Le Jazz est 13ème de la conférence Ouest… Incroyable si on regarde dans le rétroviseur tant le jeu proposé par Quinn Snyder et ses hommes semblaient quasi sans faille en deuxième partie de saison dernière. Mais qu’est ce qui cloche chez les Mormons ? Qui est à pointer du doigt ? On va regarder ça d’un peu plus près.

Donovan Mitchell c’est LA bonne surprise de la saison 2017-2018. Drafté en 13ème position, personne n’avait anticipé une saison aussi épique et pleine de la part du rookie, au point de revoir et remettre en cause la définition au sens brut du mot « rookie ». 20.5 points, 3.7 rebonds, 3.7 assists et une influence sur le jeu colossale. Tout simplement énorme.

Joe Ingles c’est une douzaine de points à 44% à 3 points. Le vieux baroudeur assène des coups de boutoir soir après soir derrière l’arc.

Rudy Gobert va manquer une grosse partie de la saison mais ce sera pour revenir en patron de la défense avec au bout de la saison un titre de Défenseur de l’année pris aux mains de Draymond Green et Kaw… Non rien.

Globalement on a 7 joueurs qui ont plus de 10 points par match. Un jeu basé sur le collectif tant en attaque qu’en défense.

L’été a été plutôt calme et serein… Mais nom de nom c’est quoi le problème ?

1. Donovan Mitchell

Pas facile de confirmer une saison comme celle qu’à réaliser Mitchell l’année dernière. Si pendant la saison régulière les ajustements spécifiques sont faits, en général on reste plus souvent sur de la mise en garde contre un joueur. Quand on arrive en début de saison 2018-2019 avec derrière soit une saison en mode ROY, l’oeil de l’équipe d’en face est beaucoup plus vicieux à votre encontre. Le scouting report est plus fourni, on a scruté vos faiblesses et on ne va pas essayer de vous limiter, on va mettre toute l’équipe au service d’une défense sur mesure pour ne vous permettre de prendre que ce vous n’aimez pas prendre. On fait en sorte aussi d’avoir un spécialiste de la défense à vous coller dans les pattes, résultat : -1% au shoot, -4% à 3 points et un ratio assist/turnover en léger progrès.

Avec un jeu basé sur l’explosivité, le fait de mettre un gros défenseur sur le sophomore a pour effet ne pas lui permettre de se mettre en rythme correctement. L’année passée, son état de grâce permanent lui a fait traverser la saison et lorsque ça coinçait dans la raquette, ça envoyait de la saucisse de loin. Confiance et rythme, si vous avez jouer au basket, ce sont vos 2 meilleurs atouts. Ici on voit clairement les défenseurs qui forcent Mitchell a shooté plus souvent mid range, si ça ne l’empêche pas de scorer réellement, ça l’empêche de prendre feu. Cette année on peine à trouver les gros cartons alors que l’an passé on y avait droit assez souvent.

Pas évident de se régaler et de se chauffer en rentrant des tirs en tête de raquette et pourtant si Donovan veut se réouvrir le chemin du cercle c’est cela qu’il devra travailler au plus vite et au mieux. Pour donner un exemple : Jordan Clarkson. Hey partez pas je vous jure que c’est vrai! La saison passée l’ex Angelinos se fracassait régulièrement les dents sur les protecteurs de cercle. Pendant l’été et via la sélection des Philippines, il a pris conscience qu’un leader au scoring devait pouvoir scorer de partout pour rester un danger permanent. Cette saison il est 16.7 points contre 12.6 il y a un an et la grande majorité de ces points viennent du mid range.

2. Joe Ingles

A l’instar de son jeune camarade, Joe est passé de barfighter à barfighter dangereux à 3 points. Scouting report plus serré et hop -3% au tir et -4 à 3 points. Lui aussi sur un petit nuage d’octobre à mai il bénéficie désormais d’une garde rapprochée spécifique. L’engagement récent de Kyle Korver n’est pas étranger à cela, bien entendu. Non seulement ce dernier reste un très solide shooteur capable de dégainé en jumpshot en sortie d’écran tout en se retournant avec un gars dans le slip mais il pourra également servir de mentor à Joe pour apprendre à se débarrasser d’un gars qui le colle pour planter une banderille.

Même si un shooteur est souvent assez dépendant des systèmes ainsi que des qualités de passe de ses coéquipiers, il va falloir plus de mobilité à Ingles pour dégager des fenêtres de tir. Spot up shooter (en terme de shoot uniquement) c’est bien quand on est plusieurs artificiers sur le parquet mais quand on est le seul c’est tout de suite bien plus compliqué. L’ajout de Korver sur le terrain n’est, encore une fois, pas innocent et plutôt bien vu tant pour Joe que pour Donovan Mitchell.

