Les Knicks tenteraient de recruter John Wall.. tiens donc.

L’hypothèse d’un transfert de cette envergure avec ce timing si particulier ne se reproduira probablement jamais et c’est pourquoi j’ai choisi d’écrire sur le sujet. Je précise que cet article est une oeuvre de traduction et de vulgarisation d’un excellent papier signé Albert Nahmad sur HeathHoops.com que je vous invite à consulter si vous êtes suffisamment à l’aise avec la langue de Shakespeare. Tout cela agrémenté de mes analyses et réflexions personnelles.

Venons-en au fait, avec pour commencer un petit liminaire pour résumer la situation : le 26 juillet dernier, John Wall a bénéficié de l’extension au supermax, la fameuse DVPE.

Amis lecteurs, soyez clairs sur ce point : il s’agit d’une extension et non d’une prolongation. La distinction est fondamentale en ce qu’il s’agit du même contrat mais dont les effets sont modulés, pas d’un nouveau contrat. L’extension en elle-même ne souffre donc d’aucune remise en cause : Jean Mur touchera son pactole quoi qu’il arrive.

Reprenons le contrat en lui-même : 35% du salaryp cap, 8% d’augmentation annuelle, ce qui, avec un salary cap estimé à 109M l’été prochain, nous donne ceci :

  • 2018-19: $19.2M (dernière année du contrat initial)
  • 2019-20: $38.2M (première année via DVPE)
  • 2020-21: $41.2M
  • 2021-22: $44.3M
  • 2022-23: $47.3M (player option)

Tout cela pour un total plutôt sympathique de 190,1M de dollars.

Où est le problème dans l’histoire ?

Outre la question de l’extension qu’on pourrait potentiellement remettre en cause (bien qu’ubuesque juridiquement parlant), le point le plus intriguant est celui du trade kicker.

Le trade kicker consiste simplement en une clause qui stipule que si un joueur est échangé, il verra sa rémunération augmentée d’un montant de 15% maximum, tarif qui en pratique est quasi systématiquement appliqué. Attention : il ne s’agit pas d’un mécanisme à répétition : cette clause ne vaut que pour un seul échange.

Cette somme est inclue dans le salary cap mais lissée sur la durée du contrat. Elle est également prise en compte dans un échange, à ceci près que le joueur peut y renoncer, souvent dans une optique de faisabilité du transfert (cf le deal où Kyrie Irving avait renoncé à son trade kicker pour que son transfert à Boston puisse se faire).

Une précision de grande importance s’impose : c’est l’équipe qui a échangé le joueur qui non seulement paiera la somme due à ce dernier mais en supportera également le poids dans sa masse salariale.

Là où les choses se compliquent sérieusement, c’est quand on se pose la question du montant du bonus et de comment se ferait le lissage au niveau de la masse salariale de l’équipe qui l’accueillerait. Une précision s’impose avant d’aller plus loin : tous ces développements n’ont de valeur que si Wall est échangé avant le 1er juillet, date à laquelle son extension produira ses effets : en effet, dès ce moment là, le trade kicker sautera quoi qu’il arrive.

La réflexion la plus brute conduit à un effet boule de neige assez monumental : d’un côté les Wizards devraient au total verser entre 20 et 30M supplémentaires au joueur, mais en plus le partenaire de trade, les Knicks par exemple, qui récupéraient déjà un contrat extrêmement conséquent, se retrouvent à devoir compter ces dollars surnuméraires dans leur masse salariale, ce qui achèverait de bousiller leur flexibilité à venir et serait même à terme un danger encore plus grand pour le futur de la franchise.

Je vous rassure, ce n’est pas ça. Loin de là. Et ça va même plus loin : contrairement à ce que les apparences semblent faire croire, si John Wall ne renonce pas à ce bonus, cela pourrait déclencher une réaction en chaîne qui aurait potentiellement pour conséquence finale de.. lui faire perdre de l’argent.

Je m’explique.

Déterminons d’abord la valeur du bonus. Le trade kicker inclurait donc les 14M et quelques restants sur cette saison et les 123,6M des 3 années d’extension à être pleinement garanties. Donc un total de 137,9M.

15% de 137,9, ça fait 20,7M de revenus supplémentaires. Pas dégueu.

Précisons que si la somme est lissée sur plusieurs années, le joueur, lui, est payé sur le champ.

Quid maintenant de comment serait répartie cette somme ?

