Dans bien des cas, début de saison rime avec approximation, hésitation et acclimatation – quant à l’auteur de ces lignes, ça rime surtout avec humiliation mais c’est une autre histoire. Les joueurs NBA ne chôment pas durant l’été mais les changements de coach, les transferts et autres bouleversements qui peuvent avoir lieu durant cette période sont parfois la source d’un certain nombre de tâtonnements en début de saison, tant et si bien qu’il n’est pas rare de voir des joueurs ou des équipes galérer sur les premières semaines avant d’afficher un niveau digne de leur standing, et remettre à leur place des intrus qui profitent de ce phénomène pour gagner de manière trompeuse (voir Orlando Magic, saison 2017-2018).

Et puis il y a des fois où, dès l’ouverture, on comprend que les vacances sont terminées. Méchamment terminées même. Retour sur ces opening nights où les superstars de la ligue ont montré qu’ils n’avaient pas le time, comme la grande parolière Zaho.


Dale Ellis, 04/11/1988 : nostalgiques des Sonics, sortez les mouchoirs

On commence dans l’originalité puisque Dale Ellis est le seul joueur de cet article qui n’est pas (ou ne sera pas) au Hall Of Fame. Non mais restez, ne soyez pas élitistes, ça vaut la peine. Car la perf de ce bon Dale en ce 4 novembre, ce n’est pas de la perf de bas étage. Ce n’est pas du « allez hop je balance 25 points et je rentre à la maison ». Non non non.

Transféré à Seattle après 3 saisons d’un remarquable anonymat à Dallas, Ellis explose totalement dans le Wasington, voyant ses stats passer de 7.1 à 24.9 pts par match. Fait incroyable, cela lui vaudra le trophée de Most Improved Player. Durant ses 4 saisons dans la ville de Starbucks, il sera bien au-dessus des 20 points de moyenne, mais son chef d’oeuvre restera à coup sûr la saison 1988-1989. Et il n’a pas mis longtemps à nous le faire savoir.

Les Sonics se rendent dans l’Utah pour le premier match, un adversaire redoutable avec son duo fameux que l’on retrouvera plus loin. Seattle n’est pas nécessairement donné gagnant mais ça, Ellis s’en balace royalement. Dans le registre du shooteur en sortie d’écran, il n’est certes pas le plus talentueux de tous les temps, mais il a largement de quoi prendre feu contre n’importe quel opposant, et c’est exactement ce qu’il va se passer. Sobrement, en catch and shoot, aidé d’une grosse production sur la ligne des lancers, il met le feu à la défense mormonne avec 46 points, offrant en prime la victoire aux siens. 46 points mais un seul panier à 3 points hein, parce que c’est plus drôle et puis c’est les années 80 (même si Ellis était loin d’être un manchot dans l’exercice). Quoi qu’il en soit, poser un carton pareil dès le premier match, à l’extérieur, sur le parquet de la meilleure défense du pays, ce n’est certainement pas à la portée de tout le monde. Le coup d’envoi idéal pour un exercice qui le verra honoré de sa seule et unique sélection au All-Star Game et dans la All-NBA 3rd team.

Comme nous n’avons pas réussi à trouver des vidéos d’archive de ce match, merci de vous consoler avec cette photo de Dalle Ellis touchant ses pieds avec ses doigts :


Michael Jordan, 03/11/1989 : bah dis donc, c’est étonnant

Quand on retrace l’histoire de la NBA et que l’on inclut la période 1984-1998 dans ses recherches, il n’est pas rare que le nom « Jordan » fasse surface. Mais alors quand on s’intéresse aux meilleures opening nights des 30 dernières années et que l’on voit que pour ouvrir la saison 1989-1990, les Bulls affrontaient les Cleveland Cavaliers, on est certain d’avoir touché le jackpot.

Car voyez-vous, sa majesté avait une fâcheuse tendance à faire de la ville de Cleveland son paillasson personnel. Vous connaissez certainement The Shot, ce buzzer beater légendaire planté par MJ sur la tête du pauvre Craig Ehlo qui pensait avoir donné la victoire aux siens quelques instants plus tôt. En tout, Jordan et ses Bulls élimineront les Cavs trois fois – plus une en 1994, sans Jordan, pour faire bonne mesure. Il y eut également ce soir de 1990 où Jordan vint dans l’Ohio pour signer son record de points en carrière avec 69 unités. Et donc, ce 3 novembre 1989.

