J’avais commencé ma preview des Cavs en faisant un parallèle foireux entre la situation de Tyronn Lue et celle d’Ichabod Crane parti enquêter sur le mystère d’un cavalier coupeur de tête en me disant qu’à défaut d’être pertinent ce serait drôle… Hé ben en fait je suis un visionnaire !

C’est dimanche matin que les 1ères infos arrivent via The Athletic et Joe Vardon, Koby Altman aurait convoqué T.Lue dans son bureau pour lui donner son C4. Les minutes passent et les gros comptes de news NBA font écho eux aussi de l’info pour finalement être officialisé en début de soirée par Cleveland. Bien évidemment des scènes de liesse s’emparent de Twitter (je ne fus pas en reste je l’avoue) même si virer quelqu’un peut être bénéfique, ça ne résout pas tout. Donc ce matin en écrivant cet article mon objectif est clair : faire le tri, se souvenir et anticiper. One! Two! Three! Cleveland!

Souviens toi de juin 2016

Ce qui m’a le plus choqué en lisant les articles sur le licenciement de Lue ce sont les mots choisis par les auteurs, certains allant même jusqu’à l’insulte ou la moquerie sur le physique. Mais qu’on ne s’y trompe pas, dans le titre de 2016, il est impossible que Tyronn Lue n’ait pas eu d’impact. Pour remonter les Warriors de 3-1, au-delà de la tactique, il faut aussi vendre à ses joueurs que c’est possible, être un bon meneur d’homme. Comme pour Kyrie et LeBron, on peut choisir de garder les bons ou les mauvais souvenirs lors de leurs départs. Il ne doit pas en être autrement dans ce cas. Tyronn Lue est champion NBA en 2016 point, ça ne se discute pas. Ca me semblait important de remettre ceci en mémoire des gens qui ont toujours plus de facilité à sortir la 22 que les roses.

Pourquoi maintenant et pas quand on jouait le titre?

Je pense que c’est la question qui revient le plus souvent et elle est assez légitime.

D’abord parce qu’il ne faut pas oublier qu’en ces temps immémoriaux LeBron faisait la pluie et le beau temps à Cleveland. Sans compter qu’il était en dernière année de contrat et qu’il fallait donc être aux petits soins avec le roi. Tyronn Lue est un choix qu’il a appuyé et surement défendu. Prenons le problème à l’envers : Si à l’aube de la saison 2017-2018, Cleveland avait viré Lue et que LeBron parte quelques mois plus tard aux Lakers, quelles auraient été les réactions ? Quelle logique aurait-on trouvé pour expliquer le départ de LeBron ? Probablement ça. Comme LeBron était perçu aussi comme le coach et leader naturel de l’équipe, pourquoi lui mettre un empêcheur de tourner en rond dans les pattes ?

Joe Vardon a également fait état des reproches adressés à Lue son manque de travail spécifique pour contrer les Warriors l’année passée mais était-ce vraiment la priorité en terme de coaching ou bien était-ce la défense tout simplement ?

On savait que sans LeBron le jeu offensif des Cavs allaient être compliqué et le coaching staff a opté pour du jeu rapide avec des shoots en 1ère intention mais pour faire cela il faut une dose de talent supérieur à celle présente à Cleveland, il faut 10 joueurs complets et capables de jouer ce style de jeu, il faut éviter les soirs où on a 2/3 joueurs qui se loupent et malheureusement aucune de ces conditions n’est remplie pour le moment.

La défense est toujours un bordel sans nom, un jour on switch, un jour on communique pas assez bref rien n’a changé à part le départ de LBJ et c’est bien là le gros soucis de réadaptation de l’équipe.

Une équipe en reconstruction, que celle-ci soit profonde ou non, peut perdre des matchs mais il faut voir comment elle les perd. Pour cela il faut avoir un oeil plus attentif sur le coaching mais des erreurs assez incompréhensibles ont été commises par Lue sur ce début de saison, pas des erreurs suites au départ du King, non les siennes ! Et du coup on peut se demander si cela vaut vraiment la peine de le garder même si les Cavs tankent. Est ce qu’on a envie de voir Sexton et Osman apprendre avec T. Lue comme mentor? Même si on perd une année en mettant un coach interim, est-ce que Cleveland perdra plus de match qu’il n’en perd déjà ?

L’erreur a été de croire qu’il y avait peut-être moyen que ça passe.

On veut du pick mec

Le front office des Cavs n’en parle pas de ce pick simplement parce que le mot tanking n’est pas loin et le mot tanking n’est pas loin de « vider sa salle » Quand on sait que les Cavs sont encore bien enlisés dans la luxury tax, que l’extension de la Q Arena est en cours et est cofinancée par la franchise et qu’on en est à mettre en vente des billets pour le match contre OKC à partir de 3$, on a pas de mal à comprendre pourquoi on parle de compétitivité, tout simplement parce que Cleveland ne peut pas se permettre de vivre une transition à base de course à la loose pendant 3/4 ans comme certaines autres franchises ont pu le faire. La ville n’a pas une population aisée et n’a pas le côté bling-bling de certaines villes donc il faut ménager la chèvre et le chou en ayant paumé le meilleur joueur de la ligue. Qui d’autre en NBA doit faire face à un tel défi ?

