LeBron James. Kawhi Leonard. Les noms convoités par les 76ers l’été dernier étaient des plus prestigieux.

Malheureusement, Brett Brown et son équipe firent l’amère expérience du fait qu’avoir de l’argent disponible ne garantit rien de plus que le droit d’aller courtiser les meilleurs agents libres.

Vu que les 76ers ont terminé leur été avec seulement 66M de dollars d’engagés sur la saison 2019-2020, on aurait pu penser que le front office nouvellement dirigé par Elton Brand allait passer son tour et tenter sa dernière chance sur le marché des agents libres en espérant recruter Kawhi Leonard, Kevin Durant, Klay Thompson ou encore.. Jimmy Butler.

C’est donc fait, la pièce est finie (ceux qui ont la référence ont mon respect le plus profond), l’ex star des Bulls est partie du Minnesota et va poser ses valises dans la ville de Rocky. Ça tombe bien, on aime bien les gladiateurs par ici.

Plus qu’une réflexion un peu brute sur le transfert en lui-même, il semble plus intéressant de se demander comment cet événement s’insère dans le contexte du début de saison compliqué des 76ers et si ce deal n’en appelle finalement pas d’autres.

Avant toute analyse au fond, commençons par étudier comment les pièces ont bougé sur l’échiquier depuis la fin de saison dernière.

Genèse d’un transfert

Prenons les pièces principales du deal côté 76ers. Exit donc les Jerryd Bayless et Justin Patton (4min jouées en deux ans). Le cas de Butler sera traité plus bas. Un mot sur Patton cependant : malgré ses déboires, il reste un prospect assez intéressant qui peut pourquoi pas devenir à moyen terme le remplaçant attitré de Joel Embiid.

Robert Covington est l’archétype du super 3&D que tout le monde s’arrache et ce pour plusieurs raisons :

Physiquement, il a tous les attributs du wing defender moderne : grand, long et tanké comme un running back NFL.

Défensivement, on parle là d’un soldat, d’un vrai dur à cuire qui n’a peur de rien. Son parcours parle pour lui : non-drafté, passé par la D-League, il s’est arraché tous les jours et ce travail acharné lui a valu d’être récompensé l’an passé par une sélection dans la 1st All-Defensive Team.

Offensivement, notre ami ophiophile ne faisait pratiquement que du catch and shoot : 65% de ses tirs étaient pris de cette manière et il prenait plus de 75% de ses tirs sans poser de dribble. Tout cela pour un joli 60% aux tirs effectifs dans ce domaine. Ne vous y trompez pas malgré tout : Covington est essentiellement adroit sur transition (45% à 3 pts en transition) mais n’est pas franchement un sniper une fois que le jeu est installé sur demi-terrain (30% de réussite derrière l’arc dans cette configuration).

Vous l’aurez compris, c’est un attaquant extrêmement unidimensionnel : c’est un slasher très moyen voire franchement mauvais, chez qui la finition est un gros point noir et qui est absolument incapable de se créer son tir. Il ne vous aura sans doute pas non plus échappé qu’il est inutile d’espérer le voir forcer un switch ou attaquer efficacement un mismatch.

Ces limites ont coûté beaucoup trop cher aux 76ers durant la série contre les Celtics pour des raisons simples : Simmons étant bloqué, lui et le reste de l’armée de shooteurs unidimensionnels de Philadelphie se sont retrouvés complètement paralysés et l’attaque des Sixers avec eux. Le front office l’a bien compris : même avec ses énormes qualités défensives, Covington constituait de facto une grosse limite de cet effectif pour attaquer efficacement en playoffs.

Malgré toutes ces limites, comment se fait-il que l’ancien soldat de Philly soit un profil ultra convoité et aie la réputation d’être LE role player que tout le monde veut dans son équipe ?