Ce qu’il y a de fascinant, c’est de constater les raffinements de cruauté que le scénario réserve aux Cavs à chaque fois. Comme lors de The Shot, Cleveland a la victoire dans les mains. L’avance est de 10 points à environ 5 minutes du terme et encore 7 points à 2 minutes 30. Jordan score à foison mais Ron Harper répond bien et les hommes de Lenny Wilkens semblent être sur la bonne voie. Mais les Bulls, menés par Jordan, vont réaliser un retour furieux. Les locaux grignotent, devant des spectateurs qui montent en pression bien comme il faut. Fidèle à lui-même, Jordan ne rate absolument rien dans ce money time. En face, c’est la panique totale, le rookie Chucky Brown foire totalement sa passe pour Craig Ehlo et Jordan a l’occasion de ramener les siens à 1 point à 25 secondes de la fin, occasion qu’il saisit évidemment. Au jeu des lancers francs, Cleveland gaspille des occasions de se mettre définitivement à l’abri et Jordan égalise à 3 secondes de la fin. Prolongation, mais avec un momentum aussi monstrueux à leur avantage, les Bulls ne rateront pas le coche. Nouvelle désillusion terrible pour les Cavs et nouveau carnage de Jordan : 54 points, 14 rebonds, 6 passes décisives.


Karl Malone et John Stockton, 03/11/1989 : bah dis donc, c’est étonnant, volume 2

On ne présente plus John Stockton et Karl Malone, l’un des duos les plus iconiques que la ligue ait connus. Résumer leur carrière sur 5 lignes dans cet article serait une insulte, voilà pourquoi nous nous y refusons (et aussi parce que c’est littéralement impossible).

Avant de goûter aux finales en 1997 et 1998, Malone et Stockton ont longtemps oeuvré dans l’ombre (dit moins gentiment, ils se faisaient dégager assez tôt en playoffs), enchaînant les sélections au All-Star Game et les saisons à plus de 25 points de moyenne pour l’un et plus de 10 passes décisives de moyenne pour l’autre. Bien évidemment, avec une telle production, les cartons combinés ont été nombreux, comme lors de ce match d’ouverture de la saison 1989-1990 contre Denver – adversaire plutôt adapté à la réalisation de grosses performances offensives à cette époque. Quand tu joues 1349 possessions par match, tu as tendance à encaisser un peu plus de points que la moyenne.

Dans un match joué sur un rythme élevé grâce au run’n’gun imposé par les Nuggets, les deux larrons vont se gaver, chacun dans son style de prédilection. C’est ainsi que John Stockton illumine le match de sa science du jeu avec 23 points assortis de 19 passes décisives, aidant Karl Malone dans son entreprise de démolition soldée par 40 points et 16 rebonds. Oui, c’est un véritable cataclysme qui s’abat sur les Nuggets ce soir-là. Pick and roll, jeu au poste bas, contre-attaque sur interception de Stockton, la recette est toujours la même mais la recette fonctionne toujours aussi bien. Une soirée bien loin d’être inhabituelle pour un duo qui, à défaut de titres, a marqué les statistiques NBA de son empreinte (bon ok ce soir-là c’était quand même très très violent). Il suffit de jeter un oeil aux statistiques de l’un et de l’autre pour s’en convaincre. Une telle régularité dans l’excellence, c’est absolument stupéfiant.

Pour vous donner une idée de la qualité du sommeil des Nuggets après ce match, veuillez jeter un oeil au premier dunk de cette séquence :


Clyde Drexler, 01/11/1996 : ah, enfin un peu de scandale

Amateurs de complots en tous genres, installez-vous confortablement car nous allons maintenant poser une question qui fâche : Clyde Drexler s’est-il fait voler un quadruple-double ?

Nous sommes le 1er novembre 1996. Clyde Drexler et les Rockets repartent à l’assaut du titre après l’avoir perdu l’année précédente. Le Big 3 Barkley-Drexler-Olajuwon est vieillissant mais possède encore de beaux restes, ce que The Glide montre dès la rencontre inaugurale face aux Kings, où il sera littéralement au four et au moulin. Ne tournons pas autour du pot pendant deux heures et balançons la ligne de stat immédiatement pour calmer tout le monde : 25 points, 10 rebonds, 10 interceptions et 9 passes décisives. Du très lourd voire du dantesque pour un joueur de 34 ans qui entame sa 14e saison. Pourtant, on est certain que votre oeil aiguisé aura repéré ce détail embêtant et vous aura fait vous exclamer : « Ah c’est con ! Il lui manque juste une passe pour le quadruple-double, c’est hyper rare comme truc en plus ».