3. Rudy Gobert

Gobzilla est toujours le roi du rebond, sa production offensive reste dans ses moyennes avec même une légère hausse. Mais Rudy est passé sous les 2 contres par match pour la 1ère fois depuis la saison 2013-2014. Avec des stats en chute libre au lancers francs (quasiment -10% !) il va falloir se méfier que ça ne tourne pas au Hack-A-Rudy très vite, si bien qu’on doive le sortir en fin de match et se priver par la même de son meilleur défenseur.

Mais ce qui me dérange plus c’est le fait qu’il n’augmente pas plus que ça son scoring. Comme aux States on juge souvent la valeur aux dollars, quand on pèse aussi lourd dans le cap et que les autres sont dans le dur, on se doit de step up et ne pas se contenter de poser des écrans, aussi utiles et décisifs soient-ils.

Être un plus gros energizer en défense pour entraîner l’équipe dans son sillage et ne pas faire du trophée de l’année passée un feu de paille.

4. L’équipe dans son ensemble

Si Utah continue à jouer un jeu collectif, on peut quand même se poser la question sur les rotations.

Ainsi le 5 Rubio-Mitchell-Ingles-Crowder-Gobert propose un offensive rating (ORtg) de 114 et un defensive rating (DRtg) de 100, le second cinq le plus utilisé avec Favors qui remplace Crowder fait chuter le ORtg à 101 et améliore seulement de DRtg de 4 (96) Comprenez là qu’en défense on reste sur quelque chose de stable mais qu’en attaque la production se stoppe net.

Mais il y a pire : Rubio-Crowder-Gobert-Mitchell-O’Neale fait tomber l’ORtg à 88.3 et fait chuter aussi le DRtg à 113 ! Pour la faire courte, vous démarrez votre match, tout va très bien. Vous faites un changement, vous scorez beaucoup moins mais la défense est stable donc vous ne creusez pas l’écart. Ensuite, le 3ème unit monte et vous perdez tout votre avantage. Voilà le topo pour les 3 line up les plus utilisées par le Jazz cette saison.

Les bruits de couloirs font état de l’intérêt du Jazz pour Jabari Parker : ne cherchez plus, les jours de Favors sont probablement comptés et si Parker est en difficulté dans une équipe sans queue ni tête, il se pourrait qu’il retrouve de sa superbe dans un collectif bien huilé.

Autre point à aborder, les systèmes. Quand on manque de star, il faut un bon coach. Heureusement Utah ne doit pas en chercher un, Quinn Snyder était présent sur le banc. Quand on manque de star il faut aussi proposer plus de danger à différents endroits du terrain pour permettre à un homme de sortir de la mêlée pour scorer. Les attaques du Jazz ne sont pas très rapide et là n’est pas le soucis. Elles doivent générer plus de possibilités simultanées. On peut aussi imaginer utiliser le Horns dans sa variante elevator doors (Système de Golden State où Curry ressort face à l’anneau à 3pts protégé par les 2 grands qui font écran)

Pour faire simple, prenons le 5 de départ. On devrait retrouver plus souvent Rubio en tête, Ingles qui part de son corner pour remonter à 45 en profitant d’un écran de Crowder (Crowder plongerait une seconde après le passage de Joe) et en même temps de l’autre côté Rudy qui pose un écran pour Mitchell soit à 45 soit dans le corner et là vous avez 3 possibilités en même temps et par la force des choses une défense beaucoup plus complexe à gérer pour l’adversaire et l’impossibilité de faire de la pure individuelle. C’est simpliste mais ça pourrait rapporter gros et facilement.

5. Conclusion

Rien ne va mal dans l’Utah mais rien ne va vraiment bien non plus. On voit d’ailleurs un front office assez actif pour chercher des petites pièces à disposer afin de fluidifier l’attaque sans détruire la défense.

Il ne faut pas oublier que maintenant, le Jazz est attendu au tournant par ses adversaires, et que s’adapter à tout ça prend du temps. L’Ouest est plus que jamais un champ de mines anti-personnelles et si Snyder n’a pas encore trouvé la formule idéale, le mal n’est pas encore fait, 2 victoires à récupérer et ils seront 7ème. Il y a encore le temps de réaccorder l’orchestre et refaire swinger la NBA