La réponse est assez simple: c’est parce que malgré toutes ces limites, Robert Covington reste un joueur à l’impact incroyablement puissant sur son équipe : en effet, l’an passé, le true on/off (stat avancée produite par 82games.com) du néo Wolf était non seulement le plus élevé de toute l’équipe mais aussi de toute la NBA avec +15,7 ! Et ce devant… son désormais ancien coéquipier Joel Embiid (+15,3) et.. son futur coéquipier Karl-Anthony Towns (15). Eh oui, parfois le destin est taquin, même du point de vue des stats avancées…

Pour en revenir sur ce true on/off, pour vous donner une idée, la moyenne des joueurs NBA se situe entre +2 et -4. Ajoutez à cela que le nouvel acolyte du KAT a un impact incroyable au niveau des balles perdues des deux côtés du terrain puisque quand il est sur le terrain il fait baisser le pourcentage de balles perdues de son équipes de -3,6% tout en augmentant celui de l’adversaire de +2,6%, ce qui est tout simplement énorme et le classe 95e et 85e percentile dans ces domaines.

Dernier ensemble statistique, peut-être de loin le plus impressionnant: Robert Covington, était, selon cleaningtheglass.com, respectivement dans le 99e et le 95e percentile au niveau des points accordés par son équipe quand il est sur le terrain (-11,4 en 17-18 et -8,5 en 16-17) tout en étant dans le 98e et 87e percentile au niveau des points marqués par son équipe dès lors qu’il est présent sur le parquet (+15,9 en 17-18 et +7,7 en 16-17).

On a donc là un joueur qui, malgré ses limites, parvient à avoir un impact démentiel sur son équipe sans beaucoup utiliser le ballon. Vous vous demandez encore pourquoi tout le monde s’arrache ce genre de joueur ?

Vu la grande qualité de son contrat et l’énorme valeur sur le marché des joueurs de ce profil, il n’est donc pas très surprenant de voir le charmeur de serpents utilisé comme monnaie d’échange pour récupérer un joueur de calibre supérieur.

Parlons maintenant de Dario Saric.

Tremble Kirk Cousins ! Un nouveau quarterback débarque à Minneapolis !

Pour ceux qui n’auraient que peu voire pas du tout vu jouer Super Dario, il s’agit d’un joueur assez typique des pays situés sur les rives de l’Adriatique : ultra talentueux, doté d’un énorme QI basket, possédant une super vision du jeu et une grande qualité de passe, le tout dans un physique de plombier.

L’an passé, outre ses qualités naturelles de glue guy, Saric s’est mué en spot-up shooter très efficace, tournant à plus de 58% aux tirs réels !

Nul besoin d’aller chercher bien loin pour voir les limites du croate : Saric fait partie de ces joueurs qui s’en prenaient, s’en prennent et s’en prendront toujours plein la poire physiquement. Malgré cela, impossible de l’accuser de d’être un joueur soft : le croate est lui aussi un vrai guerrier et un dur au mal. S’il était aussi apprécié du côté de Philadelphie, c’est en partie parce que, comme Covington, il ne rechigne que rarement à aller au combat et ne se plaint jamais d’avoir pris des coups.

Pourquoi Elton Brand et son équipe ont-ils accepté de se séparer d’un tel facilitateur ?

Plusieurs raisons à cela : Philly était dans une configuration où ils auraient dû payer Saric ET Simmons à l’été 2020, ce qui aurait potentiellement posé problème.

Pour finir, sa récente crise de confiance au niveau de son tir durant le premier mois de compétition (45% aux tirs réels) couplée au fait qu’il ne soit pas du tout une menace en 1 contre 1 n’a sûrement pas rassuré les décideurs de la franchise. Pensaient-ils qu’il avait atteint son plafond ? Possible. La piste est tout sauf à écarter d’autant qu’on parle de failles qui, une fois en playoffs, peuvent coûter effroyablement cher.

On enchaîne avec la question de savoir pourquoi le front office pennsylvanien a accepté le deal.