Et vous posez le doigt sur un réel problème, car beaucoup pensent que Drexler s’est fait arnaquer. L’arrière aurait bien fait 10 passes décisives au lieu de 9. L’action incriminée se passe à 2 minutes 26 de la vidéo suivante :

Il est clair que l’on a vu des passes décisives comptabilisées pour moins que ça. C’est d’autant plus rageant que Drexler avait déjà frôlé l’exploit 10 ans plus tôt, échouant à un rebond du quadruple-double (26 pts 11 ast 10 int 9 rbds). Vraiment maudit le Clyde.

Alors, erreur de jugement ? Volonté manifeste d’empêcher The Glide d’entrer dans l’histoire ? Les reptiliens contrôlent-ils les statistiques de la NBA ? Nul ne le sait. Quoi qu’il en soit, si ce match n’a pas permis à Clyde Drexler de marquer un peu plus les annales de la ligue (ne vous en faites pas pour lui, c’est déjà pas mal de ce côté-là), il lui a valu de paraître dans cet article, ce qui constitue un honneur nettement supérieur, quand on y pense.


Kobe Bryant, 30/10/2007 : le Mamba contre le reste du monde

Après le départ du Shaq et de Phil Jackson en 2004, on peut résumer les Lakers ainsi : Kobe score des camions de points dans un océan de médiocrité débouchant au mieux sur une élimination au premier tour.

Si l’on passe outre ce constat sportif peu reluisant et que l’on considère uniquement l’aspect « artistique » de la chose, force est de constater que l’on a assisté à des exploits qui ont marqué l’imaginaire collectif : les 81 points contre Toronto, les 62 points en 3 quart-temps face à Dallas, ce buzzer-beater lunaire pour assassiner les Suns en playoffs… Kobe est – individuellement – au sommet, et le prouve soir après soir.

Ce premier match de la saison 2007-2008 nous laisse à penser que le one man show repart en tournée. Certes, Phil Jackson est revenu aux commandes et Derek Fisher l’a suivi, mais l’effectif est tellement loin de celui d’un candidat au titre – les titulaires autour de Fisher et Kobe se nommant ce soir-là Luke Walton, Ronny Turiaf, et la légende Kwame Brown – que l’on s’attend encore à voir Kobe se démener soir après soir pour amener l’équipe en playoffs tout seul. Et c’est ce qu’il fait face à Houston, dans le plus pur style du Mamba : 45 points à 13/32 (soit 42% des tirs pris par l’équipe), 8 rebonds et 4 passes. Kobe inscrit quasiment la moitié des points des Lakers à lui tout seul, mais LA s’incline 95-93. Bryant a beau enchaîner les paniers tous plus impossibles les uns que les autres, Tracy McGrady est lui aussi incandescent, et c’est Shane Battier qui crucifie les Lakers à 3 points.

Une soirée comme tant d’autres passées et tant d’autres à venir, se dit-on alors. Pourtant, les Lakers feront l’acquisition de Pau Gasol quelques mois plus tard, et atteindront les finales…


Anthony Davis, 28/10/2014 : spoiler alert, ce ne sera pas la dernière fois

Anthony Davis entame sa 3e saison NBA. Après avoir décroché sa première sélection au All-Star Game et tourné en 20-10 en 2013-2014, l’objectif est simple : continuer à monter en puissance et se faire une place plus grande dans le gratin de la ligue, avec pourquoi pas une petite qualification en playoffs en prime.

Cet objectif, le Pelican le prend manifestement très au sérieux puisqu’il va, dès l’ouverture de cette saison 2014-2015, marcher sur la tronche de la pauvre raquette d’Orlando de passage à New Orleans : 26 points, 17 rebonds et 9 contres. Il meurt à un contre du triple-double, mais le noircissage de la feuille de stat est d’une violence extrême (oui parce que 9 contres ça n’arrive pas non plus tous les 4 matins quoi). Au delà du combo points – rebonds déjà bien salé, c’est véritablement cette stat qui démontre l’impact monstrueux de Davis sur ce match. Il est un véritable épouvantail dans la raquette, puisqu’au delà des contres, il change la trajectoire d’une bonne quantité de tirs par sa seule présence, entraînant nombre de stops défensifs et de contre-attaques à même d’assomer Orlando qui lâche prise en fin de 3e quart-temps. Une démonstration défensive qui va parfaitement lancer la saison de New Orleans. Si l’intérieur souhaitait taper du poing sur la table et annoncer la couleur à tout le monde, il n’aurait pas pu mieux s’y prendre.

