aura pas été titulaire sur les trois premiers matchs contre Washington, Brooklyn et New Orleans – contrairement à Burke et Mudiay. Néanmoins, il aura montré quelques belles actions comme ses contres sur Spencer Dinwiddie ou encore quelques bribes d’agressivité offensive. Un énorme dunk, un spin move… On sent plus d’assurance en lui, ce sera à confirmer dés le début de saison, le 18 octobre contre les Hawks. Et si Fizdale hésite encore à le mettre titulaire avant la fin de la présaison, il souligne tout de même l’importance du sophomore, surtout aux côtés de manieurs de ballons : « Je crois en lui comme meneur, mais il y a beaucoup de manieurs de ballon dans le roster. J’aime ce que montre Frank quand il est dans un line-up avec d’autres manieurs de ballon. Il nous apporte une telle plus-value avec sa longueur, sa taille et sa capacité à orchestrer un peu le jeu, que j’aime l’avoir sur le terrain dans ce contexte. Si je veux, je peux le faire défendre sur un poste 3. C’est un sacré luxe pour moi. Avec les autres meneurs que l’on a, je dispose d’une variété importante dans les line-up. Parfois, je mettrai Frank avec Kevin Knox, Mario Hezonja, Lance Thomas et Mitchell Robinson » Nous voilà prévenu.

2018-2019, la saison de Ntilikina ? Potentiellement oui. S’il n’a pas l’air d’être dans les plans pour commencer les rencontres dés le début de saison, sa simple présence est un atout important pour Fitdale qui aura à coeur de l’utiliser à bon escient. Le français risque d’être un maillon important des Knicks cette saison, encore plus si ses progrès offensifs se font ressentir. Dés le 18 octobre, nous aurons dés débuts de réponses, mais sans nul doute que le French Prince veut s’installer durablement chez les Knicks, et qu’il aura trouvé son « Oncle Fiz ».