Les besoins des 76ers

Plutôt que de se demander si Butler va fiter avec le reste de l’effectif, si ça va marcher ou non et on en passe, il semble plus à propos d’étudier quelles étaient les lacunes du roster initial et de voir s’il peut y remédier

Même si la balle circule un peu moins que l’an dernier (293 passes contre 344), les 76ers sont toujours l’équipe avec le plus haut pourcentage de paniers issus d’une passe décisive avec 66,7%.

Quand on lit cette stat isolée, on se dit que c’est très bien : l’équipe joue très peu en isolation, n’abuse pas du pick and roll, la balle circule, etc.

Et pourtant.. les 76ers sont la 22e attaque de la ligue. La faute à quoi alors ?

Avant de passer au terrain, faisons un tour aux statistiques.

Deux choses sautent aux yeux. Une réussite à 3 pts très faible (22e, 33%) sur un volume important (11e, 33 tentatives par match) et un nombre affolant de balles perdues (16%, 22e marque NBA avec des pointes à 25-27 balles perdues sur certains matchs).

Individuellement, l’adresse longue distance de certains laisse songeur : Shamet à seulement 33%, Embiid sous les 30%, même Redick est à peine à 35% !

Sur le papier, Redick et Shamet sont censés être des gâchettes parmi les gâchettes. Comment expliquer cette réussite en berne ?

La raison est simple : l’équipe est déséquilibrée, très unidimensionnelle et beaucoup trop prévisible. Un ensemble statistique est tout à fait symptomatique de ce mal : les lineups qui scorent le plus sont aussi celles qui s’en prennent plein la poire de l’autre côté. Dans le même temps, les lineups qui mettent les barbelés sont précisément les mêmes que celles dont l’attaque est anémique. Parmi toutes les escouades utilisées par Brett Brown, deux seulement présentent un semblant d’équilibre.

Côté terrain, on retrouve très facilement l’aspect unidimensionnel et prévisible de l’attaque des 76ers. Avec seulement deux shooteurs fiables derrière l’arc à surveiller, il est très facile pour la défense de les cibler et de faire baisser leurs pourcentages. Le « play recognition » est grandement facilité par le fait que tous les mouvements en périphérie ont 90% de chances d’avoir pour finalité de servir JJ Redick ou Landry Shamet.

Tout cela semble très négatif, mais en l’état les 76ers sont à 9 victoires pour 6 défaites dont la plupart sont largement excusables (Celtics en ouverture, Bucks et Raptors qui marchent sur l’eau, Grizzlies avec seulement 8 joueurs disponibles). Tout n’est donc pas à jeter.

Malgré tous ces voyants au rouge, l’équipe parvient donc à surnager. Quelle en est la raison ?

L’image est plus que symbolique du début de saison : Embiid porte son équipe à bout de bras. Moitié moins de balles perdues, une production qui augmente considérablement tout en étant toujours plus efficace, bref, le franchise player des 76ers fait aujourd’hui figure de prétendant légitime au trophée de MVP et ce n’est rien de le dire.

Entre un Ben Simmons qui patine, un Markelle Fultz qui a besoin de temps et un effectif moins profond que l’an passé, on peut affirmer sans prendre trop de risques que si Joel Embiid ne faisait pas un début de saison tonitruant, on retrouverait les pennsylvaniens au fond du classement : dès qu’il sort, l’attaque bégaye. Plus que bégayer, elle en devient carrément anémique. Et cela, Elton Brand et son équipe ne pouvaient plus le tolérer.

Allez, on en profite pour troller un peu. La bise à Pistons France.

https://twitter.com/PistonsFR/status/1060540343081451521

Revenons à ce qui pose problème à Philly.

