Depuis combien d’années parlons-nous des « sublimes losers », les Ewing, Malone, Barkley ou autre Baylor, qui, malgré de superbes carrières, n’ont jamais eu en main le fameux graal, le trophée O’Brien ? Que de regrets, de talents non récompensés. Avec le temps, les fans de NBA ont fait émerger le terme de « sublime losers ». Mais durant les années où LeBron peinait à obtenir son premier titre (oui, cette époque a existé), un gag récurrent faisait surface dans la websphère des basketteurs : « Scalabrine a plus de titres que LeBron ». Est alors apparue la catégorie que nous appellerons les « golden losers ». Par ce terme, on entend des joueurs improbables, qui posent les pieds sur un parquet NBA, d’une discrétion telle que personne ne se rappellera qu’ils étaient là. Et pourtant, ces petits gredins terminent leurs carrières NBA dans l’oubli, mais dans leurs cartons, il y a un petit anneau qui manque injustement à tant de stars ! Chez QiBasket, on adore fouiller pour trouver ces petites perles de notre NBA history. Septième profil, septième « Golden Loser ».

Attention, regardez bien, ça va aller vite

Un Golden loser, c’est souvent un type qui débarque en NBA au milieu d’un parcours exceptionnel en anonymat, en déboires personnels ou collectifs, ou bien un galérien journeyman très apprécié dans la troisième division grecque. Mais il est une race rare de glorieux losers qui eux, n’ont même plus la peine d’avoir une espèce de carrière avant de jouer leur 2 minutes de garbage time pour chopper la bague. Il existe en effet aussi des Golden loser qui vont simplement porter l’anneau précieux dès leur entrée en compétition, avant d’entamer leur traversée du désert internationale comme l’ensemble de ses compères.

Et l’individu que je désigne par cette description est un nom que quelques uns d’entre nous arrivent encore à remettre dans l’histoire NBA récente. En effet, notre martyr du jour a fait partie de cette équipe dont je vantais le mérite, dans un précédent article, d’avoir inspiré une génération toute entière de jeune basketteurs. Vous l’aurez compris, je parle des Celtics de Boston, saison 2007-2008.

Petit arrière d’1m93, pesé à 84kg, cet homme léger, originaire de Californie, commencera une carrière prometteuse, puis une draft très heureuse avant de toucher la gloire du basket pour mieux plonger dans l’oubli rapidement après, et dans lequel il demeure encore aujourd’hui, bénissant chaque jour la divine providence de lui avoir permis de faire partie de cet effectif dont tout le monde se souvient.

Et cet homme, c’est Gabe Pruitt !

Franchement…sac sur l’épaule, chasuble moisi, portable à la main et casquette à chaussettes, je dois en dire plus ?

Smiling Gabe, le Kid de Westchester

Gabe, surnommé « Smilin Gabe » naît donc en 1986, quelques semaines avant le dernier titre du Boston de Bird, Parish et McHale, un signe ? Pas forcément, car c’est bien à Los Angeles qu’il voit le jour. Dans le LA des années 80-90, le jeune Pruitt grandit paisiblement et développe son talent pour le basket à l’école. Ses premières armes sont avec son Lycée du Westchester Enriched Sciences Magnets, par lequel passerons également Trevor Ariza, David Blumenthal (qui joua au Maccabi Tel Aviv), mais aussi Amir Johnson.

A l’époque, il est un arrière intéressant, qui peut encore jouer ailier. Il ne dépasse pas les 190cm, mais il se distingue par un shoot de qualité, une bonne défense et un certain leadership. En résulte une moyenne de 22pts par match, une sélection dans la Parade All-American fourth team et la Los Angeles Times All-City first team. Il est également considéré comme un bon prospect pour le sport pro. Bref, le gars engrange les distinctions au niveau local et petit à petit, déborde au-delà de la Californie. En sophomore, il emmène son équipe en Finals de la troisième division californienne. Petit soucis cependant, sa dernière année est limitée en terme de temps de jeu, pour d’inexplicables raisons administratives.