On peut tanker mais il y a tout de même des matchs où se prendre une branlée est plus compréhensible que contre Atlanta par exemple.

En parlant des Hawks et de ce fameux pick, remettons les choses au clair. Le pick est protégé top 10 en 2019, au delà de cette place il sera envoyé à Atlanta. Mais si les Cavs gardent le pick en 2019, la sanction se reporte sous la même forme en 2020 et clairement l’Ohio ne va pas se refaire en une année. Passer la draft 2020, les second choix de draft 2021 et 2022 seront pour Atlanta. Donc ce n’est pas une mais deux saisons de tanking qui sont devant les Wine and Gold s’ils veulent ne pas sortir perdant de tout ça. Avec les conditions que j’ai évoquées ci-dessus.

De partout on parle de trader Love mais quel est l’intérêt de trader un all star sous contrat (4 ans dégressifs) après 6 matchs qu’il n’a même pas tous joué ? Attirer une star dans l’Ohio ne sera pas simple. Là il y a un lieutenant et du cash dans pas si longtemps alors Kevin, prend ton temps pour te soigner si tu veux mais pitié pas de trade pour des picks ou des joueurs de seconde zone, les Cavs ont besoin d’autres choses.

T’es pas tout seul

Damon Jones a pris la porte aussi dimanche, assez proche de Lue, l’ancien joueur de la franchise a soit choisi de suivre Lue soit purement et simplement licencié en tant que co-responsable du naufrage des Cavs. Pourtant tout le monde s’accorde à dire que la défense est le noeud du problème et pourtant le coordinateur défensif est toujours là : Mike Longabardi. Et c’est constatant ce manque de logique qu’on peut parler de ce qui semble être la base de la séparation.

Toujours selon Joe Vardon, le front office voulait donner la pleine parole aux jeunes, relaguant J.R Smith et Kyle Korver sur le fin fond du banc. Après quelques matchs d’essai, Tyronn Lue réintègre les « vieux » dans la rotation, on connait le resultat et on se retrouve donc avec un GM qui veut aller de l’avant et un coach qui veut ménager certains joueurs en leur donnant du temps de jeu, J.R en profitant pour redemander aux gens sur Instagram ce que signifiait encore la loyauté entre une franchise et un joueur. Ambiance.

Le duel entre Koby Altman et Tyronn Lue n’avait dès lors qu’une issue possible.

En attendant c’est Larry Drew, l’assistant coach en chef, qui hérite d’un groupe scindé en deux clans, sans système défensif et avec une poignée de systèmes offensifs avec 76 matchs devant lui. Sans oublier un Kevin Love blessé qui semble être parti pour un bon séjour à l’infirmerie. Bon courage Larry. Pas folle la guêpe, celui-ci a demandé des garanties (contrat de 2 ans minimum) pour accepter le poste.

Who the fuck is Larry Drew ?

Après plusieurs postes en assistant coach (Lakers, Pistons, Wizards, Nets et Hawks), il est engagé comme coach principal chez les Aigles. Durant trois saisons ils les emmènent en PO avec une demi finale de conférence comme meilleur résultat. En 2013, il part coacher la bande à Brandon Knight du côté des Bucks et là c’est une autre ambiance, 15 victoires sur la saison. Jason Kidd viendra ensuite le relayer. Durant la période de maladie de Lue la saison dernière, c’est lui qui coachait l’équipe avec un bilan de 8v-1d sans avoir apporté un éclair de génie, il y avait moins d’erreurs notamment sur les rotations et les prises de temps mort. Pour le moment il est nommé coach intérim en attendant de voir ce que les Cavs ont en tête pour la suite.

Qui est en charge ici ?

Maintenir Larry Drew en place toute la saison ne serait pas idiot en soit mais est-il à même d’amener sur la table alors qu’il faisait partie du coaching staff précédent. Du côté des joueurs on assure une continuité mais est-ce dont ils ont besoin ? De l’autre Larry avait peut-être des idées inexploitées par Lue et qu’il pourra exposer pour tester sa méthode sur un noyau qu’il connait bien. On reste dans un milieu où les places sont chères et où on peut être tenté de regarder quelqu’un qui occupe un poste que l’on convoite se ramasser sans lui porter assistance. C’est pas très Coubertin mais ça s’est déjà vu.

D’autres noms pourraient remonter à la surface : David Blatt pour un comeback sans le méchant LeBron, Stan Van Gundy et Frank Vogel qui sortent d’expériences traumatisantes, Jerry Stackhouse, Stephen Silas, un assistant des Spurs qui ne s’est pas barré, Jay Wright,… une foule de nom qui n’inspire pas toujours et qui fait regretter les disponibilités de Budenholzer, Fitzdale, Casey entre autre durant l’été.

Bref, on y voit pas encore très clair mais nul doute que les langues vont se délier comme à chaque fois. Il faudra faire le ménage dans ce noyau aussi avec les probables buyouts de Hill, Smith et tenter de trader Clarkson, Korver et Thompson. Koby a allumé le feu, il va maintenant falloir le contrôler et l’éteindre. Il fallait le faire, il n’y a jamais de bon timing pour virer un coach, il s’agit surtout de ne pas se tromper sur le suivant au risque de voir l’Ohio s’enfoncer dans le lac Erié.