Les 76ers attendaient de Markelle Fultz qu’il donne un coup d’accélérateur au chantier qu’est le jeu sur pick and roll de l’équipe. Problème, l’ex star des Huskies n’est pas suffisamment avancée dans son développement pour donner l’impulsion attendue. On attendait aussi de lui qu’il soit le gros joueur d’isolation qui faisait cruellement défaut. Manqué là aussi. S’il est déjà le chouchou du public, Fultz n’est tout simplement pas prêt à assumer de grosses responsabilités.

Or, Philadelphie est déjà en mode win now. L’équipe vise rien de moins que les finales NBA et entend bien sortir en vie du carré de la mort composé d’eux mêmes, des Celtics ainsi que des Raptors et des Bucks.

Il fallait donc faire un sacrifice pour augmenter le plafond de l’équipe et la rendre moins dépendante à la fois de Joel Embiid et de la qualité de son exécution.

C’est là qu’on en arrive à l’hypothèse de faire venir Jimmy Butler.

A première vue, sa venue permet de rehausser drastiquement le plafond offensif de l’équipe tout en blindant encore plus la défense. En effet, outre des qualités défensives d’élite, le désormais ex guerrier des Wolves peut se targuer d’être un des attaquants les plus complets de la ligue et un compétiteur unique.

Avant d’entrer dans le fond, il faut discuter du sujet le plus préoccupant : la mentalité de Butler va-t-elle coller avec elle de ses nouveaux coéquipiers ?

L’ancien maître de Tom Thibodeau reprochait à ses jeunes coéquipiers leur manque de travail, leur manque d’implication et globalement leur manque de combativité. Personnellement, je me suis posé la question de savoir si en fait le grief qu’il avait à leur encontre n’était pas lié à leur statut, qu’il jugerait immérité. En effet, Butler a été drafté en 30e position, personne n’attendait grand chose de lui et il est arrivé là où il en est en bossant comme un fou furieux et en se battant comme un mort de faim à chaque minute passée sur les parquets. Towns et Wiggins, eux, sont tous deux des 1ers choix de draft et n’ont jamais eu à se battre pour leur place ni même pour leur statut.

Quand on regarde à vue de nez, on se dit que c’est plus ou moins la même chose avec Simmons, Fultz et Embiid. Oui mais non.

Il serait pour le moins hasardeux de la part de Butler d’aller reprocher un quelconque manque d’implication ou de rigueur défensive à Embiid puisque ce dernier n’est rien de moins que le dernier dauphin au titre de DPOY. Outre ce côté « accomplissements », si Butler veut jouer à celui qui a la meilleure répartie, il risque fort de trouver à qui parler.

Le cas de Simmons est extrêmement intéressant. Bien évidemment, même quand on suit de près la franchise et les joueurs, il est bien difficile de connaître l’homme derrière le joueur. Malgré tout.. si quelque chose saute aux yeux chez lui, c’est précisément cet esprit de compétition unique qui caractérise Butler. Simmons hait la défaite plus que tout et possède une fierté extrêmement ombrageuse. Au point même que certains (dont l’auteur de ces lignes) ont pu nourrir des doutes sur la viabilité à long terme de sa collaboration avec Embiid. Bien évidemment, pour ce qui est de Butler, on se dit « ça passe ou ça casse », mais paradoxalement, je ne suis personnellement pas très inquiet parce que je pense que les deux intéressés, plus que du respect, auront de l’estime l’un pour l’autre en raison de ces points communs.

Quid maintenant de Fultz ?

Le chouchou du public est très aimé du vestiaire. Nul besoin de beaucoup suivre les Sixers pour s’apercevoir que les vétérans le couvent et que les jeunes le traitent comme le petit frère de la bande. Fultz, aux dires des autres joueurs, des journalistes et de ceux qui suivent la franchise au quotidien est un jeune homme plutôt timide, dont le caractère est pile entre Joel Embiid et Ben Simmons : sympathique, blagueur et bon vivant mais possédant aussi un esprit de compétition assez énorme.