Au cours de l’exercice, Davis verra ses moyennes grimper à 24.4 pts et 10.2 rbds, à 53.5% au tir, lui permettant d’être sélectionné dans la All-NBA 1st team pour la première fois de sa carrière. Dans son sillage, les Pelicans atteindront les playoffs – où ils subiront les foudres de notre client suivant.


Stephen Curry, 27/10/2015 : Prélude au chef d’oeuvre

Pouvait-il en être autrement ? L’une des – sinon la – meilleures saisons individuelles de l’histoire pouvait elle commencer autrement que par un carton ? Bien sûr que non.

Auréolé de son premier titre de champion et de son premier trophée de MVP, Stephen Curry démarre la saison 2015-2016 dans un contexte que l’on pourrait qualifier de « plutôt sympathique ». Pourtant, le monde de la NBA gronde : les Warriors ont profité des blessures de leurs adversaires, le titre est usurpé, si Kyrie avait été là, et la marmotte et tout ça. Autant dire que le MVP en titre a une belle cible sur le dos. La cible, justement, il va la trouver. 402 fois pour être exact.

Personne n’était préparé à la déflagration. Tous les superlatifs ont déjà été employés, on va donc juste se contenter de vous rappeler les stats : 30.1 pts, 6.7 passes, 5.4 rbds, 2.1 int, à 50.4% au tir, 45.4% à 3 points et 90.8% sur la ligne. Stephen Curry va mettre le feu à toutes les défenses et celle des Pelicans sera la première à subir la foudre. Oui parce que quand vous plantez 24 points dès le premier quart-temps, on peut commencer à parler de foudre. Dans son style caractéristique – une sélection de tirs qui serait considérée comme immonde pour 99% des mortels mais qui font ficelle chez lui et une capacité de finition près du cercle passée bien trop souvent sous silence – Curry fait s’embraser l’Oracle Arena, comme il l’a déjà fait et le refera à de multiples reprises. Les Pelicans sont dans les cordes et ne peuvent que subir, comme les autres. Le meneur termine la rencontre avec 40 points, 7 passes, 6 rebonds et 2 interceptions. Il enchaîne 4 jours plus tard avec 53 points, toujours sur la tête des Pelicans (oui, il les aime beaucoup). La saison à 73 victoires est en marche.


Anthony Davis, 27/10/2016 : Guess who’s back ? Back again, Davis is back, call 911

Après un exercice au-delà des espérances qui a vu les Pelicans retrouver les playoffs, les attentes pour la saison 2015-2016 sont grandes. Pourtant, celle-ci aura tout du naufrage. 30 petites victoires, aucune chance d’accrocher les playoffs, et le monosourcil le plus célèbre de la ligue qui manque une vingtaine de matchs à cause de pépins physiques. Une bonne vieille année à oublier, et des interrogations pour la suite, notamment sur l’état de santé de Davis. Interrogations qui seront balayées – le mot est faible – en l’espace de 48 minutes.

Ce match d’ouverture 2016-2017 face aux Nuggets sera une allégorie parfaite de la saison de New Orleans : Anthony Davis score comme un psychopathe assoiffé de sang, mais le supporting cast n’est absolument pas suffisant. Malgré le match ahurissant de leur all-star, les Pelicans vont tout de même tomber. Tant pis. Ce que l’histoire retiendra, c’est la démonstration à laquelle les spectateurs du Smoothie King Center ont assistée ce soir-là. Poste bas, poste haut, à mi-distance, en pénétration… Il ne manque qu’un tir à 3 points pour avoir notre complète oeuf-jambon-fromage. Mais on ne saurait limiter cette soirée au scoring. Davis défend, organise le jeu, contre, court, bref, il est absolument partout. Aux côtés des redoutables Tim Frazier, E’Twaun Moore, Solomon Hill et Omer Asik, il est obligé de se démultiplier, ce qui ne semble pas lui poser trop de souci. Résultat : 50 points, 16 rebonds, 7 interceptions, 5 passes décisives et 4 contres. Une performance dantesque qui le place comme l’un des 4 joueurs à avoir inscrit 50 points ou plus en ouverture (les autres étant Elgin Baylor, Wilt Chamberlain et Michael Jordan, une belle brochette de brêles donc), et le seul à plus de 45 points, 15 rebonds, 5 passes et 5 interceptions en un match (depuis l’introduction des interceptions dans les stats, en 1973). Proprement terrifiant.