L’USC, University of South California, lui tend les bras en 2004. En tant que freshman, il retrouve un certain Nick Young avec qui il compose très bien. Dès leur première année, les deux camarades sont nommés co-MVP de l’équipe. Les Trojans de USC profitent de cet arrière qui rapidement prend le lead du scoring (12.3pts) mais aussi au pourcentage à 3pts (45%) aux passes et interceptions. Mieux encore, sur la seule seconde partie de la saison, son pourcentage à trois point grimpe à 54% !

L’année suivante, rebelotte, les deux compères sont renommés co-MVP et sont également renommés dans la PAC-10 first team, une première à USC depuis Duane Cooper et Harold Miner en 92 ! Sa progression est constante, il shoote plus, marque plus, défend mieux et pose ici ou là quelques records (trois points marqués par match). Sa dernière année, Pruitt termine à 15pts, 4 rebonds, 5 passes et 3 interceptions.

Jusqu’ici, tout va bien hein Gabe ?

Une draft heureuse

Oui jusqu’ici tout va bien, car arrive le moment tant attendu ! Alors qu’un certain Taj Gibson rejoint Nick Young et Gabe Pruitt à USC, l’heure est cependant au grand saut pour les deux vétérans. En avril 2007, Gabe annonce qu’il sera bien présent à la draft, tout comme Young. Et cette draft 2007 est belle, très belle : Greg Oden, Kevin Durant, Al Horford, Mike Conley mais aussi Jeff Green, Corey Brewer, Joakim Noah ou même Rodney Stuckey et Aaron Brooks. Le pote de Gabe est lui appelé par les Wizards de Washington, où il commencera son long chemin vers le Swaggy-P mode et bien sur le titre NBA 2018. D’autres noms apparaissent : Marc Gasol, Aaron Afflalo…et le légendaire Golden Loser Sun Yue.

Et Gabe ? 32e. Il faut attendre le 32e nom pour que Pruitt soit annoncé dans la salle, et oui, devant Marc Gasol (mais devant Sun Yue, faut pas déconner non plus). Et par qui ? Par Boston. En 2007 les Celtics de Boston, c’est un peu l’AS Saint-Etienne : une gloire du passé, mais un peu délaissée depuis les années 80 (Je sais de quoi je parle, je supporte le FC Nantes). Tout le monde connait cependant l’histoire. Avec seulement une finale de conférence en 2002, Paul Pierce veut enfin une équipe à la hauteur de son talent, le front office excauce son souhait : Kevin Garnett, las de voir ses Wolves décliner, rejoint The Truth, tout comme Ray Allen, alors que les Sonics de Seattle s’apprêtent à disparaître.

Donc en somme…banco pour le rookie. Gabe Pruitt se retrouve dans le roster le plus séduisant de la ligue. Le seul soucis, c’est que Pruitt est un meneur. Hors à Boston, des meneurs, il y en a déjà 3 : le jeune Rajon Rondo, l’expérimenté Sam Cassel, et Eddie House que l’on retrouvera au Heat sous l’ère Lebron. Conséquence ? Il passe une bonne partie de la saison en D-league, en faisant les aller-retours entre les Celtics et les Utah Flash. Pour ce qui est de la NBA : 15 matchs, 2.1pts, 0.9ast, 0.5reb et 0.3stls…le temps de jeu en moyenne de Pruitt est pourtant honorable pour le peu de match qu’il joue (6min).

Mais comme le cria Kevin Garnett pour conclure la saison : « Anything is possible » !

Et au bout de cette saison insignifiante, Gabe Pruitt, parce que tout est désormais possible se trouva sur la photo :

Descente rapide

Heureux rookie bagué, doré dès sa première année. La saison suivante, Gabe est encore dans le roster des champions, il améliore son temps de jeu et son nombre de matchs joué (47). Mais absolument rien d’autre ne va bouger. La saison 2008-09 est marquée aussi par des blessures parmi les starters et un bilan qui n’était pas digne de l’équipe. Les Celtics s’arrêteront avec courage en demi-finale de conférence, avec une infirmerie pleine face à un surprenant Orlando Magic. Mais lors du game 6 de cette série, c’est surtout la carrière NBA de Gabe Pruitt qui part en cendre.

Le 31 juillet 2009, Gabe est coupé par Boston. Il attend le 11 septembre pour qu’une équipe lui fasse une proposition : New York. Il n’en fera pas plus avec les Knicks, qui le coupent le 7 octobre. Il ère dans les couloirs de la NBA et convainc difficilement le Magic de lui donner un contrat en décembre…et puis le coeur NBA de Pruitt cesse de battre pour toujours.