Un point ressort avec une particulière acuité : la similarité de son parcours avec celui de Jimmy Butler. Malgré son statut de numéro 1 de draft, Fultz en a bavé, vraiment. Il a dû se battre avec une blessure qui lui a pourri sa saison rookie et lui a détruit sa mécanique de tir. Il a été contraint de repartir de zéro et de reconstruire son tir depuis le début et a donc bossé comme un dingue pendant tout l’été sous le regard avisé de Drew Hanlen. Aujourd’hui, malgré son statut de numéro 1 de draft, il doit se battre pour sa place dans la rotation et prouver à l’organisation qu’il mérite de faire partie du projet qui doit amener la franchise au firmament. Le petit a du mental, et pas qu’un peu. Son retour l’an passé avait grandement ému Brett Brown, qui n’a pas caché sa fierté devant le travail effectué par son poulain. Je crois que Butler peut se reconnaître dans ce genre de parcours et je pense même qu’il est tout sauf fou de nourrir l’espoir qu’il prenne le dernier-né du Process sous son aile.

Outre les stars de l’équipe, l’ex-gloire de Chicago devra aussi s’entendre avec les vétérans, dont aucun n’est réputé pour se laisser marcher sur les pieds. Espérons qu’une estime mutuelle s’installe là aussi.

Revenons à Jimmy Butler le joueur. Comme expliqué plus haut, on parle là d’un des attaquants les plus complets de la ligue.

Pas convaincus ? Jetez un oeil à ceci.

Ça va mieux ? Bon. Tiens donc, un joueur très fort sur pick and roll et en isolation. Le front office aurait-il visé juste ?

On peut avoir plusieurs regards sur cette arrivée : soit être totalement conquis parce que Butler coche toutes les cases, soit être sceptique parce que ce deal peut être lourd de conséquences sur l’équilibre du roster.

D’un côté, Buckets résout en apparence tous les problèmes de Philadelphie : il obligera les défenses à switcher, apportera une menace lointaine à peu près équivalente à celle de Covington et permettra de jouer beaucoup plus de 1 contre 1.

Autre avantage de taille : que ce soit l’an passé ou cette année, Philadelphie a perdu beaucoup de matchs serrés à cause de faillites dans l’exécution en fin de match. La question ne se posera désormais plus ou en tout cas beaucoup moins : quand ça chauffe, on fait rentrer tous les shooteurs, balle à Butler, pick and roll avec Embiid et on les laisse se démerder. Ça sera peut-être moche, mais ce qui est sûr, c’est que ça va beaucoup mieux marcher que de tenter d’exécuter proprement des systèmes comme si l’on était au milieu du 2e quart-temps : les balles perdues seront divisées par 2 voire 3 et l’efficacité sera forcément au rendez-vous.

Néanmoins, l’effet domino est là. Les 76ers ont perdu deux joueurs du cinq majeur contre un seul. L’effectif est-il assez profond pour absorber cette perte et qu’attendre en termes de résultats ?

Qu’attendre de cette nouvelle équipe ?

Le mystère est absolu. L’upgrade est énorme, cela personne ne le nie, mais la profondeur de l’effectif pose question.

L’arrière boutique du roster pennsylvanien est peuplée de jeunes joueurs qui sont couvés par la franchise depuis plusieurs années : Jonah Bolden et Furkan Korkmaz pour ne pas les citer. Vont-ils devoir dès maintenant assumer des responsabilités dans le second unit ?

On peut en douter, ce pour deux raisons. La première est assez simple, il semble tout d’abord beaucoup plus probable que ce soit des joueurs plus avancés dans la rotation comme Mike Muscala et Landry Shamet qui en « profitent », et récupèrent des minutes supplémentaires. En outre, il semble plus que probable que le spot de titulaire laissé vacant soit récupéré par JJ Redick. A voir si, comme a pu le suggérer Derek Bodner (insider récemment engagé par The Athletic pour couvrir les 76ers), Brett Brown ne décide pas de donner les clés du second unit à Fultz pour tenter de lui faciliter la tâche tout en titularisant Landry Shamet afin de maximiser le spacing de l’équipe.