Le CBA stipule que l’allocation se fait sur le nombre des années restants sur le contrat (sans compter les années en option), ce à proportion du pourcentage du salaire de base garanti pour chaque saison.

Le contrat de Wall étant pleinement garanti, le bonus se répartirait sur les 4 saisons qui ne sont pas en option.

20,7/4, ça fait 5,2M l’année.

Le truc, c’est que ce bonus ne peut pas conduire à payer un joueur plus qu’il n’est permis par le salaire maximum prévu pour la saison durant laquelle l’échange survient.

La première année, cela ne poserait aucun problème: Wall gagnerait simplement 24,3M au lieu des 19,2 initialement prévus.

Quid du restant de son contrat et que se passerait-il donc cet été ?

Le CBA prévoit que la première année d’extension d’un joueur ne peut excéder le salaire maximum. Impossible de déterminer pour l’instant si on se base sur le moment où l’extension est signée, si on peut éventuellement modifier cette dernière ou si, au pire, on se base sur le moment où elle commence à produire ses effets. Personnellement, j’estime que cette dernière hypothèse est d’assez loin la plus logique.

Dans le cas de Wall, si on prend un salary cap à 109M, il ne pourra pas gagner plus que 38,2M. Le hic, c’est qu’avec le trade kicker, Jean mur émargerait à 43,3M, soit au-dessus du salaire max.

Que faire dans ce cas ?

On pourrait éventuellement modifier l’extension pour réduire son salaire et faire en sorte que ça passe avec un montage du type 33M en salaire de base + 5,2M de trade kicker.

Le problème, dans ce cas, c’est que du coup, l’augmentation annuelle de 8% en prendrait un coup puisqu’elle est calculée en fonction du salaire de base.

Vous commencez certainement à voir où je veux en venir :

Si Wall ne renonce pas à son bonus de transfert et que l’on suit la logique de réduction du salaire de base, on aboutit à ça :

  • 2018-19: $19.2M + $5.2M = $24.3M (Pas de problème vis à vis du salaire max)
  • 2019-20: $33.0M + $5.2M = $38.2M (salaire de base modifié)
  • 2020-21: $35.6M + $5.2M = $40.8M
  • 2021-22: $38.3M + $5.2M = $43.4M
  • 2022-23: $40.9M + $0.0M = $40.9M (player option)

Et là que voyez-vous.. ?

Eh bien oui, Wall se retrouve perdant dans l’affaire, puisqu’il ne toucherait alors que 187,6M au lieu des 190,1 prévus à la base, bien loin des 210,8M qu’il aurait touchés s’il n’y avait pas eu la restriction posée par le CBA.

La question qui se poserait pour le joueur serait donc la suivante : tu préfères gagner 20,7M tout de suite ou laisser courir ton contrat et gagner 2,5M de plus sur la durée ?

Pas sûr que la première option soit si peu attrayante : en effet, elle coche absolument toutes les cases et ce pour tout le monde.

Je m’explique (c’est la dernière fois, promis.)

Fiscalement parlant, il semble envisageable de réaliser un montage qui lui permettrait de faire en sorte que ces 20,7M ne soient pas soumis à l’impôt sur le revenu, quand le salaire de base, lui, tombe à coup sûr sous le coup dudit impôt. En outre, on remarquera que si l’on parle des Knicks, le joueur serait alors même très largement gagnant puisque le marché new-yorkais n’a absolument rien à voir avec celui de la capitale fédérale et que ses revenus « business » seraient donc très largement revus à la hausse.

Au niveau de la franchise d’accueil, cette hypothèse serait tout bénef aussi : elle paierait moins cher, le joueur serait content quand même et cela aurait un coût égal en termes de flexibilité au niveau de la masse salariale.

Enfin, pour ce qui est des Wizards, cela faciliterait un peu les négociations avec un contrat plus « tradable », même si derrière il faudrait assumer les 5,2M annuels qui viendraient grever la flexibilité financière de l’équipe. Ennuyeux certes, mais si cela permet d’évacuer un contrat qui pèse 6x plus…

On va souhaiter un bon courage aux fans des deux franchises, qui traversent l’une comme l’autre une saison galère… avant de se payer une bonne tranche de rire du fait qu’elles vont potentiellement se mettre l’une et l’autre dans une situation compromettante pour un long moment.

Amis lecteurs, au plaisir de lire vos commentaires et de répondre à vos questions.