Comme si un plafond de verre s’était installé au-dessus de lui, Gabe va tout tenter, non sans désespoir, de retrouver la NBA : Il arrive aux Los Angeles (aaah ?) D-fenders, puis au Utah (aaaah ?) Flash…avant de faire un très très bref passage au Ironi Ashkelon en…Israël, puis d’enchaîner au Skyforce de Sioux Falls, et aux Red Claws dans le Maine.

Réaction de Garnett quand Pruitt lui demanda une carrière NBA sympa

Joueur bagué, porté disparu

Mais pour le moment, Gabe reste plus ou moins dans les circuits américain, il joue pour des franchises américaine. Le champion NBA reste donc dans les radars des recruteurs de la ligue et peut potentiellement espérer au moins un modeste contrat de 10 jours.

Oui, mais ça aussi, ça va changer. Déjà Gabe se fait choper par la police pour possession de drogue, un petit soucis que les Celtics avaient déjà sanctionné à l’époque. Ensuite, en 2013, Pruitt n’est même plus capable de conserver sa place en D-league, et s’exile…ben comme 90% de nos Golden Loser, le voilà en…Grèce. Et la glissade va être très très sévère. D’abord au Retyhmno Cretan Kings, modeste équipe de la ligue grecque, puis en 2014 c’est le Keravnos B.C. club de Division A…chypriote. Sans même faire l’intersaison, il revient en Grèce à Panionios.

Alors on pourrait se consoler en se disant que ce champion NBA, lycéen et universitaire prometteur, après avoir foulé les parquets les plus prestigieux du monde, puis les parquets professionnels américains, joue au moins en Grèce, terre de basket et de ferveur autour de ce sport. Mais alors que le prestige des clubs dans lesquels il joue se dilue à chaque changement d’équipe, on finit par retrouver Gabe Pruitt…à Santos San Luis, au Mexique, dont la seule particularité que je peux vous donner est que l’équipe n’existe plus.

Gabe était un Celtic, il jouait avec The Truth, The Big Ticket, Jesus, mais aussi Rondo, Perkins, Powe, Sam Cassel. Il était sur le parquet face aux meilleurs, il avait le plus grand trophée du monde dans les main. 10 ans plus tard, j’ai retrouvé la trace de Gabe Pruitt, champion NBA…en Mongolie. Et après Pierce, Garnett, Rondo, Allen et Rivers, ses coéquipiers sont désormais Enkthur Zorigbaatar, Borgil Batzolboo, Chadraabal Dorjpurev, Avargabat Tuvshinjav, et bien entendu Tseren Lkhagvasuren. J’ai pris déjà beaucoup de temps à lire et écrire ces noms, donc je ne vous cache pas que je ne nommerai pas les 10 autres membres du roster qui sont sur le même style linguistique.

Gabe n’est donc pas notre seul Golden Loser mongol ! Rappelez vous Mengke Bateer notre Golden Loser numéro un. Mais je vous avouerai que de l’effectif et de l’équipe de Gabe Pruitt dans lequel il joue aujourd’hui, à savoir…les Suk…les Sukab…les Sukhbaatar Alians Tekh, on ne sait que les noms des joueurs. Pas de stats, pas de palmarès, pas de résumé. On sait juste que l’équipe évolue dans la Mongolian Superleague, et qu’elle occupe la 2e place d’un classement de 6 équipes, avec une seule défaite.

Perdu en Mongolie, le sort de Gabe Pruitt interpelle, car on ne sait vraiment pas si c’est par volonté de jouer au basket, ou à défaut de trouver mieux, que Gabe est allé s’installer dans ce pays montagneux d’ex-URSS…on se doute bien que ça n’est pas pour jouer la Champion’s league. Quoi qu’il en soit, cher Gabe, pour cette impressionnante plongée du toit du monde du basket, la NBA, directement vers la Superleague Mongole avec la même ténacité à couler que le Titanic, mais au moins avec une bague de champion, je n’ai d’autre choix que de te nommer Golden Loser numéro 7 !

Gabe Pruitt découvrant son plan de carrière post-NBA