Des questions demeurent : Simmons et Embiid arriveront-ils à évoluer sans ballon ? Butler s’adaptera-t-il au coaching de Brett Brown et réciproquement ?

Malgré tout, dans une optique de playoffs, les 76ers sortent de ce trade bien plus dangereux qu’ils ne l’étaient avant car désormais beaucoup moins dépendants de leur système de jeu. En outre, pour ce qui est de la puissance de feu, l’équipe a désormais à sa disposition rien de moins que 3 joueurs du top 20 NBA, ce qui n’est pas rien. Dernier point extrêmement saillant : Philly possède aussi maintenant un défenseur dans le top 5 de la ligue sur chacun des postes au sens moderne du terme (ball handler-wing-center). Là encore, dans une optique de playoffs, cela ne peut que faire très peur à tout le monde.

Il semblerait néanmoins que le front office n’entende pas s’arrêter en si bon chemin. On en arrive donc à une question quasi fatidique : est-ce que cet échange n’était qu’un prélude ?

Un échange qui en annonce d’autres ?

Pour allonger une rotation en cours de saison, il n’y a que deux possibilités : le marché des buyouts/cuts et celui des trades.

Du côté des buyouts et des coupes, les rumeurs d’un retour de Kyle Korver dans la cité de l’amour fraternel sont pour le moins extrêmement persistantes. C’est très clairement la rumeur numéro 1 de ces dernières heures, et ce n’est pas franchement étonnant vu l’état de délabrement des Cavaliers d’un côté et de l’autre le manque de shooteurs et de rotations des 76ers, tout cela sans même compter les liens connus de tous entre le joueur et la franchise.

Autre cible potentielle : Trevor Ariza. Si la saison des Suns finit par vraiment tourner au vinaigre comme on semble s’y diriger tout droit, il ne serait pas très surprenant de voir l’ex Rocket obtenir un buyout et pourquoi pas se laisser tenter par la perspective d’un playoffs run avec Philadelphie. Un tel ajout serait parfait car Ariza coche absolument toutes les cases : wing defender, 3&D, vétéran, super mentalité, bref, le moins qu’on puisse dire c’est qu’il serait accueilli à bras ouverts par Brett Brown et sa troupe.

La dernière piste mène à un certain Dewayne Dedmon. Actuellement à Atlanta, il est en fin de contrat et on voit mal les Hawks lui refuser la faveur d’aller jouer pour un prétendant au titre s’il la demandait, d’autant que la franchise ne joue rien d’autre cette saison qu’une bonne place à la loterie. Il s’agit autant d’une possibilité que d’un cri du cœur de l’auteur, qui dépérit un peu plus à chaque minute passée par Amir Johnson avec le maillot des 76ers.

On en arrive maintenant à la question des futurs échanges potentiels.

Pour que cela arrive, il faudrait à nouveau lâcher des assets dont.. Markelle Fultz.

Car oui, cette dernière réflexion sur l’amélioration de l’effectif en vue d’aller chercher un titre mène inévitablement à se pencher sur le cas du N°1 de la draft 2017.

Même en étant le premier à défendre bec et ongles ce garçon que je trouve hyper attachant et à qui je prête un potentiel immense, j’estime qu’il faut aussi savoir être réaliste et prendre du recul par rapport au regard qu’on peut avoir en tant que fan.

Si le front office a fait ce move pour faire venir Butler, c’est précisément parce que Fultz n’apporte pas ce qui était attendu de lui. Comme expliqué plus haut, les 76ers attendaient de Fultz qu’il devienne le joueur d’isolation et de pick and roll dont ils avaient si cruellement besoin. Que l’on soit d’accord ou non avec la logique court termiste qu’un tel raisonnement implique, il n’en reste pas moins que tous les indices sont concordants.

Est-ce que cela rend automatiquement Fultz vulnérable à un trade ?

Peut-être pas, car échanger un numéro 1 de draft c’est quoi qu’on en dise un aveu d’échec. L’ex-star des Huskies semble aussi être couvée par la direction et le coaching staff.. mais vu le tournant pris par la franchise, il devient impossible d’ignorer la logique court-termiste du front-office.

A l’heure actuelle, le développement de Fultz est à un stade bien moins avancé que celui des deux autres enfants du Process et ça, dans une optique de viser le titre dès cette année, c’est extrêmement problématique d’autant plus que sur le terrain l’association avec Ben Simmons ne marche pas.

Mettre Fultz sur le marché est bien beau, mais contre qui ?

Pas besoin de réfléchir très longtemps pour distinguer deux énormes pistes: Josh Richardson et Bradley Beal.

Maintenant que le top 4 de la conférence Est est très largement hors de portée d’équipes dont le projet est un peu bancal comme le Heat ou les Wizards, il est possible que les GMs de ce type de franchise décide d’amorcer un tournant et de reconstruire dès maintenant en profitant du fait qu’ils ont des assets pour récupérer des pièces pour l’avenir.

De quoi disposent ces deux équipes en dehors des deux noms cités plus haut ? Pas grand chose. Le Heat est peut-être même l’équipe dont la situation est la plus bloquée dans toute la NBA : masse salariale difficile à épurer, très peu de tours de draft en poche, des contrats rookie qui arrivent à échéance, bref, compliqué. Les Wizards ont plus de 90% de leur masse salariale concentrée sur 3 joueurs dont 2 qui déçoivent et qui ont une valeur marchande plus que relative. Cerise sur le gâteau, le vestiaire semble à deux doigts d’exploser.

Pourquoi aller sacrifier d’autres assets pour récupérer ce genre de joueur ?

Du côté des 76ers, le premier serait une sorte d’upgrade par rapport à Robert Covington (bien meilleur attaquant, défenseur équivalent), quand le second désignerait quasiment de facto Philadelphie comme le principal prétendant au titre de 1er challenger des Warriors.

Ensuite, savez-vous chers lecteurs quel est le point commun entre Beal et Richardson ? Outre le fait qu’ils fitent parfaitement avec la philosophie de jeu de Brett Brown, ils ont tous les deux un contrat long et un salaire tout à fait acceptable vu leur niveau… et ça, vu la configuration des 76ers, ça vaut de l’or, car cela permettrait d’assurer l’avenir de la franchise à long terme si Butler venait à partir à l’été 2019.

Qu’offriraient les décideurs de Philadelphie pour séduire Pat Riley ou surtout Ernie Grunfeld ?

Fultz évidemment, avec à ses côtés Zhaire Smith et le choix du Heat 2021 contre Richardson ? Why not. Toutefois si Richardson est un super joueur, il est loin de représenter le home-run parfait comme peut le faire Bradley Beal. Sa venue compenserait largement départ de Robert Covington mais est-ce que cela vaut le risque de sacrifier Fultz ? On peut en douter.

Quid de la contrepartie en échange de Bradley Beal ?

Fultz donc, Zhaire Smith, le choix des Sixers 2019 ainsi que ceux du Heat et des 76ers 2021, Furkan Korkmaz et Wilson Chandler ?

C’est peut-être un peu cher payé pour Philadelphie, oui. Mais s’agissant d’un all-in, ce n’est pas spécialement dérangeant d’autant plus que ces pertes peuvent parfaitement être compensées à la fois comme dit plus haut par l’arrivée de vétérans mais aussi par la responsabilisation de joueurs comme TJ McConnell, Landry Shamet et Jonah Bolden.

Malgré tout, il reste un gros point noir : la défense sur le ball handler. Butler et Simmons peuvent s’y coller, certes. Mais c’est quelque chose d’aussi épuisant que difficile. Or en l’état, si Fultz part, il n’y a plus personne pour faire ça.

Et c’est là qu’entre en jeu l’adoration de Sean Derenthal (alias OdeToOden pour ceux qui ne connaissaient pas son vrai nom) pour De’Anthony Melton. Scout de son état, ex The Stepien et récemment engagé par Josh Harris dans le département scouting de la franchise. Pour ceux qui ne connaissent pas le profil du garçon, on ne peut que vous recommander le profil qui en a justement été fait par l’ancien employeur de Derenthal. Pour ce qui nous intéresse, retenez simplement qu’il s’agit d’un défenseur extrêmement vorace sur le porteur de balle et qu’au delà de ce simple aspect il possède également un QI défensif très intéressant.

Une fois ce dernier besoin comblé, Philadelphie se retrouverait avec une rotation aussi riche que profonde avec un « 10 » composé ainsi:

Simmons-Redick-Beal-Butler-Embiid

Melton-Shamet-Korver-Ariza-Dedmon

Pas mal non ?

Bien évidemment, il est très peu probable qu’un tel scénario se produise et pour cause : on a jamais vu une aussi grosse machine effectuer une telle pirouette.

Pourquoi Philadelphie doit-il agir vite ?

En l’occurrence, on a presque envie de dire que c’est bien parce que tout le monde le croit impossible qu’ils doivent le faire et ce pour deux raisons : la situation des Wizards et le tournant ultra court-termiste pris par la franchise.

Il n’y a que deux possibilités : soit Washington remonte la pente et se vautre une fois de plus dans l’illusion qu’il y a une possibilité réelle d’aller en Finales NBA avec ce groupe soit la saison tourne à la catastrophe et tous les joueurs se retrouvent dans les rumeurs de transfert. Dans ce second cas, Bradley Beal sera de loin le joueur le plus convoité. Même si les 76ers peuvent proposer une offre très conséquente (cf celle citée plus haut), le sort de ce genre de bataille demeure des plus incertains et la vitesse est clairement le meilleur atout d’Elton Brand et son équipe.

D’u autre côté, la franchise a pris des risques avec Butler, est free agent cet été et son départ porterait un coup mortel aux ambitions de Joel Embiid et sa troupe. Bradley Beal, lui, est encore sous contrat pour trois ans en comptant cette année. Il faudrait bien évidemment bricoler pour meubler le banc, mais avec environ 14M de disponibles et la possibilité d’offrir la MLE à Redick, la situation ne serait pas si problématique que ça, loin s’en faut.

La logique employée semble ultra paradoxale voire confiner à l’oxymore mais quand on y regarde de plus près, ce qui en apparence a tout d’un all-in est en réalité un move beaucoup plus prudent qu’il n’y paraît : Une telle campagne éclair, outre le fait de complètement rééquilibrer le roster, permettrait de aussi et surtout de sécuriser l’avenir de la franchise.

Et puis après tout.. la chance sourit aux audacieux n’est-ce pas ? Cette ligue ne peut tolérer deux soleils, et en l’occurrence les 76ers doivent frapper vite et fort s’ils veulent pouvoir prétendre à s’asseoir un jour sur le trône des Warriors.

Tous les hommes rêvent. Mais il semble que parfois, ce soit l’histoire qui rêve à travers eux. Une simple blessure sur une vingtaine de matchs aura fait exploser en vol l’un des projets les plus séduisant de ces dernières années tout en renforçant considérablement un projet similaire.

Les hommes de Brett Brown peuvent-ils changer le cours de l’histoire de la NBA ?

Nous verrons bien. Voyons néanmoins le positif : les demi-finales de conférence Est s’annoncent désormais particulièrement explosives.

En remerciant chaleureusement Dario Saric et Robert Covington pour tous les bons moments qu’ils nous auront fait vivre, bons matchs à tous et Trust the Process.